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Full text of "Annales de la Société des lettres, sciences et arts des Alpes-Maritimes"

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ARCHIBALD CARY COOLIDGI 

(Class of 1887) 

l'ROFESSOR OF HISTORY 


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DÉCLARÉE 

ÉTABLISSEMENT D'UTILITÉ PUBLIQUE 

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par décret du 25 août 1879 

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Tome XX 



NICE 

IMPRIMERIE ANGLO-FRANÇAISE 

MALVANO-MIGNON 

Gloffredo, 68 

et chez tous les libraires 


PARIS 

ü. CHAMPION 

LIBRAIRE-ÉDITEUR 

CORRESPONDANT DE LA SOCIÉTÉ 

15, Quai Malaqnala 



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LETTRES, SCIENCES ET ARTS 

DES ALPES-MARITIMES 


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Tous droits réservés 


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ANNALES 

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SOCIÉTÉ 



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DÉCLARÉE 

ÉTABLISSEMENT D'UTILITÉ PUBLIQUE 

par décret du 25 août 1879 


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Tome IX 



NICE 

IMPRIMERIE ANGLO-FRANÇAISE 
MALVANO-MIGNON 


Rne Cloffredo, mm 

et chez tous les libraires 

1884 


PARIS 

H. CHAMPION- 

LIBRAIRE-ÉDITEUR 

CORRESPONDANT DE LA SOCIÉTÉ 

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FA'Z* 7 


Harvard College Library 


JAN 19 1912 
Gift of 

Prof, A. C. Coolidge 


AVIS TRÈS IMPORTANT 

La Société des Lettres, Sciences et Arts des Alpes-Maritimes laisse 
aux auteurs des mémoires qu’elle publie, toute la responsabilité des 
opinions qui y sont émises. 



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SÉANCE PUBLIQUE DU 17 MARS 1884 


Le 17 mars, à 4 heures du soir, dans la salle Rum- 
pelmayer, la Société a tenu sa séance publique annuelle, 
sous la présidence de M. le général commandant la division 
militaire de Nice. Plus de trois cents personnes assistaient 
à cette fête littéraire. 

Près du président d’honneur avaient pris place : 
MM. Borriglione, maire-député de Nice, Victorien Sardou, 
de l’Académie française, l’éminent astronome Camille 
Flammarion, Bonnefoy-Sibour, secrétaire général de la 
Préfecture, et le bureau de la Société. 

M. le général Thiéry a ouvert la séance par le discours 
suivant : 

DISCOURS DE M. LE GÉNÉRAL THIÉRY 

Mesdames, Messieurs, 

Vons éprouverez sans doute quelque surprise en me voyant occuper 
le fauteuil de la présidence d’une société savante, et cela, en un jour 
de réunion solennelle où je me vois entouré d’hommes d’un mérite 
distingué et dont quelques-uns déjà portent un nom illustre dans les 
lettres, les sciences ou les arts. 

Cette surprise — ai-je besoin de le dire? — je suis tout le premier à 
la ressentir et à la partager avec vous ; car, sans la moindre fausse 
modestie, je n’ai aucun titre personnel à un tel honneur ! 

Il eût été plus sage peut-être de m’y soustraire. 


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6 


DISCOURS DK M. LE GÉNÉRAL THIÉRY 


Je l’ai accepté cependant!..: comme on consent à se laisser mettre 
sur la sellette... à ses risques et périls. 

Mais fort heureusement pour vous... et aussi pour moi... je n’ai ni 
l’intention ni la prétention de vous faire un discours : ce terrain-là 
n’est pas le mien... et je courrais grand risque d’y mal manœuvrer. 

Seulement — et pour excuser ma témérité — permettez-moi de 
vous dire, en quelques mots, comment et pourquoi j’occupe aujourd’hui 
ce poste élevé... un vrai poste avancé : 

Séduit par la juste et légitime renommée de la « Société des Lettres, 
Sciences et Arts » de Nice, j’avais exprimé un jour à un ami trop 
bienveillant le désir d’être admis, par faveur, au nombre des membres 
de cette Société, non pas pour l’enrichir d’une recrue promettant de 
belles espérances, mais dans un but utile : dans l’espoir de faire mon 
profit des questions qui y sont étudiées et développées avec une 
compétence incontestée... Je me promettais, en un mot, de glaner 
de ci, de là, ne pouvant pas et ne devant pas perdre de vue que l’armée 
a de fréquents emprunts à faire à presque toutes les branches des 
connaissances humaines. 

Une proposition, à mon sujet, fut donc soumise dans ce sens, 
Messieurs, à votre bureau ; et vos « Statuts » interrogés révélèrent 
que le général commandant la division est inscrit (d’office) parmi les 
présidents d’honneur de votre Société, laquelle a voulu ainsi, par 
une résolution toute gracieuse qui date de sa fondation, rendre à notre 
armée un flatteur et précieux hommage. 

Et voilà pourquoi, devant cette intention manifeste, devant cette 
décision si française et si patriotique relevée dans vos Statuts, le 
général commandant la division militaire de Nice, cédant d’ailleurs 
aux courtoises sollicitations de vos délégués, n’a pas cru devoir décliner 
l’honneur de vous exprimer — au nom de l’armée — et ses remer- 
cîments et sa gratitude. 

Mesdames, rassurez-vous ; je n'ai plus qu’un mot... et je vous prie 
de le couvrir de votre généreuse protection. 

Je voudrais revendiquer la faveur d’évoquer la mémoire des officiers 
qui ont fait partie ou font encore partie de la Société scientifique de 
Nice : c’est en même temps un devoir de confraternité militaire, qu’il 
m’est doux de remplir, et un acte de bonne justice. 

Cela faisant, Messieurs, je ne suis que l’écho des témoignages élogieux 
recueillis dans vos « Annales » sur les services rendus à votre 


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DISCOURS DE M. LE GÉNÉRAL THIÉRY 7 

Société par les membres militaires qui ont trouvé place dans vos 
rangs. 

Mais déjà vous avez publié ou analysé leurs travaux : il me suffira 
donc de rappeler ici leurs noms, dont plusieurs ne manqueront pas 
d’éveiller, dans cette assemblée, des souvenirs de sympathie. 

C’étaient : le général d’Auvare, le colonel Féraud, le colonel Wagner, 
le colonel Nicot, le commandant Prost. 

Et c’est encore aujourd’hui : le général Peaucellier, le commandant 
Cugnin, le commandant Morin, le commandant Ramakers et le 
colonel Gazan, l’un des doyens de l’armée et l’un des premiers fonda¬ 
teurs titulaires de votre association. 

Si je ne craignais pas de froisser la modestie de ce savant, de cet 
érudit, de ce chercheur infatigable, de cet excellent homme enfin, que 
vous connaissez tous, je ne résisterais pas au désir de lui payer ici le 
tribut d’éloges qu’il mérite ; mais il ne me pardonnerait pas de l’avoir 
fait publiquement... et je ne voudrais pas m’exposer à perdre son 
amitié qui m’est chère depuis déjà longtemps. 

En lisant vos Statuts et en parcourant vos « Annales », j’ai compté, 
Messieurs, vingt-trois ans depuis la fondation de votre Société; ces 
vingt-trois années sont autant de campagnes heureuses pour vous et 
fécondes pour la science. Vous pouvez donc déjà être fiers de vos états 
de service ainsi que de vos succès qui en présagent de plus brillants 
encore. (Double salve d'applaudissements.) 

M. Usquin, président, prend ensuite la parole. 


DISCOURS DE M. USQUIN 

Mesdames, Messieurs, 

Tout récemment, mes chers confrères se sont réunis et ils ont 
profité de mon absence pour me nommer leur président. Je suis très 
fier de ce témoignage de sympathie ; mais je crains d’avoir été 
présomptueux en acceptant un pareil honneur. Dans tous les cas, je 
suis inexpérimenté, et je réclame toute l’indulgence de l’assemblée 
d’élite qui m'écoute. 


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8 DISCOURS DE M. USQUIN 

J’ai l’honneur d’adresser les remerciements de la Société des 
Lettres, Sciences et Arts des Alpes-Maritimes à notre président 
d’honneur, M. le général de division Thiéry, pour avoir bien voulu 
accepter, aujourd’hui, le commandement en chef de notre compagnie ; 

A M. le maire de Nice, pour avoir bien voulu se souvenir qu’il est 
également un de nos présidents d’honneur ; 

A M. le préfet, qui, forcé de partir pour Paris à l’improviste, s’est 
fait représenter par son très sympathique secrétaire général ; 

Enfin, par une bonne fortune bien rare, deux illustres représentants 
des lettres et des sciences, membres honoraires de notre Société : 
l’auteur des Pattes de Mouches et de Patrie, l’auteur de Y Astro¬ 
nomie 'populaire et des Terres du Ciel se sont trouvés à Nice, en 
même temps, et ils ont bien voulu prendre place au bureau. 

Nous remercions du fond du cœur M. Victorien Sardou et M. Ca¬ 
mille Flammarion. 

On prétend que les femmes manquent quelquefois de courage et 
d’énergie; vous avez prouvé le contraire, Mesdames, puisque vous 
avez consenti à venir entendre le compte rendu un peu froid et aride 
de nos travaux de l’année ; mais, après tout, votre présence était 
toute naturelle. 

Sous le ciel embaumé de Nice les femmes et les fleurs sont de 

toutes les fêtes. la nôtre est un peu sérieuse. Nous ferons tous 

nos efforts pour que vous n’en emportiez pas un mauvais souvenir et 
nous vous prions d’agréer l’expression de notre profonde gratitude. 

Et vous tous, Messieurs, qui avez répondu à notre invitation avec 
tant d’empressement, laissez-nous espérer que nous vous reverrons, 
non plus seulement comme auditeurs, mais comme confrères et comme 
amis. 

La présidence de la Société me sera facile, je l’espère, car je m’effor¬ 
cerai de suivre les traditions de mes « anciens » et en particulier de 
l’honorable docteur Nièpce, mon prédécesseur. 

Il a dirigé nos travaux avec autant d’impartialité que de distinction. 
Il a su se concilier l'affection de tous ses collègues par la droiture de 
son jugement et par son extrême affabilité. 

D’autre part, je puis compter, j’en ai eu déjà la preuve, sur le 
concours dévoué de notre président honoraire, M. Sardou père, qui, 
dans sa verte vieillesse, conserve toute la vigueur et toute l’ardeur 
de ses jeunes années. 


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DISCOURS DE M. USQU1N 


9 


« Si l’oisiveté rend l’esprit flottant », comme le prétend Lucain, 
Variant semper dant otia mentent , nous pouvons être certains que 
l’intelligence et l’esprit de notre vénéré maître ne flotteront jamais. 
Doué d’une facilité de travail exceptionnelle, d’une mémoire merveil¬ 
leuse et d’un cœur d’or, M. Sardou est, pour nous tous, un modèle à 
suivre. Digne père de Victorien Sardou, il a bien mérité l’immense 
joie qui lpi était réservée : il a pu applaudir aux triomphes de son cher 
fils, et il assistera à ceux que l’avenir lui réserve. 

M. Sardou est la cheville ouvrière de notre Société : c’est le 
véritable président, l’autre n’a qu’à l’écouter et à suivre ses conseils 
toujours marqués au coin de la sagesse. 

Mais ce n’est pas tout : j’ai quatre collaborateurs remplis de zèle et 
d’activité. 

M. Deville, vice-président, connaît à fond toutes les questions qui 
se rattachent à la géographie. Après avoir traversé l’Asie Mineure, 
visité Jérusalem, il a navigué sur le Gange, traversé l’Inde dans tous 
les sens, gravi l’Himalaya. Puis il s’est rendu aux Etats-Unis et au 
Canada, il a navigué sur les grands lacs, passé sous la cataracte du 
Niagara et descendu le Mississipi jusqu’à la Nouvelle-Orléans, après 
avoir visité les fameuses grottes de « Mammouth-Caves. » Partout il 
s’est mis en rapport avec les habitants des contrées qu’il a visitées. Il 
s’est efforcé de recueillir leurs idées, leurs sentiments, et non seule¬ 
ment il a décrit les mœurs des populations au milieu desquelles il a 
vécu, mais il a rapporté un grand nombre de croquis pris sur nature. 
Collaborateur du Tour du Monde, membre de la Société de Géogra¬ 
phie de Paris, M. Deville est venu, lui aussi, planter sa tente à Nice. 
Il remplacera souvent le président et personne ne s’en plaindra. 

M. Brun, secrétaire général depuis vingt-trois années, est le seul 
membre actif survivant des fondateurs de notre Compagnie. C’est à 
lui qu’elle doit en grande partie sa situation prospère. Non seulement 
il nous adresse des mémoires très intéressants; mais, toutes les fois 
qu’on arrive à discuter une question d’art, d’archéologie ou d’archi¬ 
tecture, il intervient avec une autorité incontestable et incontestée. 
Tout à l’heure M. Brun rendra compte des travaux de la Société 
pendant l’année écoulée, mais il ne parlera pas de lui. Il m’appartient 
donc de placer sous vos yeux un résumé très rapide des mémoires 
qu’il nous a lus : 1° Souvenirs de voyage de Naples à Pompei. 
Ce sont des notes très intéressantes, prises au jour le jour, currente 


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10 


DISCOURS DE M. USQUIN 


calamo. 2* Étude sur les stations préhistoriques et les campe¬ 
ments romains dans les Alpes-Maritimes. Ce travail comprend la 
description des trente camps et oppida dont les ruines ont été retrou¬ 
vées dans les Alpes-Maritimes. La Société a décidé que ce travail 
intéressant serait présenté à la réunion générale des Sociétés savantes 
qui aura lieu à la Sorbonne le mois prochain. Une découverte faite 
par notre confrère sur le plateau de Cimiez permettra de rectifier, 
en partie, les versions diverses motivées par l'inscription en l’honneur 
de Septime-Sévère, trouvée en même temps qu’une autre dédiée à 
Caracalla, dans les baignoires du Caldarium. Enfin, M. Brun nous a 
décrit toutes les fouilles effectuées à Cemenelum (aujourd’hui Cimiez). 
Il a démontré que, dans la deuxième moitié du III me siècle de notre 
ère, l’impératrice Cornélie Salonine habitait Cemenelum. Cette ville 
était à l’apogée de sa prospérité au IV me siècle, comme le prouvent 
des pièces de monnaie à l’effigie de Licinius et de Constantin. 

J’ajouterai que notre infatigable secrétaire général a publié, cette 
année, la 3 me édition d’un ouvrage admis à la Bibliothèque de l’Expo¬ 
sition universelle de 1878 : Le Traité pratique des opérations sur 
le terrain, et qu’il a trouvé encore le temps de faire à l’Athénée des 
conférences très suivies sur l’art ancien. 

M. Brun a pour secrétaire-adjoint M. Moris, archiviste du dépar¬ 
tement, qui fait preuve d’un zèle, d’une activité dont nous ne saurions 
trop le remercier. 

Non seulement M. Moris s’occupe des détails de la correspondance, 
détails multiples, puisque nous sommes en rapport avec deux cent 
vingt-quatre sociétés savantes, mais il nous a lu pendant l’année 1883 
deux mémoires fort intéressants sur les Campagnes des Alpes 
pendant la Guerre de la succession d'Autriche. 

Notre jeune et sympathique confrère a bien mérité la récompense 
qui lui sera décernée tout à l’heure. 

Enfin, sous la direction intelligente de M. Nœtinger, notre trésorier- 
bibliothécaire, nos archives sont classées avec ordre et méthode et l’im¬ 
pression de nos Annales ne laisse rien à désirer : c’est un bibliothécaire 
modèle doublé d’un érudit et d’un écrivain élégant. 

Avec de pareils collaborateurs la tâche du président est bien facile, 
je dirai même que c’est une véritable sinécure. 

Notre société a fait d’excellentes recrues pendant l’année qui vient 
de s’écouler: M. Vigan, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées; — 


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DISCOURS DE M. ÜSQUIN 


II 


M. le chanoine Bousquet; — M. Edmond Chiris, conseiller général, 
président du Tribunal de Commerce de Grasse ; — M. Duchêne, 
inspecteur des forêts; — M. Quéry, chimiste expert ; — M. Levylier, 
ancien sous-préfet; — M. le docteur Olivier (d’Antibes); — 
M. Martinet; — M® Marcy, avocat, président de l’Association poly¬ 
technique ; — M. le commandant Morin ; — M. Teisseire. 

Mais, depuis notre dernière réunion, nous avons eu la douleur de 
perdre deux de nos membres honoraires : M. le baron de Boyer 
de Sainte-Suzanne, gouverneur général de la principauté de Monaco, 
et M. le oomte du Moncel, membre de l’Institut, tous les deux 
officiers de la Légion d’honneur. 

M. le baron de Sainte-Suzanne avait parcouru une laborieuse 
carrière administrative. Partout où il a passé il a été regretté. Je 
n’ai à m’occuper ici que de ses nombreux travaux littéraires, estimés 
à juste titre par tous les amateurs et par tous les gens de goût. 

Je citerai les principaux : Le Traité de recrutement militaire 
(cet ouvrage a eu huit éditions) ; —La Vérité sur la centralisation ;— 
L'Art dramatique chez les Romains; — Le Code départe¬ 
mental; — Les Intendants de Picardie; Les Études sur les 
arts industriels ; — Les Recherches sur la sigillographie et la 
numismatique. 

A Monaco, il a publié plusieurs volumes d’une étude fort intéres¬ 
sante intitulée : Notes d'un curieux , comprenant les tapisseries 
de haute et basse lisse françaises , flamandes , espagnoles, 
italiennes , anglaises. Cet ouvrage devait se terminer par une 
étude sur les orfèvres français qu’il venait de finir quand la mort 
est venue le frapper. 

M. de Sainte-Suzanne appartenait à la Société française de numis¬ 
matique et d’archéologie. Administrateur éminent, artiste et critique 
d’art, bibliophile hors ligne, il se fait remarquer par un goût délicat 
en toutes choses. Modeste, comme tous les hommes d’un mérite réel, 
il a su se faire aimer de tous ceux qui l’ont connu. Son amitié n’était 
pas de celles dont parle Michel de Montaigne, « avec lesquelles il 
faut marcher prudemment, la bride à la main. » 

Notre Société, fière de le compter parmi ses membres, n’oubliera 
jamais M. le baron de Sainte-Suzanne. 

M. le comte du Moncel, de l’Institut, était membre correspondant 
de notre Société depuis 1876. C’était un de ces vulgarisateurs qui 


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12 


DISCOURS DE M. USQUIN 


savent, comme notre éminent confrère, M. Flammarion, mettre la 
science à la portée de tous et la rendre agréable. Il ne suffit pas de 
montrer à ceux qui sont désireux d’apprendre la ruche remplie de 
miel et de leur dire « in mcedium quœsita reponunt ». Il faut 
leur donner le moyen d’extraire facilement le miel de la ruche et 
d’en tirer le meilleur parti possible. 

M. du Moncel avait été le premier directeur du journal La Lumière 
électrique. Il a rendu compte de tous les travaux concernant l’électri¬ 
cité et il est l’auteur d’un grand nombre de mémoires relatifs à cette 
science qui vient à peine d’entrer dans le domaine de l’application pra¬ 
tique et qui est appelée à transformer le monde industriel et commercial. 
En 1882, il a fait paraître chez Hachette cet intéressant livre sur le 
téléphone dont quatre éditions ont été épuisées en quelques mois. 
M. du Moncel, un des premiers,a compris toute l’importance des travaux 
de M. Marcel Deprez au sujet du transport de la force électrique à 
grande distance, par les fils conducteurs. Cette nouvelle application 
de la science électrique, appelée à modifier un jour toutes les con¬ 
ditions économiques de la vie industrielle, mettra à la portée de tous, 
non plus seulement à la ville, mais à la campagne, une force motrice 
commode et peu coûteuse. 

Dans les contrées sillonnées par des cours d’eau, comme le Dauphiné, 
les Pyrénées, l’électricité sera produite à très peu de frais par les 
machines dynamo-électriques. M. du Moncel assistait aux expériences 
faites à Yizille dans le département de l’Isère. La force transmise par 
une turbine de Yizille et qui était recueillie à Grenoble, c’est-à-dire à 
10 kilomètres de distance, a été utilisée pour une foule d’offices et les 
plus incrédules ont été convaincus. Les expériences faites à Munich 
avaient, d’ailleurs, prouvé qu’on peut transmettre la force motrice à 
50 kilomètres de distance par le moyen de fils analogues aux fils 
télégraphiques ordinaires. Les dernières expériences de Yizille vont 
être suivies par d’autres faites sur une grande échelle. On espère 
transporter une force de 200 chevaux à 50 kilomètres de distance avec 
un rendement de 50 p.'/ 0 , et les 200 chevaux de force transportés 
pourront être répartis sur trois points différents. Dans un temps 
peu éloigné, l’électricité et la chaleur causeront dans le monde 
économique et scientifique une révolution dont il est difficile de 
prévoir l’étendue. Peut-être, dans quelques années, pourrons-nous 
obtenir des dépôts de force motrice produits par l’électricité, comme 


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DISCOURS DE M. USQUIN 13 

nous aurons des dépôts de rayons solaires emmagasinés dans d'im¬ 
menses réservoirs. 

M. le comte du Moncel est mort sur la brèche, la plume à la main, 
avec la satisfaction d'avoir assisté aux grandes victoires de la science 
moderne et d’avoir prévu celles de l’avenir. (Applaudissements 
prolongés.) 

La parole est donnée à M. Brun, secrétaire perpétuel pour 
la lecture du rapport sur les travaux faits pendant l’année. 


RAPPORT DE M. BRUN 

Mesdames, Messieurs, 

Après les paroles éloquentes de notre président et celles si profon¬ 
dément senties et si patriotiques que vient de nous faire entendre 
notre président d’honneur M. le général Thiéry, il serait imprudent, 
même pour un orateur habile à manier la parole, de venir faire un 
discours. Aussi n’en estrK» point un que je me propose de faire, mais 
une simple nomenclature des travaux de notre Société pendant l’année 
qui vient de s’écouler depuis notre dernière réunion générale. 

Je n’aurai donc pas à me préoccuper de mon style ; tout l’intérêt de 
cette communication résultant uniquement de celui que présentent, 
dans leurs détails, les divers travaux de nos honorés confrères. Jusqu’à 
ce jour, l’honneur d’en rendre compte avait été réservé à notre prési¬ 
dent; une modification de nos règlements intérieurs nous fait, aujour¬ 
d’hui, déroger à cet usage. Tout autre membre de la Société aurait 
pu, mieux que votre serviteur, accomplir cette tâche; mais les cir¬ 
constances en ont décidé autrement : il y a vingt-trois ans, lors de 
l’organisation de la Société, on désigna pour remplir les fonctions de 
secrétaires des sections, les plus jeunes des membres fondateurs. Le 
secrétaire remplit dans une société le même office que le ressort dans 
une montre ; et, comme le ressort, il doit rester caché sous la double 
enveloppe de la boîte : on ne doit le voir nulle part et il doit remplir 
ses fonctions sans qu’on s’aperçoive de sa présence C’est ce que je me 
suis efforcé de faire pendant vingt-trois ans. 


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14 


RAPPORT DE M. BRUN 


Mais, l’année dernière, fatigués de voter perpétuellement pour le 
même membre du bureau, mes honorés confrères ont décidé qu’il était 
plus logique de m’accorder le titre de secrétaire perpétuel. Ce n’est 
donc pas à une valeur personnelle quelconque que je dois, aujourd’hui, 
l’honneur de rendre compte de nos travaux, mais simplement à l’an¬ 
cienneté, n’en déplaise à notre honoré président qui a bien voulu me 
prodiguer des éloges dont je serais très fier s’ils étaient véritablement 
mérités. 


La Société a publié, depuis notre dernière assemblée générale, le 
tome huitième de ses annales, comprenant près de quatre cents pages 
in-8* et dix-neuf planches, dont une en chromotypie. 

Les divers travaux contenus dans ce volume ont été cités lors de 
notre dernière séance publique annuelle et plusieurs ont été l’objet de 
récompenses accordées par la Société. 

Nous sommes heureux de rappeler les noms des lauréats de l’année 
dernière : 

M. Péragallo, qui a reçu une médaille de vermeil pour ses beaux 
travaux d’anthomologie; M. Sénequier, auquel une médaille d’argent 
a été attribuée pour ses recherches sur les camps préhistoriques, et 
enfin, MM. Bottin et Chiris qui ont reçu chacun une médaille de 
bronze pour leurs recherches archéologiques. 

M. Casimir Bottin, l’intrépide chercheur, qui a déjà fouillé tous les 
coins des bois et des montagnes des environs de Saint-Vallier, vient 
d’enrichir ses collections de deux vases remontant à la plus haute 
antiquité ; ils sont en poterie brune très grossière, mal cuite et leur 
surface est couverte de dessins géométriques analogues à ceux qui 
décorent les poteries gauloises. Cependant leur composition, la gros¬ 
sièreté du grain, leur mode de fabrication les font remonter à une époque 
antérieure à l’âge du bronze. Il ont, du reste, été trouvés dans une 
sépulture avec des objets caractéristiques de la période néolithique. 

Les ornements qui décorent ces vases confirment la théorie de 
l’ornementation qui a été développée l’an dernier à l’Athénée et qui 
tend à prouver que les ornements primitifs, n’empruntant leurs élé¬ 
ments qu’à l’imagination et au caprice sans s’inspirer de la nature, sont 
les mêmes chez tous les peuples et que les dessins de cette nature 
trouvés à Mycènes, à Santorin, dans la Gaule, au Brésil, dans les 


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RAPPORT DE M. BRUN 


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Indes, sont identiques, basés sur les mêmes inspirations, combinés de 
la même manière; que le bambou sculpté par le sauvage de la 
Nouvelle-Calédonie est décoré des mêmes zones, des mêmes zigzags, 
des mêmes triangles simples ou combinés, que le manche de fouet 
façonné par un bourrelier de village. 

M. Bottin a, en outre, envoyé récemment les photographies de 
divers objets qu’il a trouvés dans neuf tombes préhistoriques entre 
Saint-Cézaire et Saint-Vallier. 

M. Bottin a bien voulu servir de guide aux membres de notre 
Société qui, au mois de juin dernier, ont entrepris une excursion 
archéologique dans l’arrondissement de Grasse ; il nous a fait visiter 
plusieurs sépultures, un camp préhistorique, une enceinte remplie de 
débris de silex, de poteries et d’ossements. 

Cette enceinte se trouve sur le sommet d’un monticule ; elle est 
formée de roches aux formes fantastiques dont quelques-unes semblent 
avoir servi de tables à sacrifices ; on y reconnaît même des espèces de 
conduits peut-être formés par la nature, mais dont la disposition est on 
ne peut plus curieuse. 

Ces roches qui dominent les plateaux de la Siagne, à une altitude de 
près de 700 mètres, ont un aspect véritablement grandiose. 

Ce site étrange éclairé par les rayons de la lune serait un admirable 
cadre pour une scène druidique, et le peintre qui voudrait l’interpréter 
serait certain d’obtenir un succès d’impression, dans la véritable 
acception du mot. 

Quelque temps après cette intéressante excursion, M. Bottin nous 
signalait, aux environs de Saint-Vallier, la découverte d’une nouvelle 
brèche osseuse. 

On ne saurait trop encourager les efforts d’hommes qui, comme 
M. Bottin, partis des derniers échelons de l’administration (il a débuté 
comme facteur des postes), ont conquis, à force de travail et d’efforts, 
un avancement mérité et des connaissances suffisantes pour leur 
permettre de rendre à la science de véritables services. Aussi, la 
Société, heureuse de reconnaître son mérite, lui a-t-elle accordé, cette 
année, une médaille d’argent. 


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16 


RAPPORT DE M. BRUN 


m. mûris 

M. Moris, notre laborieux et savant archiviste du département, a 
analysé, dans les séances des 1 er et 16 juin 1883, un fort intéressant 
mémoire qui lui a été communiqué par M. Cachiardy de Montfleury, 
maire de Breil. Ce mémoire contient de précieux détails historiques 
sur l’action des armées franco-espagnoles et austro-sardes dans les 
Alpes, pendant la guerre de la succession d’Autriche. 

Le passage relatif à l’épisode du siège, par les Espagnols, d’une 
maison de campagne appartenant à la famille Thaon n’est pas tout 
à fait conforme, dans ce mémoire, aux traditions locales. Ce qu’il 
y a de certain cependant, c’est que quelques jeunes gens, fortuite¬ 
ment réunis dans cette habitation, située sur le flanc de Montboron, 
en-dessous du fort de Montalban, mirent en émoi toute l’armée 
espagnole ; qu’ils soutinrent une espèce de siège, capitulèrent et 
sortirent avec les honneurs de la guerre et leurs fusils de chasse. 
Le plus curieux de l’affaire, c’est qu’on prit la chose au sérieux à 
Madrid et qu’on y chanta un Te Deum pour remercier le ciel de 
cette victoire. La maison porte depuis le nom de fort Thaon. 

Dans la séance du 16 novembre, M. Moris a déposé sur le bureau 
le premier exemplaire du cartulaire de Lérins dont il venait d’achever 
la publication. C’est un beau volume in-4 # imprimé avec le plus 
grand soin sur papier de Hollande, et orné d’un plan de l’abbaye 
au XII* siècle ainsi que d’un fac-similé d’une charte. Cet ouvrage 
de quatre cent soixante-quinze pages contient des notes fort intéres¬ 
santes, des appendices, des index, et un dictionnaire géographique. 
Quelques personnes, ignorant que ce travail devait avoir une suite, 
ont reproché à M. Moris de ne l’avoir pas accompagné d’une discussion 
diplomatique. Ce complément indispensable sera publié dans le second 
volume du cartulaire. 

Notre Société qui se proposait, depuis 1867, de publier le cartulaire 
de Lérins et qui avait même fait réclamer officiellement le retour 
à Nice de l’original, s’est empressée de venir en aide à M. Moris 
pour l’exécution d’une œuvre aussi importante, et, sur ses ressources 
pourtant bien restreintes, a accordé, pour les frais d’impression de 
l’ouvrage, une subvention de 1,500 francs qui n’en couvrira que 
la sixième partie à peu près. Elle a, en outre, voté à M. Moris, 


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RAPPORT DE M. BRUN 


17 


pour ses travaux en général et en particulier pour sa collaboration 
au cartulaire, une médaille de vermeil que nous serons heureux de 
lui remettre aujourd’hui. 

Dans les inspections fréquentes que fait l’un de nos confrères, 
M. Nœtinger, dans notre département, il a remarqué l’intelligence 
avec laquelle un secrétaire de mairie avait su classer les archives 
de sa commune. Tout y a été conservé, étiqueté, mis en ordre 
et pour encourager dans cette voie les confrères de M. Musso, 
secrétaire de la mairie de Roquebillière, la Société a décidé qu’il 
y avait lieu de lui accorder une médaille de bronze. 


M. LE DOCTEUR MACARIO 

M. le docteur Macario vient de parcourir tous les rivages de la 
Méditerranée dans les meilleures conditions possibles pour un savant : 
s’arrêtant partout où il y avait une recherche à faire ou quelque chose 
à admirer. Nous avons eu l’heureuse chance de recevoir les premières 
communications de ses impressions de touriste. C’est ainsi que 
M. Macario nous a décrit les ruines de Carthage, la chapelle palatine 
de Palerme, la mosquée de Sainte-Sophie, d’autres monuments encore, 
faisant preuve, chaque fois, d’un goût artistique très développé et 
d’une érudition profonde. Nous espérons que M. le docteur Macario 
publiera bientôt son voyage et nous nous faisons une fête de parcourir 
ces pages empreintes d’un cachet de vérité auquel le pittoresque du 
style n’enlève aucunement son relief. 


M. DUCHÊNE 

La Société a accorde à M. Duchêne, inspecteur des Forêts, une 
médaille d’argent pour son beau travail sur l’utilité du reboisement en 
France. M. Duchêne a étudié la question des aménagements du sol 
forestier depuis la conquête romaine jusqu'à nos jours et a démontré, 
preuves en main, la connexité qui existait entre les déboisements 
inopportuns et le recul vers le midi des cultures qui, telles que celle 
de la vigne, demandent un climat tempéré. Cet important travail 
figurera in extenso dans le tome IX e de nos annales où il sera lu avec 


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RAPPORT DE M. BRUN 


plaisir par tout le monde ; car, outre son intérêt spécial au point de vue 
économique, il est écrit dans un style attrayant et rempli de citations 
et de faits qui intéresseront tous les lecteurs. 

M. P. SÉNEQUIER 

M. Paul Sénequier, auquel notre Société doit déjà de si importants 
travaux sur l’archéologie préhistorique de l’arrondissement de Grasse, 
a communiqué à la Société, dans sa séance du 16 mai 1882, plusieurs 
passages d’un mémoire qu’il se proposait de publier à la suite de 
l'inventaire des archives de la ville de Grasse. Ce mémoire fort 
intéressaut et qui ne contient pas moins de vingt chapitres est le fruit 
d’un travail consciencieux et de patientes recherches; il repose sur les 
documents les plus authentiques. L’auteur y a résumé, dans un style 
plein de verve, tous les évènements importants de l’histoire de Grasse. 
Il a lu, in extenso , le chapitre relatif au clergé, qui renferme des 
détails fort curieux sur les luttes incessantes soutenues par le chapitre 
contre les évêques et sur des procès de toute sorte auxquels l’avocat 
des chanoines ne pouvait souvent suffire. 

11 y a, dans cette partie du travail de M. Sénequier, des passages 
qui, à plus d’un titre, auraient été dignes d’être célébrés par l’auteur 
du Lutrin. 

M. Sénequier a fait récemment hommage à la Société du volume 
contenant ce mémoire : c’est un in-8° de trois cents pages, imprimé avec 
soin et qui fait honneur à l’auteur et à l’imprimeur M. Imbert, de Grasse. 

M. LE DOCTEUR GUEIRARD ET M. LE DOCTEUR HENRY 

Dans la séance du 16 mai 1883, M. le docteur Gueirard a exposé à 
la Société un projet d’organisation de stations météorologiques dans les 
montagnes, entre Nice et Menton. La Société, sur la proposition de 
M. le docteur Henry, a décidé qu’il y avait lieu de généraliser cette 
mesure et de multiplier les points d’observation. Il y aurait un intérêt 
majeur à obtenir le concours du Génie militaire pour les postes placés 
sous sa direction. 

La Société a commencé à s’occuper des moyens propres à doter 
certaines stations d’instruments convenables, dans le plus bref délai 


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* 



RAPPORT DE M. BRUN 


19 


possible. M. Henry, auquel la Société doit des travaux qui lui font le 
plus grand honneur et qui ont été, en partie, publiés par elle, a adressé 
une requête au bureau central météorologique pour obtenir des 
instruments d’observation. Nous ne doutons pas du succès de la 
démarche de notre savant confrère. 

Dans une séance postérieure, M. le docteur Gueirard a fait part à la 
Société de ses observations sur les variations progressives, depuis trois 
années, du baromètre absolu de MM. Hans et Hermary. M. Gueirard 
n’attribue pas ces variations à l’évaporation du liquide contenu dans le 
thermomètre à air libre, mais bien à la rétraction progressive du 
verre. Ces baromètres sont, par ordre du Ministère de la marine, 
adoptés pour le service de la flotte ; cette observation est donc d’une 
importance capitale et M. Gueirard, appuyé en cela par l’un de ses 
collègues, qui a également observé les mêmes variations, dit que l’on 
ne peut se fier à l'exactitude du baromètre absolu et qu’il est 
indispensable de le régler tous les deux ou trois mois au moyen d’un 
baromètre Fortin. 


M. NŒTINGER ET M. HALPHEN 

M. Nœtinger a rendu compte de la brochure offerte par M. Halphen 
et qui a pour titre : Lettres inédites de Henri IV au chancelier de 
Belliêvre. 

M. Halphen a entrepris une étude des plus intéressantes, celle de la 
correspondance du roi Henri IV. Il a recueilli, à la bibliothèque 
Nationale, toutes les pièces qui s’y trouvaient relativement à ce sujet et 
a déjà publié plusieurs volumes du plus grand intérêt. 

Cette nouvelle brochure, éditée avec luxe, contient soixante-huit 
lettres du roi au chancelier de Belliêvre. M. Nœtinger en a fait 
l’analyse en faisant ressortir la fausseté des accusations d’avarice et 
d’ingratitude si souvent formulées contre le Béarnais. Cette correspon¬ 
dance, dans laquelle on regrette de constater que le roi se mêlait un 
peu trop de la direction à donner aux arrêts de la justice et indiquait 
d’une manière trop significative le sens dans lequel il désirait que ces 
arrêts fussent prononcés, prouve, d’autre part, que le roi n’oubliait pas 
ceux qui lui avaient rendu des services et qu’il savait, à l’occasion, se 
montrer généreux. 

M. Halphen, qui sait faire un si noble emploi de sa fortune, aurait 


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RAPPORT DE M. BRUN 


voulu compléter son œuvre en y joignant la précieuse collection des 
lettres de Henri IV conservées dans les archives du palais de Monaco, 
mais la publication de ces documents n’a pas été, jusqu’à ce jour, 
autorisée par le Prince. 

M. Halphen a, en outre, offert à la Société deux autres ouvrages 
qu’il vient de publier : Discours de la bataille de Garennes (1590) 
et Harangues et Lettres inédites du roi Henri IV, suivies de 
lettres inédites du poète Rapin et de son 01s. 

Ces éditions de luxe font le plus grand honneur au goût de notre 
oonfrère, qui rend, par ces publications, le plus grand service à 
l’histoire de notre patrie. 


M. LE DOCTEUR NIÈPCE — M. LE DOCTEUR CAZENEUVE 

M. le docteur Nièpce a entretenu la Société de ses travaux d’analyse 
de l'air et des eaux de Nice. Il a constaté l’heureux effet des brises 
sur notre atmosphère et constaté que c’est à leur action constante 
qu’est due, en grande partie, la salubrité de la ville de Nice. 

M. le docteur Cazeneuve a communiqué un travail fort intéressant 
sur les sanatoria des Alpes dans l’Engadine. 


M. SARDOU 

M. Sardou, notre savant président honoraire, à qui les années sem¬ 
blent donner une nouvelle ardeur, a lu à la Société une fort intéres¬ 
sante étude sur la vie et les œuvres de Rancher, le célèbre poète 
niçois. Vous dire avec quel soin et avec quelle érudition profonde a 
été traité ce sujet serait absolument oiseux ; vous allez en entendre la 
lecture que notre aimable et vénéré doyen a bien voulu consentir à 
refaire aujourd’hui. 

ATHÉNÉE 

Le docteur Maurin a lu, dans la séance du 16 avril 1883, un fort 
intéressant rapport sur les travaux de l'Athénée pendant la dernière 
période triennale. 

L’Athénée est un établissement libre d’enseignement supérieur dont 
la fondation est due à la Société des Lettres, Sciences et Arts des 


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RAPPORT DK M. BRI; N 


21 


Alpes-Maritimes. Après avoir, pendant trois années, établi des cours 
d'enseignement secondaire pour les jeunes filles, notre Société a 
organisé des cours publics dont le succès l’a engagée à créer une 
institution définitive. Sur la proposition d’un professeur émérite, 
M. d’Izalguier, la Société a nommé une commission chargée d’organiser 
les cours et d’administrer l’Athénée. Le succès a répondu à ses efforts 
et, grâce au concours bienveillant de la Municipalité toujours prête à 
favoriser les œuvres de progrès, ainsi que du Conseil général du 
département, la ville de Nice est aujourd’hui dotée d’un établissement 
d’enseignement supérieur aux cours duquel se pressent les auditeurs 
et qui fait honneur à notre belle cité ainsi qu’à la Société qui en a été 
l’inspiratrice. 

La Société appelée cette année à nommer une nouvelle commission, 
pour remplacer celle dont les pouvoirs étaient expirés, a confirmé 
purement et simplement la nomination des membres sortants, se 
bornant à remplacer ceux que nous avions eu le regret de perdre 
pendant l’exercice. 

La commission de l’Atbénée que la Société remercie de son zèle et 
de son dévouement est actuellement composée de : 


MM. le docteur Maurin, président ; 

le docteur Bernard Arnulphy, secrétaire; 

Brun, Corinaldi, Macario, Moris et Nœtinger, assesseurs. 


Les cours professés cette année sont les suivants : 


Littérature. 


Astronomie, par M. le docteur Gueirard; 

Archéologie et histoire de l’art (3 me année), par M. Brun. 

Le Théâtre contemporain, par M. Gardillon, 
de l’Université; 

Les grands Écrivains français, par M. Victor 
Garien. 

i Histoire naturelle, par M. le docteur Mengeaud, 
Sciences .... < de l’Université. 

Géologie, par M. Ambavrac, de l’Université. 
Colonisation, par M. Moulin. 


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22 


RAPPORT DE M. BRUN 


QUESTIONS D’INTÉRÊT LOCAL 

La Société s’occupe activement de toutes les questions qui, touchant â 
la science, peuvent avoir quelque influence sur la prospérité du pays. 
C’est ainsi qu’elle a souvent mis à l’ordre du jour de ses séances, des 
études relatives à l'hygiène des villes et que les questions relatives au 
pavage, aux systèmes d’égouts, aux meilleures conditions d’établisse¬ 
ment des conduites et des récipients des eaux ménagères, à la salubrité 
des maisons et des rues ont été traitées dans son sein. 

Dès l’année 1879 elle s’occupait de l’établissement rationnel d’un sys¬ 
tème d'égouts à Nice. Depuis lors,en maintes circonstances, elle a abordé 
de nouveau ces études d’où dépendent la prospérité et l'aveuir de notre 
ville. MM. Barbe père, D r West, Thaon,Schmeltz. Harris, Chevallier et 
d’autres encore ont soumis leurs travaux à la Société qui les a discutés 
et n’a cessé de s’occuper avec zèle d’une question aussi importante. 

M. Barbe père a présenté l’analyse des divers systèmes d'assainisse¬ 
ment proposés à la municipalité de Cannes. 

M. le D r West, professeur à l’Académie de médecine de Londres, 
nous a entretenus des travaux de pavage et d’assainissement nouvel¬ 
lement exécutés en Angleterre. 

M. Thaon a lu plusieurs mémoires sur l’ensemble des systèmes 
d’égouts de la ville de Nice et sur l’hygiène. 

M. Schmeltz a analysé les travaux des savants anglais et allemands 
sur l’hygiène des maisons. 

MM. Gueirard, Bonnal, Depretz, Nièpce, Macario, et d’autres de 
nos confrères ont soutenu d’intéressantes discussions sur l’hygiène. 

M. Harris, consul d'Angleterre, nous a entretenus, dans un charmant 
et humoristique travail, des desiderata relatifs au tracé des nouveaux 
quartiers et a exposé quelles étaient, selon lui, les meilleures conditions 
d’une station d’hiver. La même thèse, en réponse à M. Harris, a été 
traitée par M. Chevallier. 

Comme on le voit, notre Société ne s’occupe pas uniquement de 
questions spéculatives; elle cherche à se rendre utile au pays non 
seulement en y répandant le goût des lettres, des sciences et des 

arts, mais aussi en étudiant tout ce qui peut, à un titre quelconque, 

# 

être utile à cette belle contrée ou servir, plus particulièrement dans 
la faible mesure de ses efforts, à la gloire pacifique ou à la prospérité 

de la patrie. 

■ • 


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RAPPORT DE M. BRUN 


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A la suite de ce compte rendu des travaux de la Société 
souvent interrompu par des applaudissements, M. Sardou 
père lit une fort intéressante étude sur Rancher, poète 
niçois, dont la Nemuïda, poème analogue au Lutrin, est le 
monument le plus précieux de la langue et de la littérature 
du pays. L’auteur exprime le vœu que les œuvres inédites 
de ce poète qui sont encore entre les mains de quelques 
particuliers soient soumises à l’examen d’une commission 
nommée par la ville et publiées au moins en partie. 

M. Usquin, à propos d’un remarquable ouvrage offert 
dernièrement à la Société par son auteur M. Charles Livet, 
commente très spirituellement les Précieuses ridicules de 
Molière. 

RÉCOMPENSES 

Enfin, des récompenses sont décernées aux lauréats : 

Médaille de vermeil , à M. Henri Moris, archiviste du 
département, pour ses travaux sur l’histoire des Alpes- 
Maritimes ; 

Médailles d'argent, à M. Duchêne, inspecteur des forêts, 
pour ses études sur le reboisement ; — à M. Bottin, pour ses 
recherches préhistoriques; 

Médaille de bronze, à M. Musso, secrétaire de la mairie 
de Roquebillière, pour le soin intelligent qu’il apporte dans 
le classement des archives de cette commune. 

La séance est levée à 6 heures et demie. Le soir, au 
restaurant du Casino Municipal, un banquet .confraternel 
réunissait un grand nombre de membres de la Société. 


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RANGHER 

POÈTE NIÇAKD 

SA VIE - SES ŒUVRES 


Dans le premier quart de notre dix-neuvième siècle, un 

Français d’origine, que la ville de Nice, faisant alors partie 
* 

des Etats sardes, s’estimait heureuse de compter au nombre 
de ses enfants, s’est fait par ses poésies en langue du pays, 
comme après lui Jasmin à Agen avec ses petits poèmes 
gascons, une grande réputation parmi ses concitoyens; et 
aujourd’hui ce même poète, en raison de ses études sur la 
vieille langue des Troubadours et ses tentatives de rénova¬ 
tion littéraire, mérite d’être considéré comme l’un des plus 
dignes précurseurs des premiers félibres d’Avignon, ces 
favoris de la muse provençale, qui ont créé une nouvelle 
littérature dans le midi de la France. 

L’homme dont je veux parler s’appelait Rancher, son 
œuvre capitale est intitulée la Nemaïda. Cette curieuse 
composition poétique, tableau fidèle de l’époque où elle 
parut, nous fait vivre en plein Nice d’il y a soixante ans, 
ville bien différente à tous égards de la Nice actuelle, et a 


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RANCHER 


placé Rancher fort au-dessus de tous les autres poètes 
niçards; elle peut donc, à plus d’un titre, offrir un assez 
grand intérêt à tout ami des lettres, Niçois ou non, Fran¬ 
çais ou étranger; et c’est là un point que je vais essayer 

ê 

de faire ressortir; mais avant de donner un aperçu de 
l’œuvre, disons quelques mots de l’auteur, 

Joseph-Rosalinde RANCHER naquit à Nice dans une 
maison de la place Vieille, le 20 juillet 1785 et non en 1784, 
comme l’a dit M. Toselli *. Il fut le septième de quatorze 
enfants : une de ses sœurs, née longtemps après lui et que 
nous avons pu consulter, nous a dit que le futur auteur de 
la Nemaïda vint au monde deux mois avant terme. « Il 
était si petit, a-t-elle ajouté, que son premier berceau fut 
un caissetin à bonbons, et si faible, qu’on le crut mort peu 
après sa naissance. Il faillit même être enterré et ne dut la 
vie qu’à un léger soupir qu’il poussa au moment où l’on 
s’apprêtait à le porter en terre, dans son petit cercueil entiè¬ 
rement ouvert et parsemé de fleurs, selon le pieux et tou¬ 
chant usage de ce temps-là. » 

Le père de Rancher était Français et habitait Saint- 
Jeannet, petite commune sur la rive droite du Var, canton 
de Vence, arrondissement de Grasse, département du Var, 
avant l’annexion de Nice à la France en 1860. Reçu chirur¬ 
gien, il vint jeune encore se fixer à Nice, qui quelques 
années après fut réunie à la première république française 
(1792). Une école secondaire de médecine ayant été fondée 
dans cette ville, M. Rancher père y fut nommé professeur 
de chirurgie. 

Son fils avait montré de bonne heure une intelligence 

L Biographie niçoise. Voici la teneur de Pacte de baptême copié par nous sur les 
registres de Péglise de Sainte-Réparate : « 1785. Die vicesima prima julii, Rosalindus 
Josephus, filius domini Josephi Rancher et domin» Theresiœ Lioni jugalium Rancher, 
heri natua, baptizatus est à reverendissimo domino Josepho Sauvaigo, presbjtero ouræ 
assistent© : patrinis Àdrianus Rancher et domina Theresia Rancher, ejus uxor. » 


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POÈTE NIÇARD 27 

# 

remarquable. Après les premières études élémentaires de 
l’enfant faites à Nice, M. Rancher le présenta, à l’àge de 
douze ans, au collège de Marseille : on raconte que le jeune 
Rancher, admis dans ce collège à la suite d’un brillant 
examen, adressa à ses examinateurs un remerciement en 
vers, qui fit bien augurer de son avenir littéraire. 

Ses études terminées, il fut envoyé à Arezzo en Toscane 
auprès d’une de ses sœurs, qui lui procura un emploi dans 
l’administration des Contributions directes : la Toscane était 
alors, comme tout le nord de l’Italie, sous la domination 
française. D’Arezzo, où quelques vers de sa composition 
l’avaient fait recevoir membre de l’Académie de Pétrarque, 
notre jeune bureaucrate passa à la direction de Florence, 
puis à celle d’Alassio, petite ville de la Rivière de Gênes; 
et la chute de l’empire français en 1814 lui ayant fait perdre 
son emploi, il revint à Nice, qui cette même année avait 
été rendue au roi de Sardaigne. 

Rentré dans sa famille, Rancher eut l’idée de suivre la 
carrière du barreau et se mit à l’étude du droit; mais le 
gouverneur de la ville, M. le comte de Saluces 1 , qui avait 
su apprécier le savoir et le mérite de l’homme, le fit renon- 
cef* à son dessein et l’attacha à sa personne en qualité de 
secrétaire particulier. Peu de temps après, par la haute 
protection du comte de Cessole, président du sénat de Nice, 
Rancher obtint l’emploi de sous-secrétaire au tribunal de 
commerce, fonctions qu’il remplit jusqu’à sa mort (11 juil¬ 
let 1843). 

Le pauvre scribe se délassait de son fastidieux travail de 
bureau par un entretien constant avec les muses. Il lut et 
relut les chefs-d’œuvre littéraires de tous les temps et de 
tous les pays, et se plut à rimer, soit en français, soit en 

1. Gouverneur de Nice de 1820 à 1822. 


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28 


RANCHER 


niçard, de petites pièces fugitives ainsi que des chansons, 
dont parfois il composait lui-même les airs; car il était bon 
musicien, jouait bien du violon et fut longtemps chargé de 
faire la partie d’alto à l’orchestre du théâtre italien. 

■ Ses premiers essais poétiques avaient été bien accueillis 
de ses concitoyens, et plus particulièrement ses chansons 
niçardes devenues bientôt populaires. 

• Cet idiome niçois, sa langue maternelle, ce prétendu 
patois auquel il devait ses meilleurs succès, attira toute son 
attention, et il fit alors ce qu’aucun Niçois n’avait eu l’idée 
de faire avant lui : il se demanda ce que pouvait bien être, 
ce qu’était en réalité ce langage qui persistait à être 
exclusivement usité chez les populations de Nice et de 
tout le Comté, malgré la pression exercée durant plusieurs 
siècles par la langue officielle d’un gouvernement italien ; 
et, guidé par les travaux de Raynouard, avec lequel il 
se mit en correspondance, il étudia l’idiome niçois dans 
ses origines et dans ses rapports avec les autres langues 
néo-latines. Ayant remonté ainsi jusqu’à la brillante 
époque des Troubadours, il n’eut pas de peine à recon¬ 
naître que la langue vulgaire parlée à Nice de Provence , 
comme disait toujours et avec raison la Chancellerie des 
ducs de Savoie, était tout simplement un dialecte moderne 
de la vieille langue d’oc, dite aussi langue provençale ou 
limousine. 

Dès ce moment le niçard lui apparut comme une vraie 
langue, ayant de même que toute autre langue, des qualités 
suffisantes pour donner naissance à une littérature digne de 
ce nom. Combattu sur ce point par des personnes d’un 
savoir qu’il était le premier à reconnaître, mais qui n’avaient 
pas fait les mêmes études que lui sur l’objet de leur discus¬ 
sion, et mis enfin en demeure de prouver son dire par des 
faits, il composa sa Nemaïda, poème héroï-comique de 


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POÈTE NIÇARD 



2,740 vers, formant sept chants.d’inégale longueur et dont 
le titre a pour radical le nom du héros Nem, de même que 
le poème de Virgile est intitulé Y Enéide du nom de son 
héros le Troven Enée. 


Quant au sujet, il est des plus simples, et c’est le hasard 
qui le fournit à l’auteur. 

« Une dispute éphémère entre les marguilliers et les 
« sacristains d’une église, dit-il dans la préface de son 
« œuvre, offrit pour base d’un poème la pointe d’une 
« aiguille. » 

Ces sacristains et ces marguilliers sont ceux de l’église 
Saint-François-de-Paule; l’abbé Nem est le chef des 
premiers, le laïque Parpagnaca est celui des seconds. Ces 
deux chefs et leurs compagnons, mis en scène sous des 
pseudonymes habilement forgés, sont des personnes réelles 
ayant à leur insu posé devant l’auteur ; la cause de leur lutte 
acharnée et ridicule, c’est la possession des clefs de l’église. 

On voit qu’il y a une assez grande analogie entre la 
Nemaïda et le Lutrin ; mais de combien l’emporte le poème 
de Rancher sur celui de Boileau par la variété des tableaux, 
la vigueur des touches, le naturel du dialogue et, à l’occasion, 
par une assez forte teinte de naturalisme rabelaisien, qui 
réjouissait grandement les Niçois de 1823, bien loin de les 
scandaliser, et qu’en vérité n’aurait pu se permettre à la 
cour de Versailles l’auteur du Lutrin ! 

Nous venons de dire que les personnages de la Nemaïda 
étaient tous des contemporains de Rancher lui ayant servi 
de modèles. Si nous l’en croyions, il aurait pris à l’aventure 
les noms de ces personnages et leurs caractères auraient été 
« le fruit de son imagination. » Voilà textuellement ce qu’il 
a soin de dire dans sa préface. « Il n’y a, ajoute^t-il, point 
« d’allusions, point de personnalités, point de caricatures 
« dans mon poème; et ce serait à tort qu’on voudrait y 


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RANCHER 


« trouver des applications, quand le sujet est purement 
« idéal. » 

Mais le public ne fut point dupe de cette précaution 
oratoire. Les masques étaient si transparents, on reconnut 
si bien autour de soi les types des caractères dépeints, que 
le vrai nom de chacun des personnages vint de lui-même à 
la bouche de tous les lecteurs du nouveau poème : on y vit 
ce que l’humeur satirique de l’auteur y avait mis et le succès 
de la Némaïda fut complet. 

Bien qu’il ait perdu aujourd’hui tout son à-propos, ce 
poème est encore digne d’une attention sérieuse. Sans parler 
des qualités purement littéraires que de bons juges se plaisent 
àyreconnaitre,ilaledouble mérite de nous offrir, en premier 
lieu, un excellent spécimen d’une langue populaire, incor¬ 
recte, il est vrai, dans bien des cas, par conscience d’auteur 
qui tient à être exact, mais souple, harmonieuse, douce ou 
rude au besoin, brutale même et à l’occasion quelque peu 
salée 1 ; secondement de mettre sous nos yeux divers tableaux 
des mœurs d’une époque touchant à la nôtre et qui semblent 
appartenir à des temps beaucoup plus éloignés. 

Le plus généralement connu de ces tableaux, b plus 
apprécié par les vieillards, dont il éveille les souvenirs de 
jeunesse, c’est le festin de Cimiez *, c’est-à-dire la fête 
patronale de ce lieu, ce qu’en d’autres contrées du midi 
on appelle un roumairage, littéralement pèlerinage , de 
roumiéuy pèlerin. Voici, pour les personnes qui connaissent 
un des dialectes modernes de la vieille langue d’oc, le texte 
de ce fragment, et pour les lecteurs auxquels ces dialectes 
sont étrangers, une traduction aussi fidèle que possible, 
mais nécessairement inférieure à l’original, comme toute 
traduction. 

1. Le provençal, comme le latin, dans les mots brave Vhonnêteté. 

2. Le 25 mars, tête de l’Annonciation. 


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POETE NIÇARD 


31 


L’auteur fait d’abord cette courte description du lieu de 
la scène, la campagne de Cimiez 1 . 


L’er es tranquil e pur, e la vila destrucha 
Mouostra à l’uès encantat touta sorta de frucha : 

Lou vert pourtegalié, garnit de bei poun d'or, 

En la frucha en la flou douna un double trésor. 

D’un llourage eternel li riba soun bourdadi, 

De l'araourous Zefir li flou soun caressadi ; 

E Febus diligent, en aquéu bèu quartié, 

Fertilisa embe soin la laupia e lou plantié. 

[L’air est tranquille et pur, et la ville détruite — montre à l'œil en¬ 
chanté toute sorte de produits des champs : — le vert oranger, garni de 
belles pommes d’or, — dans son fruit, dans sa fleur offre un double trésor. 
— Les rives sont bordées d’une floraison éternelle, — les fleurs sont 
caressées de l'amoureux Zéphyr; — et Phébus diligent, dans ce charmant 
quartier, — fertilise avec soin la treille et le verger.] 

Notre poète niçois n’a garde d’oublier dans la suite de 
cette description l’arbre de Minerve, l'aubre de Minerva ., 
l’olivier,que Nice vénère, dit-il, qui estson unique ressource, 
lou siéu soulet secours ; puis il nous apprend qu’un couvent 
fut bâti en ce lieu ruiné et solitaire par un mortel inspiré, 
et que là où étaient adorés Jupiter et cent dieux impuis¬ 
sants, s’élève triomphant l’étendard de la croix. Il continue 
quelques vers sur ce ton ; et enfin, quittant le sacré pour le 
profane, il décrit comme suit la fête champêtre, fort juste¬ 
ment appelée festin en niçard; car on y festinait largement, 


1. Je préviens tout lecteur niçois que dans ce fragment de la Nemoïda, j’ai rendu à 
l’idiome niçard son orthographe naturelle, celle de la langue d’oc, dont il n’est qu’un 
dialecte moderne, et auquel on a, depuis le dix-septième siècle, maladroitement appliqué 
le système orthographique de l’italien, système tout à fait contraire au génie de la langue 
d’oc et par conséquent de l’idiome niçois lui-même. 11 faudra donc : 1* prononcer le C suivi 
d’un e ou d’un i comme on le prononce dans le mot français ceci et les Niçois eux-mêmes 
dans les mots niçarda Cimiè , facilamen, celesta , tels que les a écrits Rancher lui-même 
(voir la Xemalda 1^ édit.) ; 2* le CH, chuintante forte, se prononcera tche ou * à peu 
près comme dans le français fâché, dit Rancher, ainsi qu’on le « prononçait autrefois à 
Nice ; » exemples : frucha, destrucha, drech ; 3* G devant e ou i et J , dans tous les cas, 
chuintantes douces, sonneront dje ; exemples : gent, gijola , dçfà. • • 


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RANCHER 


32 

et de telleâ frairieâ pourraient parfaitement servir de pendant 
aux noces de Gamache. 


Lou festin es déjà plen d’un mouude enfenit : 

De gonorba de chaudèu pareisse.ben garnit; 

E Parquet campagnard, soubre de couorda frusti. 

Grafigna à rabatoun de nota noun trbu justi, 

En fen de requiqui s'avançon lu paisan, 

Fan très o quatre saut; e, la gijola en man, 

Vouguès o noun vouguës, que signe mouola o reda. 

La si cbu laissa métré e sourtl de mouneda. 

Pertout trouvas de gent, qu drech, qu assetat. 

Lu raoucèu de jamboun et de roustit gelât 
Parton, qu'es un plesl ; e Baccus e l’oustessa 
Su toui lu festinié fan plbure l’alegressa. 

La verdura dai camp li sierve de taulié ; 

Si ve cent group fourmat souta dai aulivié. 

Aid vira la brocha, aià la casserola 
Manda de fricassada un audou que consouola ; 

De gigot quasi crut, de poulas bourrousclat, 

Tout es bouon, tout si vende, e tout es avalat. 

Pertout s’aude un remoun que l’alegressa enfanta : 

De tout coustà si ri, de tout coustà si canta ; 

E l'amant quauque fes a deugut au festin 
Un regard de la bêla, un plus urous destin. 

[Le festin a déjà réuni une foule immense : — il semble abondamment 
pourvu de corbeilles d'échaudés ; — et sur des cordes frustes, l'archet 
campagnard — égratigne prestement des notes pas trop justes. — Les 
paysans s’avancent en faisant des riqutqui 1 ; — ils font trois ou quatre 
sauts; et la gijola * à la main, — que vous le vouliez ou non, qu’elle soit 
souple ou raide, — il faut se la laisser fixer à la boutonnière et sortir de 
la monnaie. — Partout vous trouvez des gens, les uns assis, les autres 
debout. — Les tranches de jambon et les morceaux de rôti froid — dispa¬ 
raissent, c'est plaisir à le voir ; et Bacchus et l’hôtesse — versent 
l'allégrese sur tous les banqueteurs. — On aperçoit cent groupes de per¬ 
sonnes rangées aux pieds des oliviers.— Ici tourne la broche, là-bas une 
casserole — envoie une odeur de fricassée qui reconforte. — Des gigots 


1. Cris de joie. C’est un mimologisme. 

2. Cocarde ou nœud de rubaus que l’on distribue dans les fêtes de village. 


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33 


POÈTE NIÇARD 

presque crus, des poulets cuits à peine, — tout est bon, tout se vend, et 
tout est avalé. — Partout s'entend un brouhaha enfant de la joie : — de 
tous côtés on rit, de tous côtés on chante ; — et l'amant a dû quelquefois 
au festin — un regard de sa belle et un destin plus heureux.] 

% 

Signalons encore la description d’un dîner de Nice (ch. v) 
et un combat de poissardes (ch. vu). 

Souvent un vers ou deux suffisent au poète pour nous 
instruire d’un usage singulier, d’une coutume bizarre, ou 
pour nous révéler un trait de mœurs sauvages, heureuse¬ 
ment abolies depuis lors. Ainsi au commencement du cin¬ 
quième chant, pour bien préciser l’un des moments qui 
précèdent le lever du soleil, il dit que déjà on secouait des 
chemises par les fenêtr es : 

A li fenestra jà cascavon de camia (vers 40) 

C’est-à-dire que les femmes, ouvrant les fenêtres, se¬ 
couaient leurs chemises de nuit dans la rue pour en faire 
tomber les puces, qui naturellement avaient hâte de faire 
irruption sur les jambes des passants. 

Plus loin, au vers 242 du sixième chant, il caractérise la 
bravoure de deux combattants, le diligent Bebet et le tendre 
Bertin, par ce vers : 

Entra toui soun au cas de fà courre un judièu. 

[Plus que tous les autres ils sont capables de faire courir (de mettre en 
fuite) un juif.] 

et par cette ironie (car cela se disait et se dit encore d’un 
poltron), l’auteur nous apprend qu’autrefois, avant la pre¬ 
mière réunion de Nice à la France (1792), les juifs de cette 
ville, qui n’étaient que tolérés, supportaient patiemment 


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34 


RANCHER 


toutes les avanies de la populace, n’opposaient aucune résis¬ 
tance et fuyaient même devant un enfant *. 

Au drame semi-burlesque qui forme le sujet de la 
Nemaïda , se rattache celui des chastes amours de Lubin et 
de Courine : les scènes épisodiques entre ces deux amants 
ajoutent à l’œuvre entière une agréable variété et font une 
heureuse diversion à d’autres scènes d’un caractère tout 
différent. 

L’action se déroule sur divers points de la vieille ville et 
de la campagne. Or depuis 1823 il s’est produit à Nice de 
tels changements, qu’à l’exception de quelques vieillards 
dont le souvenir remonte à leurs premières années, il n’est 
peut-être pas un Niçois vivant aujourd’hui qui pourrait nous 
renseigner exactement sur la situation de la plupart des 
lieux ayant servi de scène aux divers faits racontés dans 
le poème, et encore moins nous en faire le plus léger croquis. 
J’en citerai quelques-uns; et d'abord qu’appelait-on le pré 
de Cougnet et où se trouvait ce pré? — C’était la presque 
totalité de l’espace, aujourd’hui couvert de maisons, 
compris entre la rue Gioftredo, le boulevard de Carabacel, 
la rue Notre-Dame et l’avenue de la Gare. Cette grande 
étendue de terrain était coupée d étroits sentiers, de ruis¬ 
seaux, de petits fossés, et divisée en un certain nombre de 

1. Il en fut à peu près de même après la chute de Napoléon I".— De 1792 à 1814, le 
Comté de Nice fait partie de la France sous la dénomination de département des Alpes- 
Maritimes, et durant toute cette période la condition des juifs n’y différé aucunement de 
celle des chrétiens. L'administration française prend fin le 18 mai « et dès le 21, trois 
jours après, dit M. Gallois-Montbrun (Étude sur rétablissement et la résidence des israé- 
lites à Nice), un édit de S. M. le roi de Sardaigne remettait en pleine vigueur les anciennes 
constitutions réglant l*état des israelites, dont les principales dispositions étaient le 
Ghetto , le signe distinctif , la réclusion et autres mesures plus ou moins humiliantes et 
oppressives : de façon que les israelites de Nice, qui le 18 mai s'étaient endormis citoyens 
français jouissant de tous les droits civils et politiques, en se réveillant le 21 se trouvèrent 

placés sous une législation qui les en privait totalement, sans compter l'opprobre.Enfin, 

en 1848, la promulgation de la constitution par le roi Charles-Albert, vint mettre un terme 
A l'état d’abjection et aux anxiétés des israélites habitant le royaume de Sardaigne et plus 
particulièrement ceux de la ville de Nice. » (Extrait du tome III des Annales de la Société 
des Lettres , Sciences et Arts des Alpes-Maritimes.) 


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POÈTE NIÇARD 35 

parties dont quelques-unes étaient garnies de haies ou de 
murs peu élevés. 

Ailleurs (Ch. iv, v. 135) notre poète compare des per¬ 
sonnes profondément étonnées à l'homme de bois qui 
était sur les bastions : le peuple appelait de ce nom la 
statue en bois d’une sorte d’ermite, dressée derrière la 
grille du jardin de Son Excellence le gouverneur de Nice, 
jardin qui est devenu la place Charles-Albert; et l’on dési¬ 
gnait par le mot bastions la rive gauche du Paillon qui 
forme aujourd’hui les boulevards du Pont-Vieux et du Pont- 
Neuf. 

Enfin, au début de son poème (v. 55), l’auteur invite sa 
muse à venir se rafraîchir dans les eaux du Paillon : «Viens 
« dit-il, viens jusqu’à la Fous : là tu verras sur de la 
« charogne les rossignols de notre vallée. » 

On ne se doutait guère, lorsque Rancher composa sa 
Nemaïda y que ce lieu infect, où l’on jetait dans un charnier, 
sur la grève, des cadavres d’animaux dont venaient inces¬ 
samment se repaître des volées de corbeaux, que par une sorte 
d’antiphrase le poète appelle des rossignols, on ne se 
doutait guère, dis-je, que cet affreux quartier deviendrait 
l’un des plus beaux de la ville, celui qui comprend aujour¬ 
d’hui le Jardin-Public, l’entrée de la Promenade des Anglais, 
l’hôtel de ce nom et le cercle de la Méditerranée. 

Ces trois renseignements, pris dans le texte de la Ne- 
maïda parmi beaucoup d’autres de même nature, témoignent 
assez, ce me semble, de l’intérêt que présente cette œuvre à 
un autre point de vue que celui de sa valeur littéraire : c’est 
de pouvoir nous fournir des indications suffisantes pour 
reconstituer presque en son entier l’ancienne topographie 
de la ville et de sa banlieue. 

Revenons à Rancher. La publication de la Nemaïda mit 
le sceau à sa réputation de poète niçard, mais elle fut pour 


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36 


RANCH ER 


lui une source de désagréments et d’ennuis: tous ceux qui 
se crurent atteints par sa verve railleuse furent longtemps à 
le lui pardonner. Il s’en est plaint amèrement dans un autre 
poème en huit chants intitulé la Mouostra raubada (la 
Montre volée). Cette œuvre, encore inédite, est en la pos¬ 
session de M. Malausséna ainsi que plusieurs autres de 
moindre importance, composées par Rancher à diverses 
époques de sa vie. 

Il publia en 1826 un Guide des étrangers à Nice , 
accompagné d’un plan de la ville et de ses environs dressé 
par lui. La même année le roi Charles-Félix et la reine 
Marie-Christine vinrent à Nice ; ils furent accueillis par des 
fêtes superbes et accablés de compliments en italien, en 
niçard et même en français. Rancher, employé de la ville, 
ne pouvait se dispenser de faire le sien : il le composa en 
cette dernière langue ; son compliment parut imprimé par 
ordre en 1826, ainsi que tous les autres. 

Le roi Charles-Félix revint à Nice avec la reine trois ans 


après. C’est alors et non en 1826, comme l'a dit M. Toselli, 
que Rancher fit jouer un à-propos dont voici le titre exact: 
« Les Bergers des Alpes-Maritimes , vaudeville en un acte, 
« représenté devant LL. MM. le roi Charles-Félix et la 
« reine Marie-Christine au théâtre royal de Nice, le 26 
«( décembre 1829. Paroles de M. Joseph-Rosalinde Rancher 
« de Nice, écrivain au suprême Magistrat du Consulat. 
« Musique de Messieurs Philippe Oddi et Caïetan Sicard. 
« Nice, 1829. De l’imprimerie de la Société typographique. 
« Avec permission. » Le titre Les Bergers des Alpes- 
Maritimes est reproduit avant la première scène avec le 
sous-titre : Fête champêtre. 

La pièce est en français : il y a un jeune paysan niçois, 
nommé Rigaud, qui parle le patois des paysans de Molière : 
« Jarnigué, ste fille-là, all’est pire qu’une biche... aile fuit. 


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j 



POÈTE NIÇARL) 37 

« toujours ; et plus je faisons pour plaire à ste cruelle et 
« moins je touchons ce cœur de roche. » 

Quoi ! dira-t-on, une pièce de théâtre composée en fran¬ 
çais et tout exprès pour être jouée à Nice en l’honneur et 
en présence d’un roi italien et de la reine sa femme ! Quelle 
singulière idée I — Singulière, pourquoi ? En 1829, à Nice, 
aussi bien qu’à la cour de Turin, la bonne compagnie se 
piquait de parler français ; et en 1854, six ans avant l’an¬ 
nexion, j’ai vu moi-même dans tous les quartiers de la ville, 
les noms des rues écrits en italien d’un côté et en français 
de l’autre ; en outre sur dix enseignes de magasin, huit au 
moins également en français, et de même pour les noms 
d’hôtels et d’auberges. Soit dit en passant, tout cela ne 
prouve-t-il pas un peu que Nice n’a jamais été réellement 
une ville italienne ? 

Le vaudeville de Rancher, composé sans doute sur 
commande, est un simple intermède sans action drama¬ 
tique. Le bailli d’un village de la montagne rassemble les 
bergers et les bergères de son canton pour célébrer la 
présence à Nice du roi et de la reine ; tout ce monde 
témoigne l’immense bonheur que lui cause ce grand événe¬ 
ment : on chante les vertus de Leurs Majestés, on se 
trémousse, on danse ; et dans l’excès de sa joie, M. le 
bailli consent enfin au mariage de sa nièce Cloris avec 
le beau berger Tircis, qu’elle voulait absolument avoir 
pour mari. C’est tout. 

Une pareille élucubration ne méritait vraiment pas les 
honneurs de l’impression ; mais peut-être fut-elle livrée 
au typographe par ordre de l’autorité. Quoi qu’il en soit, 
Rancher fut singulièrement récompensé de sa peine et du 
zèle qu’il avait montré en cette occurrence : voici comment, 
à ce que rapporte M. Toselli en son style infiniment peu 
châtié. 

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38 


RANCHER 


« Au moment où les villageois en chœur dèvaient rendre 
« hommage à LL. MM. Rancher fit entrer en scène son 
« neveu, enfant de neuf ans, habillé aussi en villageois, 
« qui joua un petit concert (sic) sur le violon, qui amusa 
« assez LL. MM. Le gouverneur de la ville, qui n’avait 
« pas été prévenu de cette partie du programme, en fut 
« furieux, et le lendemain il fit mettre Nino Rancher 1 
« en prison; il est vrai qu’il n’y resta que deux heures, 

« car ses amis intervinrent aussitôt et le firent sortir; mais 

% 

« le soir il s’obstina à ne pas aller au théâtre, et peu s’en 
« fallut que la représentation, où devaient encore assister 
« LL. MM. ne manquât par sa faute. Il fit à cette occasion, 
« contre le gouverneur, une chanson très satirique et bur- 
« lesque tout à la fois, qui devint très populaire à Nice. » 
Le gouverneur qui donna ce jour-là une si belle preuve 
de sa sottise, s’appelait le comte de Faverges. Des per¬ 
sonnes qui l’ont bien connu m’ont assuré qu’on le voyait 
ivre les trois quarts du temps. 

Aux œuvres de Rancher que nous avons citées précé¬ 
demment, il faut ajouter un recueil de romances avec 
musique, la plupart inédites ; un volume de fables en niçard, 
dont six ont été publiées, l’une par nous à la fin de notre 
Exposé d'un système rationnel d’orthographe niçoise, 
cette même fable et les cinq autres dans le journal la 
France Méridionale de juillet et août 1882, et enfin une 
pièce de vers intitulée l'Estocafic à la branlada, qu’il fit 
imprimer en 1838, cinq ans avant sa mort. 

La première des six fables dont nous venons de parler 
a pour titre lou Grihet e lou Lapin (le Criquet et le 
Lapin) ; elle est fort jolie et révèle chez l’auteur un vrai 
talent de fabuliste. 

1. « Ce mot de Nino était un diminutif de son nom qu’on lui donnait en famille, et ses 
connaissances l’employaient comme terme d’amitié. » (Tosellï). 


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POÈTE NIÇARD 


39 


On a donné le nom de Rancher à l’une des rues de la 
ville : c’est bien, mais on pourrait faire plus et mieux 
encore. Parmi les diverses compositions de notre poète 
qui reposent toujours inédites dans les cartons de quelques 
personnes, il en est certainement plusieurs d’une valeur 
réelle. Il serait à désirer que leurs possesseurs les missent 
à la disposition d’une commission nommée par la Ville, 
pour choisir celles qu’on jugerait dignes d’être offertes 
au public. Ce serait là un hommage bien dû à la mémoire 
d’un écrivain niçois qui, le premier, a rendu à l’idiome de 
son pays, dédaigneusement qualifié de patois par des igno¬ 
rants, son caractère de langue littéraire, qu’il avait perdu 
depuis Raymond Féraud, Blacas, Bertrand du Puget, 
Guillaume Boyer et autres célèbres troubadours de l’ancien 
Comté de Nice. 


A.-L. Sardou. 


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NICE STATION D’HIVER 


L’étranger qui séjourne longtemps dans un pays où il se 
plaît, finit souvent par croire qu’il s’y est acquis quelques 
droits naturels. Les sites qu’il aime semblent lui appartenir 
presque autant qu’aux gens du pays eux-mêmes, d’ordinaire 
assez indifférents aux beautés qui les environnent; il s’ac¬ 
coutume insensiblement aux divers aspects de la campagne 
comme à ceux de la ville qu’il habite, il s’intéresse au sort 
de cette ville; et si cet homme est doué d’une certaine 
activité d’esprit, il trouvera un peu dur que sa qualité 
d’étranger l’exclue, pour ainsi dire, do la vie que l’on vit 
autour de lui et le retienne en dehors du cercle où se 
débattent toutes les questions qui passionnent et qui 
forment le fond même de l’existence d’un peuple, lutte dont 
les échos seuls arrivent jusqu’à lui. 

Toutefois, réduit ainsi à l’état de simple spectateur, cet 
étranger reste calme au milieu des passions qu’il voit 
s’agiter devant lui, garde tout son sang-froid, toute la 
lucidité de son esprit, toute la rectitude de son jugement, 


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NICE STATION D’HIVER 


41 

et s’il est vrai, corame dit le proverbe anglais, que « les 
spectateurs voient le jeu mieux que les joueurs * (Lookers 
on see most of the gamej, on a parfois à s’applaudir de 
l’avoir entendu émettre son avis touchant des questions 
purement locales. 

La charmante hospitalité que Nice offre aux étrangers 
qui viennent s’y fixer ne leur permet guère de conserver 
cette attitude purement spectatrice. Ici le nom d’étranger 
n’est nullement un reproche, et il est souvent permis à celui 
qui le porte de prendre part à l’étude de toute question 
importante concernant son pays d’adoption, d’entrer dans 
l’enceinte où se passent vos luttes et vos efforts et d’y 
prendre même, par-ci par-là, une petite part. Je n’en veux 
pour preuve pour ce qui me regarde que ma présence parmi 
vous, Messieurs, comme membre de la Société des Lettres, 
Sciences et Arts dont vous m’avez fait l’honneur de m’ouvrir 
les portes. 

Je pense donc, à propos d’une grave question de ce genre, 
être suffisamment autorisé à vous soumettre quelques 
considérations que je crois tout à fait nouvelles ; heureux si, 
approuvant mes idées, vous estimez que leur mise en 
pratique pourrait contribuer à la prospérité de votre beau 
pays. 

Le sujet que je viens traiter très rapidement devant 
vous, c’est l’avenir même de cette station d’hiver qui nous 
est chère à tous. Ce n’est point l'attitude du critique 
indifférent que vous trouverez en moi, mais plutôt celle du 
médecin, forcé, malgré lui, de constater le mal qu’il s’agit 
de guérir. 

J’entre donc en matière sans plus de préambule. 

Il est certain que, sous beaucoup d'aspects, Nice s’est 
modifiée dans ces derniers temps à son désavantage. Rien 
ne m’a plus frappé, par exemple, que le changement 


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42 


NICE STATION D’HIVER 


dans la composition de la colonie étrangère. Il y a quinze 
ans seulement, vous aviez encore une foule de maisons qui 
recevaient ; vous y rencontriez beaucoup de personnes dont 
l’illustration était connue de tout le monde. Nice était le 
rendez-vous de la fashion et de l’illustration de l’Europe. 
Avec cela il y régnait la plus grande simplicité ; vous aviez 
des pique-niques sur l’herbe ; des excursions aux environs ; 
la conversation roulait souvent sur les sites pittoresques des 
alentours et j’ai vu moi-même un pair d’Angleterre condui¬ 
sant l’âne sur lequel chevauchait sa femme ; j’ai vu également 
un vieillard, un général de la Garde, monté sur un petit 
cheval et en conduisant lui-même un autre par la bride : il se 
rendait à une villa des environs pour y prendre une dame 
de sa famille qui devait se promener avec lui. 

Aujourd’hui tout cela est changé ; il est assez rare qu’un 
pair d’Angleterre vienne séjourner quelque temps dans nos 
murs, y louer une villa et s’y établir avec sa famille pour la 
saison. S’il en vient encore un ou deux de temps en temps, 
c’est pour les courses ou les régates et ils demeurent juste le 
temps d’assister à ces divertissements. Les familles françaises 
de distinction nous abandonnent aussi de plus en plus et de 
même que les Anglais ont choisi Cannes pour leur séjour 
d’hiver de prédilection. Le fait, Messieurs, est indéniable ; il 
est constaté par chacun des quelques vieux habitués qui 
nous restent encore fidèles et qui se plaignent de plus en 
plus de la disparition de la société à laquelle ils étaient 
accoutumés et l’on peut dire d’eux avec Virgile qu’ils sont: 
rari riantes in gurgite vasto. 

Ce gurges vastus se compose d’une foule qui a remplacé 
en partie la bonne société d’autrefois et qui substitue aux 
charmants pique-niques sur l’herbe les matinées dansantes 
des cercles et les fréquentes visites aux salons de Monaco. 
Cette foule loue peu ou point de villas ; elle habite pendant 


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NICE STATION D’HIVER 


43 


quelques semaines seulement les vastes hôtels à l’américaine 
qui ont surgi de tous côtés parmi nous et où, pour la plupart, 
les prix sont exagérés. Le faste règne partout; les toilettes, 
même de promenade, sont de la dernière élégance et de la 
dernière cherté. La saison de Nice, qui durait autrefois 
six ou même huit mois, en est réduite à trois tout au plus et 
encore trouve-t-on qu’on y est resté bien longtemps quand 
on les y a passés en entier. Je ne veux pas dire qu’il n’y ait 
encore, Dieu merci, beaucoup de gens respectables à Nice ; 
mais il est bien vrai aussi que vous y voyez bon nombre de 
chevaliers d’industrie, de gens des deux sexes plus ou moins 
tarés, de personnes qui s’affublent de titres auxquels elles 
n’ont pas droit, voilant ainsi leur réelle et triste individualité. 

Or je ne dis pas que cette foule n’amène dans nos murs 
une sorte de prospérité, mais tout hôtelier ou boutiquier de 
notre ville vous dira qu’il se voit chaque année de plus en 
plus exposé à subir des pertes sensibles à cause des gens 
qui ne le paient pas. Je n’oublierai jamais un honnête 
commerçant de Nice, qui étant venu se plaindre à moi 
d’avoir été volé par un prétendu gentleman Anglais, me dit 
naïvement : « J’avais cru jusqu’ici, que les Anglais étaient 
tous des gens honorables. » Hélas ! Messieurs, ce qui le 
faisait parler ainsi c’était l’ancien souvenir qu’il conservait 
de la qualité des Anglais qui fréquentaient exclusivement 
nos parages. 

Or la cause majeure des changements que je vous signale 
c’est incontestablement le voisinage de Monaco. Ce n’est 
point que les hautes classes et les gens distingués ne 
fréquentent pas Monaco ; bien au contraire : les Anglais eux- 
mêmes et leurs médecins ont découvert, ou cru découvrir, 
dans le climat de Monte-Carlo lui-même une supériorité qui , 
depuis quelque temps, leur fait rechercher ce site merveil¬ 
leux ; mais c’est que la mauvaise société qui est attirée par 


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44 


NICE STATION D’HIVER 


Monaco séjourne principalement à Nice. En effet j’ai vu à 
la table d’hôte du Grand-Hôtel de Monte-Carlo une foule de 
personnes, la plupart d’origine anglaise, respectables et 
tranquilles, qui y séjournaient avec leurs familles, j’y ai 
vu des propriétaires, des avocats en vacance, plusieurs 
membres du parlement britannique menant là une vie aussi 
tranquille qu’ils l’auraient pu faire ailleurs. Je n’hésite donc 
pas à dire qu’en dehors des salons de jeu et de l’hôtel de 
Paris, c’est à Nice et non à Monaco qu’il faut venir pour 
trouver la foule donc j’ai parlé plus haut. La raison en est 
que Nice est devenue une grande ville avec toutes ses 
ressources et tous ses défauts,tandis que Monaco ne présente 
pas la surface nécessaire pour un pareil agrandissement. 
S’il y avait place pour une grande ville à Monte-Carlo nous- 
ne serions pas forcés d’héberger ici des éléments qui 
graviteraient nécessairement par la loi d’attraction vers leur 
centre de prédilection. Voilà donc, selon moi, la première 
cause du mal que j’ai signalé tout à l’heure, mais elle n’est 
pas la seule. 

Nice a beaucoup perdu dans ces dernières années de sa 
réputation comme station sanitaire, et au commencement 
de la saison actuelle, un journal de Londres qui est sur 
toutes les fables disait, après avoir vanté le climat de 
Monaco : « Nice, en tant que climat, est le pire endroit de la 
Riviera; les montagnes n’y sont pas une protection contre 
les vents froids ; les constructions y sont aujourd’hui sur 
une telle échelle que le rus in urbe qui formait la beauté 
de cette côte a disparu pour toujours. Au lieu de cela Nice 
possède une suite de rues larges et poudreuses, flanquées 
de maisons qui ne sont qu’une imitation provinciale de 
l’architecture parisienne (Truth 15 nov.) » 

Or, Messieurs, n’y a-t-il pas du vrai dans cette description ? 
Ces rues poudreuses, lorsqu'elles courent du nord au sud, 


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NICE STATION D’HIVER 


sont évidemment des couloirs pour le vent froid de la 
montagne dont nous avons tant souffert dans la première 
semaine du mois de décembre dernier ; et Nice ne paye-t-elle 
pas ainsi son aspect de grande ville en lui sacrifiant quelque 
peu de son climat? Le rus in urbe dont parle l’auteur 
ne disparaît-il pas aussi de toutes parts? Un autre journal 
de Londres blâme notre système d’égouts, et ici encore 
tout le monde ne convient-il pas que ce système laisse 
beaucoup à désirer? N’y a-t-il pas là une question qui 
devrait tout primer et qu’il serait urgent de résoudre sans 
délai ? 


Il y a en ce moment en usage à Nice un système de 
vidange, ancien système si l’on veut, qui n’est pas peut-être 
le plus mauvais et auquel il est bien possible que la science 
revienne un jour; mais il y a, à côté de ce système de 
vidange, un autre système d’égouts pour les eaux de pluie. 
Cependant les propriétaires déversent dans ces égouts le 
trop-plein de leurs fosses. Les égouts, étant à fond plat et 
défectueux par cela même, reçoivent ces matières, qui y font 
souvent un long séjour, en été surtout, faute d’un courant 
d’eau suffisant pour les entraîner. Il est évident,n’est-ce pas? 
qu’il faudrait se décider pour l’un quelconque de ces deux 
systèmes et perfectionner celui que l’on aurait choisi au lieu 
de les laisser fonctionner tant bien que mal tous les deux 
en même temps. C’est une question qui est bien à l’ordre 
du jour et dont je prends la liberté de recommander la 
très prompte solution à nos édiles si l’on ne veut pas que la 
réputation sanitaire de Nice, déjà si fort entamée, ne souffre 
encore davantage. 

Il y a une autre cause qui empêche les étrangers de se 
fixer à Nice pour la saison entière : le manque de villas à 
louer. Je ne veux pas dire que ce qu’on est convenu d’appeler 
villa à Nice n’y pullule : maisons assez coquettes, alignées 


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46 


NICE STATION D'HIVER 


dans une rue avec un petit carré de jardin sur le devant et 
sur les côtés; vous envoyez sur nos boulevards, où elles 
sont très bien, mais souvent elles se trouvent dans une rue 
ordinaire et ne sont autre chose que de luxueuses maisons 
de ville. Je veux parler de villas qui se trouvent réellement à 
la campagne et qui jouissent des agréments d’un bon air et 
d’une belle vue. Cannes possède ces sortes de villas par 
centaines, tandis qu’à Nice vous pouvez les compter sur vos 
doigts. Celles qui existent en effet, et qui, autrefois, étaient 
presque toutes à louer, ont été acquises par les personnes 
qui les habitent pour la plupart elles-mêmes et l’étranger 
n’en profite plus. Je me souviens d’une famille anglaise qui, 
il y a trois ou quatre ans, me demanda de lui trouver une 
villa convenable à Cimiez, ayant huit à dix lits de maîtres et 
il ne me fut possible que de lui en proposer une seule ! 

J’en arrive donc à mon projet qui me semble pouvoir 
remédier à la plupart des inconvénients que j’ai cru devoir 
vous signaler. Si la ville de Nice, en tant que ville, a 
quelque peu perdu au point de vue du climat en augmentant 
les percées vers le nord et en livrant ainsi un plus facile 
accès au vent froid ; si les égouts laissent à désirer; si la 
société qu’on y rencontre aujourd’hui est trop mélangée 
pour plaire à tous, n’avons-nous pas encore nos collines 
abritées, bien exposées au soleil et rendues aujourd’hui 
pour la plupart facilement accessibles? Carabacel et Cimiez 
au milieu ; les Baumettes, le Magnan, Sainte-Hélène d’un 
côté; le mont Boron de l’autre ne présentent-ils pas des sites 
délicieux, incomparables, dont le climat est pour le moins 
égal à celui de n’importe quelle station hivernale? N’avons- 
nous pas, dans le fait que la plaine et les coteaux à Nice 
s’étendent au loin, un avantage très considérable dont sont 
privés Monte-Carlo, Menton, San-Remo, etc., c’est-à-dire 
celui de fournir des abris contre les vents très fréquents du 




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NICE STATION D’HIVER 


47 


sud-est alors que les stations hivernales précédemment 
citées ne peuvent s’en défendre? 

Il me semble donc que nous n’avons qu’à tirer parti de 
nos collines pour corriger les plus grands défauts qu’on 
nous reproche. Prenons, pour commencer,le quartier le plus 
accessible et le plus rapproché de la ville : celui de Cimiez. 
Fondons là un quartier pour les étrangers, une station 
hivernale à laquelle la malveillance ne puisse trouver 
d’infériorité par rapport aux autres stations de la Corniche; 
donnons-lui un développement suffisant pour quelle se 
suffise en quelque sorte elle-même ; dotons-la d’un bureau 
de poste et de télégraphe, d’une chapelle anglicane, d’un 
Lawn Tennis et d’un nom propre qui est tout trouvé et vous 
verrez si les Anglais n’y afflueront pas. Là ils ne craindront 
ni les égouts, ni la société assez mêlée durant la saison 
d’hiver ; ils seront dans une position salubre et délicieuse 
avec la campagne alentour. Déjà nous avons des signes 
évidents que c’est là une direction que mes compatriotes ne 
demandent qu’à prendre. Les deux hôtels qui y existent, 
Vitalis et pension Garin, sont généralement remplis 
d’Anglais, et ces paisibles étrangers démontrent leur 
prédilection pour la campagne en allant bien plus loin encore, 
à l’hôtel Saint-Barthélemy (ancienne villa Arson)qui en est 
toujours rempli. Mes compatriotes. croyez-le,ne demandent 
qu’à venir là ou l’on se donnera la peine de consulter leurs 
goûts. Mais pour cela il faut bien se garder de transporter 
à la campagne les inconvénients, en partie inévitables, de la 
ville. Déjà les sociétés immobilières ont fait de leur mieux 
pour détruire le côté agreste de Cimiez; sachant que 
c’est en grande partie sur les Anglais qu’elles ont à 
compter pour l’habiter, elles n’ont nullement consulté 
leurs habitudes ; au contraire : elles ont procédé selon les 
idées erronées en fait de beauté qui ne prévalent que trop 


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NICE STATION D'HIVER 


aujourd’hui en France où la ligne droite, en dépit de tous 
les enseignements de l’art depuis les Grecs jusqu’à nos 
jours, semble résumer pour la plupart des architectes et 
des ingénieurs le type du beau par excellence. Ces sociétés 
ont déjà percé deux grandes artères toutes droites vers le 

nord pour bien introduire le vent désagréable et froid que 

0 

les Italiens appellent du nom pittoresque de tramontana; 
à côté d’une de ces artères, nommée Grand Boulevard de 
Cimiez, qui non seulement est tracé en ligne droite mais 
dont le nivellement a exigé que l’on comblât toutes les 
dépressions et que l’on fit des tranchées dans toute les 
élévations de terrain absolument comme pour un chemin 
de fer, on a tracé une jolie route à lacets, Y Avenue des 
Mimosas comme pour démontrer l’affreuse laideur du 
boulevard et lui servir d’antithèse. Ces compagnies ont fait 
par-ci par-là de grandes trouées dans les arbres et ont pris 
plaisir à tout raser, laissant le sol pierreux, nu comme la 
main, orné seulement de grandes affiches portant la légende : 
Terrains à vendre : elles ont fait un plan de lotissement 
que tout le monde peut voir et qui présente l’aspect d’un 
échiquier composé de petits carrés absolument pareils à 
ceux de la ville elle-même; bref, leur seule idée a été 
d’étendre la ville au loin et de supprimer la campagne, la 
vraie campagne que tout Anglais recherche avant tout. 
Rien n’aurait pu mieux éloigner mes compatriotes que 
ces boulevards courant du nord au sud, ce manque d’ombre 
créé artificiellement et un plan de lotissement semblable. 
En effet à Cannes, où les Anglais sont très nombreux et 
où la Foncière Lyonnaise a commencé à procéder de la 
même manière, on m’assure qu’ils ont signé une pétition pour 
tâcher d’enrayer ce système de destruction de la campagne. 
Si la Foncière, au lieu d’éparpiller un peu partout ses efforts, 
à Nice, à Cannes, à Ospedaletti, à Monaco, les avait concen- 


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NICE STATION D'HIVER 


49 


très dans une de ces stations; si elle avait entrepris par 
exemple de créer la station sanitaire de Cimiez; si elle avait 
tracé sur ce vaste champ les allées sinueuses d’un parc; si 
elle avait tiré parti de quelques belles positions abritées pour 
y construire elle-même soit de jolies villas à louer, ou un ou 
deux hôtels commodes ornés comme ceux de Cannes de 
grands et beaux jardins et si elle avait donné gratuitement 
un terrain pour la construction d’une chapelle anglicane ; si 
elle avait en outre largement annoncé sa nouvelle station 
comme jouissant d’une situation admirable et d’une vue 
splendide à deux pas de la gare et de la ville, quoique 
n’en faisant point partie, croyez-vous qu’il n’y aurait pas 
affluence? Croyez-vous que les médecins étrangers ne se¬ 
raient pas revenus de leurs préventions contre Nice et que 
à l imitation des anciens Romains qui se connaissaient en 
fait de sites, la ville salubre, luxueuse, mais en même temps, 
si je puis me servir du mot, agreste de Cimiez ne serait pas 
à l’heure qu’il est une des stations favorites du littoral 
Méditerranéen? Or, Messieurs, je ne crois pas qu’il soit 
trop tard pour corriger en grande partie les erreurs des 
Sociétés foncières à Cimiez; un système de plantation, lait 
avec des arbres à feuilles persistantes tels que l’eucalyptus 
qui croît si vite ici, pour arrêter le vent et pour protéger 
et orner les allées trop droites, des chemins de traverse 
intelligemment tracés, des lots un peu irréguliers qu’on 
commencerait d’ores et déjà à planter, la construction de 
commodes villas à louer, un ou deux hôtels confortables et 
surtout se recommandant, si cela est possible (et pourquoi 
cela ne le serait-il pas?) par un bon marché relatif, tout 
cela, j’en ai l’intime conviction ferait renaître la prospérité 
d’autrefois, la vraie, la solide, que vous verriez nous revenir 
en dépit de la concurrence qui nous est faite et l’acharne¬ 
ment de la malveillance à l’égard de notre cité. 


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50 NICE STATION D'HIVER 

Messieurs, si je vous ai parlé exclusivement de Cimiez 
est-ce à dire que je le considère comme le seul quartier 
favorable ? Non certes ; mais je voudrais voir sur ce point 
le noyau d’un développement ultérieur qui s’étendrait plus 
loin et qui, j’en ai l’espoir, arriverait aussi par la suite au 
quartier que j’habite, — le mont Gros encore tout à fait 
négligé. Il est pourtant bien abrité des vents et, sous le 
rapport de la vue ot de la salubrité, ne redoute aucune 
concurrence ; or, ce quartier n’a besoin que d’une ou deux 
routes pour être recherché à son tour. On est en train de 
construire à ses pieds une petite gare, et, si les routes 
projetées ne se font pas trop longtemps attendre, nous 
pourrons bientôt nous enorgueillir d’avoir à Nice un second 
quartier magnifique rivalisant comme position avec celui 
si vanté de Cannes auquel il ressemble beaucoup : je veux 
dire la Californie. 

Je me résume en deux mots : 

Nice est devenue une grande ville. Elle en a, il est vrai, 
les défauts, qui cependant ne sont pas entièrement irré¬ 
médiables; mais elle en a aussi les attraits; et nous 
avons, à côté de cette ville, une campagne magnifique 
à laquelle, jusqu’ici, nous n’avons pas demandé tous les 
avantages qu’elle peut nous procurer. Mettons la main à 
l’œuvre, mais d’une façon intelligente; évitons de suivre les 
anciens errements, et, au moyen de nos sociétés immo¬ 
bilières dont l’une s’appelle aussi Société de construction, 
créons à nos portes une station hivernale complète, séparée 
de Nice, quoique assez rapprochée d’elle pour que Nice en 
ait tous les avantages et en retire la plus grande partie des 
profits. Alors la prospérité qui nous boude bien un peu 
aujourd’hui nous reviendra les mains pleines et le sourire 
sur les lèvres. 

J. C. Harris. 


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FOUILLES A LA GROTTE LOMBARD 


EXÉCUTÉES 

par M. C. BOTTIN, Membre correspondant 


La grotte Lombard, qui se trouve sur le territoire de 
Saint-Vallier, Alpes-Maritimes, est une de ces excavations 
naturelles généralement désignées, dans la contrée, sous 
le nom de Baumes. La bauma en question est située au 
quartier de Dégoûtai, à une altitude d'environ 700 mètres 
et à 40 mètres au sud du chemin de Saint-Vallier à Saint- 
Cézaire. 

Cette grotte est peu profonde; c’est une sorte d’abri sous 
roche très incliné, creusé probablement par un cours d’eau 
qui a déposé, le long des parois et au fond de la grotte, un 
lit d’argile rouge dont la disposition en talus le long de la 
roche est assez caractéristique et indique sa direction du 
sud-est au nord-ouest. 

0 

La largeur de cette excavation, qui est absolument ou¬ 
verte du côté ouest, est de 17 mètres, et sa profondeur, au 
milieu de la courbe irrégulière et de forme à peu près 
elliptique de ses parois, est de 7 m ,50 seulement, ainsi que 
l’indique le croquis n° 1. Il y a bien encore un petit enfon¬ 
cement presque dans l’axe de la grotte, espèce de poche 


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32 FOUILLES A LA GROTTE LOMBARD 

de 0 m ,75 de hauteur, garnie de stalactites, mais qui ne 
modifie en rien sa forme générale. 

La hauteur du plafond de la cavité, au-dessus de l’ancien 
sol, était de 2 m ,50 dans l’axe, avant les fouilles; la coupe de 
la grotte affecte la forme indiquée par le croquis n # 2, sur 
lequel se trouve indiquée la profondeur de la fouille qui 
traverse : 1° une couche de terre d’une épaisseur variant 
de l m ,75 à l m ,25, d’un brun foncé assez friable, mêlée de 
débris de poterie, d’ossements, les uns en éclats, les autres 
taillés, accompagnés de quelques silex et de traces de 
foyers. 

Au milieu de cette couche, j’ai constaté l’existence d’un 
certain nombre de blocs calcaires provenant de la roche 
dans laquelle la grotte a été creusée ; ce sont, selon toute 
probabilité, des pierres qui se sont détachées du plafond de 
la grotte à l’époque où elle servait d’abri, de même qu’il 
s’en est détaché récemment encore, selon le témoignage de 
M. Lombard, dont le père a vu tomber, il y a une soixan¬ 
taine d’années, une sorte de dalle ayant plus de l m ,50 de 
longueur et qui provenait de ce que le plafond de la grotte 
s’était délité, par l’influence de l’action atmosphérique ou de 
l’humidité du terrain supérieur après de grandes pluies; 

2° Une couche de 0 m ,30 à 0 ra ,40, en-dessous de la précé¬ 
dente, composée de terre noire très compacte, contenant 
une quantité de résidus de combustion, des cendres, du 
charbon, des pierres calcinées, des coquilles terrestres du 
genre Hélix Nicensis en grande quantité, des ossements 
taillés, d’autres en éclats, plus petits que dans la couche 
supérieure, quelques-uns calcinés. 

Les poteries sont très rares dans cette couche ; par contre 
on y trouve une quantité d’outils en silex, tels que cou* 
teaux, grattoirs, etc. 

En-dessous de cette couche se trouve l’alluvion en argile 


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FOUILLES A LA GROTTE LOMBARD 53 

rouge, presque rose, dont nous avons déjà parlé, et qui 
constitue le sol primitif de la grotte avant l’habitation 
humaine. 

Cette grotte a été déblayée en partie, de nos jours, pour 
en faire une bergerie; on a construit, sur le devant, un 
mur en pierres sèches d’environ l m ,50 d'épaisseur, percé 
d’une porte et d’une fenêtre. Les pieds-droits de la porte ont 
même été maçonnés au mortier pour en augmenter la soli¬ 
dité et fixer convenablement la fermeture. Il en est de même 
de la partie dans laquelle existe l’ouverture ; mais cette 
construction est plus récente et doit être le résultat d’une 
réparation. 

Cette grotte a dû être en partie comblée, car j’ai retrouvé, 
contre la voûte, une agglomération de terre, de cendre et de 
charbon, contenant des fragments d’os et ayant l’aspect 
d’une petite brèche. J’ignore quelle est la cause qui a pu 
faire accumuler ces matières jusque contre la voûte ; serait- 
ce l’effet d’une submersion ou d’une accumulation de déblais 
d’une partie de la grotte ? Ce qui semble certain, c’est que 
le déblaiement de cette grotte, pour l’utiliser comme ber¬ 
gerie, est relativement récent et qu’elle est restée comblée 
pendant un grand nombre de siècles. Elle a dû être habitée 
pendant très longtemps, vu la quantité-d’objets qu’on y 
trouve. Les silex que j’y ai découverts, au nombre de plus de 
mille, sont tous éclatés en long, avec des retouches leur 
donnant la forme voulue suivant leur destination. Ces 
instruments sont absolument semblables à ceux de même 
nature que j'ai trouvés jusqu’à ce jour et n’offrent aucune 
particularité ; ce sont, en général, des couteaux, des pointes 
et des grattoirs. Le croquis n° 3 représente la forme des 
plus remarquables à l’échelle de 0 m ,75. 

Les ossements, en très grande quantité, proviennent 
d’animaux qui ont servi à la nourriture des habitants de la 

5 


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54 FOUILLES A LA GROTTE LOMBARD 

grotte, car ils sont tous fendus dans le sens de leur longueur 
pour en extraire la moelle et aussi pour les utiliser comme 
armes ou comme outils. C’est par milliers que j’ai pu re¬ 
cueillir ces débris dont quelques-uns, figurés sur le croquis 
n° 7, sont assez remarquables. 

J’ai trouvé, à une profondeur de 0 ra ,60 environ, une hache 
polie en diorite, dont le tranchant est taillé en biseau d’un 
côté comme une herminette. Cette forme, quoique très 
connue, est très rare dans la contrée ; j’ai représenté cette 
pièce du côté convexe, où elle est presque à l’état brut; 
l’autre côté est poli et d’une belle couleur verte (fîg. 4). 

Parmi les nombreux débris de poterie, il en est un certain 
nombre qui portent des traces d’une ornementation gros¬ 
sière, composée de lignes pointillées ou en dents de scie 
tracées parallèlement et de cercles concentriques, tels que le 
fragment représenté sur le croquis n° 5, sur lequel l’anse 
du vase est entourée de cercles. Ces poteries appartiennent 
à la période néolithique. J’ai recueilli quelques anses, dont 
une à peu près semblable à celles de nos marmites. D’autres 
sont terminées par un bouton arrondi convexe ou aplati, 
long de deux centimètres, percé verticalement ou horizon¬ 
talement; quelquefois l’anse est formée par une proémi¬ 
nence en forme de prisme triangulaire, mais tout cela fort 
grossièrement exécuté. La pâte de ces poteries est de trois 
couleurs différentes : brune, rosée, grise ; elle n’a pas subi 
de cuisson. Les fragments ornés sont les premiers que j’aie 
rencontrés de ce genre dans le pays l . 

La faune est représentée dans cette grotte par un grand 
nombre d’ossements et de dents, parmi lesquelles celles du 
cerf sont les plus communes. J’ai mis à part et photographié 

1. Depuis cette époque, M. Bottin a découvert, dans un tombeau, deux magnifiques vases 
ornés appartenant à l’époque néolithique et qui ont figuré à l’Exposition Internationale 
de Nice. (Note de la Commission de publication.) 


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FOUILLES A LA GROTTE LOMBARD 55 

une quarantaine de dents appartenant à des espèces diffé¬ 
rentes, qu’il serait très intéressant de déterminer. J’ai 
également trouvé un assez grand nombre de débris de 
cornes de cerf, dont une ayant 0 m , 16 de diamètre. J’ai éga¬ 
lement trouvé l’os frontal d’une bête à cornes beaucoup plus 
grande que la chèvre et moins grande que le bœuf. L’écar¬ 
tement entre les cornes n’est que de 0 m ,06, tandis que chez 
un bœuf de petite taille, cet écartement est au minimum 
de 0 m ,15. Les cornes se dirigent vers l’arrière comme celles 
des chamois. Je crois qu’il peut appartenir à la famille du 
Cervus Elaphus. 

J’ai trouvé très peu d’objets servant à la parure des 
hommes qui habitaient cette grotte : quatre coquilles mari¬ 
nes, dont un cardium percé et deux petites coquilles de 
forme tubulaire, genre Dentalium, de même nature que 
celle que j’ai trouvée dans la grotte de Peymeinade. 

Les habitants primitifs de la contrée devaient, sans nul 
cloute, faire de fréquentes excursions au bord de la mer, et 
il est permis de croire qu'ils devaient s’y procurer une 
partie de leur nourriture. Il faut aussi admettre qu’ils 
tiraient des montagnes de l’Estérel les fragments de granit 
et de gneiss dont ils avaient besoin. Cette dernière pierre 
devait leur servir pour en extraire le sable qu’on retrouve 
dans presque toutes les poteries. 

Je dois aussi mentionner la présence dans cette grotte 
d’une petite ammonite, genre Lotari, trouvée à une pro¬ 
fondeur de plus d’un mètre, de laquelle je donne ci-après 
les dimensions, diamètre... 114 millimètres, largeur du 

i 

dernier tour 30 millimètres, épaisseur 16 millimètres. Ce 
fossile, comme on sait, fait partie du groupe planulaté 
(pictet) qui appartient à la période jurassique. La grotte 
étant formée dans les calcaires grossiers, cette pièce a dû 
être utilisée comme ornement. 


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50 FOUILLES A LA GROTTE LOMBARD 

Un objet qui devait être assez précieux, bien que je ne 
puisse savoir à quel usage il pouvait être employé ni sa 
provenance, c’est une petite pierre arrondie, en forme de 
galet déprimé sur l’une de ses faces comme par la pression 
d’un doigt. Je l’ai figurée sur le croquis n* 6. Elle est très 
poreuse du côté convexe et unie dans la partie concave ; 
les bords en sont arrondis et très lisses; il y a, presque au 
centre, un rond très jaune, et en le présentant au soleil ou 
à une lampe, cette couleur est transparente dans tout son 
intérieur et dans toute son épaisseur. Cet objet pèse 
cinquante grammes (autant qu’une pierre de calcaire 
ordinaire du double de son volume),ce qui fait comprendre 
que, quoique très poreux en apparence, il doit être composé 
de matières très denses. Je pense que c’est un objet venant 
de la mer. 

J’ignore si les hommes qui habitaient cette grotte vivaient 
en anthropophages, bien que la pensée de l’affirmative me 
soit venue dans le cours de mes travaux, — opinion éveillée 
par quelques os du métatarse et des orteils trouvés épars 
dans le cours de mes fouilles. 

Les gros ossements étant tous fendus, je n’ai pu confirmer 

cette opinion sur aucun des objets. Mais, vers la fin de mes 

\ 

travaux, j’ai trouvé en F du plan n° i, à 0 m ,40 environ 
au-dessus du sol, entre les deux couches d’habitation, 
les restes de deux fémurs, quelques fragments de crâne, deux 
vertèbres et un péroné, sans pouvoir mettre la main sur 
une seule dent ou quelque fragment de mâchoire. Bien que 
ces échantillons fussent disposés dans un petit cercle, rien 
ne me prouve qu’ils soient les restes d’une inhumation, et ce 
qui me détourne de cette opinion, c’est que l’un des fémurs 
était placé avec les fragments du crâne et les quelques 
autres ossements et que le deuxième était isolé, à un mètre 
environ des autres. Dans tous les cas, pour connaître, à 


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FOUILLES A LA GROTTE LOMBARD 57 

quelque chose près, le rôle qu’a joué cette grotte,il faudrait 
terminer la fouille ; mes travaux, limités par la ligne 
marquée sur le plan n° 1 n’embrassent que le quart environ 
de sa grandeur. 

ê 

Je ne puis donc donner qu’une vague appréciation sur les 
habitants de cette grotte, les ossements que je possède n’étant 
pas entiers; et, le seraient-ils, il ne m’est pas permis, vu mes 
faibles connaissances, de les classer d’une manière à peu 
près sûre. Bien que l’arête des fémurs soit assez prononcée, 
le col est très développé, et je ne puis les attribuer à la 
même race que ceux de la grotte de Peymeinade ou de Menton, 
quoique la coupe des silex et des os taillés soit à quelque 
chose près semblable à celle des objets de même nature 
trouvés dans cette dernière localité par l’honorable 
M. Rivière, et que la fabrication de la poterie soit aussi 
grossière que celle trouvée dans la grotte de Peymeinade 
avec la race la plus ancienne. Les différents dessins dont 
ces fragments sont ornés permettent d’attribuer à ces hom¬ 
mes une certaine intelligence artistique. 

Les silex en forme de couteau sont les plus nombreux ; 
on n’en trouve aucun affectant la forme des pointes de 
flèches cardiformes avec de fines retouches. 

Les deux couches de foyers trouvées dans cette grotte 
pourraient permettre de supposer deux périodes d’habita¬ 
tion. Pour ce qui concerne les silex, la coupe de ceux 
trouvés dans la première couche ne diffère pas de celle 
de la dernière : ils étaient seulement plus nombreux dans 
celle-ci ; par contre, le progrès dans la céramique est mar¬ 
qué d’une manière très apparente, ainsi que je l’ai déjà 
dit, la plus basse couche ne m’ayant donné que trois ou 
quatre fragments, tandis qu’ils étaient assez nombreux 
dans la première. Les fragments d’os de la première cou¬ 
che sont plus gros que ceux de la dernière et les quelques 


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58 


FOUILLES A LA GROTTE LOMBARD 


pointes que je présente à l’appui de mon travail (croquis 
n° 7) ont été trouvées dans la première couche ; on y 
remarquera plusieurs poinçons, une pointe de flèche, un 
couteau, un poignard. Il en est de même du bois de 
cerf, aucun des fragments que je possède n’a été trouvé 
dans la dernière. 

Je répète de nouveau que cette dernière couche n’est 
qu’un dépôt assez compact d’un mélange de charbon, de 
fragments d’os, presque tous calcinés, et des silex. 

La nature de la poterie, la présence d’une hache en 
pierre polie, ne permettent pas d’attribuer la couche 
supérieure à une autre époque que celle connue sous le 
nom de période néolithique. 

Il ne me reste qu’à adresser mes meilleurs remerci- 
ments à M. Lombard, propriétaire de la grotte, pour la 
facilité qu’il m’a donnée pendant le cours de mes travaux. 


BRECHE OSSEUSE A GROS OSSEMENTS 


La brèche osseuse sur laquelle nous publions quelques 
notes plutôt qu’un rapport scientifique, se trouve au 
versant nord de la petite montagne de Péricou, dans le 
vallon de la Combe, sur le talus de la nouvelle route de 
Caussols à Saint-Vallier, incliné d’environ 30 degrés. Ce 
point est situé à une altitude de 800 mètres au moins. 

Je dois attribuer la mise à jour de cette brèche aux tra¬ 
vaux pratiqués pour la construction de la route. Les osse¬ 
ments sont assez gros; ils sont mélangés à la matière 
sédimentaire qui les agglutine à des cristaux de carbonate 
de chaux, à de gros fragments de calcaire néocomien mar¬ 
bré, très anguleux, fourni par les roches voisines. Un tibia 
que j’ai pu tenir dans un état assez parfait de conser- 


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FOUILLES A LA GROTTE LOMBARD 59 

vation paraîtrait appartenir à un animal de la grandeur 
d’un bœuf, sans cependant que je puisse me prononcer sur 
le genre de quadrupède auquel il pourrait être attribué; sa 
longueur, d’une cavité à l’autre, est de 0 m ,27; quant à son 
épaisseur il est impossible de la reconnaître à cause du 
sédiment qui l’enveloppe. 

Si je puis donner ici mon opinion, il me semble recon¬ 
naître dans cette brèche le même fait caractéristique que 
dans celles que j’ai déjà explorées. Sa formation est due à 
un très fort courant, survenu par suite des mêmes phéno¬ 
mènes de la nature. 

Saint-Vallicr, le 8 décembre 1883. 


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LES PRÉCIEUSES RIDICULES ET LES FEMMES SAVANTES ' 


ÉDITION DE M. LIVET 


COMPTE RENDU PAR M. USQUIN, PRÉSIDENT 

I 

M. Charles Livet, lauréat de l’Académie, membre cor¬ 
respondant de notre Société, a bien voulu nous offrir deux 
exemplaires d’une nouvelle édition des Précieuses ridicules 
et des Femmes savantes, enrichie de préfaces intéressantes, 
de notes historiques et grammaticales très curieuses. 

M. Charles Livet est bien connu des bibliophiles. — 
Ecrivain délicat, chercheur infatigable, il n’a reculé devant 
aucune étude, quelle qu’en fût l’aridité. 

En 1856, il a fait paraître une édition elzévirienne re¬ 
marquable du Dictionnaire des Précieuses de Somaize, 
et la préface qu'il a placée en tête de cet ouvrage est un 
véritable chef-d’œuvre du genre. 

En 1859, il a publié une étude sur les Précieux et les 
Précieuses. Cet ouvrage est tout un chapitre de l’histoire 
de la société française au XVII e siècle. 

Ses publications du Tartufe , de l'Avare et du Misan¬ 
thrope, appréciées à juste titre, ont été couronnées par l’A¬ 
cadémie française. 


1. Nouvelle édition par M. Livet, membre correspondant. (Paris, Paul Dupont). 


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LES PRÉCIEUSES RIDICULES 61 

Si cette haute distinction n’avait pas été accordée à 
M. Livet, nous aurions certainement décerné à notre con¬ 
frère la plus haute récompense de la Société. 

A Nice, en effet, plus que partout ailleurs, peut-être, 
le travail de bénédictin auquel s’est livré M. Charles Livet, 
doit être apprécié par les gourmets des bonnes choses lit¬ 
téraires. 

Nous n’avons qu’à tendre le bras pour serrer la main 
d’une nation amie. Tout nous rapproche de l’Italie : nos 
goûts, nos qualités, peut-être même nos défauts..... et les 
études remarquables de notre confrère semblent provoquer 
une étude intéressante. 

A cette comédie des Précieuses se rattache une ques¬ 
tion de philologie comparée digne d’être traitée par une 
plume plus autorisée que la nôtre. 

II 

Nous savons tous que la langue italienne est sœur ju¬ 
melle de la langue française et que toutes les deux sont 
de souche latine. Un siècle à peine après la conquête des 
Gaules par César, la langue latine avait, en grande partie, 
étouffé la langue nationale; mais, avec les barbares, arrivè¬ 
rent l’idiome celtique et l’idiome tudesque. Ils introdui¬ 
sirent dans la langue plus d’un millier de mots destinés, 
pour la plupart, à exprimer les besoins de la vie maté¬ 
rielle. Le mélange du latin, du celtique et du tudesque a 
produit la langue romane « lingua Romana rustica », qui 
n’était pas encore le français, mais qui n’était plus le latin. 

Charlemagne et ses ministres parlaient encore latin ou 
allemand ; mais, déjà, la plupart de ses offïtfiers et de ses 
soldats parlaient en langue Romane. Les capitulaires de 
Charlemagne ordonnent aux prêtres de prêcher en roman. 


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62 


LES PRÉCIEUSES RIDICULES 


Le latin a donc été, à la langue française, ce que les 
cadres sont à un régiment. 

Plus les langues néo-latines se rapprochent de leur 
source commune, plus elles se ressemblent; mais il n’est pas 
exact de dire que la langue italienne est la mère de la langue 
française. La langue romane est la première qui ait eu une 
grammaire et qui ait produit une littérature. C’était la lan¬ 
gue des troubadours. Or, ces voyageurs de la gaie science 
ont eu une influence très-grande, non seulement sur la 
langue française, mais sur la langue italienne. Dante, Pétrar¬ 
que et Boccace, c’est-à-dire les trois fondateurs de la langue 
et de la littérature nationales, en Italie, ont emprunté aux 
troubadours provençaux non seulement des mots mais des 
idées. Dante connaissait, par exemple, les contes et les fa¬ 
bliaux des troubadours Bertrand de Born 1 2 , Sordel, puis¬ 
que, dans la Divine Comédie, il se rencontre avec le pre¬ 
mier, aux Enfers *, et avec le second au Purgatoire. Il 
compare le troubadour Sordel à un lion reposant calme 
en sa force 3 . 

Les oeuvres de nos premiers poètes nomades justifiaient 
bien cette fière image. Ils ne chantaient pas seulement le 

printemps, les femmes et l’amour; ces troubadours étaient 

# 

souvent des chevaliers qui faisaient entendre de mâles et 
belliqueux accents. 

III 

Le « fabliau » est français par son origine, par la per¬ 
fection de sa forme ; et cependant, chose étrange, un grand 
nombre de sujets traités par nos vieux poètes se retrouvent 

1. M. Villemain a raconté d’une manière trèa intéressante la vie de Bertrand de Boni. 

2 . Infer no, canto XXVIII. Dante rencontre Bertrand de Born portant lui-même sa 
tête ensanglantée qui semble menacer et maudire encore. 

3. Purgatorio (Canto VI). 


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i 



ET LES FEMMES SAVANTES 63 

chez les Arabes, en Perse, dans l’Inde et dans la Chine. 
N’auraient-ils pas été apportés par d’autres trouvères no¬ 
mades venus on ne sait d’où ? 

Un Indien nommé Sindbad, qui vivait un siècle avant 
l’ère chrétienne, a écrit un recueil de contes intitulé les Sept 
conseillers du précepteur et de la nièce du roi. C’est un 
conte dans le genre des Mille et une Nuits. 

L’original indien a été traduit en persan, en arabe, en 
hébreu, en syriaque, en grec. 

Au XII e siècle, un moine français le mit en latin, sous 
le titre de Dolophatos (ou roman des sept sages), et nos 
troubadours le découpèrent en fabliaux versifiés. On le tra¬ 
duisit en prose et il passa ensuite en allemand, en ita¬ 
lien, en espagnol. 

Les novellieri italiens, Boccace, entre autres, en ont 
tiré plusieurs contes. Et, enfin, Molière y a pris Geor¬ 
ges Dandin. Cette opinion trouvera certainement des con¬ 
tradicteurs ; mais j’ai pour moi Ampère qui a fait un cours 
si intéressant, en 1839, sur les fabliaux, Barbazay, Méon, 
le Grand d’Aussy, et le savant Demogeot. D’un autre côté, 
Dante n’avait-il pas eu pour maître Brunetto Latini, qui 
lui enseignait « comment l’homme se rend immortel? 1 » 

Brunetto Latini est l’auteur du Trésor, vaste encyclopé¬ 
die composée vers 1270. Or, ce livre est écrit en français , 
dans un idiome bien différent du nôtre, évidemment, mais 
on voit combien la langue et la littérature françaises, étaient 
estimées en Europe au XIII e siècle. 

« Si aucuns demandait, dit Brunetto Latini, pourquoi 
« cest livres est escriz en romans, selon le langage des 
« François, puisque nous sommes Italiens, je dirois que 

1. L’Italie s’est détachée de l’imitation et du langage des troubadours ; elle s’est affir¬ 
mée elle-même par la voix puissante de Dante. 

— Demogeot. Littérature Française (Paris-Hachette.) 


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64 


LES PRECIEUSES RIDICULES 


« nos soraes en France et porceque la parleure est plus 
« délétable et plus commune à toutes gens. » 

En 1309, Dante entendait à l’Université de Paris les 
leçons de Sigier de Brabant. 

C’est en français que le Vénitien Marco Polo a écrit ses 
voyages ; que Rusticus de Pise a écrit son roman de 
Méliadus; Moraïte sa chronique; Martin da Canale, son 
histoire de Venise. M. Chevalet et M. Aubertin, qui ont 
étudié cette question à fond, rappellent que parler français 
était une mode très répandue en Italie, à la fin du XIV e siècle. 
Aussi un moine italien, Benvenuto di Imola, disait : « Je 
« m’étonne et je m’indigne quand je vois toute la noblesse 
« italienne s’efforcer de copier les mœurs et les usages de 
« la France, dédaigner notre langue pour celle des Fran- 
« çais et n’admirer que leurs livres. » 


IV 


Pétrarque a passé la plus grande partie de son exis¬ 
tence à Avignon. Sa langue préférée, c’est la langue la- 
tine ; mais il a fait beaucoup de vers italiens et il s’est 
certainement inspiré des troubadours provençaux, comme 
le fait remarquer M. Etienne. 

Boccace né à Paris, peut-être, mais dont la mère était 
certainement française a rapporté de Paris la connaissance 
des romans français du temps; et il a puisé, dans ce fonds 
très riche, la plupart des récits sur lesquels il a exercé 
sa plume ingénieuse. 

— Compilateur de génie, Boccace sut traduire dans un 
style imagé, rempli de charme, les chants de nos trouba¬ 
dours et les légendes de nos trouvères : — ses traductions 
ont la grâce, le sourire de l’art antique. 


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ET LES FEMMES SAVANTES 


65 


L’histoire de Filocopo n’est autre que celle de Floire 
et Blanche fleur, roman français de notre moyen âge. On 
trouve, dans cette œuvre, une sorte d’ébauche du Déca- 
méron. 

La Téséide est encore une imitation d’un de nos romans 
du moyen-âge. C'est l’histoire de Thésée, duc d’Athènes. 

Plus tard, au XIII e siècle, nous retrouvons en Italie non 
plus seulement des troubadours de la langue d’oc, mais 
des trouvères de la langue d’oïl. C’est ainsi que Adam de 
la Hâle, dit le « Boçu d’Arras », suivit à Naples Robert II, 
comte d’Artois en 1282. C’est à Naples qu’il composa le 
Jeu de Robin et de Manon , comédie pastorale qui eut un 
grand succès. Plus tard il composa, encore à Naples, son 
poème du Roi de Sicile à la gloire de Charles d’Anjou. 

Adam de la Hâle peut être considéré comme un des prin¬ 
cipaux créateurs du théâtre en France; ses jeux scéniques, 
composés en Italie, ont précédé les Mystères l . 

Ainsi, bien avant que les règles de la langue italienne 
fussent même soupçonnées, la langue française était formée 
et s’imposait à l’Italie. Au XIV*siècle, seulement, la langue 
italienne se détache de l’imitation et du langage des trou¬ 
badours et s’affirme, grâce au génie de Dante, de Pétrar¬ 
que et de Boccace; mais il n’est pas douteux que les fon¬ 
dateurs de la langue et de la littérature nationales italien¬ 
nes se sont inspirés de la langue française et des auteurs 
français. Nous verrons tout à l’heure que plus tard l’Italie 
nous a bien rendu ce que nous lui avons prêté. 


1. Voir les mélanges de la Société des Bibliophiles Français — Paris 18 2 $. 


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ce 


LES PRÉCIEUSES RIDICULES 


V 

La renaissance coïncide avec la découverte de l’impri¬ 
merie. Grâce aux Médicis qui donnèrent une hospitalité si 
intelligente aux savants et aux artistes byzantins chassés 
par Mahomet II, l’Italie devient un foyer artistique et lit¬ 
téraire. Les lettres sont représentées par Poli tien, Laurent 
de Médicis, Bibbiena 1 2 , Machiavel, Pulci, Guichardin, Berni, 
Bembo, l’Ariosto, etc., etc.; les arts par Michel-Ange, 
Raphaël, Bramante, Bandinelli, Jules Romain, Léonard 
de Vinci, le Titien, André del Sarto, le Corrège. 

La philologie, complètement négligée pendant le moyen- 
âge, reparaît avec les savants grecs chassés de Constantino- 
pie, dont l’Italie est devenue la patrie d’adoption. Demitrius 
Chalcondyle et Théodore Gaza ne se contentent pas de faire 
comprendre les beautés de la langue grecque; ils étudient les 
rapports qui existent entre les divers idiomes, ils créent la 
philologie comparée, et, grâce à eux, grâce à leurs succes¬ 
seurs, Politien, Philelphe, Aide ,non seulement les diffi¬ 
cultés grammaticales sont résolues, mais la langue italienne 
s’enrichit et s’épure. 

Il semble qui l’esprit littéraire d’une nation a besoin de 
sommeiller pendant quelque temps quand il a produit un 
triumvirat littéraire comme celui de Dante, Boccace et 
Pétrarque. C’est ce qui est arrivé pour l’Italie; mais comme 
le fait si bien remarquer M. Etienne*, un des principaux 
caractères de la renaissance en Italie fut le réveil des étu¬ 
des et le goût de l’antiquité dans toute la Péninsule. 


1. L’auteur de la Calandra imitation du Ménechme de Plaute, la plus ancienne comé¬ 
die, peut-être, qui nous reste. 

2. Histoire de la Littérature italienne (Paris, Hachette, 1875). 


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ET LES FEMMES SAVANTES 


67 


La langue profita de la rivalité des villes, l’idiome national 
hérita de ces avantages et trouva cinq ou six centres litté¬ 
raires : Florence, Rome, Ferrare, Milan, Mantoue, Venise, 
Urbin. L’étude du grec et du latin donna aux écrivains la 
fermeté et la concision du style. 


VI 

La renaissance littéraire française ne fut, pour ainsi dire, 
qu’une élégante contrefaçon de celle de l’Italie. Les guerres 
extérieures et les guerres civiles, l’agitation des esprits, les 
querelles religieuses, tout s’opposait au développement in¬ 
tellectuel ; mais l’Italie multiplie ses doctes envois, les livres 
deviennent moins rares, et bientôt on voit se développer 
de toutes parts une curiosité enthousiaste pour le passé, 
une activité passionnée pour les lettres. 

En 1498 un Grec venu de Florence professait déjà à l’Uni¬ 
versité de Paris. 

En 1415 un savant Italien, Alexandro, était nommé 
recteur de l’Academie de Paris; il enseignait le grec et 
l’hébreu. 

Un illustre philologue, Guillaume Budé, devançant de 
quarante-trois ans le véritable «trésor» de Henri Estienne, 
fixa dans ses commentaires le sens d’une grande partie des 
mots de la langue grecque ; il se fit le législateur d’une 
science qui n’avait eu jusqu’alors que d’aventureux 
champions. 

Dans les écrits de Budé, comme dans ceux d’Erasme, de 
Scaliger, Cazaubon, Juste Lipse, Henri Estienne, Gesner, 
le style devient scientifique. L’élément germain détrône 
l’élément italien. 


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(58 


LES PRÉCIEUSES RIDICULES 


Clément Marot fut le dernier représentant de la vieille 
poésie nationale, le véritable type de l’esprit français. Au 
commencement du XVI e siècle on trouve dans les œuvres 
de Marot des vers faciles, des idées ingénieuses, familières, 
sincères ; mais la langue, l’idiome national ont perdu la 
grâce des troubadours pour prendre la rudesse, l’àpreté, la 
trivialité du langage soldatesque; les savants la dédaignaient 
et le président de Thou écrivait ses mémoires célèbres 
dans la langue de Cicéron, rendue à la vie et devenue le trait 
d’union de l’Europe savante. 

Ronsard, en 1560, essaya de réhabiliter la langue française : 
« Elle ne fructifie pas encore, disait-il, par la faute de ceux 
« qui l’ont eue en garde ; il faut hâter son développement 
« par l’imitation des anciens. Imitons les Romains comme 
« ils ont eux-mêmes imité les Grecs. Cicéron n’a-t-il pas imité 
« Demosthènes et Homère ? 1 » 

Ce programme était celui de du Bellay. Il voulait pour 
notre langue « un haut et merveilleux style. » Il comprenait 
qu’elle était trop pauvre d’expression vraies, qu’il fallait 
hardiment créer des néologismes, en les empruntant non 
seulement au grec et au latin, mais aux vieux patois des 
provinces. « Laissez, disait-il aux poètes, laissez aux jeux 
« floraux de Toulouse les rondeaux et les virelaiset d’un luth 
« bien accordé au son de la lyre grecque ou romaine, chan- 
« tez-nous ces odes encore inconnues de la langue fran- 
« çaise ; sonnez-nous ces beaux sonnets, docte et plaisante 
« invention italienne. » 

Ronsard et du Bellay sont les deux grands réformateurs 
littéraires du XVI e siècle. Ils ont commencé cette grande 
œuvre que devait achever l’hôtel de Rambouillet : ennoblir 
la langue par l’infusion des mots et des images empruntés 

1. Le Tasse qui se trouvait à Paris en 1571 vint lui demander son approbation pour les 
premiers chauts de sa Jérusalem délivrée . 


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ET LES FEMMES SAVANTES 


69 


non seulement aux anciens et à l’Italie, mais aux divers 
patois de la France. Du Bellay pensait avec raison que 
de la noblesse des idées devait dériver la noblesse du 
langage \ 

Il voulait qu’on empruntât des mots à la profession des 
armes, à la guerre, à la chasse ; il ne dédaignait pas d’aller 
aux boutiques des artisans pour apprendre les termes de 
leur métier. 

Mais, comme le dit si bien M. Demogeot, les langues ne se 
font pas en un jour. Ce sont des terrains d’alluvion créés 
par le temps. 

Le peuple français, en grandissant, se fit à lui-même sa 
langue. En ennoblissant ses idées il ennoblitprogressivement 
leur expression. 

Quelques années plus tard Régnier, suivant l’excellent 
précepte de du Bellay «transformait en soi les meilleurs 
«auteurs et, après les avoir digérés, les convertissait on 
« sang et nourriture *. » 

Enfin Malherbe, ce tyran des mots et des syllabes, voulait 
une langue noble par choix et par exclusion. On peut dire 
de lui qu’il inventa le goût en proscrivant les patois admis 
par Ronsard; il mit tous ses efforts k créer l’unité de la 
langue française. 


VII 

Marie de Médicis apporta à la cour de France le culte des 
beaux-arts et les traditions de l’élégance. Elle appela de 
Florence Concini et le chevalier Marini, l’auteur d 'Adone, 
dont les concetti étaient trop alambiqués. Une réaction 
d’affectation se produisit naturellement après tant de 

1. Demogeot, Histoire de la littérature française, page 337. 

2 . Œuvres de Mathurin Régnier, par Violet le Due. 

G 


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1 


70 LES PRÉCIEUSES RIDICULES 

guerres civiles, et cette réaction tant desirée nous la devons 
à l’Italie. 

Bientôt, en effet, deux charmantes femmes, deux Italien¬ 
nes, devaient, pour ainsi dire, faire en France l’éducation du 
siècle : remplacer l’exagération par le bon goût, la licence 
par la convenance 1 . 

Julia Savelli, Florentine, femme du marquis de Pisani, 
contraignit les fiers compagnons du Béarnais à modifier 
leur rude langage, et sa fille, Catherine de Vivonne, mariée à 
douze ans au marquis de Rambouillet, rapporta de la terre 
classique de la politesse et de la galanterie une délicatesse 
extrême, une rigidité de mœurs extraordinaire pour l’époque. 

A la cour de France où son rang l’appelait, la marquise 
de Rambouillet avait trouvé, comme le dit si bien M. Livet: 
« une parcimonie sans grandeur, une familiarité sans no- 
« blesse, une dépravation sans voile ni décence. » 

Si la licence des mœurs disparut, en partie, on le doit sur¬ 
tout à M rae de Rambouillet. Grâce à elle, grâce à sa cour 
d’esprit, le goût des plaisirs littéraires, des occupations 
élégantes se développa rapidement. Le charme de sa con¬ 
versation, son caractère facile et gai attirèrent dans son 
salon toute une génération nouvelle. 

« Là, dit Fléchier, on trouvait une cour choisie, nom- 
« breuse sans confusion, modeste sans contrainte, savante 
« sans orgueil, polie sans affectation. On y rencontrait la 
« princesse de Condé, M lle de Scudéry, la marquise de 

« Sablé, la comtesse de la Suze. et autour d’elles 

« Voiture, Pierre Corneille, Conrard, Rotrou, Benserade, 
« Saint-Evremont, Ménage, Bossuet, la Rochefoucault, 
« Fléchier, le marquis de la Salle. » • 

1. Partout régnait le mauvais goût. La réaction commença en Angleterre par l’Euphuisme, 
sorte de franc-maçonnerie du beau langage, mise à la mode par John Lilly. Il était de bon 
ton d’employer les métaphores les plus incroyables, les hyberboles les plus ridicules. — Eu 
cherchant à dévulgariser la langue on dépassa le but. 


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ET LES FEMMES SAVANTES 


71 


Mais à côté de ces charmantes Précieuses, femmes du 
meilleur monde et femmes de bon goût, qui enrichirent 
la langue française, tout en supprimant beaucoup de locu¬ 
tions vicieuses ou surannées, on vit se former en province 
et à Paris même toute une phalange de Précieuses, ri¬ 
dicules par leur affectation de bel esprit, par la recherche 
de leur langage, par leur dédain exagéré de la vie ma¬ 
térielle. 

Chapelle décrit, dans son Voyage, une assemblée de Pré¬ 
cieuses de Montpellier, qu’il reconnut pour telles à leurs 
petites mignardises, à leur parler gras et leurs discours 
extraordinaires. 

Molière se trouvait alors à Pézénas, tout près de Mont¬ 
pellier ; il put les étudier sur nature. Il eut bien raison 
de railler leur savoir pédantesque. Sa comédie eut un 
succès extraordinaire, pour l’époque, et ce succès était 
bien mérité. 


VIII 

Les précieuses ridicules et les Femmes savantes ont été 
écrites à treize années de distance. 

La première de ces comédies n’était qu’une escarmouche 
sérieuse de la campagne dont les batailles se nomment les 
Fâcheux , VÉcole des Femmes, la Comtesse d'Escarbagnas, 
et qui se termine par une victoire décisive : les Femmes 
savantes. 

Tout en reconnaissant que cette comédie est une des 
meilleures de Molière, M. Livet se demande, avec raison, 
si, à côté des trois femmes savantes, il n’aurait pas été 
intéressant d’en placer une quatrième qui représentât le 
bon sens et la saine raison, qui protestât contre Philaminte, 
plus occupée de la comète que de ses enfants et des vers 


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LES PRÉCIEUSES RIDICULES 


de Trissotin que de son ménage, mais qui ne laissât pas 
sans protestation la fameuse tirade du bonhomme Chrisale : 

Il n’est pas bien honnête, ( et pour beaucoup de causes ) 
Qu’une femme étudie et sache tant de choses. 

Former aux bonnes mœurs l’esprit de ses enfants, 

Faire aller son ménage, avoir l’œil sur ses gens, 

Et régler la dépense avec économie, 

Doit être son étude et sa philosophie. 

Nos pères (sur ce point) étaient gens bien sensés. 

Qui disaient qu’une femme en sait toujours assez, 

Quand la capacité de son esprit se hausse 
A connaître un pourpoint d'avec un haut-de-chausse. 

Les leurs ne lisaient point, mais elles vivaient bien ; 
Leurs ménages étaient tout leur docte entretien, 

Et leurs livres, un dé, du fil et des aiguilles 
Dont elles travaillaient au trousseau de leurs filles. 

Les femmes d’à présent sont bien loin de ces mœurs ; 

Elles veulent écrire et devenir auteurs. 

Nulle science n’est pour elles trop profonde, 

Et céans beaucoup plus qu’en aucun lieu du monde, 

Les secrets les plus hauts s’y laissent concevoir, 

Et l’on sait tout chez moi, hors ce qu’il faut savoir. 


IX 


La femme raisonnable, dont M. Livet regrette l’absence 
dans la comédie de Molière, eût répondu à Chrisale avec 
Madeleine de Scudéry, la créatrice du roman psycholo¬ 
gique en France, la charmante précieuse calomniée par ceux 
qui ont admis les railleries de Boileau sans avoir lu une 
ligne du Grand Cyrus ou de Clélie : 

« Je ne sache rien de plus injurieux à notre sexe que de 
« dire sans cesse : « Une femme ne doit rien apprendre. » 
« Défendez-leur de parler si vous ne voulez pas leur appren- 
« dre â écrire. 


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ET LES FEMMES SAVANTES 


73 


« On ne veut pas que les femmes soient coquettes et 
« galantes et on leur permet d’apprendre soigneusement 
« tout ce qui est propre à la galanterie, sans leur permettre 
« de savoir ce qui peut fortifier leur vertu et occuper leur 
« esprit. 

« Je voudrais qu’une femme eût autant de soin de son 
« esprit que de son corps, et, qu’entre être savante et 
« ignorante, elle prit un chemin entre ces deux extrémités, 
« qui lui empêchât d’être incommode par une suffisance 
« impertinente ou insupportable par une stupidité en- 
« nuyeuse. » 

La femme de nos jours — et, bien entendu, je parle de 
la femme au point de vue international, — se rapproche (de 
plus en plus) du modèle donné par M lle de Scudéry. Dans un 
siècle, que la postérité appellera le « siècle géant, » — 
car il aura vu l’épanouissement de toutes les grandes décou¬ 
vertes de la science, — la femme ne peut pas rester igno¬ 
rante. Elle n’est pas seulement aujourd’hui la confidente 
de nos joies et de nos douleurs, elle est devenue l’associée 
de nos études. 

X 

Depuis quelque temps une certaine littérature produit 
beaucoup de mots nouveaux. 

On craint que la langue française n’entre dans une période 
de décadence. On le dit même à l’étranger. 

Il ne faut pas s’inquiéter outre mesure de cette inva¬ 
sion d’expressions triviales. Le bon goût en fera justice. 
La langue de Voltaire, de Bossuet, de Corneille, de Racine 
et de Molière sera toujours la langue de l’élégance et de 
la poésie, comme elle est celle de la diplomatie. 

Un des plus savants philologues de notre époque, mon 


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LES PRÉCIEUSES RIDICULES 

excellent et vénéré maître, M. Egger, écrivait, il y a 
quelques jours, à M. Livet: 

« Toute langue vivante est en perpétuel mouvement. La 
« société polie, comme le peuple, ne cesse guère de créer 
« des mots et d’inventer des tours de phrase. C’est un 
« fonds de nouveautés qui s’enrichit tous les jours et dans 
« lequel les écrivains puisent avec plus ou moins de pers- 
« picacité. — L’Académie française intervient, ensuite, 
« avec une autorité toujours discrète. » 

Laissons donc passer ce vent de mauvais goût. 

Les bourgeoises d’autrefois cherchaient à imiter le lan¬ 
gage des femmes de qualité. Aujourd’hui quelques fem¬ 
mes du monde empruntent à celles du demi-monde (et 
à «elles qui n’en sont pas du tout) des néologismes qui 
n’ont pas même le mérite de l’originalité. 

Faut-il en conclure que la langue française soit entrée 
réellement dans une période de décadence? 

Non. Soyons sans crainte et répétons encore : « laissons 
faire ; laissons passer. » 

Frère cadet de deux sœurs jumelles : — l’ignorance et la 
vanité, — le ridicule a été et sera de tous les temps ; mais 
le bon sens en aura toujours raison. L’esprit français peut 
s’égarer, il se retrouve toujours. 

D’ailleurs, avant que le XIX rae siècle ait fait place à cet 
héritier présomptif, dont l’arrivée prochaine nous laisse 
quelque peu rêveurs, l’instruction aura pénétré partout. 
La femme pédante et la femme mal élevée seront des 
exceptions. 

Nous ne verrons plus que des femmes intelligentes, 
instruites, certainement, économes, peut-être, des mères de 
famille saines de corps et d’esprit (mens sana in corpore 
sano ), dont les enfants sauront récolter le bon grain semé 
par leurs pères, en laissant l’ivraie de côté. 


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ET LES FEMMES SAVANTES 


75 


Quant aux fausses savantes, aux précieuses ridicules, 
elles seront introuvables, ou plutôt on ne les trouvera plus 
que dans les œuvres de Molière, et on sera toujours heu¬ 
reux de les revoir en compagnie de M. Charles Livet. 

Notre cher confrère a élargi le champ des commentaires 
qui accompagnent ordinairement les œuvres littéraires. Ses 
travaux sur Molière sont le résultat de vingt-cinq années 
d’études non interrompues. Ses éditions devraient être dans 
toutes les bibliothèques. M. Livet a déjà été récompensé 
par l’Académie française ; nous espérons bien que cette 
récompense ne sera pas la dernière. 


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NICE PROVENÇALE 


i 

Vers l’an 350 avant J.-C., les Phocéens de Marseille 
fondèrent, sur la rive gauche et à une faible distance de 
l’embouchure du Var, une colonie à laquelle ils donnèrent 
le nom grec de Nikaia (latin Nicæ a), la Victorieuse , en 
mémoire sans doute d’un grand succès remporté sur les 
peuplades de la contrée, qui, par un motif que nous igno¬ 
rons, avaient provoqué les armes des Marseillais. 

Telle est l’opinion généralement reçue touchant l’origine 
de Nice. Quelques personnes cependant font remonter à 
une époque beaucoup plus reculée la date de cet évène¬ 
ment 1 : quoi qu’il en soit, l’étroite parenté entre les deux 
villes anciennes de Marseille et de Nice n’a jamais été mise 
en doute par aucun historien. 

Le pays où des Grecs de Phocée jetèrent les premiers 
fondements de notre ville, était habité par des Ligures, 
nation qui occupait non seulement toute la Provence 

1. M. Fr. Brun, l’honorable secrétaire de la Société des Lettres, Sciences et Arts des 
Alpes-Maritimes, croit que la fondation de Nice eut lieu en même temps que celle de 
Marseille, Tan 536 avant notre ère. Il suppose, d’après un passage d’Hérodote, que les 
Phocéens qui, après la prise de leur ville par Harpale (ou mieux Harpagus), lieutenant de 
Cyrus, s’étaient établis à Alalia en Corse, ayant été contraints de quitter ce lieu, prirent 
le parti d’aller fonder les uns Marseille, les autres Nice, à la suite d’un combat naval contre 
les Tyrrhénien8 ou Etrusques et les Carthaginois, combat qui aurait été livré au N.-O. 
de la Corse. (Recherches sur Vorigine de Nice). Il n’est pas impossible que les choses se 
soient passées comme le dit notre savant ami : toutefois nous devons faire remarquer 
qu’Hérodote ne dit pas un mot de la fondation de Marseille et encore moins de celle de Nice. 


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NICE PROVENÇALE 


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d’aujourd’hui, mais aussi tout le littoral qui s’étend du Var 
jusqu’au-delà de Gènes et auquel est resté le nom de 
Ligurie. A ces Ligures étaient venus se mêler un très 
grand nombre de Celtes ( Keltes ) ou Gaulois, race indo- 
européenne, venue d’Orient par la vallée du Danube et 
qui s’établit en Germanie, dans la Gaule proprement dite 
et au nord de la péninsule italique, dans la vaste région 
que les Romains appelèrent Gaule cisalpine , c’est-à-dire 
Gaule en-deçà des Alpes ; de même qu’ils donnèrent le 
nom de Gaule transalpine au pays gaulois situé, pour eux, 
au-delà des Alpes et que d’ordinaire ils désignaient tout 
simplement par le mot de Gallia, la Gaule l . 

Nice, colonie marseillaise, Cemenelum (Cimiez), ville 
celte, à une distance d’environ deux railles au nord, et toute 
la contrée environnante, se trouvaient dans la Gaule tran¬ 
salpine 2 . 

Plus d’un demi-siècle avant la campagne de César (58 ans 

9 

avant J.-C.), les Romains avaient déjà soumis une grande 
étendue de pays au sud-est et au sud de la Gaule transal¬ 
pine. Ils donnèrent à leur conquête le nom de Provincia 
Narbonensis, ou simplement Provincia, et la divisèrent 
plus tard en Narbonensis l a et Narbonensis 11°. Cette 
dernière, dans laquelle se trouvait la ville de Nice, reçut 
bien des siècles après le nom de Provence , qui n’est rien 

1. « L'antique extension de la race gauloise ou celtique dans l’Europe médiane, et 
surtout dans le bassin du Danube, est un fait aujourd’hui incontesté. » (Ernest Desjardins. 
Géographie historique et administrative de la Gaule romaine, t. II. page 501). — La longue 
occupation de la Provence par les Ligures et leur fusion avec les Celtes ou Gaulois, venus 
après eux plusieurs siècles avant rentrée des Romains dans la Gaule proprement dite, sont 
aussi des faits connus et démontrés depuis longtemps (Voyez p. 56 à 62, t. II du même 
ouvrage). Croire et prétendre que les Ligures n’ont jamais occupé que la zone maritime com¬ 
prise entre le Var et Gênes et qui porte seule aujourd’hui le nom de Ligurie , c’est donc 
à la fois commettre une grande erreur et faire preuve d’ignorance. 

2. « De l’autre côté du Var, dans cette partie de la Ligurie qui se rattache à la Gaule 
et qui comprendra plus tard la province des Alpes-Maritimes, s’éleva de très bonne heure 
la ville de Nicœa, Nice, colonie marseillaise. » (Ibid. p. 179). — L’étymologie de Cemenelum 
ou mieux Kemenelon (gr. KcjxeveXcov) est le celte Keménc , et signifie chef-lieu (Fr. Brun. 
Annales de la Société des Lettres, etc . des Alpes-Maritimes » t. V. p. 371b 


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78 NICE PROVENÇALE 

autre que la première moitié de l’expression Provincia 
Narbonensis. 

Plus tard encore, une nouvelle province, celle des Alpes- 
Maritimes est formée, en grande partie, aux dépens de la 
Narbonnaise seconde. Cette province, qui naturellement 
renfermait Nice et son territoire, avait pour métropole ou 
chef-lieu Cemenelum (Cimiez) agrandi et embelli par les 
Romains, et, comme nous l’attestent divers documents 
antiques, se rattachait toujours administrativement à la 
Gaule proprement dite. 

Ammien Marcellin, historien du quatrième siècle de 
notre ère, a inscrit Nice dans son tableau géographique 
de la Gaule (XV, xi, 15). Le témoignage d’Étienne de 
Byzance, qui vivait à la fin du cinquième siècle, est tout 
aussi affirmatif; voici textuellement ses paroles: Nixon»iroXt; 
KcXtixt) MocffijaAioTwv dhroixo; -, « ce qui signifie, dit M. Ern. 
Desjardins, non pas Nice celtique, mais Nice, ville de 
Gaule, colonie de Marseille : la Gaule comprenant, pour 
lui, les Alpes-Maritimes. » ( Géographie de la Gaule 
romaine, t. II, p. 180, note 2). 

La Notice des provinces et cités de la Gaule 1 nous 
présente les deux tableaux suivants : 


Provincia Narbonensis II a 


Metropolis civitas Aquensium 

Aix 

— Aptensium 

Apt 

— Reiensium 

Riez 

— Forojuliensium 

Fréjus 

— Vapincensium 

Gap 

— Segesteriensium 

Sisteron 

— Antipolitana 

Antibes 


1. Xolitia pwinciarmn et vinlalum G al tiw. rédigée très probablement vers la Un du 
quatrième siècle. 


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NICE PROVENÇALE 


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Provincia Alpium maritimarum 


Metropolis civitas Ebrodunensium 

Embrun 

— Diniensium 

Digne 

— Rigomagensium 

Chorges 

— Solliniensium 

Castellane 

— Sanitiensium 

Senez 

— Glanativa 

Glandevès 

— Cemelenensium 

Cimiez 

— Ventiensium 

Vence 


Ainsi la province des Alpes-Maritimes, renfermant 
Cimiez et par conséquent Nice, au même titre que Digne, 
Castellane, Senez, Vence et autres villes de la Gaule 
transalpine, formait une division administrative ayant pour 
métropole Embrun, aujourd’hui chef-lieu d’arrondissement 
dans le département français des Hautes-Alpes. 

Les Alpes-Maritimes figurent aussi parmi les sept pro¬ 
vinces composant le Diœcesis Viennensis ou gouverne¬ 
ment de Vienne (Isère), dans quatre autres documents 
anciens, savoir : la Liste des provinces sous Dioclétien *, 
la Liste de Polemius Silvius 1 2 , le Tableau des provinces 
de l’empire par Rufus Festus 3 , et la Notice des dignités 4 . 

Nous savons par un édit de l’empereur Honorius, daté 
de l’an 418, qu’il se tenait à Arles des assemblées provin¬ 
ciales de tout le midi de la Gaule, auxquelles se rendaient 
les députés de la Viennoise, des deux Aquitaines, de la 
Novempopulanie, des deux Narbonnaises et des Alpes- 
Maritimes. 

Il est donc parfaitement démontré que jusque vers le 

1. Manuscrit découvert eu 1863 dans la bibliothèque capitulaire de Vérone. Dioclétien est 
mort l’an 313. 

2. Récemment découverte. 

3. Dit aussi Sextus Rufus . Il florissait vers l’an 370. 

4. Notitia dignitatum Imperii romani . Les six autres provinces étaient la Viennoise, la 
Xarbonnaise l re ,la Narbonnaise 2*, la Novempopulanie, l’Aquitaine l re et l'Aquitaine 2 e . 


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80 


NICE PROVENÇALE 


i 


milieu du cinquième siècle, cette dernière province faisait 
partie de la Gaule proprement dite ; mais il ne faudrait pas 
en conclure qu’elle répondait exactement au département 
qui porte aujourd’hui le même nom. On a tout lieu de croire 
que la limite occidentale de la province romaine des 
Alpes-Maritimes était le petit fleuve qui s’appelle de nos 
jours le Loup, et que plus tard cette limite fut reportée 
jusqu’à la chaîne de l’Estérel comprenant ainsi la ville 
d'Antipolis. D’autre part au deuxième siècle de notre ère, 
d’après l’Itinéraire terrestre d’Antonin \ la frontière du 
côté de l’Italie ne devait pas, dans notre région, dépasser 
la Turbie. Voici en effet ce que porte ce document (édition 
d’Alde Manuce, Venise 1518) : 

Albintimilio M.P.XVI* Aujourd’hui Vintimille 

Lumone M. P. X — Cap Martin 1 2 3 

Alpe summa M.P.VI — La Turbie 

Usque hùc Italia hinc G allia 4 . 

Cemenelo M.P.IX — Ciniiez 

Varum flumine M.P.VI — Le Var 

Antipoli M.P.X — Antibes 

Strabon, géographe du premier siècle avant J.-C., donne, 
il est vrai, le Var comme limite occidentale de l’Italie ; Pline 
l’Ancien, Pomponius Mêla et Ptolémée, venus après lui 5 , 

1. Antonin le Pieux, empereur l'an 138 de J.-C., mort l’an 161. 

2. C’est-à-dire, 16 mille pas. Le raille romain vaut environ 1481 mètres. 

3. Entre Menton et Monaco. 

4. C’est-à-dire : Jusqu'ici l’Italie, à partir de là la Gaule. 

5. Pline et Pomponius Mêla ont écrit vers lemiiieu du premier siècle de notre ère; Ptoléince 
appartient au siècle suivant. Il u’est pas indifférent de remarquer que la création de la 
province des Alpes-Maritimes avec Cimiez pour chef-lieu date à peu près de l’époque de 
Strabon, la contrée celto-ligurienne où se trouvaient Cimiez et Nice, ayant d’abord fait 
partie de la Provincia ou Narbonensis J/ a ; rappelons en outre que, comme nous l’avons 
dit plus haut, les A lpcs-M<u'Uinies étaient comprises dans la Viennoise , dont la capitale 
était Vienne (Isère). 


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NICE PROVENÇALE Si 

admettent cette limite tout simplement, sans discussion 
ni raison quelconque. Il est certain cependant que Nice 
était de leur temps comprise dans la Gaule transalpine : 
les documents anciens qui constatent ce fait ont un carac¬ 
tère officiel, et il ne nous semble pas que leur autorité 
puisse être infirmée par le dire de quelques géographes 
qui, sous l’empire de conceptions purement systématiques, 
se sont placés à un point de vue tout à fait particulier. 
Nous savons, d’ailleurs, par Ammien Marcellin et Étienne 
de Byzance, que trois cents ans après Strabon Nice était 
toujours une ville de la Gaule ; et le témoignage de ces 
deux écrivains, qui s’accorde si bien avec les renseigne¬ 
ments fournis par les nombreux documents que nous avons 
cités précédemment, a sans contredit plus de poids que 
celui de Strabon et de ses copistes. Au surplus, quelle 
raison scientifique ces géographes avaient-ils pour faire 
du Var une limite naturelle entre la Gaule et l’Italie ? 
Ils auraient été, certes, beaucoup plus dans le vrai en 
indiquant la vallée de la Roya au lieu de celle du Var, 
s’ils eussent tenu compte de l’orologie, de l’ethnographie et 
des divisions administratives déjà établies de leur temps. 

L’empire romain d’Occident est livré aux invasions des 
Barbares dès les premières années du cinquième siècle, et 
durant une longue période de profonds bouleversements, 
rien de fixe, rien de bien arrêté, rien de durable dans cha¬ 
que nouvelle situation politique ou administrative faite aux 
provinces de l’empire par les hordes envahissantes, qui se 
succèdent incessamment. Nice, subissant comme toutes les 
autres villes la loi du plus fort, passa successivement 
sous la domination des Visigoths, des Ostrogoths, des 
Burgondes, des Lombards, qui la dévastèrent en même 
temps que Cimiez, des Francs mérovingiens et enfin de 
Charlemagne, qui, pas plus que ses prédécesseurs, ne put 


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NICE PROVENÇALE 


la préserver du brigandage des Sarrasins, comme nous 
l’apprend Eginard, son secrétaire, dans ce passage de son 
livre intitulé : Vita et gesta Caroli magni: « Hoc Mauri 
vindicare volentes, Centumcellas, Tusciæ civitatem, et 
Nicæam Provinciæ Narbonensis vastaverunt ; c’est-à- 
dire : les Maures, voulant se venger, dévastèrent Civita- 
Vecchia, ville d’Etrurie,et Nice de la Province Narbonnaise 
(Provence). 

Ainsi l’un des plus habiles chroniqueurs du neuvième siè¬ 
cle, le mieux placé par ses fonctions auprès de Charlemagne 
pour connaître toutes les circonscriptions des diverses 
parties du nouvel empire d’Occident, ne met point la ville 
de Nice dans l’ancienne province des Alpes-Maritimes, 
mais dans la région qui s’appelle déjà la Provence : c’est 
que, par suite des nombreux changements survenus dans 
l’organisation administrative des provinces romaines, la 
dénomination d'Alpes-Maritimes a cessé d’être appliquée 
à celle qui avait pour métropole la ville d’Embrun (Voir 
ci-dessus, page 79). Ces changements toutefois n’attei¬ 
gnirent point les circonscriptions ecclésiastiques, calquées 
pour la plupart sur celles des anciennes provinces romai¬ 
nes : ce qui nous explique pourquoi les évêques de Nice 
étaient suffragants de l’archevêque d’Embrun, et aussi 
pourquoi les bulles et décrets des papes concernant l’évê¬ 
ché de Nice, placent toujours cette ville dans la Gaule 
Narbonnaise ou Provence h 

Au démembrement de l’empire carlovingien, Nice et 
toute l’ancienne province des Alpes-Maritimes firent partie 
du royaume d’Arles fondé par Boson (879), puis du Comté 


1. Jusqu’au dernier siècle, la préconisation de l’évêque de Nice s’est faite à Rome en ces 
ternes, à peu près comme pour les autres évêques de l’église gallicane ou église de France : 
Vacat in Qaliui Narbonenai epxscopus Nicicnsis (Sommaire du Comté de Provence, etc. 
par Mellarèdc, intendant général de la ville et du comté de Nice. Manuscrit de 1703, aux 
Archives de la Municipalité). Voir ci-après une bulle du pape Benoît XIII. 


) 


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NICE PROVENÇALE 

de Provence, formé des débris de ce royaume (934). 
A la mort du comte Raymond-Béranger IV, Charles, 
duc d’Anjou, frère du roi de France Louis IX (saint Louis), 
devint comte de Provence par son mariage avec Béatrix, 
fille de Raymond-Béranger (1246). Charles d’Anjou fit la 
conquête du royaume de Naples. Nice continua de faire 
partie de la Provence sous les successeurs de ce prince ; 
elle s’en détacha en 1388, après la mort de la fameuse 
reine Jeanne, comtesse de Provence, et se donna au comte 
de Savoie Amédée VII, dit le Rouge, pour échapper aux 
horreurs de la guerre civile qui avait éclaté entre les 
partisans des deux prétendants à la succession de la reine 
Jeanne, savoir : Charles de Duras, cousin de cette reine, 
et Louis d’Anjou, fils du roi de France Jean le Bon, que 
Jeanne avait choisi elle-même pour lui succéder dans 
toutes ses possessions. 

Durant toute la période du moyen âge, la ville de Nice et 
Cimiez, avant sa destruction par les Lombards l , sont tou¬ 
jours placées dans la Gaule par les chroniqueurs et surtout 
par les écrivains hagiographes, dont quelques-uns emploient 
l’indication plus précise de Provincia Narbonensis ou sim¬ 
plement Provincia, Provence. Ainsi font Aimon, abbé de 
Fleury-sur-Loire, et Sigebert (X e et XI e s.) racontant la 
vie de saint Hospice ; Pierre Natali et Martin Polonus 
(XIII e et XIV e s.) rapportant le fait du baptême de l’empereur 
romain Philippe l’Arabe et de son fils par saint Pons, 
évêque de Cimiez ou de Nice au troisième siècle 2 . 

C’est seulement à partir de 1388, date de sa réunion aux 

1. En 575, suivant l’abbé P. Gioffredo (autrement dit Jofredy , en latin Jofredus) pages 
455 et 456, tome 1 de son Storia delle Alpi Marittime. A la page 409, l’auteur dit que 
l’évêché de Cimiez fut réuni à celui de Nice en 455 par le pape saint Léon. 

2. Nicœa civitas sacris monumerUis illustrata opus r. d. Pétri lofredi , page 83. Voir 
dans le même ouvrage, aux pages 63, 95 et 101, trois autres témoignages tout aussi formels 
à propos de saint Celse, baptisé par saint Nazaire, de sainte Dévote, née à Nice, et de saint 
Valère, évêque de cette ville. 


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NICE PROVENÇALE 

États de la maison de Savoie, que le comté de Nice, 
jusqu’alors partie intégrante de la Provence, a pu être 
considéré comme dépendant géographiquement de l’Italie, 
bien que ses habitants n’eussent jamais été Italiens, ni 
par leur origine, ni par l’histoire de leur pays, ni par 
leur langue. Le sont-ils devenus depuis? C’est une ques¬ 
tion que nous examinerons bientôt: achevons d’abord cet 
exposé rapide des divers changements politiques subis 
par la ville de Nice et conséquemment par le Comté dont 
elle était le chef-lieu. 

Annexée à la République française en 1792, Nice fit 
retour aux États sardes à la chute de Napoléon I er (1814) ; 
elle a été réunie de nouveau à la France en 1860, par ces¬ 
sion du roi Victor-Emmanuel II à l’empereur Napoléon III, 
et à la suite d’un vote plébiscitaire des habitants de la 
ville et de tout le Comté. 

Faisons ici une remarque qui ne laisse pas d’offrir un 
certain intérêt. Plus de vingt-deux siècles se sont écoulés 
depuis la fondation de Nice sur une terre celto-ligure 
jusqu’à sa seconde annexion en 1860: se rattachant à la 
Gaule proprement dite, dès son origine, et à la fondation 
du royaume d’Arles, faisant partie de la Provence, Nice 
n’est restée séparée de cette province et par conséquent 
de la France que durant quatre siècles et demi, c’est- 
à-dire à peu près un cinquième seulement de sa longue 
existence l . 


1. On compte quatre cent soixante-douze ans de 1388 à 1860 ; mais il faut retrancher de 
ce chiffre vingt-deux ans de domination française depuis 1792 jusqu’en 1860, ce qui donne 
juste quatre cent cinquante ans. 


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NICE PROVENÇALE 


85 


II 

Nous avons vu que le comté de Nice n’était en réalité 
qu’une subdivision du Comté de Provence en 1388, lorsqu’il 
passa sous la domination de la maison de Savoie. Nice, 
provençale alors et depuis des siècles, fut-elle dans la 
suite considérée comme ayant cessé de l’être ? Les princes 
de Savoie vont eux-mêmes nous répondre : nous joindrons 
à leur témoignage celui de divers écrivains niçois et en 
outre la précieuse déclaration du grand ministre sarde le 
comte de Cavour. 

Amédée VIII succède à son père Amédée VII le Rouge 
en 1391 et, en vertu de la récente acquisition des comtés 
de Nice, de Vintimille et autres lieux, il prend les titres 
suivants en tête d’un rescrit adressé, l’année d’après, aux 
officiers de la ville et du comté de Nice : 

Amedeus, Cornes Sabaudiæ, Dux Chablasii et Augustæ, in Italià 
Marchio, Princeps Sacri Romani Imperii, in Provinoià Dominus, 
ejusdemque Sacri Imperii Vicarius Generalis ; Dilectis Senescalio, 
Capitaneis, Judicibusque et cæteris officialibus nostris Provinciæ, 
Comitatumque nostrorum Forcalquerii, Vintimilii, etc. 1 

— Amédée, comte de Savoie, duc de Chablais et d’Aoste, 
Marquis en Italie, Prince du Saint-Empire Romain, Sei¬ 
gneur en Provence, Vicaire Général dudit Saint-Empire; 
à nos chers Sénéchal, Capitaines, Juges et nos autres 
Officiers de Provence et des Comtés de Forcalquier, de 
Vintimille, etc. — 

Les comtes de Provence Louis I er et Louis II d’Anjou, 
rois titulaires de Naples, n’ont cessé d’être en lutte avec 
les comtes de Savoie au sujet des nouvelles acquisitions 

1. Gioffredo. Storia délie Alpi-Marittime . t. III, p. r>16. 


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NICK PROVENÇALE 


8b* 

laites, à leur détriment, par ces princes étrangers. Un 
premier accommodement a lieu en 1400 entre Yolande 
d’Aragon, femme de Louis II, reine de Jérusalem et des 
Deux-Siciles, comtesse de Provence, etc., stipulant en son 
nom et au nom de son mari, qui guerroyait à Naples, d’une 
part ; et d’autre part Amédée VIII, comte de Savoie, duc 
de Chablais, etc. (Voir ci-dessus). Ce traité, rapporté par 
l’historien niçois Durante, renferme la phrase que voici 
en vieille langue française : 

« Pour cause de la demande que ma dicte Dame la Royne et le Roy 
dessus dicts font et ont faicts audict Comte, pour les terres qu’icelui 
Comte tient au pays de Provence, telles que la ville de Nice et ses 
vigueries, etc. » 

Suit la ratification par Amédée VIII en date du 25 août 
1400. On y lit deux fois ces expressions : « notre pays et 
vigueries de Nice en Provence l . » 

En 1406, le même Amédée VIII envoie par écrit à 
Oddon de Villars, gouverneur de Nice, l’ordre de mettre le 
château de cette ville à la disposition du pape Benoît XIII, 
pour y prendre ses logements ; sa lettre commence ainsi: 

Amedeus, Cornes Sabaudiæ, carissimo consanguineo et fideli do¬ 
mino Odoni de Villars, domino Bauciæ, locumtenenti nostræ civitatis 
Niciæ et aliarum terrarum nostrarum quas habemus in Provincià, 
salutem et dilectionem sinceram 2 . 

— Amédée, comte de Savoie, au très cher cousin et 
fidèle seigneur Oddon de Villars, seigneur de Baux, notre 
lieutenant en la ville de Nice et autres terres que nous 
possédons en Provence, salut et sincère affection. — 

Le pape Benoît XIII, de séjour à Nice en 1405, y 
publie une bulle confirmant un accord entre l’évêque et 

1. Durante, Histoire de . Vice . Turin 1823. T. II. p. 31. 

2. Giotfredo, t. III, p. 61i 


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NICE PROVENÇALE 


K7 

les chanoines de cette ville, d’une part, et les frères 
ermites de Saint-Augustin, de l’autre. On lit dans cette 
bulle les lignes que voici : 

Quod cum propter guerrarum calamitates quæ in præsenti patrià 
Provinciæ his, diù est, lapsis temporibus viguerunt, conventus sive 
domus, claustra et ædificia Fratrum heremitarum S. Augustini 
civitatis Niciæ fuerint dirupta, etc. 1 

— Considérant que par suite des calamités causées par 
les longues guerres qui, durant ces derniers temps, ont 
régné en ce pays de Provence, le couvent, c’est-à-dire la 
maison, le cloître et les bâtiments des Frères ermites de 
Saint-Augustin de la ville de Nice ont été détruits, etc. — 

En 1419, nouveau traité entre la reine-comtesse Yolande, 
veuve de Louis II, régente pendant la minorité de son 
fils Louis III, et Amédée VIII, duc de Savoie 2 . Après 
une longue énumération des villes du Comté, telles que 
Nice, Villefranche, Eze, la Turbie, etc. vient cette 
phrase : 

Et generaliter omnia alia loca et terras quæ et quas dictus dominus 
Dux Sabaudiæ tenet et possidet de præsenti in dictis comitatibus 
Provinciæ et Forcalquerii ac Vintimelii 3 . 

— Et généralement tous les lieux et les terres que ledit 
seigneur Duc de Savoie tient et possède en ce moment 
dans les dits comtés de Provence, de Forcalquier et de 
Vintimille. — 

Ainsi dans cet écrit officiel la ville de Nice, celles de 
Villefranche, Eze, la Turbie, etc., sont déclarées faire 
partie de la Provence. 

1. Gioffredo, t. III, p. 613. 

2 . Duc à partir de 1416 ; il n’avait porté jusqu’alors que le titre de comte. 

Gioffredo, t. IV. p. 50 et 51. 


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88 NICE PROVENÇALE 

Amédée VIII fait, en juillet 1426, une confédération 
avec les républiques de Venise et de Florence contre le 
duc de Milan ; le texte du traité porte cet article : 

Item quod si, durante tempore præsentis unionis et liguæ, præfatus 
dominus Dux Mediolani aut ejus collegati, recommendati, complices, 
fautores, subditi, vel sequaces, moverent guerram per mare civitati 
Niciæ de Provincià, etc. 1 

— Item, que si durant le temps de la présente union et 
ligue, le susdit seigneur Duc de Milan ou ses alliés, 
vassaux, complices, fauteurs, sujets ou partisans, faisaient 
la guerre par mer à la ville de Nice de Provence, etc. — 


Cinquante ans après, en 1476, le prince Philippe de 
Savoie, comte de Bugey et de la Bresse, nommé gouver¬ 
neur de Nice par son neveu le duc Philibert I er , fait 
précéder son entrée en fonctions, par une adresse aux 
Niçois, qui débute en ces termes : 


Universis sit manifestum quod Nos, cupientes possessionem civitatis 
Niciæ et castri in eadem civitate siti, totiusque terræ Provinciæ 
eidem civitati adjacentis habere uti Gubernator dictæ civitatis et 
patriæ, etc. 2 


— Qu’il soit manifeste à tous que Nous, désirant prendre 
possession de la ville de Nice et du château situé dans la 
même ville, ainsi que de toute la terre de Provence adja¬ 
cente à la même ville, en qualité de gouverneur de ladite 
ville et pays, etc. — 


Un professeur nommé François Pellos publie en 1482 
un traité d’arithmétique écrit en niçard et se qualifie de 
citoyen de Nice, chef-lieu de la terre neuve en Provence: 
Cap de terra nova en Provensa. 


1. Gioffredo, t. IV, p. 89. 
8. Ibid. p. 878. 


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NICE PROVENÇALE 


89 


En 1562, autre traité d’arithmétique, aussi en niçard, 
publié par Fulconis de Nice, terre de Provence, comme 
il le dit lui-même l . 

Voilà, croyons-nous, assez de témoignages empruntés à 
do vieux documents : passons à des dates plus récentes. 

L’historien niçois Durante fait paraître en 1823 une 
Histoire de Nice écrite en français; à la page 565 du 
second volume se trouvent ces deux lignes, aveu précieux 
d’un littérateur fort instruit, écrivant l’histoire de sa ville 
natale sous le régime du gouvernement sarde : 

« La partie la plus pauvre de la Provence était sans contredit le 
Comté de Nice. » 

Le 2 mars 1860, la Chambre des députés sardes siégeant 

à Turin discute le projet de cession du comté de Nice à la 

France: le premier, ministre M. de Cavour, prononce à 

l’appui de ce projet un discours dont voici un fragment 

que nous empruntons à la brochure de M. Auguste Brachet, 

intitulée : Al misogallo signor Crispi. 

* 

« Nos Etats comptent deux villes de Nice : l’une en 
« Piémont, qu’on appelle Nice-de-Montferrat, l’autre au 
« bord de la mer et que nous, dans notre jeunesse au moins, 
« nous avons été habitués à nommer Nice-en-Provence. 
« J’ai habité Nice ; j’y ai reçu une grande quantité de 
« lettres dont la suscription portait : Nice en Provence. 
« Cette locution serait-elle devenue populaire, vulgaire, si 
« Nice était une ville italienne ? 

« Mais quel est l’indice le plus concluant de la nationa- 
« lité ? C’est la langue. Le langage niçois n’a qu’une 
« analogie lointaine avec l’italien : c’est à peu près celui 


1. Ces deux ouvrages sont à la Bibliothèque municipale de Nice ; chacun peut en deman¬ 
der communication. Le premier porte ce titre singulier : Sen segxie de la art de arithmeticha 
et semblatment de jeumetria dich ho nominat Compendion de lo abaco ; l’autre est intitulé 
Opéra yxora (Varismethira intitulada Cinterna Fvlcronica novellament compau&ada» 


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NICE PROVENÇALE 


« de Marseille, de Toulon, de Grasse. Quand on parcourt 
« la Rivière de Gênes, on y trouve la langue italienne dans 
« ses diverses modifications jusqu’à Vintimille. Au delà 
« il y a comme un changement de scène : c’est tout une 
« autre langue. Je ne conteste pas qu’à Nice les gens bien 
« élevés savent l'italien ; mais dans la vie ordinaire, c’est 
« le provençal ou le français qu’ils parlent. Un assez grand 
« nombre de mes anciens collègues, les députés niçois, 
« parlaient italien, il est vrai, dans cette chambre; mais, 
« remarquez-le, ces députés étaient d’anciens employés, 
« des membres du barreau ou de la magistrature familia- 
« risés avec la langue italienne par leurs occupations. 
« Quand Nice nous a envoyé comme députés des proprié- 
« taires et des industriels, ils ont été dans la nécessité de 
« parler français. Dans une occasion récente où le député 
« Bottero eut à me présenter une députation de commer¬ 
ce çants de la ville qui l’a élu, il ne se servit pas de 
« l’italien, qu’il parle pourtant fort bien : se trouvant à 
« la tête d’une députation de Niçois, il fut obligé de parler 
« français. Cela serait-il arrivé, si Nice eût été vérita- 
« blement italienne ? 

« On dira: le même fait se retrouve dans tous les pays 
« de frontières. Messieurs, si jamais des circonstances 
« que je ne puis prévoir amenaient au milieu de nous 
« des députés du haut Frioul ou de l’extrémité de la 
« Sicile, croyez-vous qu’ils parleraient les uns l’allemand, 
« les autres l’arabe ? Je ne le pense pas. » 

Nous avons trouvé, dans un livre publié peu d’années 
après 1860, le compte rendu détaillé de la réception faite 
par Cavour à la députation du parti piémontais de Nice, 
réception sur laquelle le célèbre ministre n’avait pas à 
s’appesantir dans le discours que nous venons de citer. 


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-NICE PROVENÇALE 


01 


Le lecteur nous saura gré, sans doute, de transcrire ici 
cette page amusante d’un jeune écrivain niçois. 

« Les délégués exposèrent, dans les termes les plus 
chaleureux, les aspirations de leurs concitoyens, le désir 
de ne pas voir le comté de Nice détaché du Piémont, 
parce que, disaient-ils, il avait été toujours italien. 

« M. de Cavour écouta attentivement leurs prières. Le 
sourire bienveillant qui se dessina sur les lèvres de l’illustre 
personnage fit présager aux membres de la députation la 
réponse qu’ils devaient en attendre. 

« Il prit la parole. Les représentants de Nice, sous le 
coup de la plus vive émotion, écoutèrent, dans le plus 
profond silence, les paroles du ministre, craignant de per¬ 
dre un mot, une syllabe, une lettre de la précieuse réponse 
qu’ils devaient transmettre à leurs concitoyens. 

« Messieurs, dit-il : excessivement flatté de la fidélité 
« des Niçois, fidélité qui n’a jamais fait défection, je vous 
« remercie au nom de Sa Majesté et au nom de tous les 
« membres de la Chambre que je vais présider, qui verront 
« comme moi que vous n’êtes pas plus Italiens que Turcs; 
« car vous venez de le prouver en m’adressant voire prière 
« en langue française » ( Les Brouillards de Nice) \ 

M. Brachet a fait suivre l’extrait du discours prononcé 
par le comte de Cavour, d’une intéressante remarque, 
servant, pour ainsi dire, de commentaire aux paroles du 
ministre et qui mérite d’être reproduite. « Cavour, dit-il, 
aurait pu ajouter que lorsque fut promulgué le Code de 
Charles-Albert, le gouvernement piémontais en publia 
une édition spéciale en français pour la ville de Nice. 

1. Le projet de cession à la France avant été adopté par la Chambre de Turin, on crut 
devoir le soumettre à la sanction du suffrage universel dans tout le comté. Le résultat du 
vote, fut à Nice 6,810 oui et 11 non; les autres communes du comté donnèrent ensemble 
18.243 oui et 148 non, ce qui fait en tout 25.053 votes pour l'annexion et seulement 159 
contre. N'est-cc pas vraiment l'unanimité ? 


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NICE PROVENÇALE 


« D’ailleurs la science a prononcé : dès 1835, dans sa 
Gra.mma.tik der Romanischen spraken, Diez, le fondateur 
de la philologie comparée des langues néo-latines, plaçait 
la frontière de la langue italienne à Vintimiglia et rangeait 
le comté de Nice dans le domaine de la langue pro¬ 
vençale. Alors que Nice appartenait encore à la Sardaigne, 
l’émule de Karl Ritter et de Malte-Brun, l'illustre géo¬ 
graphe vénitien Adriano Balbi, tranchait la question dans 
le même sens, il y a plus de trente ans, en même temps 
qu’il réclamait à la France d’autres territoires qualifiés 
par lui d’Italie française. » (Traité de Géographie, par 
Adriano Balbi. 1850, in-8°, p. 370). 


III 

« Nice n’est pas et n’a jamais été une ville italienne : 
c’est une ville provençale se rattachant géographiquement 
à la Gaule ou France, dès son origine et dans tout le cours 
des siècles, lors même qu’elle dépendait politiquement d’un 
gouvernement italien. » 

Telle est la conclusion par laquelle nous pourrions ter¬ 
miner ici une discussion semée de preuves ayant toutes une 
valeur qu’on ne saurait méconnaître, et nous sommes assuré 
que tout lecteur impartial se déclarerait d’ores et déjà par¬ 
faitement convaincu ; mais un puissant motif nous oblige 
à poursuivre. Nous avons tout lieu de craindre que plus 
d’un Niçois n’admette pas comme suffisante l’une des preu¬ 
ves, la dernière qui a été produite, indiquée plutôt que 
solidement établie, celle enfin que M. de Cavour et l’illustre 
philologue Diez ont tirée du langage vulgaire usité à Nice; 
et voici la raison du doute qui nous tient : 

Il s’est trouvé, presque de nos jours, des écrivains niçois 


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NICE PROVENÇALE 


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qui, ne s’étant jamais appliqués à l’étude des langues com¬ 
parées et restés par conséquent à peu près étrangers aux 
premiers éléments de la linguistique, fort habiles d’ailleurs 
(nous voulons le croire) en tout autre genre de savoir, se 
sont figuré que le niçard, bien que dérivant de la vieille 
langue cVoc, différait essentiellement des dialectes moder¬ 
nes de cette langue; que s’il avait été du provençal jadis, 
ce n’en était plus aujourd’hui ; en un mot que c’était une 
langue particulière,une langue qu’on pourrait dire nationale, 
au même titre que l’italien, l’espagnol, le français et toute 
autre langue néo-latine. 

Comme on le pense bien, cette manière de voir est promp¬ 
tement devenue celle d’un assez grand nombre de Niçois peu 
studieux de leur nature, qui s’en tiennent à l’apparence et 
attachent une grande importance à de minces détails, à 
deux ou trois points tout à fait secondaires, simples ques¬ 
tions d’orthographe ou de prononciation. 

Ainsi, par exemple, vous entendrez à Nice des personnes 
qui ne manquent pas cependant d’une certaine instruction, 
vous faire ce singulier raisonnement : « Nous n’écrivons pas 
le niçard comme on écrit le provençal, donc le niçard n'est 
pas du provençal. —II est vrai, leur répondrez-vous, que 
vous avez remplacé l’orthographe naturelle de votre idiome 
par celle de la langue italienne, et ce n’est pas ce que vous 
avez fait de mieux ; mais à juger ainsi sur la seule appa¬ 
rence, le niçard serait donc, sinon du pur toscan, du moins 
un patois italien, ce que vous avez mille fois raison de nier. 
Jusqu’à la fin du seizième siècle vos pères orthographiaient 
le niçard comme le faisaient et le font encore tous ceux 
qui parlent un dialecte de la langue provençale ; une foule 
d’anciens documents témoignent de ce fait. Est-ce que les 
modifications maladroitement apportées depuis lors à la 
forme matérielle des mots a pu changer la nature même 


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NICE PROVENÇALE 


de ces mots? Ce serait prétendre qu’un costume étran¬ 
ger change * nécessairement la nationalité de la per¬ 
sonne qui l’a revêtu. Rendez à votre idiome sa propre 
orthographe et il apparaîtra à tous les yeux avec son 
vrai caractère. » 

— « Nous savons Tort bien, diront-ils encore, que notre 
idiome s’orthographiait à la provençale tant qu’il a été 
du vrai provençal ; mais l’influence de l’italien s’exerçant 
de plus en plus, les Niçois, comme le dit notre historien 
Durante, « ont adopté une prononciation plus italienne, à 
« cause de leur plus grande fréquentation avec le Piémont, 
« la Ligurie et la Toscane 1 ». Et voilà pourquoi le niçard 
n’est ni du provençal ni de l’italien, et voilà pourquoi aussi 
nous nous en tenons à l’orthographe italienne. » 

Il serait difficile, certes, de raisonner d’une façon plus 
contraire aux règles de la logique ; aussi ne nous arrêterons- 
nous pas à de pareilles arguties ; nous ferons seulement 
une question. Vous dites que les Niçois ont adopté une 
prononciation plus italienne ; voyons vos preuves? Est-ce 
parce qu’ayant emprunté l’orthographe italienne, ils pro¬ 
noncent le ce et le ci comme le font les Italiens et comme 
les vieux Niçois prononçaient jadis le provençal ché, chi ? 
Mais vous faites alors un pitoyable sophisme, vous prenez 
le signe pour la chose signifiée ! 

Nous, qui avons l’habitude de ne nous prononcer qu’après 
mûr examen, nous trouvons au contraire dans cette malen- 

1. Ce sont en effet les paroles de Durante (Histoire de Nice , t. I, p. 355, Nice, 1823) ; mais 
cet écrivain les a fait précéder de cette déclaration formelle : « Les habitants de Nice 
parlent encore aujourd’hui l’idiome provençal.» Cela est parfaitement vrai ; ce qu’il dit 
après l’est beaucoup moins. Sans contredit Nice avait de fréquentes relations commerciales 
avec la Ligurie ou Rivière de Gênes ; mais elle en avait de tout aussi grandes avec la 
Provence à l’ouest du Var : elle en avait aussi par mer avec la Toscane, mais de moindre 
importance qu’avec Marseille. Quant au Piémont, dont elle est séparée par la chaîne des 
Alpes et ses contreforts, et avec lequel elle ne pouvait avoir que très difficilement des 
communications par voie de terre, en raison du manque de bonnes routes, ses relations 
commerciales ne consistaient guère qu’en importation de bestiaux. 


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MCE PROVENÇALE 


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contreuse application de l’orthographe italienne à l’idiome 
niçois, la preuve péremptoire que l’italien n’a eu et ne 
pouvait avoir que fort peu d’influence sur la prononciation 
de cet idiome, tellement peu, que la chose mérite à peine 
d’être signalée. 

On ne saurait, en effet, donner comme preuve de cette 
influence l’emploi, dans l’écriture, des formes ce, ci pro¬ 
noncées à l’italienne : ici la chuintante forte che, chi (tché, 
tchi) du provençal a été remplacée par la notation italienne, 
de même qu’à la chuintante douce j (djé) on a substitué 
la forme gi : de sorte qu’au lieu d’écrire par exemple, 
comme on le faisait autrefois, charra, pichoun, pounchut, 
jamai, jugà, on a écrit ciarrh , picioun, pounciut , giamai, 
giugà. Vous ne pouvez ignorer que les deux chuintantes 
provençales ont existé de tout temps dans le niçard : il 
n'y a donc eu là qu’un simple changement de signe ; la 
chose n’a nullement été modifiée. 

On ne pourrait pas davantage arguer de ce fait que 
l’articulation qué, figurée par la lettre q en provençal comme 
en français, l’a été par le ch italien, et que l’on a écrit 
achéu, acheta, achi , chith, chiet , au lieu d’a quéu, aquela, 
a qui y quitk , quiet , formes incontestablement meilleures. 
Là aussi, il n’y a eu qu’une simple substitution de signes 
orthographiques. 

En réalité cette influence de l’italien se réduit à deux 
cas exceptionnels, savoir : 1° la prononciation de trois ou 
quatre mots, tels que a cident (accident), ecelent (excellent), 
acetk (accepter), ecith (exciter), dans lesquels les Niçois font 
du c la chuintante forte tché à la manière des Italiens, au 
lieu de lui conserver le son de l’s qu’on lui donne dans tout 
le midi, comme ils le faisaient eux-mêmes jadis et comme ils 
le font encore aujourd’hui dans un plus grand nombre d’au¬ 
tres mots, tels que crdà , celesta, circoustama, circula, 


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% 


NICE PROVENÇALE 


fa.cila.men , publicité, récipient , etc. 1 ; *2° dans l’accen¬ 
tuation ou accent prosodique d’un très petit nombre de 
mots empruntés à l’italien : anima, regina , grammatica , ou 
ayant la forme italienne, quoique appartenant aussi bien à 
la langue cl'oc, comme par exemple musica , dont ils font 
la première syllabe longue et la seconde brève, au contrai¬ 
re des Provençaux à l’ouest du Var. Tout cela, redisons-le, 

* / 11 

mérite à peine d’être remarqué ; des faits pareils se ren¬ 
contrent partout dans les pays de frontière, et on ne saurait 
en conclure que la prononciation de l’idiome lui-même, 
dans ce qui le constitue essentiellement, a subi une sérieuse 
influence étrangère. 

Il en serait tout autrement et l’on aurait raison d’assu¬ 
rer que les Niçois ont adopté une prononciation italienne, 
si cette prononciation s’était imposée dans les cas très 
importants que nous allons citer et où le niçard, par son 
caractère propre, par sa qualité de dialecte dérivé de la 
vieille langue provençale, a repoussé énergiquement toute 
modification pouvant résulter de son contact avec la langue 
italienne. Voici le fait : l’idiome niçois, de même que les 
autres dialectes de la langue d'oc et que le français, a deux 
u : l’un que nous appellerons 1 'u gaulois 8 et qui sonne 
comme dans cette phrase tu Vas vu ; l’autre Vu latin, qui 
se prononce ou et que nous représentons dans la langue 
écrite par ce groupe de deux voyelles; mais que les Italiens, 
qui n’ont que celui-là, figurent simplement par la voyelle 
u. L’influence de l’italien aurait été vraiment digne d’être 

1. Tous ces mots sont écrits ainsi dans la première édition de la Nemaida donnée par 
Kancher, et pourtant on ne les prononce pas à l'italienne mais à la provençale. CVst que 
Kancher n'avait accepte qu’à contre-cœur, pour ses écrits en niçard, l'orthographe italienne, 
imposée par un usage relativement moderne; et, entraîné par son instinct de grammairien, 
de linguiste et de lettré, cédant inconsciemment peut-être à l’empire de la raison, il lui 
est arrivé dans bien des cas de rendre à l'idiome niçois son orthographe propre, celle de la 
langue d’oc. 

2. Cet u gaulois a persisté jusqu'à présent dans les patois de la haute Italie, ancienne 
Gaule cisalpine. 


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NICK PROVENÇAL]-: 


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constatée, si l’a gaulois eût fait place à Yu latin et que 
les Niçois eussent cessé de dire, par exemple : un malur, 
degun, la luna, la natura , et prononcé tous ces mots à 
l’italienne : oun malour, degoun, la louna, la natoura. 
Il en eût été de même pour le z, qui en niçard sonne com¬ 
me en français et en provençal, tandis qu’il se prononce 
dsé en italien : au lieu de zéro, Zémira 1 les Niçois auraient 
fini par dire dséro, dzémira. 

Il est donc certain que l’italien n’a exercé qu’une très 
faible influence sur la prononciation de l’idiome niçois : 
ajoutons qu’il ne pouvait en avoir une bien grande, par 
la seule raison que le génie de la langue de si n’est pas 
le même que celui de la langue d'oc 

Aussi le niçois, dialecte moderne de la langue des trou¬ 
badours, s’est-il difficilement prêté à l’adaptation d’un sys¬ 
tème orthographique tout à fait contraire à son caractère 
originel : si bien que, revêtu de cette livrée étrangère dans 
l’écriture, il se montre souvent à nous sous des formes 
bizarres, ridicules môme, telles par exemple que celles des 
mots siel, sent, sirche , chinze, chestioun, formes qui no 
viennent ni du latin cœlum, centum, circus, quindecim, 
questio , ni de la langue d’oc cel, cent, cirque, quinze, 
questio ou question, ni même de l’italien cielo, cento, cir- 
co, quindici, questione, où se voient toujours le c, et le 
q étymologiques. 

Nous pourrions signaler bien d’autres singularités ou 
bizarreries que présente au linguiste le langage populaire 
de Nice, mais ce serait nous écarter beaucoup trop de 
notre sujet 3 . Arrivons à un autre fait de prononciation, 

1. Nom d’une chienne dans la Nemdida de Rancher, ch. II, v. 293. 

2. Tout vrai linguiste comprendra la force de cette raison. 

3. Voir pour plus ample connaissance de ces faits nos deux brochures intitulées VIdiome 
niçois , ses origines , son passé , son état présent , et Exposé d'un système rationnel d'ortho¬ 
graphe niçoise; mémoires insérés dans les tomes V et VII de la Société des Lettres. Sciences 
et Arts des Alpes-Maritimes. 


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0R 


NICE PROVENÇALE 


auquel on a voulu donner une certaine importance, savoir 
le maintien à Nice de l’ancienne désinence a, remplacée 
dans presque tout le midi romanisant par la désinence o. 
Ici nous serons forcé de nous livrer à une discussion un 
peu longue peut-être ; mais nous avons à réfuter les idées, 
l’opinion d’un écrivain niçois, le chevalier Toselli, dont la 
parole avait une assez grande autorité de son vivant, et en 
a encore aujourd’hui chez bon nombre de ses concitoyens. 

Dans un livre qu’il publia en 1864 et qui porte le titre 
de Rapport cl’une conversation sur le dialecte niçois , 
M. Toselli nous apprend tout d’abord que se trouvant un 
jour assis avec un de ses amis sur un banc du boulevard 
du Pont-Neuf, il entendit la grosse voix d’un Français 
venu à Nice d’un village situé sur la rive droite du Var, et 
qui se plaignait de ce que M. le maire avait mis lei basculo 
per l'octroi 1 2 , de sorte qu’il lui a fallu payer 63 francs et 12 
sous pour uno carretado * de 500 kilos de raisin. 

« Ces quelques paroles, dit-il, me firent faire l’observa- 
« tion qu’il existe une grande différence entre le dialecte 
« niçois et le dialecte provençal. » Et où voit-il cette 
grande différence? En ce que le paysan d’outre-Var a dit 
basculo , carretado , tandis qu’un Niçois aurait dit bascula , 
carretada. 

Son ami n’étant pas de son avis, M. Toselli, pour le 
convaincre lui fait observer qu’à Nice « on prononce 
« et l’on dit : la luna settembrina es la plus clarina 3 , 
« tandis que les Provençaux vous diront : la luno settem- 
« brino es la plus clarino. Par là, ajoute-t-il, vous voyez, 
« aussi clair que les rayons de cette lune, que les Proven- 
« çaux ont leurs finales en o, tandis que nous, Niçois, les 


1. Les bascules pour l’octroi. 

2. Une charretée. 

3. La lune de septembre est la plus claire. 


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« avons en a. » — Et M. Toselli part de là pour faire tout 
un volume de 224 pages, dans lequel il se flatte d’avoir 
démontré que le niçard et le provençal sont des langues 
entièrement différentes. 

Ce n’est pas tout : il fait aux Provençaux un reproche 
bien grave. « Ils se servent, dit-il, de l’article féminin la 
avec le final masculin o, comme iuno, clavino , settembrino .» 
— Mais où donc M. Toselli a-t-il vu que o est le final 
masculin ? Et en supposant que cela soit, comment n’a-t-il 
pas remarqué que les Niçois font usage de l’article masculin 
lou devant des mots ayant la finale essentiellement féminine 
a : lou poèma , lou poèta, lou bôia (le bourreau), lou garda , 
moussu lou mera (monsieur le maire), etc. ? Ce qui est 
bien autrement anormal, en apparence du moins ; car, au 
fond, c’est la moindre des choses dans un cas comme dans 
l’autre. 

Il faut vraiment ignorer les premiers éléments de la 
phonétique et de la linguistique pour s’arrêter à des faits 
aussi peu importants et en tirer les conséquences qu’en a 
tirées M. Toselli. Il n’y a, dans cette substitution de l’o à 
l’a final d’un mot, qu’une simple nuance de prononciation, 
due à des causes purement accidentelles et qui n’infirme 
en rien l’identité de l’expression elle-même. 

L’ami de M. Toselli, qui ne partage pas sa manière de 
voir sur le fait en question, lui envoie une chanson intitulée 
Canson nissardo per l'arrivado a Nisso 1 du roi Charles- 
Félix, imprimée en 182G et dont M. Toselli cite un couplet 
commençant par ce vers : Lo gran Carlo onoro Nisso *, 
où l’on voit, comme dans le titre, que la finale o a remplacé 
l’a dans les mots nissardo , a rrivado, Nisso, onoro ; cet 
ami en conclut qu’à Nice même on admettait la finale o, 

1. Chanson niçarde pour l’arrivée à Ni ce. 

2. Le grand Charles honore Nice. 


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NICE PROVENÇALE 


et en cela il ne se trompe point. M. Toselli lui fait cette 
singulière réponse : « D’abord la chanson est signée par 
« un certain G. F. Bertô, que l’on me dit être d’origine 
« provençale ; le nom même l’indique. Pourtant cette 
« famille est très ancienne à Nice, car ce fut une de celles 
« qui émigrèrent en 1792. Cette pièce de vers a été impri- 
« mée à Coni, où le dialecte niçois n’est presque pas 
connu. » — Et là-dessus M. Toselli triomphe ! 

Mais d’abord, aurait pu lui répondre son interlocuteur, 
le nom de Bertô n’indique nullement que l’auteur de la 
chanson soit d’origine provençale : la forme provençale 
serait Ber tau (prononcé Bertaou) ; et d’ailleurs si, comme 
vous le dites, la famille de ce Bertô est très-ancienne à 
Nice en 1826, quoiqu’elle n’y soit venue qu’en 1792, cette 
famille a eu tout le temps, même en trente-quatre ans, d’ap¬ 
prendre à dire comme les Niçards : Nissa, nissarda, arri- 
vada, onora, au lieu de Nisso, nissardo, arrivado, onoro. 
En second lieu, de ce que le niçois est peu connu à Coni, 
est-ce une raison pour en conclure que l’imprimeur de cette 
ville n’a pas imprimé le texte tel que l’auteur l’avait écrit? 
Avait-il une raison quelconque,était-il Provençal lui-même, 
pour se permettre de changer en o toutes les finales en a ? 

Page 113 de son livre, M. Toselli rapporte une autre 
chanson signée A. C., publiée à Nice en 1811, à l’occasion 
de la naissance du roi de Rome et dans laquelle les 
désinences sont également en o au lieu d’être en a. Il va 
sans dire que, comme pour la précédente, M. Toselli attri¬ 
bue gratuitement cette chanson à un Provençal de la rive 
droite du Var ; nous estimons, nous, qu’elle est sans nul 
doute l’œuvre d’un Niçois : sept ou huit locutions propres 
au dialecte niçard le prouvent suffisamment. 

Voici enfin une pièce où l’o remplace l’a final et que 
cependant M. Toselli reconnaît sans difficulté comme due 


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NICE PROVENÇALE 


101 


à la plume d’un Niçois. C’est un catéchisme publié en 1782 
par M* r Charles-Eugène Valperga de Maglione, évêque de 
Nice, à l’usage de son diocèse : nous transcrirons cette 
pièce telle que l’a donnée M. Toselli, avec son orthographe 
italienne et pour quelques mots toute de fantaisie. 

De lei part de la dottrina Cristiana 

D. Fes un at de Fet. 

R. Suivan la divino paraulo : Jeu crei che en lo Sacramen de 
FEucaristio li es lo cors, lo sanc, l’anima e la divinità de Gesu Crist, 
vero Dieu e vero ome vieu ; lo cal naisset de Mario Verge, e morit su 
la cros per no sauvà ; e aùro es adorà dai beat en sciel, e serà lo mieu 
gieuge apprès la muort. Ah ! si, lo crei, e v'adori, o mieu Gesù, e vo 
preghi d’accreisse en jeu la fet. 

D. Dies lo Salut Angelico. 

R. Vo saludi Mario, pleno de grassio, lo Signer es embè vo : vo 
sias benedido tra lei fremoi, e benedit es lo fruch dou vuostre ventre 
Gesù. Santo Mario, Maire de Dieu, pregàs per nautre peccator aùro, 
e en l’oro de la nuostro muort. Ensin sio. 

« Ce catéchisme, fait observer M. Toselli, comme on le 
« voit, avec toutes ses finales en o, fut réimprimé avec 
« les mêmes désinences en 1823, par ordre de M* r J.-B. 
« Colonna d’Istria, évêque de Nice ; mais l’année suivante, 
« d’après les instances du chanoine Boullié, directeur du 
« séminaire, et du chanoine Doneudi, curé de la cathé- 
« drale, personnages de grand mérite, connaissant les 
« exigences des temps, on fut obligé de le faire réimprimer 
« de nouveau avec les finales en a, y changer des paroles 
« et varier des phrases. » 

Changer des paroles et varier des phrases? Sans doute 
écrire par exemple siel ou mieux ciel, au lieu de sciel, 
après au lieu d’a pprès, acreisse au lieu d'accreisse ; nous, 
vous au lieu de no, vo ; dire simplement sias benedida et 
non vo sias benedida, tour de phrase inusité : tout cela 

s 


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NICE PROVENÇALE 


était nécessaire en effet ; mais ce fut bien moins, croyons- 
nous, pour satisfaire aux exigences du temps qu’à celles 
de quelques personnes familiarisées avec la langue italienne, 
que se fit le remplacement d’une finale par une autre. La 
désinence o était encore fort usitée à Nice, dans une partie 
de la population, en cette même année 1823 : l’historien 
niçois Durante nous en donne la preuve dans ce passage 
de son livre publié précisément en 1823, date de la première 
édition dudit catéchisme, passage qui bien certainement 
n’a pas dû rester inconnu à M. Toselli. : 

« Le bas peuple de Nice désigne encore aujourd’hui les ruines de 
l’ancien amphithéâtre de Cimiez sous le nom de la Tino de lei 
Fadoi l . » (Histoire de Nice, 1.1, p. 341. Note). 

Le fait est que la désinence a n’a fini par prévaloir à 
Nice que depuis un demi-siècle environ, et que la désinence 
o n’a pas cessé d’être en usage en divers lieux de l’ancien 
comté, surtout dans la région des montagnes, où persistent 
plus longtemps les vieilles formes de langage. 

Ce serait en effet une grande erreur de croire que la 
désinence o est toute moderne : les troubadours, il est vrai, 
ne l’avaient pas, mais elle apparaît déjà dans plusieurs docu¬ 
ments du quinzième siècle, et en 1520 à Nice même dans 
une chanson composée à l’occasion de l’arrivée du roi 

4 

Charles III, le 24 avril de la dite année. 

« Pendant le peu de temps qu’il séjourna dans la ville, dit 
Durante, le peuple célébra son ivresse par des danses, des chansons 
et des fêtes continuelles. » — Et en note au bas de la page : « Parmi 
les chansons que chantait le peuple, une surtout était ' remarquable 
par le refrain suivant : 

Se guerro faras, 

Lu nuostre cuors, lu nuostre bras auras 2 

(Histoire de Nice. t. II, p. 207). » 

1. Lu cuve des Fées. 

2. Si tu fais la guerre, tu auras nos cœurs et nos bras. 


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NICE PROVENÇALE 


103 


Il n’est pas douteux que la désinence o continua d’être 
usitée au dix-septième siècle, concurremment peut-être 
avec la désinence a ; car nous la retrouvons dans deux 
documents du dix-huitième siècle, dont nous ne donnerons 
ici que quelques extraits avec leur orthographe italienne. 

Le premier de ces documents date de 1726. C’est une 
longue pièce de vers, composée au sujet d’un procès de 
sorcellerie. Voici, d’après le niçois Scalier *, le fait vrai¬ 
ment extraordinaire qui donna lieu à ce curieux procès. 

Un démon, se faisant appeler Asmodée, apparaissait 
certains jours au village de Châteauneuf près de Nice, et, 
ce qui en vérité est bien surprenant, dans l’église même, 
où, le dimanche de la Passion, ri prêcha à la foule des 
fidèles depuis l’heure d’après diner jusqu’au lendemain. 
Ce démon loquace causait volontiers avec ses adeptes et 
leur dictait même des poésies en langue vulgaire, ce qui 
veut dire sans doute qu’il les inspirait aux personnes que 
l’on croyait possédées de l’esprit malin. Scalier nous a 
conservé une de ces poésies : elle porte ce titre où l’on 
voit plusieurs mots ayant la finale o au lieu de la finale a : 
faccio (facho), caro figlio, diccio (dicho), Françoiso Mario : 

Canson faccio da jeu Asmodeo, diau de l'infer, su Lucrezia Barnoino, 
la mieu caro figlio, diccio dalla domaisella Françoiso Mario Galleano, etc. 

C’est-à-dire : « Chanson faite par moi Asmodée, diable 
« de l’enfer, sur Lucrèce Barnoino, ma chère fille, dite 
« par la demoiselle Françoise Marie Galleano. » C’est donc 
le démon lui-même qui parle, et il a pris la parole pour 
donner à Lucrèce, qui est en prison, des conseils sur la 
tenue qu’elle devra avoir en présence de ses juges. Ainsi 
il l’engage à leur répondre avec humilité et les yeux tou¬ 
jours fixés en terre, e lu ues toggior fissas en teiTO ; et il 

1. Manuscrit conservé aux Archives de la Ville. Tome III, supplément. .... 


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MCE PROVENÇALE 


ajoute responde li emb allegresso , réponds-leur avec allé¬ 
gresse : terrOy allegresso au lieu de terra f allegressa. 

Cette pièce, longue de cent et quelques vers assez 
mauvais, fabriqués évidemment par une personne du peu¬ 
ple, renferme beaucoup d’autres mots à la finale o au lieu 
de la finale a, outre ceux que nous avons signalés dans le 
titre ; tels sont touto serenith, publico gleio, ma nier o, 
clemenso, les adjectifs féminins confuso , reducio (reducho), 
chieto (quieto), etc. 

Asmodée termine son exhortation par quelques paroles 
consolatrices. « Ce qui doit te réjouir, dit-il à la prisonnière, 
« c’est que nous avons affaire au Sénat ; car si ç’eût été au 
« Saint-Office, je te promets en vérité qu’ils t’auraient déjà 
« fait brûler. » 

Io ti prometti en verità 
Che t’aurian già fa brnlà. 

« Les sentences des autorités civiles et ecclésiastiques, 
nous apprend M. Verani-Masin ', rejetèrent, il est vrai, 
parmi les extravagances populaires de tels prétextes de 
possession démoniaque ; mais les dépositions jointes au 
procès, aussi nombreuses qu’authentiques, les exorcismes 
pratiqués par les prêtres, les coups, les homicides et l’em¬ 
poisonnement d’une des inculpées à la suite d’une expé¬ 
rience faite par un médecin des prisons de Nice, sont 
tellement choses notoires, Scalier de son côté accorde une 
telle foi à ces pactes diaboliques et rapporte si complai¬ 
samment la solennelle intervention, dans toute cette sin¬ 
gulière affaire, de M* r Recrosio, évêque de Nice, qu’il 
serait regrettable, pour l’histoire des aberrations de l’esprit 
humain, d’ensevelir dans un oubli dédaigneux un tableau 
aussi instructif des étranges croyances, qui, même dans la 

1. Relazione solia proposta fatfca al raunicipio sc sia il caso di raandare aile starape il 
manoscritto di Giuseppe Scalier. Xizza, 1859. 


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NICE PROVENÇALE 


105 


première moitié du dernier siècle, obscurcissaient encore 
l’intelligence d’une multitude de gens de toute classe et 
de toute condition. » 

Revenons à la question des désinences. Le second des 
documents du dernier siècle, dont nous avons promis de 
donner connaissance au lecteur, est une chanson qui se 
trouve à la page 22 d’une brochure intitulée : Auguri di 
fortunato viaggio per S.E. il signor Conte di S. Andrea \ 
luogotenente generale nelle R. Armate , ecc., ecc. In occa- 
sione che parte per la Sardegna in qualitk di Vicere. — 
In Nizza. 1787. La pièce elle-même, quoique écrite en 
niçard, porte ce titre particulier en italien : Canzone delle 
pescatrice nizzarde, qui peut se traduire ainsi : Chanson 
des poissardes de Nice*. En voici quelques passages 
reproduits textuellement : 

Abitans dou littouragge, 

Corres vitto, vennes ensen 
A souhetà un buon viagge 
Au Visorei, che nen ven 
Per si mettre din la barco, 

Che reteni non pouden. 

Li donen ben vivo marco, 

Dou nuostre attacamen. 

Cantus sian din la marino 
Saben toi, ne si trompan, 

Che se Nisso ha buono mino, 

Lou deu au sieu faire gran. 


Quand la Vilo gouvernavo 
Embe glorio e splendor, 

Eu da Paire nen tratavo, 
S’attiravo toi lu cors. 


1. Charles-François Thaon, comte de Saint-André. Il était Niçois. 

2. Pescatrice, pêcheuses, femmes de pécheur*. 


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NICE PROVENÇALE 


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Tantus Princes de la Franso 
Touto Londro venio aussi 
E noun si sentio che danso 
Che allegresso, che plesi *. 

Dans ce fragment d’une vingtaine de vers, nous comp¬ 
tons (proportion énorme) dix-huit mots en italique ayant 
la désinence o : ici comme partout ailleurs, ils auraient pu 
tout aussi bien l’avoir en a; car (et il est bon d’en faire la 
remarque) la différence entre les deux émissions de voix 
que représentent ces désinences est à peine sensible à l’o¬ 
reille, lorsqu’elles ne portent pas l’accent tonique ; et bien 
des personnes qui ne connaissent aucun des dialectes ro¬ 
mans du midi, ne la saisissent même pas. Dans ce cas, en 
effet, les voyelles a et o ont un son faible, sourd, douteux, 
presque identique ou, pour mieux dire, participant de l’une 
et de l’autre de ces voyelles : toutes deux sjnt entièrement 
équivalentes à l’e muet du français et forment comme lui 
des rimes féminines : en un mot, il n’y a là qu’une faible 
nuance de prononciation. Cela est tellement vrai, que l’on 
rencontre parfois l’usage simultané de ces deux finales 
sourdes dans le même canton et, qui plus est, dans les diffé¬ 
rents quartiers d’une même ville. 

Mais admettons que la différence entre le son sourd de 
l’a et de l’o à la fin des mots soit plus marquée qu’il ne 
nous semble, les Niçois, sous prétexte qu’ils ne disent point 
aujourd’hui barco, vivo marco, la marino, gouvernavo la 
vilo, mais barca, viva marca , la marina, gouvernava la vila, 
n’auraient pas davantage le droit de prétendre que leur 

1. Traduction : Habitants du littoral, courez vite, venez ensemble souhaiter un bon voyage 
au vice-roi, qui nous vient pour monter dans la barque, que nous ne pouvons retenir. Don¬ 
nons-lui une bien vive marque de notre attachement. — Tous tant que nous sommes dans la 
marine, nous savons, et nous ne nous trompons pas, que si Nice a bonne mine, elle le doit à 
sa grande habileté. — Quand il gouvernait la ville avec gloire et splendeur, il nous traitait 

en Père, il s’attirait tous les cœurs. — Nombre do princes de la France, venaient, tout 

$ 

Londres aussi : et on ne voyait que danse, qu’a Négresse, que plaisir*. 


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NICE PROVENÇALE 


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idiome n’est pas un dialecte provençal ; car à ce compte 
pourraient en dire autant, pour leur propre idiome, les 
habitants des régions montagneuses de la Provence (Hautes 
et Basses-Alpes), tous vrais Provençaux, qui en général ne 
connaissent aussi que la désinence a, tout comme à Mont¬ 
pellier et autres pays à l’ouest du Rhône. 

Veut-on un autre fait de même nature ? On dit à Nice 
et dans tout le midi de la France : ambicioun , a tencioun, 
nacioun; les Marseillais disent : a mbicien, atencien, na- 
cien ; ils terminent en gi tous les mots que les autres 
Provençaux terminent en ge : couragi, angi f fegi, au lieu 
de courage, ange, fege (foie); devons-nous en conclure que 
le marseillais n’est pas du provençal? Toutes les langues 
offrent de ces différences dialectales qui constituent des 
idiomes particuliers, mais nullement des langues différentes. 

Reste un point à examiner. On rencontre dans l’idiome 
niçois un très petit nombre de mots incontestablement 
italiens, comme par exemple a nimo, caparra, et cela suffit 
à quelques personnes pour qu’elles voient dans cet idiome 
un patois italien du même genre que le napolitain et le 
vénitien, plutôt qu’un dialecte provençal. Nous nous per¬ 
mettrons de poser à ces personnes cette simple question : 
« La langue anglaise renferme une quantité considérable 
de mots purement français et orthographiés comme ils le 
sont en France, tels que : préface, race, place, notice, 
distinct, crime, novice, crédit, exempt, excuse, impor¬ 
tant , importance, évidence, excellence, exclusion, ex¬ 
ception, occupation, nation, division, occasion et une 
multitude d’autres mots en ion : l’anglais n’est-il au fond 
qu’un misérable patois français ? » 

La lumière est suffisamment faite, croyons-nous, sur le 
sujet qui a donné lieu à une discussion un peu trop lon¬ 
gue peut-être : nous tenons donc pour certain qu’aucun 


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NICE PROVENÇALE 


lecteur de bonne foi, s’il a bien voulu nous suivre attenti¬ 
vement jusqu’au bout, ne donnera un démenti aux paroles 
suivantes par lesquelles nous terminerons un modeste tra¬ 
vail entrepris uniquement par amour de la vérité : 

« Nice, colonie marseillaise, celto-ligure, gallo-romaine 
et enfin provençale, en revenant d’elle-mêrae à la France 
par son vote unanime de 1860, n’a fait que reprendre sa 
vraie nationalité. » 

A.-L. Sardoü. 


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ÉTUDES 

D’ENTOMOLOGIE APPLIQUÉE A L’AGRICULTURE 


A. PERAGALLO 


Membre des Sociétés entomologiques de France et d’Italie 


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I 

I 


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LE CHÊNE 1 


Le chêne, Quercus , est de la famille botanique des Cory- 
lacées. 

On distingue ces arbres, en chênes à feuilles caduques, et 
chênes à feuilles persistantes. 

Parmi les espèces de la première section qui croissent en 
France, nous avons : 1° le chêne blanc, Quercus peduncu - 
lata, qui prend des développements considérables ; son 
nom lui vient de ce que ses glands accouplés, pendent au 
bout d’un pédoncule axillaire; on l’emploie pour les tra¬ 
vaux de construction et de menuiserie ; 2° dans les Pyré¬ 
nées, le chêne tanzin, Quercus tanza, à feuille coton¬ 
neuse, utilisé dans les landes de Bordeaux pour retenir les 
sables; 3° le chêne. des environs de Paris, le rouvre, 
Quercus robur , auquel on donne la préférence pour les 
grandes constructions civiles et navales, et les traverses de 
chemin de fer. 

On cite des chênes à feuilles caduques qui ont acquis une 
grosseur phénoménale, et ont plusieurs siècles d’existence; 
celui de Cumfin, près Chàtillon-sur-Seine, mesure 7 m ,33 de 
tour au collet. Le chêne d’Allonville ail mètres de circon¬ 
férence au collet, et 8 m ,45 à hauteur d’homme. 

1. J’ai fait de larges emprunts aux travaux publiés par l’Administration des Forêts; je 
ne pouvais puiser à meilleure source. 


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LE CHÊNE 


Parmi les chênes à feuillage persistant on compte : 1° le 
chêne vert ou yeuse, Quercus ilex , qui remonte en France 
jusqu’à Angers et qui est très commun dans le Gard et les 
Alpes-Maritimes. On en voit à Drap et à Cimiez, près Nice, 
sur la place du couvent, de très beaux exemplaires ; 2° le 
chêne au kermès, Quercus coccifera, qui n’est, pour ainsi 
dire, qu’un buisson sauvage mettant deux années à produire 
son gland. C’est sur cette espèce essentiellement méridio¬ 
nale que vit le Coccus ilicis, ou kermès, employé en phar¬ 
macie et en teinturerie ; 3° enfin, le chêne liège, Quercus 
suber , que l’on ne rencontre qu’en Corse, en Algérie et 
dans cinq ou six de nos départements méridionaux. 

L’histoire du chêne, les légendes qu’il rappelle, occupe¬ 
raient un volume; nous nous contenterons de dire que, sous 
son ombrage et avec son gui, les Druides de la Gaule pro¬ 
cédaient à leurs cérémonies religieuses. Aujourd’hui les 
Druides ont disparu, le gui a persisté, mais il ne sert que 
d’enseigne aux cabarets, et d’aliment aux oiseaux de la forêt. 

Nous parlerons du chêne blanc, peu commun sur le 
littoral, lorsque, traitant des chênes à feuilles persistantes, 
nous rencontrerons quelque analogie ou quelque différence 
à signaler. 

I. — LE CHÊNE LIÈGE 

Le chêne liège, Quercus suber , en Portugal sovecro f en 
Espagne corcho, en Provence suro, en Italie suvero f en 
Angleterre cork f en Hollande korth y en Allemagne kor - 
heiche f en Prusse, korkowa, en Algérie kerrouch } se ren¬ 
contre entre le 34® et le 45® degré. On le reconnaît surtout 
à son écorce de forme caractéristique ; cet arbre vit long¬ 
temps, et sa grosseur arrive à 10 ou 12 mètres de tour, 
surtout en Algérie. 

Il est pivotant lorsque le sol le permet. Sa vitalité est 




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i 



LE CHENE 


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énergique; incendié il repousse promptement; on ne le 
trouve pas à une altitude supérieure à 900 mètres. Le sable, 
les schistes, les granits lui conviennent, mais il viendrait mal 
dans les terrains calcaires. Son bois est lourd et difficile 
à travailler; il se fend facilement et n’a d’emploi qu’en 
menuiserie où l’on utilise sa couleur rougeâtre; il brûle 
bien et fournit un bon charbon. Sa densité est de 800 à 
1029. Son feuillage, qui dure deux ans, est peu épais, ce 
qui permet à son bois de se développer avantageusement. 
Sa fleur monoïque apparaît en avril, la fleur mâle sous 
la forme de chatons réunis en bouquets, la fleur femelle 
sous celle de petites capsules écailleuses surmontées d’une 
aigrette rouge. Les glands, peu agréables à manger, tom¬ 
bent d’octobre à la finde janvier. L’écorce se compose de 
deux couches concentriques bien distinctes et de nature 
différente : la première, qui confine au bois, est formée 
d’une matière grenue, peu élastique, entremêlée d'un tissu 
fibreux : c’est la partie active de l’écorce; elle concourt à 
la formation des couches corticales et ligneuses de l’arbre. 
C’est ce que l’on appelle mère , lard, tanin. Sa destruction 
rend l’arbre improductif de liège et amène la mort du pied. 

La deuxième écorce, plus épaisse et composée d’une 
matière spongieuse, élastique et compressible, peu perméa¬ 
ble aux liquides, constitue le liège, enveloppe inerte qu’on 
peut enlever sans nuire à l’arbre. En se succédant les 
unes aux autres, les couches profondes poussent celles 
extérieures à se fendre et à se bosseler. On appelle liège 
mâle ou vierge, l’écorce que l’arbre produit naturellement 
et qui n’a jamais été renouvelée : elle peut acquérir une 
épaisseur de 0 ra ,25 à 0 m ,30, mais elle ne se détache pas 
d’elle-même. Le liège vierge est dépourvu d’élasticité et 
impropre à la plupart des usages industriels ; il est 
presque sans valeur et ne sert qu’aux pêcheurs, et pour 


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114 


LE CHENE 

des décorations rustiques. L’opération du dépouillement 
de l’écorce vierge se nomme le démasclage ; on y procède 
en août et septembre, au moyen d’une hachette avec 
laquelle on fend d’abord le tronc circulairement en deux 
endroits, près du sol et à la naissance des grosses bran¬ 
ches. On fend ensuite le liège en long sur deux côtés 
opposés, et avec le manche de la hachette, qui est terminé 
en coin, on fait des pesées pour soulever et détacher le 
liège. Les planches ainsi obtenues sont empilées sur place 
et contenues planes autant que possible, avec de grosses 
pierres. Ces planches sont ensuite triées, nettoyées et 
livrées au commerce. 

Le liège qui se reproduit après le démasclage et qu’on 
récolte en mai s’appelle liège femelle ; la mère qui le 
donne contient beaucoup de tanin et est même exploitée 
comme production de cette denrée : c’est ce tanin qui en 
se décomposant devient liège. M. Capgrand-Mothes, de Sos 
(Lot-et-Garonne), a présenté à l’Académie des Sciences un 
mémoire sur une nouvelle méthode de cultiver le liège, qui 
permettrait d’obtenir une écorce sans croûte ni crevasses. 
« On n’ignore, pas dit l’auteur du travail, que le liège, le 
« meilleur, obtenu par les procédés ordinaires, doit être 
« forcément débarrassé d’une croûte rougeâtre intérieure, 
« qui représente une année de végétation et qui occasionne 
« un déchet de 10 à 15 pour cent. » Afin d’éviter ce déchet, 
M. Capgrand pense qu’il suffit de revêtir la mère immédiate¬ 
ment après le démasclage , c’est-à-dire après la première 
tire, en remettant en place cette première écorce à peu 
près inutilisable, et en la fixant à l’arbre après avoir eu le 
soin de fendre la mère du haut en bas suivant deux lignes 
opposées. Pour les tires successives, il faut nécessairement 
avoir recours à un revêtement fait avec des matières 
étrangères. 


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LE CHENE 115 

Au concours agricole de Nice, en 1883, et à l’Exposition 
internationale de 1884, M. Capgrand-Mothes a exposé 
différentes enveloppes de chêne liège et des carcasses 
entières d’une grande dimension. J’ai eu l’occasion de 
m’entretenir avec cet inventeur, et de me rendre compte 
des résultats véritablement très remarquables obtenus par 
l’emploi de son système. Il n’est pas douteux pour moi, 
que le procédé de M. Capgrand, primé à plusieurs concours, 
ne soit appelé à rendre de véritables services à l’exploi¬ 
tation des forêts de liège *. 

En Italie, après le démasclage, on enlève une partie du 
tanin, ce qui constitue un bénéfice et améliore, dit-on, la 
qualité du liège qui doit pousser. 

En Algérie on récolte une grande quantité de tanin, 
qu’on enlève surtout aux arbres destinés à disparaître après 
vingt-cinq ans d’exploitation ; chaque pied peut donner en 
moyenne 45 k. de cette matière. 

Le chêne n’est pas le seul arbre qui produise du tanin ; 
on en puise aussi, pour la préparation des peaux, dans le 
sumac, le cachou, le sapin, le saule, le bouleau. C’est en 
se combinant avec la gélatine et l’albumine contenues dans 
les matières animales, que le tanin forme un composé 
insoluble et imputrescible. 

En définitive, l’exploitation du liège est une opération 
conservatrice, celle du tanin est destructrice. 

Dans les bas-fonds on ne récolte qu’un liège soufflé et 
grossier ; celui recueilli dans les terrains situés sur les 
hauteurs à l’ouest, est maigre et peu recherché. Le com¬ 
merce préfère celui provenant des expositions du midi et 
de l’est, dans des régions peu élevées. 

1. M. Capgrand-Mothes fut chargé, en 1882, d’une mission spéciale pour l’application de 
son procédé, surtout en ce qui a trait à la défense de la mère au moyen de matières 
étrangères au liège ; des essais ont été faits à ce sujet dans le massif de l’Estérel ; il y a 
évidemment des améliorations À obtenir dans la pratique. 


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LE CHENE 


Ce n’est qu’après la troisième récolte ou troisième tire, 
que le liège est parfait ; l’arbre a alors à peu près qua¬ 
rante ans, se décomposant ainsi qu’il suit : démasclage, à 
vingt ou vingt-cinq ans ; deuxième tire, de trente à trente- 
cinq ; première bonne récolte ou troisième tire, de quarante 
à quarante-cinq ans. 

Le liège sert principalement pour la fabrication des 
bouchons ; celui qui présente à la face intérieure ou ventre 
des bourrelets, ou dont le tissu est traversé par trop de 
ces canaux pleins de matière pulvérulente qui font trou 
sous le couteau, ne peut être utilisé par les bouchonniers. 
Ces fabricants plongent le liège dans une chaudière d’eau 
bouillante, l’y laissent un quart d’heure, puis ils le décou¬ 
pent en bandes d’abord, par petits carrés longs ensuite, 
qu’ils versent dans un filet.. Après les avoir de nouveau 
fait bouillir pendant un quart d’heure, ils les enferment dans 
une pièce où ils égouttent et d’où ils sont extraits cinq ou 
six mois après pour être travaillés. Les meilleurs bouchons 
sont ceux qui ont été fabriqués avec des carrés conservés 
pendant trois années. 

Les bouchons les plus fins sont faits à la main ; on 
obtient cependant des machines un produit apprécié. 

Le chêne liège était connu des anciens. Pline 1 dit en 
parlant de cet arbre, qu’il est de grandeur moyenne, que 
son gland n’est pas bon à manger, et que son écorce, qui se 
renouvelle, sert aux pêcheurs et pour les chaussures des 
femmes ; il ajoute qu’on en couvre aussi les toits. Pline 
commet une erreur, sans doute, en disant que cet arbre 
manquait dans les Gaules. Il ne résulte pas des ouvrages de 
l’antiquité que de tout temps le liège ait été utilisé pour 
boucher les vases contenant des liquides ; il est plutôt pro- 

1. Pline, livre XVII, ch. xm. 


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LE CHENE 


117 


bable que c’est l’industrie du verre qui a donné de l’activité 
à l’exploitation de ce produit végétal. C’est en Espagne 
et en Portugal qu’on fit les premiers bouchons, au treizième 
siècle; aujourd’hui, l’Afrique peut lutter sur ce terrain avec 
la Catalogne. 

II. CHÊNE VERT (YEUSE). 

Le chêne vert occuperait en France une superficie de 
367,000 hectares, embrassant vingt-quatre départements. 
Le Gard possède à lui seul 90,000 hectares de bois de chêne 
vert ; les Alpes-Maritimes n’en auraient que 2,960 hectares. 

C’est un arbre de grandeur moyenne, aux feuilles persis¬ 
tantes, épineuses, luisantes en dessus, grisâtres en dessous ; 
ses fleurs sont monoïques, les fleurs mâles avec chatons 
sur les pousses de l’année précédente, les fleurs femelles 
avec stigmates rouges sur les pousses de l’année ; le gland 
est généralement géminé. Rabelais et autres de son temps 
croyaient à l’existence d’arbres mâles et d’arbres femelles. 

Le chêne yeuse présente deux variétés : celle à bois rou¬ 
ge, tendre et élastique; celle à bois dur, blanc et cassant. 
Il vil à peu près dans la région de l’olivier, mais on le 
trouve à l’état fossile jusqu’à Lyon. 

Pline 1 parle d’un yeuse de Tusculum dont le tronc avait 
34 pieds de tour; M. Bédic cite deux chênes de cette 
espèce à Vaucluse, âgés de quatre-vingt-dix ans, et qui 
ont 2 m ,75 de circonférence; n’oublions pas ceux de Cimiez 
et de Drap. 

L’arbre porte fruit à dix ans; la floraison, qui se produit 
du 15 au 20 août, colore l’arbre en jaune. Le gland tombe 
vers la fin d’octobre ; celui de la Saint-Michel est le 
meilleur. 

I. Pline, livre XVI, ch. xl. 


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118 


LE CHENE 


Le véritable produit du chêne vert c’est l’écorçage qui 
est une mutilation. On le pratique en vue de l’exploitation 
du tanin, au moment de la sève du printemps. Opéré sur 
un chêne à bois dur, il est plus difficile, mais produit 
davantage. On recommande de n’écorcer que par un temps 
sec, afin que la pluie, si elle survient, ne dissolve pas la 
substance gélatineuse qui va former la nouvelle écorce. 
Mises en tas sur des fagots dont on les recouvre, les 
planches d’écorces enlevées se sèchent lentement jusqu’au 
moment de la vente, en juillet ; la marchandise a perdu 
alors 40 pour cent de son poids, et vaut de 18 à 20 francs les 
100 k.; le façonnage a coûté de 5 à 7 francs seulement. 

On se rend compte de la richesse en tanin par le procédé 
de MM. Neuty et Ramspacher. Plus une écorce est épaisse, 
plus elle est riche en tanin; il faut que la face interne ait 
l’éclat du poli et qu’elle soit cassante ; elle doit enfin, pour 
être tout à fait bonne, présenter un aspect rougeâtre, vers 
la face externe. On préfère l’écorce du chêne dur ; l’aba¬ 
tage doit se faire entre deux terres, avec le pic tranchant 
ou la trinque, au printemps ou en automne. 

Le chêne yeuse ne donne que peu de bois de service; 
son poids est de 1 k., 180 gr. â l’abatage, et de 940 gr. en 
octobre; la dessiccation a donc fait perdre 20 pour cent en 
quelques mois. Le stère de ce bois pèse en moyenne 
500 k. Les fagots n’ont de valeur qu’autant qu’ils ont 
leurs feuilles; ceux de 1 mètre à l m ,80 se vendent de 6 à 
8 francs le cent. 

On peut fabriquer le charbon au moment de l’écorçage ; 


on y 


procède en forêt, par meules rondes, avec du bois de 


0 m ,40 à 0 ra ,80. La meule doit contenir 10,000 k., qui après 


huit à dix jours de cuisson- donnent 1,500 k. de charbon. 


Le charbon provenant de l’veuse est homogène, exempt 


de fumerons, sec, sonore, à cassure luisante ; il brûle len- 


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LE CHENE 


119 


tement mais régulièrement, et vaut en moyenne, 7 fr., 50, 
avec 3 fr. 20 de frais. 

Le chêne yeuse fournit aussi du bois de charronnage 
avec lequel on fait des rayons de roues, et des manches 
d’outils; l’ébénisterie l’emploie après l’avoir plongé deux 
heures durant dans l’eau bouillante, ce qui lui donne de la 
souplesse. Pour l’empêcher de se fendiller, il faudrait le 
faire tremper dans l’eau pendant une année. 

Les produits accessoires de la forêt en chêne vert sont : 
le pâturage, la glandée, les plantes aromatiques, les bruyè¬ 
res, les kermès et même les truffes, sans compter la 
pierre, la terre de bruyère, les mines, les champignons et 
la chasse. 

La question de savoir s’il ne serait pas préférable de 
laisser le gland à la forêt est controversée. Si on en fait 
une ressource agricole, il est utile de ne pas ignorer qu’un 
litre en contient à peu près deux cent quatre-vingts pour 
un poids de 700 gr. On les passe au four ou on les fait 
simplement sécher, afin de faire sortir les larves de 
Balaninus qu’ils contiennent ; le porc peut en manger 
3 litres par jour, le mouton 1 litre. 

Sont nombreuses les plantes aromatiques productives 
qui couvrent le sol de nos forêts; citons plus particuliè¬ 
rement la lavande, la sauge, le thym, le romarin. 

Chercher la truffe c’est la cultiver. Le chêne truffier 
n’est pas un produit de l’imagination ; mais il faut avant 
tout que le terrain soit, lui aussi, truffier. Je ne sache pas 
que celui des Alpes-Maritimes jouisse de cet avantage. 
Pour que le chêne vert soit truffier, il faut que ses raci¬ 
nes ne plongent pas profondément dans le sol ; la truffe 
ne se produira au pied du chêne yeuse planté en bonnes 
conditions, c’est-à-dire sur une pente de 0 m ,50, qu’entre 
huit et dix ans. 


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120 


LE CHENE 


Dès que la truffe apparaît, on devra éclaircir les semis 
et piocher légèrement, ou plutôt chercher le tubercule ; 
après vingt ans, les racines auront plongé, et vous pourrez 
exploiter le bois. 

Si l’on sème les glands du chêne, il n’est pas nécessaire 
d’éliminer ceux qui ont été attaqués par la larve du Bala- 
ninus qui respecte le germe. On doit semer à 0 m ,30 de 
profondeur, à 1 mètre sur deux de distance ; on jettera 
vingt glands dans chaque trou pratiqué, on recèpera après 
cinq ans, et on exploitera à trente ans. Si l’on veut repiquer 
des semis, on doit les planter par deux, en ayant soin de 
raccourcir le pivot, et de tailler légèrement l’arbuste. 

En résumé, en ce qui concerne le chêne yeuse, l’écorçage 
est dommageable aux arbres, mais productif; il faut abattre 
de bonne heure pour faciliter la repousse, abandonner les 
glands à l’agriculture et les plantes odoriférantes aux bes¬ 
tiaux. 

III. — CHÊNE KERMÈS 

Pour terminer ce chapitre nous dirons que le chêne du 
kermès, Quercus coccifera, est un arbrisseau buissonnant 
à petites feuilles d’un vert luisant, ondulées, épineuses, à 
branches diffuses, à glands bisannuels, terminés par une 
pointe aiguë, aux racines riches en tanin. 

Le chêne rabugas est encore plus buissonneux que le 
coccifera. 

LES ENNEMIS DU CHÊNE 

Après avoir fait l’historique du chêne, nous nous occupe¬ 
rons des ennemis de son bois, de ses feuilles et de son fruit. 

Le chêne a de très nombreux ennemis parmi les insectes ; 
l’ouvrage allemand de M. Haltenbach en mentionne cinq 


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LE CHÊNE 121 

cent quarante-sept, dont cent quarante-six Coléoptères. J’ai 
relevé, de mon côté, dans le catalogue de M. Millière 1 , 
soixante-quatre espèces méridionales de Lépidoptères dont 
les chenilles vivent aux dépens de cet arbre. Le tronc est 
miné par les larves de gros Coléoptères ; les feuilles sont 
dévorées par des chenilles nombreuses, et les fruits, y com¬ 
pris la truffe, sont habités par de petits Coléoptères et par 
des larves de papillons. Il n’est pas jusqu’aux fourmis qui ne 
soient accusées d’endommager le liège. 

COLÉOPTÈRES 

Sans vouloir rechercher les cent quarante-six espèces de 
Coléoptères, désignées par l’entomologiste allemand comme 
vivant sur le chêne, sans décrire les nombreuses espèces de 
cette famille indiquées par M. de la Blancherie, je donnerai 
quelques renseignements sommaires sur ceux de ces insec¬ 
tes qui vivent le plus évidemment à ses dépens, réservant 
des développements pour l’ennemi le plus dangereux, le 
Coroebus bifasciatus. 

Lucanus cervus (Lin.), cerf volant. Ce grand Lamelli- 
corne marron et fortement armé, désigné par Pline, vit à 
l’état de larve pendant plusieurs années dans le tronc de 
l’arbre, rongeant le bois dans tous les sens et y traçant de 
larges galeries. La femelle, beaucoup plus petite que le mâle, 
est dépourvue de ses terribles mandibules. 

Le Dorcas parallelipipedus (Lin.), insecte de la même 
tribu, mais beaucoup plus petit et par conséquent moins 
nuisible, vit aux dépens du bois. 

Le Melolontha vulgaris (Fab.), hanneton, se réunit par¬ 
fois en grandes bandes, à l’état d’insecte parfait, pour 
dépouiller de leurs feuilles les jeunes taillis. 

1. Millière, Catalogue raisonné des lépidoptères des Alpes-Maritimes , Canne9, 1873. 


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LK CHKNK 


122 

On prend aux environs de Toulon et en quelques autres 
lieux, sur le chêne kermès, un beau et grand Buprestide 
le Julodis onopordinis (Fab.). 

L'Attelabus curculionides (Lin), petit charançon rouge 
à formes arrondies, enveloppe ses œufs dans une feuille 
roulée en fuseau. 

Il en est de même du Rhynchites praeustus (Boh.), d’un 
rouge jaunâtre, que l’on prend sur le chêne blanc. 

Sur le chêne, les Coeliodes sont représentés par le 
quercus (Fab.); les Baridius par le picinus(Germ.),dont la 
larve vit dans les souches; les Orchestes par le quercus 
(Lin). Les Balaninus, glaudium (Marsh.), elephas (Sch.), 
pellitus (Sch.) sont communs dans le fruit. Les galles sont 
habitées par le petit Balaninus pyrrhoceras (Marsh). 

Parmi les Longicornes dont les larves perforent les 
troncs, nous citerons : le Prionus coriarius (Lin.), gros 
Cerambyx couleur de poix qui se tient, pendant le jour, 
collé contre les troncs ; le splendide et rare Prinobius 
Germari (Muls.), long de 25 lignes, d’un brun clair avec 
des méplats sur le corselet; les Cerambyx miles (Bon.), 
héros (Fab.), cerdo (Lin.) et surtout le grand velutinus 
(Brullé), dont j’ai pris en deux visites, à Nice, au moyen de 
la fumée de tabac, seize exemplaires dans le même arbre 
de moyenne grosseur; des Phymathodes , des Callidium , 
des Clytus et même le Niphona, picticornis (Muls.),dit-on; 
des Clythres, des Cryptocéphales f des Bostriches , des 
Apates ; enfin des Buprestides, parmi lesquels le beau 
Julodis onopordinis (Fab.), le Coroebus undatus (Fab.) 
et surtout le véritable fléau des forêts de la région méri- 
dionale, le Coroebus bifasciatus (Castelnau), dont nous 
avons fait une étude toute spéciale. 


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LF. OHÊNK 


m 

COROEBUS BIFASCIATUS (castelnau et gory) 
de Kopotêo; (nom mythologique) 

En traversant, le 14 mai 1882, la forêt de l’Estérel, qui 
fait la limite actuelle entre le département du Var et celui 
des Alpes-Maritimes, je fus frappé de l’aspect maladif que 
présentaient les chênes verts et les chênes liège de cette 
région. Les arbres couverts de chatons gracieux d’un jaune 
d’or, étaient déparés par des branches mortes formant tache ; 
ces taches, parfois isolées sur un seul arbre, étaient souvent 
au contraire au nombre de deux et même de trois, soit au 
sommet, soit le plus fréquemment aux parties basses. Ce qui 
me frappa surtout, c’est que beaucoup de jeunes arbres 
avaient leur tige principale atteinte jusqu’au niveau du sol. 
Je m’informai auprès d’agents des forêts, et j’appris que les 
chênes de l’Estërel étaient cette année plus que les années 
précédentes, endommagés par un ver qui opérait sur une 
étendue de plus d’un mètre, et qu’on allait combattre en 
cassant les branches malades. 

En effet, lorsque, dix jours plus tard, je descendis du 
chemin de fer, auTrayas, afin de constater par moi-même les 
dégâts et de me procurer les éléments nécessaires pour pro¬ 
céder à l’élevage et à l’étude de l’ennemi, je trouvai à terre 
presque toutes les branches atteintes ; et le travail avait 
été fait avec un tel ensemble, que je ne pus me procurer que 
celles appartenant à des chênes verts, et sauvegardées par 
leur situation trop élévée ou trop difficile à aborder. Mais 
je fus plus heureux dans la suite, en parcourant les pro¬ 
priétés particulières. 

En 1866, M. Bedel, inspecteur des forêts, a inséré dans 
la revue de cette Administration un mémoire où il est dit 
que le chêne est attaqué par un Coléoptère, dont l’auteur 


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124 


LE CHÊNE 


ignore le nom. M. Bedel se contente de rendre compte 
des dégâts que cause cet insecte. 

Dans les annales de la Société entomologique de France, 
M. Abeille de Perrin habitant Marseille ', donna au 
sujet de ce Duprestide ennemi du chêne, des indications 
qui ont servi de base à mes observations personnelles. 
Il établit que la femelle du Coroebus bifasciatus pond en 
juin à l’extrémité des branches, que la larve née de l’œuf 
déposé, creuse en descendant sous l’écorce d’abord, dans 
le bois ensuite, une galerie qui s’élargit avec elle ; qu’en 
mars de l’année suivante cette larve ayant acquis son 
maximum de développement, perfore annulairement le 
bois pour achever de faire mourir la branche ; puis, qu’elle 
remonte de quelques centimètres, et établit sa loge de 
transformation. M. Abeille de Perrin ne parle pas de 
parasite. 

Le Coroebus bifasciatus aurait été trouvé par lui dans 
la forêt de l’État du Lubéron (Var), dans Vaucluse, les 
Bouches-du-Rhône, à la Grande-Chartreuse, et même dans 
la forêt de Chantilly. 

En 1873, M. Froideau, garde général des forêts, signala 
à la Société entomologique de France les dégâts causés 
aux chênes de la Nièvre par une larve d’un blanc rosé, 
qui attaquait la plupart des chênes blancs et les faisait 
périr sur une longueur de plus d’un mètre. 

En 1874, M. Mathieu, professeur à l’école forestière de 
Nancy, s’occupa de cette question. 

En 1875, encouragés par leur chef, M. Thiriat, conser¬ 
vateur dés forêts du Gard, deux Inspecteurs de cette Admi¬ 
nistration, MM. de Trégomain et Régimbeau, étudièrent 
chacun de leur côté, les dégâts causés dans leur cantonne- 

1. Abeille de Perrin; Annales de la Société enUymolofjiqne de France , années 1867, f. lxt ; 
1869, f. lui ; 1870, f. xxxvu. 


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LE CHÊNE 


125 


I 

| 

I 

I 

ment respectif aux chênes verts par la larve du Coroebus 
et publièrent 1 des mémoires très intéressants, très savam¬ 
ment développés, accompagnés de planches coloriées, faisant 
connaître les transformations de la larve, et dénonçant son 
parasite, de la famille des Hyménoptères. 

En mars 1878, M. Bargagli de Florence, rendant compte 
à la Société entomologique italienne, du résultat de ses 
études sur les insectes ennemis du chêne, parle du mode 
d’opérer de YAgrilus bifasciatus d’Olivier, dans des termes 
qui s’écartent peu des remarques de ses prédécesseurs. 

Enfin, en 1882, dans le numéro du 14 mai du Journal du 
Va r, M. Azam, entomologiste très autorisé de Draguignan, 
traitant de la question des transformations du Coroebus f 
émet l’opinion que l’œuf, au lieu d’être déposé sur les 
feuilles, où il est difficile à découvrir, est introduit sous 
l’écorce de l'extrémité des branches du chêne, au moyen de la 
tarière dont la femelle est pourvue, et dont M. de Trégomain 
avait donné le dessin. En effet, si l’on admet, ce que je 
n’accepte pas pour ma part, que l’organe si évident que 
présentent certains exemplaires de Coroebus , est un organe 
femelle, il y aurait lieu de penser que les œufs sont 
insinués dans le bois ; mais cette supposition ne pourra, 
je l’espère, résister aux preuves contraires que je suis à 
même de produire, grâce au concours du savant anatomiste 
M. le professeur Laboulbène *. 

Lorsque M. Régimbeau a étudié les transformations du 
Coroebus bifasciatus y qu’il appelle trifasciatus , le mal 
était tel dans les forêts du Gard que sur certains canton¬ 
nements, on évaluait à deux mille fagots par hectare, le bois 
provenant des branches atteintes et coupées. Les observa- 

1. Régimbbaü —de Trégomain. — Revue des forêt*, 1876-1877. 

2. M. l’abbé de Marseul, après avoir lu mes observations et examiné les sujets à l’appui, a 
partagé pleinement mon opinion. Voir la note finale en ce qui concerne M. Laboulbène. 

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LE CHÊNE 


tions de cet inspecteur ont porté sur quatre cents de ces 
branches. Selon lui, ainsi que nous l’avons dit, la femelle 
pondrait sur les branches, ce qui s’accorderait difficilement 
avec l’existence d’une prétendue tarière proportionnellement 
volumineuse, et la larve s’introduirait dans le bois par 
l’aisselle d’une feuille. Cette larve manœuvrerait exacte¬ 
ment comme l’a indiqué M. Abeille de Perrin, mais il 
résulterait des observations de M. Régimbeau, que parfois 
la loge à transformation est creusée dans le bois vif, et 
non dans la partie mourante de la branche ; remarque très 
intéressante que j’avais faite moi-même, et qui peut être, 
comme on le verra plus tard, d’une grande utilité pour assu¬ 
rer, d’une manière complètement rassurante, les moyens de 
destruction. 

Selon M. Régimbeau, la larve n’attaque que les arbres 
ayant de vingt à vingt-cinq ans, ce qui a dû être vrai dans 
i e Gard, mais ce qui ne l’est malheureusement pas dans 
nos régions plus méridionales, où l’on rencontre, assez 
fréquemment, la tige principale de jeunes arbres qui n’ont 
certainement pas vingt années, morte jusqu’en terre. 

« Vers le 15 mai, dit cet inspecteur, la larve trace son 
« anneau ; à la fin du même mois, a lieu la transformation 
« en nymphe ; l’insecte parfait sortirait dans la seconde 
« quinzaine de juin. » 

M. Régimbeau ayant élevé des Coroebus , n’a pas assisté 
à des accouplements, mais il aurait remarqué des œufs 
déposés à l’aisselle des feuilles. 

De son côté M. deTrégomain ayant mis des Coroebus en 
cage, n’a, pas plus que son collègue, été témoin d’accouple¬ 
ments, et n’a pas découvert d’œufs extérieurement; il émet 
en outre l’idée, que je ne puis accepter, d’une durée d’exis¬ 
tence de deux ans pour la larve. 

Chacun de ces inspecteurs parle d’un parasite de taille 



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LE CHÊNE 


127 


moyenne, de la famille des Ichneumons , auquel M. de 
Trégomain donne le nom de genre Lissonota. 

Après avoir analysé, aussi brièvement que possible, les 
travaux qui ont précédé mes observations, passons main¬ 
tenant aux résultats de mes études personnelles. 

Je ne puis rien dire au sujet de l’accouplement et de la 
ponte, mais tout me porte à penser que l’accouplement 
doit avoir lieu vers le sommet des arbres, et que les œufs 
sont déposés,ainsi que le dit M. Régimbeau, sur les feuilles, 
et mieux, à leur aisselle. 

Ce que je puis affirmer, c’est que la jeune larve commence 
ses dégâts à l’extrémité d’une tige, et que de juin, à mai 
de l’année suivante, elle parcourt en descendant, et après 
un temps d’arrêt probable pendant la saison d’hiver, une 
longueur de plus d’un mètre, avant de tracer son anneau 
circulaire et de forer sa loge à transformation. 

Dans le chêne blanc, et dans le chêne vert, la larve procède 
ordinairement en contournant la branche, où elle trace 
parfois, sous l’écorce, des spirales allongées à peu près ré¬ 
gulières. D’autres fois au contraire, son cheminement mar¬ 
che en ligne plus ou moins droite; la larve plonge plus ou 
moins dans le bois; cela provient sans doute de dérange¬ 
ments qu’elle aura éprouvés sur sa route. 

Au fendillement, à la boursouflure de l’écorce, on peut 
quelquefois se rendre compte du chemin qu’a suivi la larve. 
Mais c’est surtout lorsqu’elle a pratiqué son anneau circu¬ 
laire, et souvent croisé, qu’il est possible de préciser le point 
où se fait la transformation. 

Dans le chêne liège les choses se passent autrement, et 
le cheminement de la larve n’est indiqué que par le dépé¬ 
rissement et la mort des tiges secondaires, qui se sont 
trouvées sur son parcours. En effet, le chêne liège a deux 
écorces : le liège que respecte la larve comme ne pouvant 


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LE CHÊNE 


lui fournir une nourriture et un abri suffisants, et le lard 
qui est une matière trop amère pour qu’elle l’attaque 
et s’en nourrisse. Les galeries sont donc tracées dans le 
bois lui-même, au-dessous des deux enveloppes, ce qui 
fait que rien n’apparaît à l’extérieur. 

Qu’elle opère dans le chêne blanc, le chêne vert, ou le 
chêne liège, la larve rejette derrière elle la sciure digé¬ 
rée qui devient presque aussi consistante que le bois, et 
qui reste imprégnée de particules animales dont viennent, 
ultérieurement, se substanter d’autres larves de petits 
Coléoptères. 

Vers le mois de mai, la larve du Coroebus qui a acquis 
alors une longueur de trois à quatre centimètres, s’arron¬ 
dit et se prépare à se transformer; c’est alors que l’instinct 
merveilleux de l’insecte se manifeste. Non seulement cette 
larve choisit l’endroit où le bois offre plus de résistance, 
mais comme elle va rester pendant un temps relativement 
long sans mouvement, à l’état de nymphe, il faut qu’elle 
soit certaine de la sécurité que lui présentera son berceau. 
Plus la branche qui va protéger son sommeil sera morte, 
exempte de sève, plus elle sera isolée de la végétation de 
l’arbre, plus son avenir aura de garanties ; aussi cherche- 
t-elle à tuer définitivement cette branche qu’elle a jusqu’à 
ce jour respectée dans ses forces vives, tout en la rendant 
déjà malade. Dans ce but, elle change de mode d’opérer 
et travaille circulairement, de manière à former sous 
l’écorce, presque à mi-bois, une sorte d’anneau; puis pour 
plus de certitude de son repos, elle croise son trajet, re¬ 
monte de quelques centimètres, plonge jusqu’au centre, 
en aboutissant presque à la surface, afin de faciliter sa 
sortie, et creuse sa niche à transformation, à laquelle elle 
donne d’avance la dimension et la forme de l’insecte par¬ 
fait. Mais pourquoi, une fois sur six, selon mes constata- 


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LE CHENE 


129 


lions, la larve va-t-elle, au contraire, se nicher au-dessous 
de son anneau, dans la partie vive du bois? Cette larve 
serait-elle plus robuste et surtout plus intelligente que les 
autres? Se sentirait-elle de force à lutter contre l’humidité 
de la sève? Comprendrait-elle, que si la branche vient à 
être cassée au point où l’anneau est tracé, ce qui arrive 
toujours, elle sera mieux abritée sur le tronc que dans la 
partie mise à bas? Je n’ose me prononcer, mais je démon¬ 
trerai, en traitant des moyens de destruction, que si le 
raisonnement est accordé à une larve, celui qu’elle fait 
dans la circonstance n’est pas sans valeur; nous trouverons 
aussi dans ce fait, de précieuses indications pour mener 
à bonne fin l’opération de garantie. 

Voilà donc la larve installée dans sa loge à transforma¬ 
tion. Là, elle se ramasse, s’arrondit, perd petit à petit sa 
forme larvaire, et se transforme bientôt en une nymphe 
molle, blanche, laiteuse, présentant déjà, dans sa tête, ses 
antennes, ses pattes, ses yeux et son abdomen, le faciès de 
l’insecte parfait. Vers le 15 juin, cette nymphe se colore en 
commençant par la tête, continuant par le thorax, et finissant 
par les élytres l . Devenu complet, le Coroebus pratique son 
trou de sortie, non pas rond comme on l’a dit à tort—le trou 
rond est celui du parasite—mais en forme de bouche de four, 
ou d’entrée de tunnel, et sort pour aller s’accoupler dans 
les régions élevées. 

Je ne sais pas qu’il soit fréquemment arrivé à un ento¬ 
mologiste de capturer en chasse, ce Coléoptère qui est 
commun cependant, si on a la patience de l’élever chez soi. 

Plus adroit que les naturalistes, un Hyménoptère de 
taille moyenne, le Cerceris bupresticida, dont nous par¬ 
lerons en traitant des amis du chêne, fait du Coroebus , 


1. On trouvera à la lin du travail, une note sur relevage d*une nymphe eu plein air. 


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130 LE CHÊNE 

qu’il sait découvrir, un véritable massacre au profit de sa 
progéniture l . 

De ce qui précède, il ressort pour moi, qu’il faut repousser 
l’existence de la larve pendant deux années, à moins qu’on 
n’entende par deux années, la période de temps comptée de 
juin à mai de l’année suivante ; qu’il est de toute utilité 
de rectifier l’erreur de sexe qui s’est accréditée jusqu’à co 
jour, et de prendre la prétendue tarière pour ce qu’elle 
est réellement, c’est-à-dire pour un organe mâle bien 
caractérisé ; qu’il faut aussi, toujours avec l’autorité de 
M. le professeur Laboulbène, combattre cette assertion 
qu’on trouve des nymphes avortées, desséchées dans leur 
loge, couvertes d’œufs, comme si une nymphe, c’est-à-dire 
un être à peu près inerte, pouvait produire des œufs. 

Il est vrai, et je l’ai constaté plusieurs fois, que certai¬ 
nes nymphes ont été recueillies dans ces conditions, mais 
M. Laboulbène, auquel j’ai soumis le cas et les doutes 
qu’il m’inspirait, est d’avis que ces corps ronds que j’avais 
pris pour des exsudations graisseuses, sont des œufs d’un 
Acarus parasite qui vont faire, de sa part, l’objet d’études 
spéciales *. 

Déjà M. Bargagli de Florence, m’avait écrit au sujet de 
ces corps ronds : 

« J’ai plusieurs fois observé de ces petites boules, sur 
« des nymphes de Lixus, et j’ai remarqué que ces petits 
« corps sont d’abord d’un blanc de lait et que, par la suite, 
« leur surface se recouvre de taches irrégulières mais très 
« nettement limitées, d’un brun foncé; quelquefois j’ai vu 
« se promenant sur ces boules, de petits Acariens que je 
« soupçonne être les parasites de la nymphe ». Le naturaliste 
florentin aurait donc entrevu la vérité. 

1. Voir le chapitre spécial au Cerceris bupresticida. 

2. Voir la note ir 2 à la fin du présent travail. 


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i 



LE CHÊNE 


131 


Voici la description scientifique, dans ses divers états, 
du Coroebus bifasciatus, d’après les auteurs et mes obser¬ 
vations particulières. Celles-ci portent surtout sur la distinc¬ 
tion du sexe de l’insecte parfait. 

Larve. — La larve est longue de trois à quatre centimètres 
lorsqu’elle a acquis son plus grand développement; elle est 
apode,à forme de pilon aplati au début, arrondie ensuite,avec 
dix segments abdominaux ; sa couleur générale est un blanc 
légèrement rosé; le corps est garni de petites spinules diri¬ 
gées en arrière, qui l’empêchent de glisser lorsqu’elle se porte 
en avant. Mise à l’air, elle périt promptement; on est cepen¬ 
dant parvenu, dit-on, à lui faire accomplir artificiellement 
ses dernières métamorphoses, en l’introduisant sous bois, au 
moyen d’un trou de vrille, bouché ensuite hermétiquement 
avec de la cire. 

Nymphe. — La nymphe que l’on commence à rencontrer 
vers la fin de mai, n’a que deux centimètres de longueur; elle 
est grasse, large, de couleur blafarde; sa forme indécise 
d’abord, s’indique de plus en plus; ses ailes sont repliées en 
dessous, ses yeux sont colorés, ses antennes et ses pattes bien 
évidentes sous le corps; elle est à nu dans sa loge à transfor¬ 
mation, merveilleusement disposée et unie ; derrière elle, sont 
ses dépouilles. 

Il est possible de l’élever à l’air libre; l’opération réussit 
assez bien, mais avec des lenteurs qui ne doivent pas 
exister dans la nature *. 

Insecte parfait. — C’est ici que je me vois obligé de 
faire subir des modifications importantes à la description 
des auteurs. 

Longueur 0 m ,015, largeur 0 m ,005, pour le mâle; longueur 
0 m ,016, largeur 0",006, pour la femelle. Allongé, subparal- 

1. Voir à la fin du travail la note n* 1. 


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132 


LE CHENE 


lèle au milieu, assez convexe, antennes de onze articles, tête 
régulièrement ponctuée; yeux grands et ovales; épistôme 
échancré ; pronotum sans mentonnière (ce qui selon M. de 
Marseul, est le signe distinctif du genre), beaucoup plus 
large que long, avec les bords latéraux crénelés ; écusson 
triangulaire à bords antérieurs élevés ; élytres, à peine 
sinuées, d’un bronzé plus ou moins verdâtre avec le bout 
arrondi et dentelé, creusées vers le milieu sur les côtés; 
la moitié postérieure, d’un cuivreux plus pâle que le reste, 
avec trois bandes bleues; abdomen pointillé et peu pubes- 
cent, jambes postérieures garnies en dehors, d’une brosse 
de poils fauves en dedans, de petites dents ; cinq articles 
aux tarses dont quatre munis de brosse, le cinquième 
avec crochet noir. La femelle, sans tarière visible, est plus 
forte, plus lourde que le mâle; ses antennes sont grêles, 
courtes, sombres, presque disgracieuses, dépassant à peine 
le prothorax; elle est moins foncée en couleur. Le mâle est 
plus petit, plus étroit, plus svelte, plus coloré; il a des anten¬ 
nes beaucoup plus élégantes, plus larges, plus pectinées, plus 
longues, plus cuivreuses surtout ; presque toujours il met 
dehors un fort pénis noirâtre à double crochet qui a été, à 
tort, pris pour un organe femelle. 


MOYENS DE DESTRUCTION DU GOROEBUS BIFASCIATUS 

Les sylviculteurs et les naturalistes qui ont écrit au sujet 
du Coroebus bifasciatus , ont été d’accord pour indiquer 
comme moyen défensif de briser, au commencement de mai, 
les branches attaquées très reconnaissables à leur état de 
dépérissement au milieu des arbres en pleine végétation. 
Ce mode d’opérer, facile à mettre en pratique, j’en conviens, 


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LE CHÊNE 


133 


ne présente pas toutes les garanties désirables, et demande 
des soins tout particuliers. 

Si vous commencez trop tôt, c’est-à-dire avant le milieu 
de mai, époque à laquelle la larve du Coléoptère n’a pas 
encore tracé sa galerie annulaire, la branche, si malade 
qu’elle soit, pliera et ne rompra pas. 

Si la galerie annulaire a déjà été tracée, la branche saisie 
par son extrémité, et attirée vers le bas avec une légère 
torsion, se brisera infailliblement au point où existe l’an¬ 
neau, mais il se présentera trois cas : 1° la larve, en train 
de forer dans l’épaisseur du bois le chemin qui doit la 
mener à sa loge de transformation, ou installée déjà dans 
cette loge, sera mise à jour par l’effet de la brisure, et 
tombera sur le sol pour y périr sans aucun doute ; 2° la 
larve aura pratiqué son berceau à quelques centimètres 
au-dessus de l’anneau circulaire; elle se trouvera donc 
renfermée dans la portion de la branche qui aura été mise 
à bas, et si l’air ne l’impressionne pas trop, elle est suscep¬ 
tible de continuer à prospérer, et pourra produire l’insecte 
parfait, si vous n’avez pas eu le soin d’enlever les branches 
cassées, et de les livrer promptement au feu ; 3° enfin, 
dernière hypothèse, la larve, par suite d’un enchaînement 
de circonstances, ou d’un calcul dont je ne puis écarter 
l’intelligence, l’instinct, si vous voulez, aura foré sa loge 
dans le bois vif, à quelques centimètres au-dessous de 
l’anneau, ce qui arrive assez fréquemment ; dans ce dernier 
cas, en admettant toujours que l’air extérieur ne l’impres¬ 
sionne pas trop vivement, son existence est assurée, et vos 
efforts sont sans résultat pratique. 

On devra donc, pour obtenir toute certitude, et n’avoir 
pas opéré infructueusement, adopter et conseiller la mar¬ 
che ci-après : 

Vers la fin de mai, mais pas avant, afin d’épargner le 


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* 


134 LE CHÊNE 

parasite, comme on le verra plus tard, s’il existe sur les 
arbres des branches mortes l’année précédente avec trou 
de sortie, on pourra sans danger les casser d’après le mode 
ci-dessus; mais si la branche est simplement malade de 
l’année, ce qui est facile à reconnaître à la teinte du feuil¬ 
lage, on devra la scier à quelques centimètres au-dessous de 
l’anneau circulaire qui, presque toujours, trahit sa présence 
par une boursouflure, un fendillement, et un craquement 
lorsqu’on attirera la branche à soi, s’il s’agit de chêne blanc 
et de chêne vert, et par ce craquemment seul, si on opère 
sur le chêne liège : de cette manière on sera certain d’avoir 
la larve ou la nymphe dans la partie coupée *. 

Il va sans dire que, dans tous les cas, les branches 
abattues devront être mises immédiatement en fagots et 
livrées au feu, au lieu d’être laissées sur le sol. 

Lorsque nous parlerons des parasites du Coroebus , nous 
ferons connaître un autre moyen d’une exécution moins facile 
peut-être, mais plus certainè pour détruire le Coléoptère, 
en épargnant autant que possible son parasite. 

Il me reste à faire une dernière recommandation qui a 
son importance. 

Dans nos régions du sud-est, c’est le chêne liège qui 
est plus particulièrement rémunérateur; mais il ne forme 
pas sur nos coteaux méditerranéens des massifs compacts ; 
le plus souvent, il est mêlé au chêne vert. Or il ne faudrait 
pas se contenter, comme je l’ai constaté sur différents 
points, d’opérer sur les chênes liège, en laissant dans leur 
voisinage des chênes verts infestés, constituant un véritable 
danger ; car l’ennemi des deux arbres est le même. 

Il faut donc abattre dans de bonnes conditions, à la scie 
de préférence, toutes les branches atteintes, aussi bien sur 

1. Voir à la fin du travail la note n« 1, concernant l’élevage à l’air libre d’une nymphe. 


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LE CHÊNE 


135 


le chêne liège que sur le chêne vert et même sur le chêne 
blanc, et ne pas hésiter à aller chercher ces branches, soit 
au sommet des arbres, soit sur les pentes d’un accès 
difficile. 

HYMÉNOPTÈRES PARASITES 

OU ENNEMIS DU COROEBUS BIFA8CIATUS 

0 

MM. Régimbeau et de Trégomain, ont décrit comme 
parasite du Coroebus bifasciatus un Hyménoptère qu’ils 
ont désigné sous le nom de Ichneumon genre Lissonota. 
Or j’ai obtenu de mes élevages deux parasites bien distincts 
l’un de l’autre, mais qui ne sont ni l’un ni l’autre du genre 
Lissonota. 

Selon M. André de Beaune auquel j’ai toute confiance, les 
deux parasites qui sont éclos chez moi en 1883 et en 1884, de 
cocons trouvés dans les loges du Coroebus, seraient : 

1° LÏEphialtes carbonarius (Grav.); 

2° Le Cryptus Dianae (Grav.)? 

I. EPHIALTES CARBONARIUS (grav.) 

Larve. — La larve est grasse, molle, d’un blanc mat, se ter¬ 
minant en pointe à ses deux extrémités, renflée sensiblement 
vers son milieu, courbée; elle est apode et me paraît avoir 
douze anneaux ; mise dans l’alcool, elle devient rapidement 
noire; sa longueur est de 4 à 5 lignes. Cette larve se file 
un cocon, allongé d’un blanc mat, très résistant, qui devient 
jaunâtre et parcheminé à l’extérieur. 

Nymphe. — Je n’ai pas vu la nymphe de YEphialtes car¬ 
bonarius, mais je suis porté à penser qu’elle doit rappeler 
par sa forme l’insecte parfait. 

Insecte parfait. — Longueur : mâle, de 3 à 4 lignes et 
demie; femelle, de 3 à 8 lignes; face plus ou moins garnie 
d’un duvet argenté; palpes blancs ou testacés; labres rare- 


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LE CHÊNE 


ment ferrugineux; antennes allongées, filiformes un peu 
courbes à l’extrémité, longues comme la moitié du corps, 
celles du mâle atteignant parfois la longueur du corps; chez 
le mâle les articles 1 et 2, sont souvent blanchâtres en dessus. 

Thorax un peu gibbeux, cylindrique avec une macule 
blanche en avant des ailes. 

Ailes petites, étroites, yalines ou un peu jaunâtres. 

Stigma brun ou parfois jaune. 

Nervure radicale brune ou noire. 

Pattes grêles, allongées, fauves ; chez le mâle, les tro¬ 
chanters sont ordinairement jaunes en dessous ainsi que 
les hanches antérieures. 

Abdomen deux fois long comme la tête et le thorax, 
cylindrique, linéaire ou fusiforme ; quelquefois avec un 
tubercule latéral. 

Tarière de la femelle plus longue que le corps, avec 
fourreaux noirs velus ; tarière proprement dite, lisse 
brillante, rougeâtre, lanciforme à l’extrémité qui est den¬ 
telée. 

Du reste, le genre Ephialtes est très voisin du genre 
Lissonota. Tous les deux sont des Ichneumonides de la 
tribu des Pimplariae. La différence qui sépare ces deux 
genres, est que l’abdomen du second est en grande partie 
lisse en dessus, et que celui du premier est chagriné, 
marqué de tubercules, fossettes, etc., etc. 

II. CRYPTUS DIANAE (gràv.)? 

Longueur du mâle 0 ra ,010 à 0 m ,0il, femelle de 0 m ,011 à 
0 m ,013. Tête et antennes noires ; le mâle avec le premier arti¬ 
cle taché de blanc en dessous ; la femelle avec les cinquiè¬ 
me, huitième et neuvième articles blancs, selon Gravenhorst; 
avec les neuvième, dixième et onzième articles blancs selon 


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LE CHÊNE 


137 


d’autres auteurs; souvent, la femelle a de minces lignes 
blanches sur les orbites et sur le ventre. Chez le mâle, 
dit Gravenhorst, ces taches blanches existent presque tou¬ 
jours et les pièces buccales sont de même couleur. 

Thorax gibbeux, noir chez la femelle ; noir avec un point 
blanc sur les ailes, chez le mâle. 

Pattes rouges, avec les hanches et les trochanters noirs ; 
genoux postérieurs sombres. 

Ailes un peu enfumées ; côtes testacées vers la base ; 
stigma noir ou brun ; aréole pentagonale. 

Abdomen rouge, avec le pétiole et les deux derniers seg¬ 
ments noirs. 

Tarière noire, un peu plus courte que l’abdomen avec son 
pétiole. 

Ce Cryptus indiqué d’Allemagne et d’Italie (Parme, 
Gênes), n’est désigné dans aucun auteur comme parasite 
d’un autre insecte; il n’aurait pas encore été capturé en 
France, puisque M. Dours n’en fait pas mention dans son 
catalogue des Hyménoptères français, publié en 1874. 

Assez voisin de YEphialtes carbonarius , il en diffère 
cependant par son extérieur plus lourd, sa taille plus grande 
et par le peu de longueur de la tarière. 

On ne peut mettre en doute qu’il soit parasite du Coroebus, 
puisqu’il m’est éclos de nouveau pendant l’Exposition In¬ 
ternationale de Nice, en mai 1884, d’un cocon trouvé, en. 
juin 1883, dans une loge de Coroebus, et conservé dans un 
tube. 

OBSERVATIONS 

Il paraît certain que les deux parasites du Coroebus bi - 
fasciatus : YEphialtes carbonarius et le Cryptus Dianae, 
éclosent avant leur victime, c’est-à-dire au commencement 
ou au plus tard au milieu de mai ; c’est ce que j’ai constaté 


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138 


LE CHÊNE 


par deux annéos consécutives d’études; telle était, du reste, 
l’opinion de M. Régimbeau. 

Ces Ichneumonides sortiraient donc des branches mor¬ 
tes l’année précédente qui n’ont pas donné naissance à un 
Coroebus. Leur trou de sortie est rond, plus petit que celui 
du Coléoptère ; si l’on fend la branche en hiver, on trouve 
dans la niche centrale un cocon à enveloppe résistante et 
blanche qui occupe tout le berceau et qu’on peut impunément 
retirer et enfermer dans un tube avec certitude de le voir 
aboutir au printemps suivant. 

Il faut donc admettre que YEph.ia.ltes ou le Cryptus, 
sortis en mai après un sommeil d’un an, s’accouplent sans 
tarder ; la femelle cherche alors la larve du Coroebus qui 
se dispose à se transformer, la guette, la pique et lui confie 
ses œufs. 

L’instinct maternel de la femelle, les crevasses du bois, 
les bruits qu’elle perçoit lui font deviner où se trouve cette 
larve ; il est propable même qu’elle choisit le moment où 
elle se rapproche de l’écorce, pour tracer son anneau ; ce 
moment est propice en effet, car la larve a acquis tout 
son développement, elle est grasse à souhait et va entrer 
dans la période du repos. 

Afin d’atteindre la larve du Coroebus , la femelle de 
YEphialtes ou du Cryptus utilise sa tarière. 

La larve de l’Ichneumonide qui éclôt peu de temps après 
dans le corps de la larve, a le soin de n’attaquer pour se 
nourrir, comme tous les parasites du reste, que les parties 
grasses, respectant les organes essentiels. 

La larve du Coroebus de son côté, ignorant sans doute 
qu’elle contient le germe de sa mort, continue ses derniers 
travaux ; elle plonge dans le bois, fore sa loge, prépare sa 
sortie, et s’endort pour ne plus se réveiller. 

Après avoir, assez promptement, acquis une certaine 


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LE CHENE 


139 


grosseur, la larve de l’Hyménoptère en finit avec la larve 
ou la nymphe du Coroebus, et lorsqu’elle a tout dévoré, 
qu’elle reste maîtresse d’un berceau qu’elle ne s’est pas 
donné la peine de faire, elle file son cocon dans lequel elle 
s’endort pour n’éclore qu’au printemps suivant, ce dont je 
me suis assuré à différentes reprises, en* recueillant en 
automne, des branches de chêne vert ou de chêne liège 
complètement mortes et ne présentant pas de trou de sortie. 

Puisque le Coroebus bifasciatus est attaqué par des 
ennemis dont le rôle est d’en diminuer le nombre, il s’agi¬ 
rait de trouver le moyen d’arriver à ce résultat, en épar¬ 
gnant, autant que possible, YEphialtes et le Cryptus. Ce 
moyen consiste à tailler assez bas au printemps, au 

commencement de mars par exemple, les branches dont 

» 

le jaunissement terminal dénonce suffisamment les dégâts 
de la jeune larve du Coroebus descendant vers le tronc de 
l’arbre. En coupant à 0 m ,10 au-dessous du point où s’arrête 
le dépérissement, on sera à peu près certain d’avoir détruit 
la larve, ce dont on pourra du reste s’assurer en fendant, 
par épreuve, quelques-unes des branches abattues. On sera 
certain aussi de n’avoir pas nui aux parasites utiles qui, à 
ce moment, sont à l’état de nymphe dans les branches 
mortes de l’année précédente. 

Il est éclos de mes bois d’élevage de 1884, non seulement 
les deux parasites que je viens de décrire, mais encore de 
charmants Braconides d’un noir brillant, avec ailes d’un noir 
mat, et abdomen rouge; de très nombreux Chalcidides, des 
Cynipsides et de petits Diptères qui doivent être les parasites 
des larves de petits Coléoptères ÇPhymatodes , Agrilus, 
Dasytes) qui viennent se repaître des excréments laissés 
derrière elle par la larve du Coroebus. 


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140 


LE CHÊNE 


CERCERIS BUPRESTICIDA 

MM. Léon Dufour de Saint-Séver, et Fabre, de Vaucluse, 
ont donné, chacun de leur côté, des détails très intéres¬ 
sants sur les mœurs d’un Hyménoptère fouisseur de taille 
moyenne, le Cerceris bupresticida, qui ne nourrit ses larves 
qu’avec des Buprestides, tandis que son voisin, le Cerceris 
tuberculata les alimente avec des Curculionides. 

Le Cerceris bupresticida f recherche toute particulière¬ 
ment le Coroebus bifasciatus; ce n’est pas son parasite, 
mais son ennemi acharné. On peut donc le considérer com¬ 
me un défenseur des intérêts forestiers, et à ce titre, nous 
lui devons une place dans notre travail sur le chêne. 

Selon M. L. Dufour, cet Hyménoptère, dont je donnerai 
plus tard une courte description, établit son nid dans les 
parties les plus dures des routes et allées ; ce nid, que 
l’insecte creuse avec ses mandibules et ses tarses anté¬ 
rieurs garnis à cet effet de piquants faisant l’office de râteau, 
est précédé d’un boyau d’entrée un peu coudé, d’une dimen¬ 
sion double de celle de l’ouvrier, et est terminé par une 
cavité qui contient cinq cellules ou loges séparées, indépen¬ 
dantes, disposées en cercle, destinées à autant de larves. 
Dans chacune de ces loges, la femelle dépose trois ou quatre 
Buprestides; des Coroebus surtout, en ayant soin de pondre 
un œuf sur le corps de l’une de ses victimes. Les larves qui 
vont naître ayant leur nourriture assurée, la galerie est 
close hermétiquement et l’existence du nid ne se trahit que 
par la petite motte de déblais qui le surmonte. 

M.. L. Dufour ayant constaté que les Buprestides emma¬ 
gasinés par la femelle du Cerceris, se conservent dans un 
état si satisfaisant, que vingt jours après leur introduction 
dans les cellules, les membres ont encore leur élasticité et 


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LE CHÊNE 


141 


% 


les viscères leur fraîcheur, en conclut que l’Hyménoptère 
a dû injecter, avec son aiguillon, dans le corps du Coléoptère, 
un venin conservateur. 

Les expériences et études de M. Fabre ont été encore 
plus approfondies que celles de M. L. Dufour ; elles sont 
surtout intéressantes en ce que l’auteur du mémoire publié, 
cherche à démontrer que la conservation vraiment extraor¬ 
dinaire des Buprestides donnés en pâture à ses larves par 
la femelle du Cerceris , n’est pas due, comme l’avait pensé le 
savant entomologiste de Saint-Sever, à l'introduction 
dans leur corps d’un venin conservateur, mais bien à une 
paralysie complète du système nerveux au moyen de ce 
liquide; il établit en effet que le Coléoptère est toujours 
piqué au poiût où les nerfs se réunissent en faisceaux, et il 
appuie son opinion sur des expériences qui ont été, paraît-il, 
concluantes. 

les moyens ordinaires se 
« décompose et surtout se dessèche en quelques heures, dit 
« M. Fabre, celui qui a été paralysé, après avoir été piqué à 
« la jointure du prothorax, entre la première et la deuxième 
« paire de pattes, point où converge le système nerveux, au 
« moyen d’une plume de fer imbibée d’ammoniaque, se con¬ 
te serve frais pendant des semaines. » 

Le Cerceris bupresticida est donc un grand destructeur 
de Buprestides, puisque chaque femelle pond cinq à six 
œufs, devant produire autant de larves à chacune desquelles 
elle donne en pâture trois à quatre Buprestides, ce qui ferait 
vingt-quatre par nid. Il est dès lors utile de respecter son éta¬ 
blissement lorsqu’on vient à le rencontrer sur son chemin. 

Voici la description du Cerceris bupresticida (L. Dufour) : 

Larve. — Apode, munie d’une tête visible avec des an¬ 
tennes ; allongée, blanche, rétrécie en avant, recourbée en 
forme de hameçon. Longueur 6 lignes. 

h 


« Lorsqu’un Buprestide, tué par 


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LE CHÊNE 


Cocon. — Soyeux, membraneux, d’un rougeâtre pâle, en 
forme de bouteille, arrondi en arrière, rétréci en avant, 
en forme de col fermé et tronqué à l’extrémité. Longueur 
6 lignes. 

Insecte parfait. — Noir, ponctué, thorax sans taches ; 
abdomen avec quatre fascies dorsales jaunes; face avec trois 
taches jaunes ; ailes enfumées, noirâtres à l’extrémité ; 
cuisses à moitié noires, pattes jaunes, tarses antérieurs 
dentés en forme de râteau .chez la femelle dont la longueur 
est de six lignes. Mâle un peu plus petit; antennes de treize 
articles ; tarses antérieurs non dentés ; avant-dernier seg¬ 
ment ventral avec épine de chaque côté. 

On le trouve l’été sur les fleurs. 


COCCIDES 

Dans son travail si intéressant sur les Coccides publié 
en 1868 et années suivantes par la Société entomologique 
de France, M. Signoret donne la description des espèces 
ci-après qui vivent sur le chêne : 

1° Aspidiotus ilicis (Sig.) qui se tient sur les rameaux; 

2° Aspidiotus quercus (Sig.) qui se trouve tout l’été sur 
les feuilles et sur le tronc ; 

3° Kermes ballotae (Lich) qui vit exclusivement sur le 
chêne vert à gland doux; 

4° Kermes Bauhinii (Planchon), qui vit sur le chêne 
vert et sur le chêne Kermès. 

En 1884, sur un chêne vert de l’Estérel, j’ai recueilli cette 
dernière Cochenille en abondance. Plus de cinquante boules 
noirâtres de la grosseur d’un petit pois, sortaient des fissures 
de branches malades ; une matière blanchâtre, visqueuse 
les retenait au bois : ces boules à enveloppe écailleuse, 
étaient pleines d’une innombrable quantité de petites larves 


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LE CHENE 


143 


rosées très vives et de chrysalides qui ont donné des para¬ 
sites ayant la forme des Chalcidides; 

5* Kermes vermilio (Planchon), qui vit sur le Quercus 
coccifera et ressemble beaucoup au Bauhinii . 

J’ajouterai quelques indications sommaires sur le Kermès 
au point de vue tinctorial. 

Le Kermès n’est guère employé aujourd’hui que dans 
quelques manufactures de l’Orient. 

Desséché, l’insecte se conserve longtemps ; on a pu 
en utiliser qui étaient morts depuis plus de cent ans. 

Le principe colorant qu’il renferme a été nommé Car- 
minine par Pelletier. Ce que nous appelons carmin est 
un mélange de carminine et de diverses matières albumi¬ 
neuses. 

L’un des procédés les plus usités pour obtenir le carmin, 
est de verser de l’alun et de la crème de tartre dans une 
décoction de Cochenille. L’opération donne pour résultat 
un dépôt solide, pulvérulent d’un rouge magnifique qui 
est utilisé par les peintres et les fabricants de bonbons 
et de liqueurs. 


HÉMIPTÈRES DU CHÊNE 

Mon intention n’est pas de présenter le Phylloxéra du 
chêne comme dangereux pour cet arbre, mais je crois 
cependant qu’il est utile de ne pas le passer sous silence 
dans ce travail d’ensemble. 

Il a fallu les dégâts terribles causés à la vigne par un 
Phylloxéra (vastatrix), pour que l’attention se portât sur 
celui du chêne W . 

En 1874, M. Lichtenstein, récapitulant divers travaux, 


(]) Ce sont les études du Phylloxéra du chêne de M. Balbiani qui ont facilité celle 
du Phylloxéra de la vigne. 


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144 


LE CHÊNE 


donnait dans les annales de la Société entomologique de 
France la synonymie des espèces, au nombre de trois, 
de Phylloxéra vivant sur le chêne : P. quercus (de Fons) 
et P. Balbiani (Lich) tous les deux Européens ; et le P. Riley 
(Lich) qui n’existe qu’en Amérique. 

Mais en 1875, dans les mêmes annales, folio cxlii, le 
naturaliste américain Riley expose qu’il n’y a réellement 
que deux Phylloxéra du chêne : le P. quercus (de Fons) 
pour l’Europe et le P. Riley , plus petit, plus étroit, la 
nymphe moins rouge, les ailes plus foncées, pour l’Amérique. 

HYMÉNOPTÈRES 

S’il est des Hyménoptères utiles au chêne, il en est 
au moins un qui peut lui devenir nuisible. 

Ainsi, le liège sur pied est parfois attaqué, perforé au 
point de n’être plus vendable, par une fourmi qui se plaît 
à y tracer des galeries. 

On ne doit pas laisser des fourmilières s’établir au pied 
de ces arbres ; une forte décoction d’aloès les en éloigne. 

LÉPIDOPTÈRES 

J’ai dit que de très nombreuses chenilles vivaient aux 
dépens des feuilles du chêne. Limité dans l’étendue de 
mon travail, je me bornerai à citer quelques-unes des 
espèces méridionales que je relève dans le catalogue rai¬ 
sonné de M. Millière. 

Cnethocampa processiona Lin. Les chenilles de cette 
Liparide qui donne le papillon en juin, vivent en société 
sous une toile soyeuse fixée à l’aisselle d’une grosse 
branche ; c’est autour de ces nids qu’on prend le beau 
Coléoptère vert doré, Calosoma sycophanta. 


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i 



LE CHENE 


145 


Le meilleur moyen de détruire cette chenille très véné¬ 
neuse, est de laisser tomber dans le nid quelques gouttes 
d’huile. 

Bombyx quercus Lin. Ca.toca.la conjuncta (Esp.) pro- 
missa (Roes.) sponsa (Lin.) conversa (Esp.) sur les fleurs, 
nymphogoga (Esp.) Metrocampa honoraria (W.V.). Plu¬ 
sieurs Tortrix. Carpocapsa grossana (Hw) et ampiana(Hb) 
dont la chenille vit en automne dans les glands. Nepticula 
ruficapitella (Hw) ilicivora (de Peye) suberivora (Stt.) 
suberis (Stt.), etc., etc. 

Il est difficile d’indiquer les moyens de destruction pour, 
un si grand nombre d’ennemis peu dangereux d'ailleurs; 
je n’entrevois en dehors de ce que j’ai dit relativement aux 
processionnaires, que la recherche des chenilles et l’emploi 
des feux nocturnes pour attirer les noctuelles. 

LÉPIDOPTÈRES DES BOUCHONS DE LIÈGE 

On savait que les bouchons de liège sont attaqués par les 
chenilles de deux Tine a; la tigranella (Dup.) et une variété 
de VOenophila. 

En 1883, M. Constant du Golfe-Juan a fait connaître qu’il 
a trouvé la chenille de YAsopia farinalis (Lin.) dans des bou¬ 
chons où elle avait fait de nombreuses galeries : on pourrait 
remédier à cet inconvénient en choisissant et ébouillantant 
les bouchons avant de s’en servir, et en ne tenant pas les 
bouteilles dans une cave trop humide. Il faut ajouter encore à 
ces Lépidoptères YEndrosis lactiella (Schr) selon M. Fallou, 
dans les caves sèches *. 


1. Dans les annales de la Société entomologique de France (1881, f. lyi), M. Lucas a 
dénoncé un petit Crustacé de la division des Porcellionides, Oniscus murarius , comme 
s'attaquant aux bouchons. 


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146 


LE CHENE 


GALLES DU CHÊNE 

Les Cynipsides producteurs de galles jouent un certain rôle 
dans l’existence des chênes. Si un chêne du Levant, Quercus 
infectoria, est productif d’une denrée commerciale, la noix 
de galle, les essences de nos régions n’ont qu’à souffrir de 
ces végétations. Il me parait donc utile de ne pas oublier les 
Cynipsides et de les inscrire au nombre des insectes nuisibles 
du chêne. 

Les galles souvent communes sur les hêtres, les saules, 
les rosiers, le chêne et surtout sur le chêne blanc, sont 
le produit de la piqûre d’un petit Hyménoptère pupivore de 
la famille si nombreuse des Cynipsides, autrefois Gallicoles. 
Armée d’un oviducte long et délié, la femelle introduit ses 
œufs dans les végétaux. Les sucs affluent autour du point 
piqué et il s’y développe une excroissance généralement 
arrondie, au centre de laquelle se trouve l’œuf. 

La larve solitaire, apode, s’y nourrit et sort par un trou 
rond pour aller se transformer en terre. Dans de certaines 
espèces, la transformation s’accomplit dans la galle elle- 
même. 

La galle du Q. infectoria produite par le Cynips tinctoria 
est ronde et d’un gris brunâtre; elle est grosse comme la 
moitié d’une noix ; sa dureté est extrême ; on l’utilise 
comme teinture ou comme astringent. Chez nous, les galles 
du chêne sont nombreuses. M. le docteur Giraud signale 
dans les annales de la Société entomologique de 1868, 1* lu, 
plusieurs espèces allemandes qu’il a trouvées dans les forêts 
françaises, ce sont : 

1° Cynips callidonia (111.) qui produit sur les bourgeons 
avortés des galles verdâtres portées par un long pédoncule ; 

2° Cynips wajalis (Ger.) qui donne un espèce de cône 
d’un brun verdâtre ressemblant à un bourgeon avorté ; 




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LE CHÊNE 


147 


3° Spathegaster tricolor (Hart), petit insecte, aux ailes très 
longues, à pubescence noire qui provoque sur la surface 
inférieure des basses branches de petites boules de O”,005 
au plus de substance tendre d’un blanc verdâtre couvertes 
de filaments roses ; 

4° Spathegaster flosculi (Ger.). Cet Hyménoptère est plus 
robuste que le tricolor ; on le rencontre sur les rameaux 
bas et peu vigoureux ; 

5° Andricus inflator (Hart). La galle de ce petit Cynip- 
side devient parfois nuisible par sa trop grande multipli¬ 
cation ; elle transforme les bourgeons en une excroissance 
verdâtre creusée au centre *. 

M. Lichtenstein* a fait connaître qu’on a trouvé dans le 
bois de Vincennes des galles coniques et cannelées entourant 
les tiges des semis de chêne, au point où ils sortent de terre; 
ces galles sont l’œuvre du Cynips Sieboldi (Hart). 

Enfin, pour compléter sommairement l’histoire des Cynip- 
sides du chêne, je relève, qu’en 1864 M. Lucas a signalé le 
Cynips aptera (Hart) qui forme sur les chênes rouvre de la 
forêt de Vincennes des grappes très serrées de galles rouge⬠
tres; et qu’en 1870, M. Puton rend compte d’un fait très inté¬ 
ressant pour la sylviculture, celui des dommages réels causés 
en Lorraine dans une pépinière de jeunes chênes arrivés à 
leur deuxième année, par les galles du Cynips corticalis 
(Hart) appliquées sur les feuilles depuis le collet jusqu’à la 
base. 


1. Dans le même volume, f. cix, M. le docteur Giraud présente quelques observations 
touchant le C. fecundatrix (Hart) qui avait provoqué de nombreuses galles sur des chênes 
pédonculés de Fécamp. 

2. Lichtenstein — Annales de la Société entomologique de France , année 1877 f. xxxii. 


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148 


LE CHENE 


AMIS DU CHÊNE 

Nous avons fait connaître en détail la biologie et l’utilité 
pour le chêne des ennemis du Coroebus bifasciatus. Pres¬ 
que toutes les larves des Coléoptères et des Lépidoptères 
que nous avons indiquées comme vivant sur le chêne, ont 
dans les nombreuses familles des petits Hyménoptères, des 
parasites dont la science n’a pas encore suffisamment étudié 
les mœurs. 

Ce dont je suis certain, en ayant été témoin bien des fois, 
c’est des services rendus aux chênes par deux Coléoptères 
grands destructeurs de chenilles. 

Le Calosoma sycophanta (Lin.) grand et beau Carabique 
vert doré qui s’acharne après les chenilles processionnaires, 
les poursuivant jusque dans leur nid ; et le joli Sylpha 
maculata, jaune avec points noirs, qu’on est sûr de ren¬ 
contrer contre les troncs des jeunes chênes atteints par les 
chenilles. Il ne faut pas non plus oublier les Coccinelles 
qui, à l’état de larve et d’insecte parfait, font une guerre 
continue aux pucerons et aux petites larves. 

Mais les amis les mieux caractérisés du chêne, sont les 
petits oiseaux; et, parmi ceux de taille moyenne, le Pic Vert, 
(Picus viridis) dont l’existence se passe à chercher sous 
les écorces, les larves et les insectes parfaits. 


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LE CHÊNE 


149 


1 

NOTE SUR L'ÉLEVAGE A L’AIR LIBRE D’UNE NYMPHE 

DE COROEBUS BIFASCJATUS 


J’ai dit qu’il y avait danger à laisser, même à l’air libre, des nym¬ 
phes du Coroebus bifasciatus ; j’appuie cette assertion sur une preuve 
indiscutable. 

Le ‘20 juin 1884, en cassant une branche de chêne liège dans la 
forêt de l’Estérel, j’ai recueilli, au moment où elle allait tomber sur le 
sol, une nymphe de Coroebus. Cette nymphe était molle, laiteuse 
d’un blanc mat ; bien que sa tête fut légèrement endommagée, je résolus 
de l’élever afin de m’assurer si, conservée en plein air, elle produirait 
l’insecte parfait. Je l’installai donc sur un lit de mousse et j’en fis 
l’objet d’un examen attentif. 

Le 22, je constate que la transformation commence par les yeux et 
les mandibules qui deviennent noirâtres ; une ligne d’un vert vague 
se manifeste, en transparence, sur le dos dessinant déjà les anneaux ; 
enfin le corselet prend une teinte jaune d’ivoire. 

Le 26, la couleur verte noirâtre métallique a à peu près envahi 
tout le corps de la nymphe, sauf l’extrémité de l’abdomen, les ailes et 
les élytres qui conservent leur teinte jaunâtre. 

Je remarque un léger mouvement; l’insecte rend par l’anus un 
liquide gluant, il maigrit et se dessèche. Dans la nuit du 26 au 27 les 
progrès sont devenus très sensibles : la tête s’est inclinée, les antennes 
d’un roux verdâtre, se sont détachées du corps ; les ailes membra¬ 
neuses et les élytres repoussées par les pattes qui s’agitent, ont pris 
leur place sur les anneaux thoraciques. 

Le 29 seulement on aperçoit les taches ou bandes bleues de l’extré¬ 
mité des élytres. 

L’insecte a dù souffrir de la blessure que la nymphe avait reçue à 
la tête, mais il a complètement abouti, car il se meut et indique déjà 
son sexe en exhibant son pénis à double crochet. 

Il résulte de cette étude, que l’opération de casser les branches sans 
précaution est mauvaise en tous points, puisque si elle a lieu, et c’est 
le cas le plus fréquent, lorsque la larve est déjà transformée en nym¬ 
phe, cette nymphe peut aboutir, soit qu’elle reste sur la partie de 
branche adhérente à l’arbre, soit qu’elle soit gîtée dans la branche 
coupée et laissée au pied de l’arbre, soit enfin qu’au moment de la 
cassure elle tombe sur le sol. Il n’y a donc qu’un seul moyen : scier 
au-dessous de l’anneau et brûler, sans retard, les branches abattues. 


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150 


LE CHÊNE 


II 

DÉTERMINATION DES DEUX SEXES DU COROEBUS BIFASCJATUS 

Ayant fait couper vers la fin de mai 1882, dans la forêt de l’Estérel, 
cinquante branches mortes de chêne vert et vingt de chêne liège, j’ai 
eu de très nombreuses éclosions en Coroebus bifasciatus, sans compter 
un Coroebus undatus, et en Hyménoptères parasites. 

Trente-huit Coroebus bifasciaius ont été introduits dans une 
vitrine garnie de branches fraîches de chênes blanc, vert et liège. 

Ces insectes faisant de petits vols saccadés et tournoyants, se sont 
immédiatement mis à attaquer les feuilles par la tranche, négligeant 
le chêne blanc pour les deux autres espèces qui avaient abrité leura 
premiers états. 

Pendant huit jours, j’ai étudié mes prisonniers, et je dois avouer 
que je n’ai assisté à aucune velléité d’accouplement, à aucune ponte 
d’œufs ; mais malgré cette absence matérielle de preuves, j’ai été 
de plus en plus persuadé que les auteurs avaient fait erreur au sujet 
de la distinction des sexes, chez le Coroebus bifasciatus lorsqu’ils 
ont décrit et dessiné comme tarière, ce qui est indubitablement un 
pénis. 

Voici sur quelles observations j’ai appuyé ma conviction : 

1* Sur ce que les Coroebus à prétendue tarière, sont plus nombreux 
que ceux qui en sont dépourvus ; 

2° Sur ce que les sujets munis de cet appendice sont plus petits 
que les autres, plus étroits, plus sveltes, beaucoup plus vifs, plus 
colorés, et surtout sur ce que leurs antennes dépassent de beaucoup 
la base du corselet, sont élégantes, profondément dentées et d’un 
rougeâtre cuivrèux métallique. 

Voilà, il me semble, des caractères de nature à faire cesser tous les 
doutes. Mais j’ai voulu avoir l’avis de M. l’abbé de Marseul, et faire 
appel aux lumières d’un anatomiste des plus distingués, M. le .profes¬ 
seur Laboulbène. 

J’ai donc envoyé à M. de Marseul des Coroebus des deux sexes 
et j’en ai également fait un envoi à M. Laboulbène, en les priant de 
trancher la question. Des deux côtés j’ai eu la satisfaction d’obtenir 
gain de cause. 

« L’appendice que porte l’un des individus communiqués, m’écrivit 
« M. de Marseul, est sans aucun doute un pénis et non une tarière. 

« Le sujet qui en est pourvu est donc un mâle, l’autre individu 
« paraît être une femelle. » 


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LE CHENE 



Le 3 juillet 1883, M. Laboulbène me répondit : 

« Vos Coroebus bifasciatus sont arrivés vivants ; or le mâle est 
« bien positivement celui que nous pensions, à pénis proéminent ; les 
« vaisseaux testiculaires remplis de spermatozoïdes ne laissent aucun 
« doute. 

« Les femelles n’avaient pas les œufs mûrs, mais leurs organes géni- 
« taux étaient caractéristiques. J’ai retrouvé sur ce Coroebus ce que 
« j’avais vu en 1857dans YAnthaxia manca (Archives entomologiques 
« de Thomson et Mémoires de la société biologique avec planches). » 

Le mâle du Coroebus est donc l'insecte porteur de la soi-disant 
tarière qui est un pénis. 

Mais ma consultation portait sur un autre point : on avait trouvé 
anciennement et j’avais reconnu moi-même sur des nymphes mortes 
de Coroebus bifasciatus de petits corps oviformes et blanchâtres 
qu’on avait pris pour des œufs. 

La production d’œufs par une nymphe me paraissant inadmissible, 
je soumis mes doutes à M. Laboulbène. 

Ces deux faits : notion erronée des sexes chez le Coroebus bifasciatus, 
et existence de corps oviformes sur des nymphes mortes, ont été si¬ 
gnalés à l’Institut par notre collègue de la Société entomologique de 
France, dans une note dont voici l’analyse : 

Après avoir fait connaître que l’existence d’une tarière de couleur 
brun noir, de consistance cornée et très résistante, a été admise jusqu’à 
ce jour, comme caractérisant la femelle du Coroebus bifasciatus, 
le savant professeur établit que cette prétendue tarière, qui n’existe 
que sur les insectes d’une taille moindre, avec des antennes plus 
élargies, est en réalité un organe mâle ; il s’est assuré par la dissec¬ 
tion que l’extrémité supérieure reçoit le canal éjaculatoire ; il a vu 
dans l’abdomen des tubes spermatiques remplis de spermazoïdes ; 
aucun doute ne peut exister à cet égard. 

Les auteurs ont donc attribué à tort à la femelle une tarière qui est 
l’armure génitale et pénienne du mâle. 

Quand aux corps oviformes trouvés dans les niches à éclosion sur 
des nymphes mortes, M. Laboulbène avait pensé d’abord que ce pou¬ 
vaient être des Cryptogames développés sur des insectes morts, mais 
par suite d’un examen scrupuleux au microscope, il a trouvé cons¬ 
tamment avec eux des Acariens parfaitement reconnaissables à 
leur rostre et à leurs pattes; de plus, ces corps écrasés montraient 
à leur intérieur de véritables œufs à divers degrés de développe¬ 
ment. Il a reconnu, enfin, que ces œufs devaient être produits par ces 
Acariens. 


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152 


LE CHENE 


La conclusion serait donc la suivante : « Un Acarien dont l’espèce 
« sera ultérieurement déterminée, et voisin des Tyrographes, se 
« trouve dans les galeries à métamorphose sur les nymphes mortes du 
« Coroebus bifasciatus. 

« Cet Acarien est très remarquable parce que son abdomen se dilate 
« en une grosse vésicule et se remplit d’œufs. 

« Le développement abdominal spécial à cet Acarien, et non encore 
« signalé dans les Arachnides de cette famille, rappelle celui qui est 
« propre aux femelles des Termites et surtout aux femelles de la 
« Chique des tropiques (Dermatophilus ou Pulex penetrans ). » 


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I 



II 


LA VIGNE 


La vigne est un arbuste sarmenteux de la famille des 
Ampélidées. Elle occupe le second rang dans les l’échelle des 
richesses territoriales de la France. Cette famille n’a qu’un 
genre important, le genre Vitis qui croît spontanément en 
Asie et en Amérique. 

On compte plus de cinquante espèces de Vitis y compris 
celle de nos régions, Vitis vinifera qui possède de nom¬ 
breuses variétés. 

Cet arbrisseau acquiert souvent de fortes dimensions ; 

» 

Strabon parle d’un cep de la Margiane dont deux hommes 
pouvaient à peine embrasser la tige ; Pline fait mention 
d’une statue de Jupiter sculptée dans un seul morceau de 
vigne ; le temple de Diane à Ephèse était soutenu par des 
colonnes de vigne de Chypre ; les portes de la cathédrale 
de Ravènes étaient faites en vigne avec des planches de 
4 mètres de hauteur sur 0 ra ,40 de largeur; on voyait à Ecouen 
et à Versailles en 1790 de grandes tables construites d’une 
seule planche de ce bois ; à Besançon on admirait avant les 
gelées de 1793, une vigne de l m ,08 de circonférence s’élevant 
à 14 mètres du sol et tapissant 40 mètres de murailles. 

. La durée de la vigne n’a pour ainsi dire pas de limites ; 
Miller parle d’une vigne d’Italie qui devait avoir plus de 
trois cents ans. 


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154 


LA VIG N K 


Risso, dans son ouvrage en cinq volumes sur les produc¬ 
tions de nos régions, publié en 1826, énumère quatre-vingt- 
dix-neuf variétés de vignes cultivées de son temps dans le 
midi : quarante-quatre en raisins blancs, quarante-cinq en 
raisins plus ou moins noirs. Roubaudi dans son travail de 
1843, cite pour nos contrées méridionales \ 

Raisins de tables : le salerne, la clarette, le roussan, le 
spagnou, le raisin de Noël et surtout le barbaroux. 

Raisins pour la production du vin : le piqucreau, le 
sauvaget, le brouinest, le verlantin, le braquet, le négrau, 
la trinquiera. 

Il parle avec éloges mérités du bellet, vin très capiteux 
et très estimé, récolté sur le territoire d’Aspremont et de 
Nice (coteaux). 

Le raisin de Corinthe noir, sans pépins, fait la richesse des 
îles Ioniennes et de l'Archipel. 

Noé, dit la Genèse, (ix. 20-21) fut le premier qui cultiva la 
vigne et en fit fermenter le jus. De l’Asie, cet arbrisseau fut 
introduit en Grèce d’où il remonta en Italie, en Espagne et 
dans les Gaules. Pline parle des vins de Clermont, de Sens 
et de Vienne. 

La culture de la vigne prit dans les Gaules une si grande 
importance au détriment de celles des céréales, que l’an 92 
de notre ère, Domitien fit arracher tous les ceps et défendit 
d’en planter de nouveaux. Faut-il attribuer cette mesure à 
des craintes de démoralisation ? Le fait est qu’on avait été 
déjà obligé d’interdire aux matrones romaines l’usage du vin 
dont elles abusaient, paraît-il, et que dans la République 
marseilaise on avait fixé pour les deux sexes, à l’âge de 
trente ans, le droit de boire du vin. 

Pouvons-nous blâmer Domitien, lorsque nous lisons dans 

1. Roubaudi, Productions de Nice , 1843 f. 268. 


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LA VIGNE 


155 


l’histoire de France que Charles IX mit entrave à la 
prospérité de la vigne par son ordonnance de 1566, fixant 
pour chaque commune à un tiers seulement, le terrain à 
planter en vignes? Qu’en 1577 Henri III se contenta de 
conseiller la mesure au lieu de l’ordonner, et que Louis XV 
tenta aussi de restreindre la culture de cet arbuste. 

Sur quatre-vingt-six départements qui composaient la 
France, sans compter l’Algérie, en 1879, dix seulement : le 
Calvados, les Côtes-du-Nord, le Finistère, la Manche, le 
Nord, le Pas-de-Calais, la Somme, la Seine-Inférieure, 
Belfort, ne possédaient pas de vignes. La Creuse, l’Ille-et- 
Vilaine, le Morbihan, la Seine, le Cantal, l’Eure, la Mayenne, 
l’Oise, n’arrivaient pas chacun, à 1,000 hectares. 

Les plus riches départements étaient à cette époque, 
d’après le travail fait par l’Administration des Contributions 
directes, en vertu de l’article 1 er de la loi du 9 août 1879 : la Gi¬ 
ronde (177,004 hectares), la Charente-Inférieure (140,678 h.), 
l’Aube (134,241 h.), le Gers (127,752 h.), la Dordogne 
(116,624 h.), la Charente (102,407 h.), l’Hérault (94,638 h.), 
le Lot-et-Garonne(82,209 h.),le Lot(81,178 h.),les Pyrénées- 
Orientales (70,142 h.), la Haute-Garonne (67,905 h.), le Var 
(66,394 h.), l’Indre-et-Loire (59,771 h.), le Tarn (58,299 h.), 
le Rhône arrive 17 e avec (45,034 h., la Côte-d’Or 22 e avec 
32,179 h.,1e Jura 32 e avec 19,539 h., les Basses-Alpes 37 e 
avec 16,206 h., les Alpes-Maritimes 51 e avec 9,051 h., les 
Bouches-du-Rhône 60 e avec 6,718 hectares seulement. 

Si nous nous basons sur le nombre d’hectolitres ob¬ 
tenus, nous trouvons que la récolte a donné en 1789, 
25,000,000h.; en 1804,46,000,000 h.; en 1808,37,000,000h. ; 
en 1834,45,000,000 h. ; en 1840,45,000,000 h. ; en 1858, après 
plusieurs mauvaises récoltes occasionnées par l’invasion 
de l’oïdium, 54,000,000 h., grâce au soufre: c’est le plus 
fort rendement jusqu’en 1865 qui a donné 69,000,000 h. ; 


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156 


LA VIGNE 


en 1869, on a récolté, 70,000,000 h. ; après plusieurs mauvai¬ 
ses récoltes; 1875 a donné 84,000,000 h. ; mais ce rendement 
tombe à 42,000,000 h. en 1876 ; et se relève à 56,000,000 h. en 
1877, pour retomber à 49,000,000 h. en 1878 et à 30,000,000 h. 
en 1880. La récolte totale de 1883 a été de 45,000,000 h. 

Il est intéressant de se rendre compte des importations 
et des exportations en vins pendant une période de cin¬ 
quante années. 

Les importations ont été de 2,166 hectolitres, en 1830 ; de 
2,617 h. en 1840; de 3,195 h. en 1850; de 4,478 en 1873; 
de 155,179 h. en 1854; de 628,445 h. en 1857; de 183,211 h. 
seulement en 1860; de 126,610 h. en 1870; de 1,602,881 h. 
en 1878 et de 7,219,642 h. en 1880. Ce dernier chiffre se 
divise ainsi qu’il suit : 

Espagne 5,111,590 h. ; Italie 1,581,537 h. ; autres pays 
526,515 h. La plus forte année a été 1880, qui a dépassé 
1879 de 4,281,531 h., et 1877 de 6,512,278. 

Les exportations se sont élevées en 1830, à 874,650 hec¬ 
tolitres ; en 1840, de 1,333,580 h. ; en 1850, de 1,910,654 h. ; 
en 1860, de 2,020,786 h. ; en 1870, de2,866,005 h. ; en 1880, 
de 2,488,013. Elles n’ont donc pas subi l’influence de l’aug¬ 
mentation des importations et celle des maladies de la 
vigne; la plus forte année a été 1873 avec 3,980,439 h. 

Les 2,448,013 h. exportés en 1880 on eu pour destina¬ 
tion : l’Algérie 180,871 h. ; l’Allemagne 243,182 h. ; l’Angle¬ 
terre 434,178 h. ; la Belgique 258,555 h. ; l’Italie 14,895 h. ; 
les Pays-Bas 69,599 h. ; la Russie 32,477 h. ; la Suisse 
352,000 h. ; les États-Unis 84,099 h. ; enfin, pays divers 
817,757 h. 

La Corse, ainsi que l’Algérie, ont fait ces dernières 
années de grandes plantations de vignes qui commencent 
à être très rémunératrices et que le Phylloxéra n’a pas 
encore envahies. 


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LA VIGNE 


157 


Les climats tempérés sont plus favorables à la culture de 
la vigne que les climats chauds ; elle s’accommode de tous 
les terrains, sauf cependant de ceux qui sont marécageux ou 
trop secs. Elle préfère les terrains calcaires, sablonneux, 
caillouteux, exposés au midi : on a vu dernièrement qu’elle 
prospère dans les sables les plus fins. 

Il est essentiel d’approprier au climat les cépages à 
planter, et si on en mélange plusieurs ensemble, il est 
indispensable de choisir ceux qui doivent mûrir en même 
temps. Rien ne dégénère comme la vigne sortie de son 
rayon naturel. Comment oser espérer que dans les Alpes- 
Maritimes, par exemple, on pourra obtenir du Bourgo¬ 
gne ou du Bordeaux de choix, parce qu’on aura fait venir 
et planté des cépages authentiques de Clos-Vougeot ou de 
Château-Margaux. 

Il est évident aussi, que la culture de la vigne a suivi 
l’abaissement général et progressif de la température. 
Pour preuve, nous dirons que l’empereur Julien vantait 
les vins des environs de Paris (Argenteuil, Suresne); 
qu’autrefois on disait d’un homme riche qu’il ne buvait 
que du Saint-Pourcin, et qu’en 1420, on parlait avec 
respect des vins de Nantes où il n’existe plus de vignobles 
aujourd’hui. 

A cette époque, une lutte acharnée existait entre les vins 
de Bourgogne, le Pomard surtout, et les vins non mousseux 
de Champagne, et on comparait les vins d’Orléans à ceux 
de Beaune. 


La multiplication de la vigne s’obtient par semis de 
pépins, par marcottes ou provins et par boutures. 

On ne sème généralement que pour obtenir des variétés. 

Le provignage très usité en Bourgogne, consiste à creu¬ 
ser autour des ceps que l’on veut renouveler, des fosses 
dans lesquelles on couche des sarments tenant au tronc, 

12 


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158 


LA VIGNE 


que l’on maintient au fond avec des crochets de bois; ces 
sarments sont ensuite redressés et couverts de terre; un 
œil ou deux seulement sont laissés au-dessus du sol. Au 
bout d’un an, les yeux enterrés ont pris racine et l’on peut 
sevrer les provins en les séparant de leur mère. 

La bouture préférable, dit-on, est employée exclusive¬ 
ment dans certaines régions. 

On coupe des sarments longs de 0 m ,25 à 0 m ,30 et après 
les avoir fait tremper dans l’eau pendant quelques heures, 
on les couche en pépinière dans une terre bien préparée. 
Il faut couper la bouture dans le bois à fruit, le plus loin 
possible du talon et le ficher en terre à 0 m ,30 de pro¬ 
fondeur. . 

Chaque péiys a son mode de plantation et de direction 
de la vigne. Dans le centre de la France, on plante en 
lignes parallèles, en laissant 0 m ,50 à 0 m ,65 entre chaque 
ligne ; dans le Tarn où les vignes ne sont pas maintenues 
par des échalas, on laisse entre les lignes assez d’espace 
pour que la charrue puisse opérer facilement. 

Dans le midi, on plante généralement les ceps des co¬ 
teaux au bord des planches ; ceux des plaines à 1 mètre 
l’un de l’autre, et on sépare les lignes par un espace de 
4 à 5 mètres où l’on cultive des céréales, des fèves et où 
l’on plante des arbres fruitiers (oliviers, figuiers, amandiers, 
cerisiers, mûriers, etc., etc.). 

Pour renouveler un vignoble, on commence par creuser 
des fossés parallèles d’environ 1 mètre de profondeur sur 
autant de largeur, dans les terrains pierreux et de 0 m ,80 à 
1 mètre, dans les bonnes terres; on laboure ces fossés à la 
profondeur de 0 m ,20 et on y plante à la distance de 0 m ,60 à 
1 mètre l’une de l’autre, des boutures à chevelu sur lesquelles 
on met, avec un peu de terre neuve, du fumier ou des marcs 
de raisin, puis des broussailles qu’on recouvre de terre. 


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LA VIGNE 


159 


Dans le centre de la France, chaque cep est soutenu par 
un échalas court en chêne ou en châtaignier ; on les installe 
lorsque le moment est venu d’attacher la vigne, et on les 
retire après la vendange pour les mettre en tas ; il est 
essentiel de les écorcer avant de s’en servir, et de brûler le 
bout qui doit entrer dans le sol. 

Dans les grandes exploitations, en Bordelais surtout, 
les échalas sont remplacés par plusieurs rangées de fils de 
fer galvanisé soutenus par des poteaux. Dans le Tarn, dans 
l’Hérault on laisse traîner les vignes. 

Du côté de Tarbes, les vignes grimpent sur de forts 
échalas de plusieurs mètres de hauteur. Dans les Alpes- 
Maritimes, on utilise les roseaux disposés comme les fils 
métalliques. Ailleurs enfin, on plante, à des distances vou¬ 
lues, des arbres destinés à servir de support aux ceps qui 
forment, de pied à pied, plusieurs séries de guirlandes. 

La vigne n’a pas besoin d’engrais pour donner un bon 
produit ; elle demande tout au plus, de temps en temps, un 
peu de terre neuve; l’engrais pousse à la quantité, mais nuit 
à la qualité. En Bourgogne on ne fume qu’en cachette les 
vignes à vins fins. Si l’on tient absolument à fumer, on 
devra employer tous les dix ans des engrais préparés avec 
des feuilles, des gazons, des curages de rivières, fossés, 
bassins, sur lesquels un hiver a passé. 

Trois façons par an sont nécessaires: un labour profond 
après la vendange, et deux binages ; l’un lorsque le raisin 
noue, l’autre lorsqu’il change de couleur. Après chaque 
façon, on doit brûler sur place les plantes arrachées qui 
sont nombreuses. 

L’opération essentielle, c’est la taille. Selon les conditions 
particulières de chaque vignoble, il faut tailler plus ou 
moins long, laisser à chaque cep plus ou moins de coursons, 
à ceux-ci plus ou moins d’yeux ou de bourres ; en été on 


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160 


LA VIGNE 


doit en outre raccourcir les sarments qui tendraient à 
s’allonger outre mesure. 

La taille doit se faire en automne dans les pays où les 
désastres de l’hiver ne sont pas à craindre ; en avril, au 
plus tard, dans les autres régions. La taille d’automne 
donne trop de bois, celle du printemps dorme trop de fleurs. 
Couper franchement en bec de flûte, à deux bourgeons sur 
le littoral, à quatre bourgeons dans les coteaux et garder 
les plus beaux sarments pour les boutures. On devra ne les 
mettre en pépinières qu’après les avoir fait tremper pendant 
plusieurs jours. On. peut enfin, après une gelée ou une 
grêle tailler de nouveau. La vigne taillée pleure abondam¬ 
ment ; ces pleurs sont efficaces pour réconforter les yeux 
débilités. 

Nous parlerons de la greffe au chapitre des vignes amé¬ 
ricaines. 

Le suc fermenté de la vigne constitue le vin. La distilla¬ 
tion de ce vin donne l’eau-de-vie. Le vinaigre est le produit 
de sa fermentation acide. La râpe, appréciée par les bes¬ 
tiaux, constitue un bon engrais ; de même que les vieilles 
souches et les sarments font un feu des plus agréables et 
des plus sains. 

Le raisin vert est employé sous le nom de verjus, le 
raisin mûr est un aliment salutaire à la santé. 

Les raisins secs ont aussi leur emploi, pour la fabrication 
de vins ordinaires, dans la composition des desserts et en 
guise de médicaments. 

On emploie aussi le marc pour la fabrication du vert-de- 
gris ; de ce marc, de la lie et des dépôts blancs et rouges 
recueillis contre les parois des différents vases qui ont con- 
tenu du vin, on extrait l’acide tartrique. Ce produit, décou¬ 
vert en 1770 par Scheele, s’obtient au moyen d’opérations 
chimiques successives. Il est employé dans l’industrie com- 


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LA VIGNE 


101 


me mordant et pour la fabrication de l’eau-de-seltz ; la 
médecine en fait un fréquent usage comme laxatif. 

Dans le Tarn et en Italie, on retire des pépins de l’huile 
à brûler. 

Enfin, les cendres de la vigne contiennent d’assez fortes 
quantités de potasse que certains viticulteurs restituent, 
avec juste raison, aux terres qui l’ont produite. 

Vendanger c’est couper le raisin et le porter au pressoir. 
Il ne faut pas attendre pour vendanger que les feuilles tom¬ 
bent; on pourrait, dans certaines contrées, avoir à subir 
une gelée. Les observations ci-après peuvent servir de 
règle. 

La queue du raisin devient brune, la grappe est pen¬ 
dante, le grain se ramollit, le jus est savoureux, doux, épais, 
les pépins sont vides de substances glutineuses. On ne devra 
vendanger que par un temps sec. Dans nos régions, le 
raisin est porté directement de la vigne à la cuve où l’on a 
le tort de ne pas le fouler immédiatement. Risso condamnait 
déjà en 1826 ce mode d’opérer. 

La fermentation doit arriver à 25 degrés de température. 
Après dix ou quinze jours au plus, le vin est tiré et mis en 
tonneaux sans autre précaution, trop souvent, que de tenir 
les fûts débouchés jusqu’à achèvement de l’opération. 
Afin que cette seconde fermentation fonctionne régulière¬ 
ment, on devrait revenir au système de l’ancien syphon 
perfectionné par M. Burel, ingénieur à Montpellier. 

En Bourgogne, même pour les meilleurs crus, la cuve 
reçoit le raisin tel qu’il vient d’être coupé ; dans l’Hérault 
on fait subir au fruit un premier foulage extérieur, sans 
préjudice de celui de la cuve. 

Dans le Bordelais, on a le soin d’enlever les grappes. 

Le premier jet des cuves constitue la première cuvée ; 
la deuxième est donnée par le pressoir ; puis viennent les 


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LA VIGNE 


piquettes obtenues des marcs auxquels on ajoute les gra- 
pillons cueillis tardivement. 

Les Grecs distinguaient leurs vins en xpororcov et Scuréptov, 
suivant qu’ils provenaient de la cuve ou du pressoir. 

Les Romains appelaient le premier, vinum primum , et 
le deuxième, vinum secundarium. 

Faut-il admettre avec Aristote que les vins d’Arcadie se 
desséchaient au point qu’il fallait racler les outres et dé¬ 
layer le produit de l’opération dans de l’eau pour le mettre 
en état de servir de boisson ? 

Pline parle de vins conservés pendant cent ans et épais 
comme du miel. Gallien dit aussi qu’on conservait dans le 
coin des cheminées, des vins appelés à cause de cela, 
vinum fumarium. 

Damasippe aurait servi à Cicéron du vin de quarante ans, 
d’après Macrobe. Enfin, Pline raconte qu’on fit boire à 
Galigula du vin qui avait plusieurs siècles d’existence. 

La conservation, l’amélioration des vins, demandent des 
soins minutieux. 

Les soutirages doivent être dirigés méthodiquement. 
Enfin, on ne doit mettre en bouteilles que des vins parfai¬ 
tement dépouillés et collés. 

On guérit le vin devenu amer en le mélangeant avec du vin 
de Tavel (Gard) ; on remet ceux qui paraissent disposés à tour¬ 
ner en les faisant bouillir : c’est le système Pasteur. On les 
vieillit d’une manière sensible, en les exposant, bonde 
ouverte, à la gelée et en les soutirant immédiatement après. 

Les vins de Bordeaux s’améliorent au roulis de la mer 
et s’accommodent de tous les climats. Les vins de Bourgo¬ 
gne, plus délicats, se conservent mal dans le midi et se 
maintiennent délicieux en Belgique et en Russie. 

Dans une conférence faite en 1882, à Argenteuil, le pro¬ 
fesseur d’agriculture G. Rivière, a donné sur la fabrication 


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I 


LA VIGNE 163 

et sur le sucrage des vins, des indications dont voici le 
résumé : 

1° Séparer les raisins en raisins mûrs et en raisins d’une 
maturité incomplète ; réserver ces derniers pour la fabrica¬ 
tion d’un vin de deuxième qualité ; 

2° Pratiquer l’égrappage usité en Bordelais ; 

3° Adopter le système de fermentation à cuve close, en 
ménageant deux ouvertures bien fermées mais pouvant 
donner, par le haut, accès à la vendange ; par le bas, sortie 
aux marcs ; disposer sur la cuve, pour l’expulsion du gaz 
carbonique, le syphon de l’ingénieur Burel dont nous avons 
déjà parlé ; 

4° Pratiquer le foulage du raisin, soit avec les pieds, soit 
mécaniquement, afin d’obtenir plus de couleur; 

5° Ne pas hésiter à sucrer le vin en employant du sucre 
cristallisé ; se baser pour cette opération, sur cette donnée 
que un kilo de sucre par hecto de jus, augmente de un degré 
la force alcoolique du vin. 

Faire fondre le sucre dans du moût et le précipiter au 
centre de la vendange en fermentation. 

M. Rivière conseille enfin de tirer à fond la mère-goutte 
et, pour avoir la seconde qualité, de verser sur les marcs 
non encore pressés, une quantité d’eau égale à celle du vin 
enlevé en y ajoutant autant de fois 1 kilo 700 grammes de 
sucre qu’on veut obtenir de degré alcoolique, soit 13 kilos 
600 grammes par hecto pour obtenir 8 degrés. 

Employer le sucre en deux fois, au début et au milieu 
de la fermentation, tirer ensuite et presser énergiquement. 
On obtient ainsi un second vin inférieur au premier, sans 
nul doute, et moins coloré que lui, mais très appréciable 
encore. 

Par la loi du 30 juillet 1884, le gouvernement vient de 
prendre sous sa protection le sucrage des vins en réduisant 


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LA VIGNE 


de 50 fr. à 20 fr. le droit à payer pour les sucres destinés à 
cet emploi. 

L’importance prise par la fabrication des vins au moyen 
de raisins secs a nécessité en 1879 la réglementation de 
cette opération, qui a été reconnue non contraire aux princi¬ 
pes d’hygiène générale. 

Il aurait été importé en 1879, 51,000,000 de kilos de rai¬ 
sins secs, dont 26,000,000 par Marseille, venant de Turquie 
et d’Espagne. Si l’on admet qu’avec 1 kilo de raisin sec 
on fabrique 3 litres de vin faible, on arrivera pour 1879 
à une production de 153,000,000 de litres de vin, représen¬ 
tant à 0 fr., 20 cent, seulement, 30,600,000 de francs. 

Anciennement les vins de l’Hérault étaient appelés vins 
de chaudière et valaient de 5 fr. à 10 fr. l’hectolitre; aujour¬ 
d’hui que l’invasion de YOïdium et du Phylloxéra a donné 
à la fabrication des alcools de betteraves et de grains une 
grande impulsion, ces vins se boivent et sont vendus de 18 fr. 
à 25 fr. l’hectolitre ; mais les alcools de premier choix, les 
cognacs réels ne s’obtiennent qu’avec le produit du raisin. 

La falsification des vins a été élevée à la hauteur d’un 
art. Je ne qualifierai pas de falsification le mouillage qui 
n’est pas dangereux pour la santé publique; le sucrage, fort 
usité dans certaines régions, en Bourgogne, par exemple ; le 
vinage, qui est presque une garantie de conservation. Quant 
au plâtrage qui est, paraît-il, selon l’opinion de la Société 
vinicole de Béziers, nécessaire pour la conservation et de 
transport des vins du Midi jusqu’au lieu et au moment où 
ils seront coupés, il n’est pas, selon divers médecins et 
chimistes, préjudiciable à la santé, à la condition, cepen¬ 
dant, qu’il ne soit employé qu’à faible dose. 

Il faut qualifier de falsification vraie l’emploi de matières 
colorantes, telles que le bois de campêche, les baies d’ama- 
ranthe et de sureau et surtout de la fuchsine dont l’inno- 


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LA VIGNE 


165 


cuité proclamée dernièrement, ne me parait pas mieux 
démontrée que celle de la trichine et du vert-de-gris. 

La fuchsine est une matière minérale colorante extraite 
de la houille. 

De nombreux moyens ont été indiqués pour reconnaître 
la présence de ce corps dans les vins; outre le papier soi- 
disant infaillible, d’un emploi souvent difficile, j’indiquerai 
deux recettes dont l’expérience a démontré la valeur : 

1° Faire chauffer le vin jusqu’à l’ébullition, plonger dans 
le liquide un brin de laine blanche imbibé d’eau: si la 
laine devient rouge, c’est que le vin contient une matière 
étrangère ; 

2° Verser dans une petite quantité de vin assez d’ammo¬ 
niaque pour que l’odeur s’en fasse sentir ; mêler et ajouter 
quelques gouttes d’une solution concentrée de sulphydrate 
d’ammoniaque ; jeter le tout sur un filtre en papier joseph : 
si le vin est naturel, le liquide qui passera présentera une 
couleur verte. 

Dernièrement on a cru trouver, dans la photographie des 
vins, le moyen de reconnaître leur âge et s’ils sont falsifiés 
ou non. 

LES ENNEMIS DE LA VIGNE 

Les ennemis de la vigne sont si nombreux que dans la 
crainte de décourager les viticulteurs, je ne parlerai que de 
ceux qui présentent certains dangers. 

LÉPIDOPTÈRES 

Oenoptera pilleriana (Sch.) ou Pyrale de la vigne, que 
Pline et Caton appelent Convolvulus et que Plaute désigne 
sous le nom d ’Involvulus ; je me réserve d’exposer les 
phases de son existence. 


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LA VIGNE 


Cochylis roserana (Fr.). Teigne de la vigne f Tinea 
uvella dont je parlerai aussi ultérieurement. 

Lobesia botrana (Sch.) dont la chenille vit sur les grappes 
en fleurs qu’elle lie. 

Ino ampelophaga (Bayl) petit papillon verdâtre à chenille 
jaunâtre, très nuisible en Italie, en Autriche, en Crimée et 
même en France. 

Deilephila celerio (Lin.) porcellus (Lin.). Les chenilles 
de ces deux grands papillons s’attaquent à la vigne dans 
des conditions à ne pas être très nuisibles. 

Triphaena pronuba (Lin,). La chenille grise, longue de 

0 ,n ,04 à 0 m ,06, ronge les bourgeons pendant la nuit ; elle a 

# 

été signalée dans la Gironde. 

COLÉOPTÈRES 

Bromius vitis (Fab.) (Ecrivain, Gribouri), dont je parlerai 
longuement. 

La famille si nombreuse des Otiorhynchus dont j’expo¬ 
serai les dégâts nocturnes. 

Rhinchites betuleti (Fab.). B a cchus (Fab.). populi (Lin.). 
Vesperus Xatartii (Mulsant), strepens (Fab.), Longicornes 
nocturnes qui feront l’objet d’un chapitre spécial. 

Melolontha vulgaris (Fab.) dont la larve (ver blanc) qui 
vit plusieurs années en terre, ronge les racines de la vigne, 
et dont l’insecte parfait (hanneton) dévore parfois les feuilles. 

Lethrus cephalotes (Lin.) Lamellicorne nuisible aux 
vignes en Hongrie. 

Graptodera oleracea (Lin.), ampelophaga (Guer) altises 
dont je ferai connaître les mœurs et les ravages. 

Agrilus derasofasciatus (Batz). Sinoxylon sexdentatum 
(01.) Callidium unifasciatum (Fab.). Rhopalopus clavipes 
(Fab.). Psoa dubia (Ross.), qui vivent dans les sarments 
morts ou coupés. 


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LA VIGNE 


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HÉMIPTÈRES 

Phylloxéra vastatrix (Planchon) auquel je réserve des 
développements indispensables. 

Lecanium vitis (Lin.) ou Pulvinaria vitis, Coccide dont 
il est utile de se débarrasser pour éviter la venue des 
fourmis. 

Aspidiotus uih's (Sign.)Gallinsecte qui provoque la venue 
de la Fumagine. 

Aphis vitis (Sign.), véritable puceron signalé surtout en 
Hongrie et en Amérique. 

Nysius cymoides, Punaise nuisible en Algérie, où elle 
pique les bourgeons. 

Hysteropterum grylloïdes (Fab.) Hémiptère homoptère 
qui, dernièrement, a inspiré sur certains points, des craintes 
dont M. André fait justice. M. Lichteinstein a publié des 
études à son sujet. 

ORTHOPTÈRES 

Forficula auricülaria (Perce-oreilles). 

Coloptenus italicus, Sauterelle qui a fait des ravages en 
Crimée. 

Phaneroptera falcata : P. liliifolia, qui mangent le raisin. 

Ephippigera vitium (Porte-selle) Gaza des Hébreux, 
qui en 1613 causa des dégâts au point de nécessiter une 
ordonnance de destruction ; cet Orthoptère est attaqué, 
selon M. Fabre, par un grand Hyménoptère, Sphex occita- 
nica, qui recherche les femelles pleines d’œufs, les paralyse 
avec son aiguillon et les emporte dans son nid pour les 
donner à ses larves. 


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LA VIGNE 


DIPTÈRES 

Cecydomia vitis (Lich.) qui produit sur les feuilles de 
la vigne de petites galles faciles à distinguer de celles du 
Phylloxéra des feuilles, en ce que celle du Diptère appa¬ 
raît des deux côtés de la feuille avec son ouverture en 
dessus, tandis que celle de l’Hémiptère n’est saillante qu’en 
dessous et s’ouvre en dessus. 


HYMENOPTERES 


Vespa crabro (Lin.) ou Frelon et Polistes gallica qui 
attaquent le raisin et qu’on attire dans des fioles remplies 
d’un liquide mielleux mais fermenté, pour en éloigner les 
abeilles. 

MOLLUSQUES 

Hélix hortensis : H. variabilis qui vivent des feuilles de 
la vigne; les larves des deux Coléoptères: Drilus flavescens 
(Fab.) et Luciola lusitanica (Char.) vivent aux dépens des 
Hélix de petite taille ; YHélix promatia ou gros escargot 
de Bourgogne, est une véritable ressource comestible. 

Arion rufus : Limax agrestis, limaces qui dévorent les 
bourgeons et en vue desquelles il est utile d’épargner les 
gros Carabes, surtout le Procrustes coriaceus et les 
Staphylins qui s’en nourrissent. 

On peut détruire un certain nombre d’escargots et de 
limaces, en visitant de temps en temps, de petits tas de 
pierres qu’on a disposés dans les vignes et sous lesquels 
ces mollusques aiment à se réfugier pendant le jour. 


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LA VIGNE 


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ARTHROPÈDES 

Phytoptus vitis (Land.), petite araignée qui se contente 
de sucer et de dessécher quelques feuilles. « L’essentiel, dit 
M. André, c’est de ne pas confondre le Phytoptus avec 
XOïdium. » Les moyens de préservation sont : tailler court, 
brûler les sarments et ébouillanter les ceps. 

Parmi les Arthropèdes myriapodes, Iulus sabulosus. I. 
terrestris. I. communis, qu’on rencontre fréquemment sur 
les ceps de vigne ; mais puisque ces animaux sont carnas¬ 
siers, ils doivent être plutôt utiles que nuisibles. 

CRYPTOGAMES 

Oïdium Tuckeri, (Erysiphe y mal blanc , meunier). 

Peronospora viticola (Mildew , faux Oïdium). 

Phoma uvicola y (Anthracnose , maladie noire y Carie , 
Charbon , Rot). 

Je consacrerai un chapitre spécial à chacun de ces trois 
ennemis de la vigne. 


LÉPIDOPTÈRES NUISIBLES A LA VIGNE 

Nous avons donné la liste des principaux Lépidoptères 
nuisibles à la vigne. 

Dans cette liste, je prendrai, pour les décrire, les trois 
espèces qui, à l’état de chenilles, causent à cet arbuste,à ses 
feuilles, à ses fleurs et à son fruit, les dommages les plus 
réels. 


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LA VIGNE 


TORTRIX PILLERIANA (pyralb db la. vigne) 

Les ailes sont d’un jaune pâle à reflets métalliques avec 
une tache près de leur base et trois bandes transversales 
brunes. 

La chenille réunit les feuilles et les fruits pour s’établir 
au milieu. 

Les œufs pondus par plaques, à la surface des feuilles, 
sont faciles à découvrir et à détruire. 

Ce Microlépidoptère qui vit de préférence sur YAsclepias 
vincetoxicum, dit M. Millière, a causé, à certaines époques, 
de très grands dommages aux vignes de la basse Bourgogne ; 
ce que témoigne le monument de reconnaissance élevé à 
Raclet, vigneron de Romanèche, qui a sauvé les vignobles 
de son pays en indiquant le seul remède vraiment efficace, 
l’eau bouillante projetée sur les ceps. 

TORTRIX ROSERANA (teigne des grappes) 

La Tortrix pilleriana s’attaque aux bourgeons, la rose- 
rana s’établit dans le fruit. 

Ce papillon aurait, en certaines années, détruit la moitié 
de la récolte dans certaines localités italiennes. 

Il aurait deux manières bien distinctes de vivre, selon 
que sa chenille s’adresse aux grappes vertes ou à celles qui 
sont mûres. 

Dans le premier cas, elle réunit plusieurs grains dans une 
enveloppe soyeuse commune et s’y établit. Elle est alors 
d’un blanc verdâtre, tendant au rougeâtre, la tête est rou¬ 
geâtre, avec une petite tache noire de chaque côté ; elle se 
transforme sur place, en une chrysalide d’un fauve mêlé de 
vert pâle ; l’insecte parfait sort quarante jours après l’éclo¬ 
sion de l’œuf. 


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LA VIGNE 


171 


Dans le second cas, c'est-à-dire pour la deuxième géné¬ 
ration, la chenille plus rougeâtre que la première, est isolée 
le plus souvent dans un seul grain. Cette seconde généra¬ 
tion est suivie d’une troisième et même d’une quatrième, 
destinée à assurer celle de l’année suivante ; la chrysalide 
passe alors l’hiver, soit en terre, soit dans Éès crevasses 
des ceps. * 

Au printemps, le papillon éclôt, s’accouple et la femelle 
va pondre sur les jeunes grappes. 

On n’a indiqué d’autre moyen de destruction que de re¬ 
cueillir et de brûler les agglomérations de grains de la pre¬ 
mière génération, la plus facile à reconnaître. 

Les fumigations peuvent aussi avoir leur utilité. 

INO AMPELOPHAGA (Bayle) 

Si les Tortrix pilleriana et roserana sont dangereuses 
pour les vignobles français, la Ino ampelophaga , jolie 
Phalène vert sombre métallique, est un fléau pour ceux de 
la Hongrie et de l’Italie et peut le devenir pour ceux de 
France. 

Voici ce que M. Millière dit de ce Microlépidoptère qui 
n’est pas rare, paraît-il, depuis quelque temps dans nos ré¬ 
gions méridionales : 1 

« Cette espèce est nouvelle pour la faune entoraologique 
« de France. Elle vole assez abondamment dans la vallée 
« du Cannet (Alpes-Maritimes) parmi les vignes anciennes. 
« La chenille vit aux dépens de leurs feuilles, et certaines 
« années, elle cause à la vigne un dommage très appréciable. 
« Contrairement à ce qui a lieu chez la plupart des chenilles, 
« Yampelophaga ronge non les bords de la feuille, mais troue 


1. Millière, Lépidoptérologie 8 • fascicule . Lyon. Pitrat 1882. 



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LA VIGNE 


« celle-ci en diverses parties de son milieu à la manière des 
• v Hélix. Elle ressemble assez aux chenilles de ses congé- 
« nères globulariae , statices et pruni ; elle est toutefois 
« moins convexe que cette dernière. A sa seconde mue, elle 
« rappelle la chenille adulte de la globulariae ; mais parve- 
« nue à toute sa grosseur, elle n’a plus que deux couleurs: 
« le dos et les flancs sont d’un brun rougeâtre et le dessous 
« est devenu jaune de Naples ; la tête est très petite et 
« noire, les seize pattes sont d’un jaune clair et tout le 
« corps est recouvert de gros points pilifères bleuâtres, 
« donnant naissance à de nombreux poils bruns, médiocre- 
« ment longs. Au mois de juin Yampelophaga descend de 
« la vigne qui l’a nourrie et file une toile épaisse, blanchâ- 
« tre, dans les feuilles sèches où elle demeure dix-huit à 
« vingt jours en chrysalide. (M. Milliere ne croit pas à deux 
« générations malgré l’opinion de Duponchel et celle de 
« Costa). L’ ampelophaga qui à l’état d’insecte parfait est 
« d’une grande vivacité, ne varie pas ; elle présente cette 
« particularité inexpliquée à mes yeux, jusqu’à ce jour : 
« de même que toutes les Zygaena elle ne peut périr pion* 
« gée dans le flacon à cyanure de potassium. » 

On a indiqué comme moyen de destruction de cette 
Zygaena de la vigne, d’écraser les œufs, de frapper sur les 
branches afin de faire tomber et de recueillir la chenille, de 
visiter et gratter les échalas, de couper et brûler les extré¬ 
mités des roseaux servant de supports et d’allumer des feux 
nocturnes, très utiles pour combattre les noctuelles. 


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LA VIGNE 


173 


COLÉOPTÈRES NUISIBLES A LA VIGNE 


BROMIUS VITIS (Fab.) 

Le Bromius vitis, appelé par les viticulteurs Gribouri, 
Ecrivain, Grippe-bourre, constitue un véritable danger 
pour les vignobles du centre de la France ; il est à peu près 
inconnu dans nos régions du sud-est. 

C’est un petit insecte ailé, long de 4 à 5 millim. à peu 
près globuleux ; sa tête et son corselet sont d’un noir gris 
velu ; ses élytres bombées sont ferrugineuses et ses pattes 
ont une couleur brune. Dans son état d’insecte parfait, il 
attaque les bourgeons de la vigne et décrit avec son rostre, 
sur les jeunes feuilles, des dessins qui justifient l’appella¬ 
tion locale d’ Ecrivain. 

Le Bromius vitis apparaît au commencement de juin, 
lorsque les bourres de la vigne se développent ; il s’accou¬ 
ple immédiatement et la femelle dépose dans les crevasses 
des ceps, des paquets d’œufs jaunâtres et brillants ; les 
jeunes larves qui en sortent, au bout de douze à quinze 
jours, se laissent sans doute choir, car il est positif qu’on 
les trouve attaquant les racines de la vigne. 

Ces larves blanches, recourbées, longues de 7 à 8 millim. 
sont munies de six pattes armées d’ongles et présentent 
^ur les côtés, à chacun de leurs douze anneaux, des 
faisceaux de poils assez longs ; des poils existent aussi à 
l’extrémité de l’abdomen. Au commencement du printemps, 
elles se transforment, dans une loge façonnée sous terre, 
en une nymphe blanchâtre, poilue et rappelant déjà la forme 
de l’insecte parfait. 


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LA VIGNE 


174 

& 

J’ai indiqué comme moyen de combattre l’invasion du 
Bromius vitis, de planter dans les vignes des pieds de 
groseilliers. sauvages qui, prenant leurs feuilles avant la 
vigne, sont envahis d’abord par les Écrivains, très friands 
de leur tendre feuillage. On n’a alors qu’à visiter avec 
précaution ces pièges le matin de bonne heure, et à les 

f 9 • 

secouer légèrement dans un parapluie renversé. 

/ On a indiqué aussi les poulaillers portatifs Utilisés pour 
la destruction du ver blanc du hanneton, lors des façons 
d’avril et l’emploi des tourteaux de graines de moutarde. 

Le traitement des vignes par le sulfure de carbone ou le 
sulfo-carbonate de potassium, l’immersion, enfin tous les 
remèdes employés contre le Phylloxéra et ayant le sol pour 
champ d’opération, ne peuvent que tendre à la destruction 
des larves du Bromius vitis. 

LES OTIORHYNCHUS 

r C’est à M. de Vergnette, correspondant de l’Institut et 
riche propriétaire de vignobles dans la Côte-d’Or, qu’on 
doit, dit M. Ed. André *, l’étude des premiers états des 
Otiorhynchus , appelés par les vignerons : Coupe-bourgeons. 
Gros écrivain. 

Les Otiorhynchus sont des Coléoptères phytophages à 
habitudes nocturnes; leur couleur sombre, disparaît sou¬ 
vent chez certaines espèces, sous une matière pulvérulente, 
jaunâtre. 

La’larve vit en terre des radicelles de la vigne et d'autres 
plantes ; elle est apode, charnue, blanchâtre, en forme de 
barillet allongé, poilue. En terre ont lieu ses transforma¬ 
tions. 

1. André Ed. Parasites de la vigne . 1883. 


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LA VIGNE 


175 


L’insecte parfait paraît en mai, se cache pendant le jour, 
au pied des souches et n’attaque les bourgeons avec son 
rostre qu’à la nuit. Selon M. de Vergnette,la femelle pond 
ses œufs au collet de la plante. 

Le nombre des espèces d'Otiorhynchus nuisibles à la 
vigne, sur divers points serait, d’après M. Bargagli ', de 
dix ; c’est beaucoup pour un seul genre. 

Les plus connues en France, sont : 

L’O. ligusticiy (Lin ) qui a le corps noir, couvert de peti¬ 
tes écailles grises ; 

L’O. sulcatus (Fab.), corps noir, élytres de même couleur, 
avec stries élevées et crénelées, et trois lignes alternes 
noires et jaunes, accompagnées de points formés par des 
poils ferrugineux ; 

L’O. picipes (Fab.), corps ovale, brunâtre, pattes d’un 
brun roussâtre. 

M. Bargagli cite encore, comme vivant aux dépens de la 
vigne, en différents pays, l’O. armatus (Bohm) et sa variété 
romanus (Hosh.); l’O. asphaltinus (Germ.); l’O, corruptor; 
l’O. globus (Bohm); l’O. raucus (Fab.); enfin l’O. tristis (Lep.). 

Vu la difficulté de combattre cet ennemi nocturne de la 
vigne, dont la larve est un peu partout, nous devons res¬ 
pecter le crapaud dans les entrailles duquel on trouve de 
nombreux débris d’insectes. 

Comme nous l’avons déjà dit, d’après M. de Vergnette, 
le traitement des vignes en vue de la destruction du Phyl¬ 
loxéra , doit avoir pour résultat de tuer un grand nombre 
de larves d'Otiorhynchus. 


1. Bulletin de la Société entamologique italienne, du l ir et 2 juin 1884. 


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LA VIGNE 


VESPERUS XATARTII (Muls.) 

Voici la description du Vesperus Xatartii 1 2 * : 

Male : tête et prolhorax bruns, élytres subparallèles 
d’un jaune testacé voilant l’abdomen. 

Femelle : tête et prothorax d’un blanc plus ou moins 
foncé, élytres livides, glabres, déhiscentes. 

Le Vesperus Xatartii cause des dégâts très sérieux 
dans les vignobles des Pyrénées-Orientales, à Collioure 
surtout. Il apparaît en novembre et pond en décembre sous 
les écorces des arbres ou dans les tiges des ronces; la larve 
éclôt en mai, se laisse tomber sur le sol, y pénétré et s’atta¬ 
que, pendant les quatre années de son existence, aux raci¬ 
nes de la vigne ; deux fois par an, pendant les fortes 
chaleurs et pendant les froids, elle s’enfonce profondément 
en terre, se retire dans une coque et s’endort ; enfin, au 
dernier printemps de sa vie larvaire, elle passe à l’état de 
nymphe et n’éclôt qu’en novembre. Il a été cependant dé¬ 
montré que comme pour notre V. strepens il y aurait deux 
éclosions. 

La larve est velue, blanchâtre, elle a six pieds, douze 
segments non compris la tête et l’anus. 

Allongée au début r elle devient ensuite lourde, trapue ; 
elle a alors 0 nl ,025 de longueur sur 0 ra ,012 de largeur. 

La nymphe n’a rien de particulier. MM. Lichtenstein 
et Valéry Mayet en donnent la figure dans les Annales de 
la Société entomologique de France 8 . 

On n’a pu, jusqu’à ce jour, trouver d’autre moyen cura¬ 
tif que de rechercher les larves au moment des labours, 
l’insecte parfait à la nuit, et de les détruire. 


1. Mulaant et Rey. Monographie des Loixgicomes , f. 446. 

2. Lichtenstein et Valéry Mayet. Annales de la Société entomologique de France , 

année 1875, £. 93, pl. 4. 


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LA VIGNE 


177 


VESPERUS STREPENS (Fab.) 

Ce Longicorne nocturne, beaucoup plus grand que le 
Xatartii, a longtemps passé pour rare. 

On prenait quelques mâles au vol la nuit, ou accrochés 
immobiles aux branches pendant le jour ; on le trouvait 
aussi parfois retiré dans le creux des arbres. Mais deux faits 
de date assez récente, tendent à démontrer qu’à certaines 
époques de l’année, ce beau Longicorne est excessivement 
commun, aussi bien sur le littoral de la Méditerranée que 
dans les montagnes des Alpes-Maritimes. 

t° A la fin de novembre, l'abbé Clair a pris le V. strepens 
par centaines, dans le canal dérivatif d’arrosage qui conduit 
à Cannes, à ciel ouvert, les eaux de la Siagne ; 

2° Dans la nuit du 15 au 16 juin 1883, on a capturé dans 
le canal d’irrigation de Venanson, à 1,200 mètres au-dessus 
du niveau de la mer, cinquante-cinq de ces insectes dont 
trentre-trois femelles. 

Ce Coléoptère nocturne aurait donc plusieurs époques 
d’éclosion et plusieurs modes de se nourrir, et il est utile de 
rechercher si les individus pris dans le canal de la Siagne 
qui traverse les vignobles importants des communes de 
Mouans-Sartoux, n’ont pas vécu aux dépens de la vigne 
comme les larves de l’espèce des Pyrénées-Orientales. 

La taille du V. strepens mâle varie de 0 m ,020 à 0 m ,025; 
il est élancé de formes, ses ailes membraneuses, puissantes 
lui permettent de voler rapidement ; on prétend même, que 
dans son vol, il produit un certain bruit strident d’où son 
nom de strepens. Sa couleur est un brun de poix très clair, 
tournant sur le jaunâtre livide, les yeux seuls sont noirs et 
assez gros, les antennes, d’un rouge fauve, sont plus 
longues que le corps. 


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178 


LA VIGNE 


La femelle, plus forte que le mâle, est lourde, massive, 
sa couleur est plus foncée, ses yeux plus petits, ses anten¬ 
nes grêles atteignent à peine le milieu du corps, ses élytres 
courtes, souvent chiffonnées, s’écartant à leur extrémité, 
sont de beaucoup dépassées par un énorme abdomen que 
termine un oviducte flexible, articulé et assez long destiné 
à introduire les œufs en terre. Cette femelle possède des 
ailes membraneuses mais si atrophiées, qu’il est évident 
qu’elle ne peut s’en servir. 


GRAPTODERA AMPELOPHAGA (Guer.) 

En 1881, mon attention fut appelée sur les dégâts causés 
à une treille de Nice, par un petit Coléoptère vert, volant 
et sautant avec une grande facilité ; j’eus promptement 
reconnu qu’il s’agissait d’une Altise le Graptodera awpelo- 
phaga indiqué comme nuisible à la vigne. 

Le premier auteur du mal est une petite larve d’un jaune 
noirâtre, allongée, linéaire, couverte de poils, très vive, 
longue de 0 ra ,007 à 0 ra ,008; sa tête, d’un noir brillant est for¬ 
tement armée de mandibules larges avec dents aiguës. 
Cette larve a six pattes, neuf segments abdominaux sembla¬ 
bles entre eux, recouverts, ainsi que les segments du thorax, 
de plaques écailleuses sétigères formant tubercules d’un 
noir brillant et disposées ainsi qu’il suit : sur le dessus du 
corps une série de plaques en carré long, trois fois plus 
longues que les autres séries de droite et de gauche qui 
ressemblent plutôt à des points ; c’est cette disposition des 
plaques, c’est leur couleur franchement noire, c’est le peu 
de longueur des poils couvrant la larve qui font distin¬ 
guer le G. ampelophaga de l’oZeracea d’après Guérin et 
Allard, Il est donc question ici de Y ampelophaga) le der- 


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LA VIGNE 


179 


nier segment présente un prolongement bifide dont l’insecte 
se sert comme moyen de locomotion. 

ts 

' Cette larve met à croître dix ou douze jours. 

Les divers auteurs ne sont pas d’accord sur le mode de 
transformation de la larve du Graptodera ; Chapuy et 
Candèze ont prétendu qu’elle se transforme à l’air libre. 
Selon Allard, Dubois et André, dont je partage l’opinion, 
la transformation aurait lieu en terre, dans une petite loge. 

Cette larve est très vorace et a bientôt réduit les jeunes 
feuilles à l’état de dentelle ; elle s’attaque aussi aux bour¬ 
geons dont elle empêche le développement. La nymphe, de 
la couleur du fond de la larve au début, s’obscurcit ensuite ; 
il lui faut dix jours de repos pour produire l’insecte parfait. 

*11 y aurait dônc plusieurs générations dans la même 
année; j’en ai reconnu au moins trois, d’avril à août. 

L’insecte parfait est de la grosseur d’un petit grain de 
blé. Sa tète est d’un vert noirâtre et brillant, le corselet et 
les élytres très durs et assez bombés couverts de points 
innombrables, sont d’un vert moins noir ; le dessous du 
corps est de la couleur de la tête; les jambes sont de la 
couleur des élytres, celles des deux paires antérieures grê¬ 
les, celles de la troisième paire ont les cuisses sensiblement 
renflées, ce qui permet à l’insecte d’accomplir de petits 
sauts sur lui-même ; le mâle est plus petit que la femelle. 
L’un et l’autre attaquent, comme la larve, les feuilles par 
petites plaques ; ils s’accouplent immédiatement, et la 
femelle dépose sous les feuilles, à l’angle formé par la ner¬ 
vure centrale et les nervures secondaires, des œufs en 
nombre impair de treize à dix-neuf. Ces œufs allongés, d’un 
jaune rosé, sont collés très régulièrement, les uns à côté 
des autres, sur deux et même trois rangées, et signe carac¬ 
téristique, chacun d’eux présente à sa partie supérieure, 
une crête d’excréments allongée, saillante, brune d’abord, 


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180 


LA VIGNE 


noire en se desséchant qui par sa couleur, tranche avec 
celle de l’œuf. 

Au commencement de 1884, mon vieil ami M. Bruyat, 
secrétaire de la Société d’acclimatation de Nice, a trouvé en 
assez grande quantité, au pied des vignes d’expérience du 
Château, le Graptodera ampelophaga qui avait sans doute 
passé là l’hiver à l’état d'insecte parfait. 

D'après les travaux fort intéressants de mon collègue 
Bargagli de Florence sur la Flore des Altises d’Europe, 
Yampelophaga n’attaquerait que la vigne et le saule, tandis 
que Yoleracea serait nuisible non seulement à la vigne, 
mais encore à douze autres espèces de plantes de diverses 
familles. 

On peut se débarrasser de cet insecte, en recherchant et 
écrasant les œufs, en secouant les branches dans un para¬ 
pluie renversé afin d’y recueillir les larves, enfin en faisant 
la chasse, pendant l’hiver, de l’insecte parfait, sous les écor¬ 
ces ou dans la terre au pied des ceps. 

Les auteurs font mention d’un petit Hemiptère bleu, le 
Stirethrus coeruleus (Lin.) ou Zicrona coerulea connu 
sous le nom vulgaire de Pentatome bleu qui fait sa proie 
du Crepitodera ampelophaga. 

CRYPTOGAMES NUISIBLES A LA VIGNE 

oïdium tuckeri ou erysiphe tuckeri 

(mal blanc ou meunirb) 

Les Cryptogames (xpùirno, je cache; r^oç, noces) sont ainsi 
appelés parce que la science n’a pas encore pu se rendre 
compte de leur mode de reproduction. Chez eux, le spore, 
qui semble remplacer l’embryon chez les plantes Phanéro- 


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LA VlüNÇ 


181 


games, n’étant qu’une cellule sans distinction apparente de 
parties, la germination n’est, elle-même, qu’un développe¬ 
ment de nouvelles cellules engendrées par la cellule mère. 

Malgré l’opinion contraire de divers savants, les Crypto¬ 
games sont de véritables végétaux de dimensions microsco¬ 
piques souvent, et parfois très grands comme certains fucus 
qui ont 100 mètres de long. Ils sont le commencement et 
la base de la vie organique ; on les rencontre partout : 
dans l’eau, sur la terre, sur les rochers les plus arides. 

Après plusieurs essais de classifications dues à Ray, à 
Linnée, à de Jussieu et à de Candolle, Lindley et Brogniart 
les ont divisés en Thallogènes et Acrogènes. Notre Oïdium 
Tuckeri est un Thallogène. Ceci établi, abordons l’histoire 
abrégée de ce Cryptogame. 

Lorsque le Phylloxéra est apparu, la vigne traversait 
déjà une période maladive des plus graves ; un Crypto¬ 
game presque microscopique arrivant dit-on du nouveau 
monde par l’Angleterre, était venu se joindre à ses enne¬ 
mis de vieille date. L'Oïdium Tuckeri est signalé pour la 
première fois en 1845. Il pénétra promptement en France 
et deux années suffirent pour en faire un fléau destructeur. 
La première région véritablement envahie fut la rive gau¬ 
che du Rhône. 

En 1867, les treilles suisses étaient atteintes ; en 1880, 
trente-neuf départements français étaient infestés; 873,400 
hectares sur 2,144,900 plantés en vigne étaient annihilés 
comme récolte. Le Var perdait 30,000 hectolitres ; l’Hérault, 
859,000 h.; le Gard, 96,092 h. 

Des vignes de l’Hermitage envahies en 1874 il ne resta 
bientôt plus que celles de l’ingénieur Thiolière qui sut 
employer à temps, la seule arme de combat reconnue effi¬ 
cace, le soufre. 

L 'Oïdium appelé Tuckeri du nom du viticulteur qui le 


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182 


LA VIGNE 


signala le premier 1 , offre, observé au microscope, une série de 
filaments grisâtres, s’entre-croisant en tous sens et ayant l’as¬ 
pect de tiges composées de cellules mises bout à bout ; il émet 
des spores qui tombant sur un grain de raisin donnent nais- 
sance à un nouveau fouillis de filaments produisant à leur tour. 

Les grains envahis se dessèchent, se fendent et finissent 
par pourrir répandant autour d’eux une odeur de moisi 
caractéristique. 

Inerte pendant la saison d’hiver, YOïdium renaît au prin¬ 
temps; les grosses chaleurs le dessèchent, les grandes pluies 
l’arrachent et l’entraînent. 

Le soufre en fleur mêlé avec une faible portion de soufre 
à canon pulvérisé, est le seul remède. Il est admis, qu’on ne 
doit soufrer ni par la pluie, ni par le vent; on se sert de 
soufflets ou de houppes fabriqués à cet effet et il est recom¬ 
mandé à l’opérateur de se munir de lunettes garantissant 
les yeux. On doit agir dans la matinée, par un temps clair 
et modérément chaud; 100 kilos de soufre d’une valeur de 
33 à 35 francs suffisent pour un hectare de vignes, médica¬ 
menté en trois fois : 20 kilos en mai, 30 kilos en juin, après 
la fleur, et 50 kilos lorsque les grains commencent à varier. 

On a prétendu que le soufre n’avait le plus souvent 
qu’une action indirecte, et en se basant sur ce que les 
rangées de vignes qui bordent les routes et qui sont cou¬ 
vertes de poussière, sont rarement atteintes par la maladie, 
on est arrivé à proposer de faire simplement tamiser, dès 
le printemps et à plusieurs reprises, sur les ceps, de la 
terre prise au pied même de ces ceps. 

Aujourd’hui YOïdium n’a pas disparu, mais on s’en préoc¬ 
cupe moins en présence d’un ennemi beaucoup plus dange¬ 
reux, le Phylloxéra vastatrix. 

1. Edmond André. Les parasites de la vigne. Beaune, 1882 


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LA VIGNE 


183 


PERONOSPORA VITICOLA (Berkley) 

MILDEW OU MILDIOU 1 (FAUX OÏDIUM) 


C’est en 1878, à Libourne, à Nérac et en Bourgogne, 
qu’on a constaté pour la première fois sur les vignes, 
l’existence en Europe du Mildew ou Mildiou (en anglais 
pourriture). 

0 

La maladie se présente en automne seulement sous la 
forme de taches blanches sans filaments, qui occupent la 
face inférieure des feuilles, tandis que la partie correspon¬ 
dante est noirâtre. 

Ces taches envahissent rapidement les jeunes tiges et 
mêmes les grappes au moment de la floraison, mais jamais 
les grains formés, verts ou mûrs. 

Ce champignon végète à l’intérieur de la feuille ce qui le 
différencie de YOïdium qui se maintient à la surface. Il 
possède deux espèces de spores, ceux d’été et ceux d’hiver ; 
les spores d’été sont portés par des arbrisseaux microsco¬ 
piques très délicats, il faut trois jours au plus pour que ce 
Cryptogame germe, s’accroisse et fructifie. Les générations 
se succèdent donc d’une manière effrayante. 

Les spores d’hiver sont encore peu connus, leur mission 
serait de préparer la génération de l’année suivante. 

Les grosses chaleurs nuisent au développement du Mil- 
dew. La feuille attaquée se dessèche, le soleil la fait tomber 
et le sarment reste à nu avec ses raisins non protégés, 
avant leur maturité. Ce Cryptogame est, paraît-il, plus 
difficile à détruire que YOïdium en raison de son siège 
profondément établi dans le tissu de la feuille. 


1. Un Cryptogame du même genre, le Peronospora infestans est très funeste aux 
pommes de terre. 


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184 LA VIGNE 

Il a été prescrit de brûler les feuilles tombées, les sar¬ 
ments coupés et les feuilles malades. 

On peut aussi le traiter comme YOïdium par le soufre 
en y ajoutant de la chaux, ou laver, quinze jours avant le 
développement des bourgeons, les ceps et les grosses bran¬ 
ches avec une solution de sulfate de fer (un kilo) et d’eau 
(deux kilos). 

On a conseillé aussi, d’employer en juillet, un mélange 
de 11 kilos de sulfate de fer en poudre et 20 kilos de 
plâtre. 

On a remarqué que le Riparia sauvage et les Hybrides 
sont exempts de Mildew. 


PHOMA UVICOLA (Curtis) (anthracnose) 

Un autre Cryptogame, signalé en 1878, compromet aussi 
nos récoltes en vins; c’est \ePhoma uvicola ou Anthracnose. 
Il apparaît en mai sur les jeunes pousses qu’il couvre de 
taches arrondies d’un noir brunâtre. On emploie pour le 
combattre, d’abord la chaux grasse délayée, puis la chaux 
mélangée avec du soufre. 


HÉMIPTÈRES NUISIBLES A LA VIGNE 


LE PHYLLOXERA VASTATRIX (Planchon) 

Les transformations du Phylloxéra ont été l’objet d’étu¬ 
des très savantes de la part de MM. Riley d’Amérique, 
Targioni-Tozzetti et Costa d’Italie, et chez nous de la part 
de MM. Balbiani, Tisserand, Prilleux, Planchon, Marion, 


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LA VIGNE 


185 



! 

I 


Lichtenstein, Valéry Mayet, Signoret, M. Girard, André, 
etc. C’est dans les travaux de ces naturalistes distingués 
venant fortifier mes propres observations, que je puiserai 
les éléments des chapitres qui vont suivre. 

Le Phylloxéra vastatrix (Planchon) nous vient d’Amé¬ 
rique. C’est un insecte du groupe des Hémiptères homop- 
tères voisin des Pucerons ec armé comme eux d’un suçoir 
qui caractérise son mode de nourriture ; sa longueur est de 
3/4 de millimètre, il est donc visible à l’œil nu. Il pond des 
œufs féconds. Des expériences ont démontré l’identité par¬ 
faite qui existe entre le Phylloxéra des radicelles de la 
vigne et celui de ses feuilles et vrilles ; seulement, s’il est 
facile de faire prospérer sur les radicelles l’insecte pris sur 
les feuilles, il est difficile d’obtenir le même résultat sur les 
feuilles ou les vrilles avec un insecte venant des radicelles. 

Du reste, c’est presque uniquement sur les vignes améri¬ 
caines qu’apparaissent, sur les feuilles, les galles contenant 
le Phylloxéra gallicole. 

Ces galles des feuilles ressemblent à une petite verrue 
déprimée à son sommet et présentant une ouverture garnie 
de poils; au centre est une pondeuse entourée de nombreux 
œufs (cinquante à soixante) qui souvent débordent. Elles 
occupent la partie supérieure de la feuille ou de la vrille. 

MM. Planchon et Lichtenstein pensent avec raison que 
les premières galles du printemps proviennent de la géné¬ 
ration ailée qui a déposé sur le cep ou sur la terre l’œuf 
d’hiver découvert par M. Balbiani. 

Le Phylloxéra radicicole est surtout dangereux en ce qu’il 
détruit les radicelles par lesquelles se nourrit la plante et y 
produit des renflements presque toujours recourbés, jaunes 
d’or au début, bruns ensuite ; la femelle pondeuse est gitée 
dans la partie concave. 

En avril, ces renflements deviennent ridés, flasques, 


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18<> 


LA VIGXK 


presque noirs. Le Phylloxéra, les quitte alors pour se coller 
dans les rides des grosses racines, où il vit en famille sans 
produire de nodosités. 

Pour démontrer l’existence des nodosités causées par 
l’insecte sur les radicelles, M. Cornu 1 conseille de prendre 
deux pots, de les remplir de terre saine, de planter dans 
chacun d’eux une bouture enracinée et saine également, de 
la laisser reprendre, et de déposer des Phylloxei'a sur les 
racines de l’une d’elles; des renflements se produisent sur la 
bouture contaminée, tandis que l’autre en sera indemne. 

Le premier mal réside donc dans les renflements des 
radicelles; de là la nécessité d’étudier ces modifications 
de la sève. 

Si les renflements étaient un état maladif attirant le 
Phylloxéra comme on l’a prétendu, on n’aurait pas vu les 
vignes en serre de M.de Rothschild à Pregay, près Genève, 
bien surveillées, envahies par le Phylloxéra , arrivé d’Amé¬ 
rique dans des vignes en pots. 

Il suffit, pour produire le renflement, que l’insecte im¬ 
plante son suçoir dans la radicelle ; s’il la quitte ensuite, 
l’effet continue de progresser. 

Le Phylloxéra est donc la cause du mal et non sa consé¬ 
quence ; lorsqu’il n’existe plus de radicelles, l’insecte se 
jette sur les grosses racines, ainsi que nous l’avons déjà dit. 

Son suçoir implanté, le jeune Phylloxéra reste d’ordi¬ 
naire immobile au milieu des tissus qui se gonflent ; quel¬ 
quefois cependant il se déplace à la suite d’une des trois 
mues qui précèdent la ponte. 

Pour étudier les renflements dus au Phylloxéra sans 
faire périr la plante, M. Cornu indique le moyen ci-après: 

Planter la vigne dans un vase en insérant la tige dans la 

1. Cornu. Étude sur le Phylloxéra, Mémoire présenté h l’Institut National de France 
en 1878 (avec planches coloriées). 


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LA VIGNE 


187 


rainure d’une planchette, ou même entre deux planchettes, 
couvrant ce vase en entier et le dépassant des deux côtés ; 
introduire des Phylloxéra dans les radicelles de ce cep ; 
lorsque le moment propice est arrivé, retourner le vase sur 
les planchettes dont les extrémités ont été posées sur deux 
tables, de manière à ne causer à la plante aucun déchausse¬ 
ment, et enlever délicatement le vase de manière à mettre 
au jour son contenu. On pourra ainsi étudiera la loupe les 
dégâts causés par l’insecte; il sera bon après chaque ins¬ 
pection de recouvrir les radicelles avec du papier buvard 
légèrement humecté. 

Quelques cultivateurs ont voulu admettre que le renfle¬ 
ment des racines provenait d’une substance irritante pro¬ 
duite par l’insecte; il était utile de combattre cette idée, 
dangereuse en ce sens, que la science serait alors amenée 
à faire fausse route en cherchant à combattre cette subs¬ 


tance imaginaire. 

Pour soutenir une pareille thèse on s’appuyait sur ce 
que le Phylloxéra étant un Hémiptère, devait se com¬ 
porter comme la Punaise par exemple qui, par sa piqûre, 
provoque des désordres sur les végétaux qu’elle attaque. 

La preuve, dit M. Corjiu, que le renflement ne provient 
pas d’une liqueur irritante émanant du Phylloxera f c’est 
que ces nodosités ne se produisent pas sur les grosses 
racines lorsque l’insecte vient les attaquer ; le dépérisse¬ 
ment des renflements n’est donc dû qu’à leur dessèchement 
plus ou moins prompt, selon que le milieu dans lequel 
végète la vigne est plus ou moins humide. 

Les renflements sont d’abord jaunes clair, puis jaunes 
d’or ; le gonflement s’accroissant, les couches supérieures 
se fendillent, l’air pénètre dans les tissus qui brunissent et 
deviennent flasques : il y a alors péril pour la vigne parce 
que, au moment où les radicelles doivent se transformer en 


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188 


LA VIGNE 


racines, elles se trouvent épuisées, au point de ne pouvoir 
franchir ce passage critique. 

M. Fabre de la Gironde a émis l’opinion que les racines 
des vignes américaines sont moins impressionnées par le 
Phylloxéra que celles des vignes européennes; le fait est 
qu’on dirait que sur les cépages américains, l’insecte est 
moins porté vers les racines que vers les tiges, les vrilles 
et les feuilles. 

De tout ce qui précède, on peut tirer comme conclusion 
pratique que tous les efforts doivent tendre à la destruction 
de l’insecte, auteur direct des renflements et que l’exis¬ 
tence des nodosités est une preuve certaine d’invasion, 
car la vigne n’est pas comme les légumineuses et certaines 
autres plantes ; elle n’a pas naturellement des renflements. 

Les auteurs n’étaient pas tombés d’accord au sujet des 
différentes formes du Pylloxera. M. Cornu s’est attaché à 
rechercher où se trouve la vérité. Il s’est surtout occupé des 
formes aptères ; tandis que M. Balbiani se réservait les 
formes ailées, voici le résultat succinct des recherches de 
ces deux savants. 

Nous avons dit que le Phylloxéra si commun sur les 
racines de la vigne et celui si rare des feuilles et des vrilles 
de nos vignes européennes, constituent une seule et même 
forme. 

Le nombre des mues est le même, les divers organes 
sont identiques; seulement la mère pondeuse gallicole n’a 
pas les tubercules que les individus radicicoles possèdent. 

Le Phylloxéra radicicole se divise en deux groupes. Le 
premier produit les mères pondeuses ; le second engendre 
les nymphes origine des ailés ; mais jamais les mères 
pondeuses ne se transforment en ailés selon M. Balbiani. 

Voici la description de la mère pondeuse radicicole. 
Le thorax a trois segments, le sternum trois divisions 


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LA VIGNE 


189 


portant autant de paires de pattes, l’abdomen huit seg¬ 
ments ; les yeux sont formés de trois taches ; les antennes 
ont trois articles, le suçoir présente trois soies dont celle du 
milieu plus longue que les deux autres,est double; elles sont 
contenues dans une gaine à quatre pièces ; les stigmates 
sont au nombre de douze, et on compte soixante-dix tuber¬ 
cules sur le corps. 

La mère pondeuse dispose ses œufs par groupes sur les 
racines au nombre de trois à six par jour ; au-dessous de 
dix degrés de température, la ponte cesse et la mère meurt 
après une existence de deux mois. La dernière génération 
plus petite de taille que les autres, composée de sujets 
bruns, aplatis, réunis en société, constitue ce qu’on appelle 
les Hibernants qui se réveillent dans une mue dès que la 
température s’élève, et commencent à pondre. Ce réveil a 
lieu vers le 15 avril dans l’Hérault, vers le 1 er mai dans la 
Charente. 

Parlons maintenant de la nymphe émanant du deuxième 
groupe et devant produire l’ailé. 

Cette nymphe a des antennes allongées et une forme 
plus élancée que celle de la mère pondeuse, elle pré¬ 
sente sur les côtés des fourreaux noirs destinés à con¬ 
tenir les ailes. De cette nymphe qui se transforme à 
sa sortie de terre, provient l’ailé femelle, sans mâle, 
qui ressemble à une petite mouche jaune d’or à corselet 
noir, à ailes grisâtres; le premier article des antennes est 
relativement très grand, les yeux sont multiples, les ailes 
de la première paire ont quatre nervures et une tache jaune, 
les ailes de la deuxième paire sont munies de crochets. 

Le thorax se divise en trois parties : thorax, mésothorax 
et métathorax, lesquelles se subdivisent elles-mêmes, la 
première en deux sections, la deuxième en trois, la troi¬ 
sième en deux. 

14 


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190 


LA VIGNE 


Le Phylloxéra ailé est d’autant plus dangereux qu’il 
peut se transporter à de grandes distances. 

Nous devons aux études de M. Balbiani de savoir que 
cette femelle ailée et fécondée sans mâle, pond des œufs 
des deux sexes, que les plus petits de ces œufs donnent 
des mâles et les plus gros des femelles, aptères tous les 
deux et dépourvus de suçoir et d’organe de digestion ; les 
jeunes de cette série s’accouplent à l’extérieur, le mâle 
meurt immédiatement et la femelle pond l’œuf unique qui 
doit produire la femelle pondeuse de la génération souter¬ 
raine, c’est-à-dire trente millions d’insectes dans le cours 
d’une année. 

L’ŒUF D’HIVER 

Nous avons dit que c’était à M. Balbiani, qu’on doit la 
connaissance de l’œuf d’hiver, une des plus utiles décou¬ 
vertes qui aient été faites relativement aux différentes 
phases de l’existence du Phylloxéra 1 . 

Par cet œuf unique, verdâtre, relativement gros, cylin¬ 
drique, arrondi aux deux bouts, s’opère la régénération de 
l’insecte. 

On le trouve plus particulièrement sur les ceps, tout au 
fond des gerçures de l’écorce, dans les bois de deux à dix 
ans, ou au collet des racines et parfois sur le sol sous les 
feuilles sèches. 

L’œuf d’hiver est donc une phase essentielle, indispensa¬ 
ble de la propagation du Phylloxéra ; sans lui tout danger 
disparaît, car le cycle des séries souterraines n’a qu’un 
temps limité. C’est donc là le principal ennemi qu’il est 
utile de combattre, car cet œuf pondu en octobre, 

1. Balbiani, Rapport au Ministre de VAgriculture. Journal Officiel du 20 septembre 1882. 


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. LA VIGNE 


191 


donne naissance, ainsi que nous l’avons déjà dit, à la 
femelle fécondée, sans ailes, munie d’un suçoir, contenant 
de nombreux œufs également fécondés et femelles qui se 
laissant choir sur le sol, gagne les radicelles à travers les 
fissures du terrain, s’y établit, et produit d’avril en août de 
si nombreuses générations destructrices. 

L’importance de l’œuf d’hiver a été péremptoirement 
établie par M. le comte de Lavergne au Congrès Phylloxé- 
rique de Bordeaux. L’opinion de M. Balbiani est aussi 
celle de M. Valéry Mayet de Montpellier. 

Comme toutes les questions capitales, celle de l’œuf 
d’hiver a été assez vivement discutée. M. Balbiani et le 
naturaliste italien Targioni-Tozzetti ont échangé sur ce 
sujet de nombreux et fort intéressants mémoires que nous 
croyons devoir analyser succinctement. 

M. Balbiani avait fait connaître que le 25 septembre 1875, 
dans un vignoble de Libourne, on avait découvert, sur 
les vignes européennes, plusieurs œufs d’hiver du Phyl¬ 
loxéra et il avait indiqué divers moyens de destruction de 
cet œuf. 

A cet exposé, M. Targioni répond que les procédés de 
destruction proposés par M. Balbiani sont d'une facile appli¬ 
cation, mais il conteste le point principal, c’est-à-dire l’exis¬ 
tence de cet œuf d’hiver sur les vignes européennes. « Du 
reste, dit-il, quand bien même cet œuf serait détruit, les gé¬ 
nérations souterraines suffiraient pour perpétuer le danger.» 

M. Balbiani fait remarquer à son tour que la découverte 
de l’œuf d’hiver, objet de son mémoire, a eu lieu dans une 
localité où n’existent pas de vignes américaines. Quant 
à la seconde objection, relative à la perpétuité des généra¬ 
tions souterraines, il fait part d’observations sérieuses 
desquelles il résulte que les générations souterraines vont 
s’affaiblissant. 


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LA VIGNE 


M. Targioni discute pied à pied les dernières objections 
de M. Balbiani 1 . 

Il commence par avouer que dans le rapport du 25 sep¬ 
tembre 1875, il n’avait pas entrevu clairement qu’il fût 
uniquement question de vignes européennes; que du reste 
l'observation de M. Balbiani reste isolée. Pour lui, comme 
pour les naturalistes français, il n’y a qu’une seule espèce 
de Phylloxéra, de la vigne. Le différend consisterait donc 
simplement dans une question d’interprétation de certains 
faits. 

« Une simple présomption, dit-il, n’est pas admissible 
dans une question aussi grave. » 

M. Targioni ne peut admettre non plus ce principe posé 
par le savant français : que toutes les fonctions de l’écono¬ 
mie diminuent d’énergie par le fait même de leur durée et 
de leur exercice prolongé. 

On voit que ce débat entre deux savants convaincus, de 
nationalité différente, mais de mérite égal, est plein 
d’intérêt. 

En attendant la décision de la section de la commission 
du Phylloxéra qui doit élucider cette question, et tout 
chauvinisme à part, j’ai la plus grande confiance dans les 
observations de M. Balbiani, et je termine ce chapitre par 
l’exposé des moyens indiqués pour la destruction de l’œuf 
d’hiver. 

On avait d’abord conseillé l’eau bouillante qui a donné 
en basse Bourgogne de si merveilleux résultats pour la 
destruction des œufs de la Pyrale. 

De l’eau bouillante, on est arrivé à l’emploi du feu. 
M. Fabre de Lyon a prescrit en effet de promener en mars 
sur les ceps et sur la terre qui les entoure, pendant quel- 

1. Targioni-Tozzetti, Bulletin de la Société entomologique d’Italie, année 1883. 


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193 


ques minutes au plus, la flamme d’un instrument qu’il 
appelle Pyrophore insecticide et de compléter l’opération 
en brossant énergiquement les ceps. 

On a conseillé aussi d’enduire les ceps de goudron dans 
lequel l’huile lourde entrerait pour une certaine portion. 
Ce mélange aurait pour conséquence de rendre l’huile moins 
fluide et de déposer sur les crevasses un enduit gluant qui 
empêtrera et fera périr celles des femelles pondeuses 
agames qui seraient parvenues à éclore. 

« Il est résulté d’expériences de laboratoire, dit M. Bal- 
biani, que la destruction superficielle des souches, le flam¬ 
bage des écorces doivent être opérés pendant la saison 
froide, mais que le badigeonnage peut être employé en tout 
temps. » 

Il s’agit donc de trouver pour cette dernière opération une 
substance qui, tout en étant toxique pour les œufs par contact 
direct ou par les vapeurs qui s’en émanent, soit inoffensive 
pour la vigne et assez puissante pour aller chercher l’œuf 
dans le plus profond de sa retraite. MM. Boisseau et 
de Laffitte, adoptent le procédé de l’huile lourde que nous 
avons indiqué. 

M. Henneguy, du Collège de France, obtient une péné¬ 
tration plus certaine en ajoutant à l’huile, du méthylène ou 
esprit de bois qui la dissout ; mais ce procédé a pour incon¬ 
vénient d’augmenter singulièrement la dépense. 

On a proposé aussi une solution de sulfo-carbonate de 
potassium à 1/20, appliquée au pinceau, qui serait mortelle 
pour l’œuf, mais là encore intervient la question de 
dépense. 

M. Maurice Girard 1 , donne le dessin d’un gant à mailles 
inventé par M. Sabaté et destiné à décortiquer les ceps 

% 

1. Maurice Girard. Le? Phylloxéra , brochure petit format, Hachette 1SS3, !• édition. . 


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« 


194 LA VIGNE 

assez profondément pour pouvoir espérer atteindre et écra¬ 
ser l’œuf d’hiver. 

Le moyen préférable et le moins coûteux serait donc le 
mélange de neuf parties de goudron de houille et une 
partie d’huile lourde, dont le prix d’achat est de 20 francs 
les 100 kilos pour l’huile et de 15 francs pour le goudron, 
en ayant le soin d’éviter de toucher les bourgeons. 


TRAITEMENTS CONTRE LE PHYLLOXERA 

é 

Nous allons passer rapidement en revue les divers traite¬ 
ments indiqués pour détruire le Phylloxéra , réservant un 
chapitre particulier à ceux de ces traitements que l'expé¬ 
rience a fait reconnaître comme véritablement efficaces et 
qui sont : 1° la submersion; 2° le sulfure de carbone; 3° le 
sulfo-carbonate de potassium. 

Voici ceux de ces divers procédés secondaires qui sont 
arrivés à ma connaissance : 

1° Traiter par le sulfure de carbone, puis quinze à vingt 
jours après, par le sulfo-carbonate; ce moyen terme n’a 
pas donné de résultats complètement satisfaisants; 

2° Déposer au pied des souches, dans de petites cuvettes, 
une demi-dose de sulfure de carbone, soit 20 à 25 grammes, 
selon la force du sujet, avec 8 à 10 litres d’eau et pra¬ 
tiquer autour des ceps des injections de sulfo-carbonate de 
potassium; 

3° Remplacer le sulfo-carbonate de potassium par le 
sulfo-carbonate de calcium; 

» 

4° Employer le sulfure pulvérulent de potassium, le dépo¬ 
ser au pied des souches en le combinant avec du fumier de 
ferme ce qui évite la dépense de l’eau ; 


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LA VIGNE 


195 


5® L’huile de Mozambique est le secret de M. Roux de 
Marseille; c’est, on le présume, de l’huile de poisson dans 
laquelle on a fait infuser des plantes vénéneuses. On devra 
déchausser le cep, l’enduire du mélange jusqu’à une cer¬ 
taine hauteur, déposer un peu d’huile au fond de la cavité 
et recouvrir de terre ; 

6° Un propriétaire de Lunel a proposé de faire circuler 
des vapeurs sulfureuses dans le sol en employant des drains 
de son invention ; 

7° M. Fuselier arrive au même résultat au moyen d’une 
charrue-fourgon-chaudière qui insinue le gaz insecticide 
tout en préparant le sol ; 

8° M. Roustan, de Mougins (Alpes-Maritimes), préconise 
l’emploi du Daphné gnidium (garou) haché, mélangé avec 
de l’urine et de la lessive, et déposé aux pieds des ceps, en 
mai, après une fermentation de quinze jours. Ce serait une 
dépense de 10 francs par cinq cents pieds ; 

9° M. Maurin, de Toulouse, brosse énergiquement les 
ceps au moyen de sa Bergeronnette artificielle ; 

10° M. Mandon, de Limoges, empoisonne la sève de la 
vigne en introduisant au centre de la plante, au moyen d’un 
petit entonnoir, du phénol qui, s’assimilant lentement à la 
sève, pénétré jusqu’aux radicelles et momifie le Phylloxéra. 
On a employé d’après le même procédé, la térébenthine et le 
foie de soufre ; l’opération Mandon revient à 0 fr. 01 centime 
par cep, on peut opérer quinze cents pieds par jour; l’effet 
dure cinq mois ; 

11° M. Blancardi, comte de Villefranche, propriétaire et 
agronome distingué de Sospel, est l’auteur d’un procédé 
qui consiste à introduire à une certaine profondeur, sous 
les radicelles, au moyen d’un pal muni d’une broche, une 
cartouche contenant des gaz explosibles insecticides; la 
cartouche en faisant explosion, soulève légèrement le sol, 


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LA VIGNE 


ce qui permet au gaz de circuler et de produire l’effet 
voulu ; 

12° En se basant sur les auteurs romains (car il ne faut 
pas croire qu’anciennement, la vigne n’avait pas d’ennemis), 
on avait, dès le début du mal, conseillé l’ammoniaque et 
l’urine décomposée ; 

13° Afin d’éviter le danger que présente le sulfure de 
carbone, on a proposé d’enfermer cette matière dans des 
capsules gélatineuses qui, introduites dans le sol au moyen 
d’un pal plein, s’y ramollissent promptement et laissent 
échapper les gaz insecticides qu’elles contiennent. 

Prix : 0 fr. 02 c. par capsule ou 250 francs par hectare ; 

14° Selon M. Beaurepaire, il faudrait restituer aux vignes, 
à l’état de cendres provenant des feuilles et des sarments, 
l’azote, la potasse et le phosphore qui leur sont indispen¬ 
sables ; 

15° Pratiquer au pied des vignes un vide assez profond 
qu’on remplira de sable très fin, afin d’empêcher la première 
femelle pondeuse agame, qui se laisse choir du cep, de 
pénétrer jusqu’aux radicelles; 

16° On a conseillé la plantation, dans les vignes, de frai¬ 
siers, de mais, de luzerne, et l’enfouissement au pied des 
ceps, des plantes ci-après : datura, jusquiame, lupin blanc, 
absinthe, assa-fetida, madia sativa ; 

17° On a conseillé aussi de semer au pied des vignes, des 
plantes à feuillage visqueux, poilu, afin de gêner d’une part, 
la sortie des nymphes, de l’autre, l’arrivée au sol des pon¬ 
deuses ; 

18° On a prétendu que la vigne pouvait être greffée sur 
racines de ronces. M. Hardy a été chargé de s’assurer du 
mérite de cette découverte qui est contredit d’avance par 
MM. Gaston Bazille, Chatin et Barrai, comme contraire 
aux lois générales de la greffe; 


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LA VIGNE 


197 


19° Dans le même ordre d’idées, un agriculteur prétend 
que la vigne peut être greffée sur l’airelle, petit arbrisseau 
alpestre ; il met même en vente des pieds d’airelle, amenés 
par la culture à une grosseur satisfaisante; 

20° Enfin M. Lecornu du Taillis aurait proposé d’enrou¬ 
ler autour des ceps, vers le collet de la racine, les fils 
conducteurs d’un courant d’électricité dynamique, rattachés 
aux deux pôles d’une pile thermo-électrique, opération qui 
aurait pour conséquence de tuer ou tout au moins d’éloigner 
l’insecte destructeur. Ce mode de traitement, signalé au 
Ministre de l’Agriculture, aurait été soumis à la commission 
du Phylloxéra. 

TRAITEMENT PAR SUBMERSION 

C’est M. Faucon parait-il qui, le premier, il y a de 
cela douze années, a indiqué la submersion comme moyen 
de défense contre le Phylloxéra, et rien n’a été ajouté 
depuis cette époque à ses prescriptions. Longtemps ce 
traitement a été regardé comme seul infaillible ; mais depuis 
que la science a fait connaître les insecticides employés 
aujourd’hui, on est arrivé à douter des effets souverains 
de la submersion et à dire que la nécessité où l’on est de 
laisser séjourner l’eau pendant au moins quarante-cinq 
jours'consécutifs, a pour conséquence fâcheuse non seule¬ 
ment d’user la vigne et de pousser à la production du bois 
au détriment du fruit, mais encore de précipiter au fond du 
sol trop délayé les sels minéraux indispensables à l’exis¬ 
tence de la plante. 

De plus, ce traitement, assez coûteux, n’est applicable 
que dans des conditions de plaine et de voisinage de cours 
d’eau qui empêchent d’en faire usage lorsqu’il s’agit de vins 
fins généralement produits par des vignes de coteaux. 

L’expérience indique qu’il faut opérer de novembre à 


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LA VIGNE 


mars, pendant une durée consécutive de six semaines au 
moins, en maintenant toujours sur le sol, une hauteur d’eau 
de 0 m ,10. Pour y arriver, on devra établir autour des champs 
à submerger, des digues en talus confectionnées soit avec 
le terrain superficiel de ces vignes, soit avec des terres 
empruntées aux champs voisins. 

Après trois années successives d’opération, le Phylloxéra 
doit avoir disparu, ce dont il sera utile de s’assurer avant de 
cesser la submersion. 

Les vignes ainsi traitées doivent être ensuite surveillées 
afin de recommencer l’opération dès qu’une nouvelle inva¬ 
sion se manifestera. 

Les vignes soumises à la submersion, demandent des 
engrais riches en azote, potasse et phosphore, surtout si on 
a employé de l’eau limpide ; mais si on s’est servi d’eaux 
limoneuses, on pourra se contenter de répandre, par hec¬ 
tare, 100 kilos de potasse et 40 kilos d’acide phosphorique. 

LE SULFURE DE CARBONE 

Il est maintenant reconnu que les vignes atteintes par 
le Phylloxera f peuvent être reconstituées au moyen du 
sulfure de carbone, administré rationnellement : c’est l’opi¬ 
nion de M. Plumeau, président de l’une des sections du 

Congrès Phylloxérique de Bordeaux. 

Ce mode curatif, n’est véritablement efficace que dans 

les terrains présentant une certaine profondeur de terre 
végétale ; dans les autres natures de sol, l’emploi du sulfo- 
carbonate de potassium est préférable. 

Quant aux vignes trop vieilles il serait de beaucoup plus 
avantageux de les arracher. 

Le traitement des vignes malades par le sulfure de car¬ 
bone, présente certains dangers, non seulement pour les 
ceps, mais encore pour les opérateurs ; on doit donc agir 


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i 



LA VIGNE 


199 


I 

I 

» 



I 

I 


avec prudence et surveiller attentivement les ouvriers char¬ 
gés de ce travail délicat. Le pal Gastine, est généralement 
employé 1 . 

M. Ferrier a fait connaître au congrès de Bordeaux, que 
le sulfure de carbone a rendu de véritables services dans 
les Pyrénées-Orientales ; il recommande de se préoccuper 
de la nature et de l’état du sol et du sous-sol, et il.conseille 
d’opérer en été et de ne pas aller à plus de 0 m ,30 de pro¬ 
fondeur. 

M. Alliés, de Marseille, rend lui aussi un bon témoignage 
de l’emploi du sulfure de carbone ; il donne 30 grammes 
par pied de vigne, en deux fois, et ne va qu’à 0 m ,20 de 
profondeur. 

M. de Laffitte, du Lot-et-Garonne, préconise la disposi¬ 
tion des trous en quinconce. 

Il n’est bruit que des succès obtenus par M. Thiolière de 
l’Hermitage. Lorsque la côte en question est à peu près 
détruite, il a su sauver ses vignobles par l’emploi de 250 
kilos de sulfure de carbone, par hectare, et d’une bonne 
fumure. M. Thiolière opère en hiver. 

« Il est indispensable, dit-il, d’aider à la médication par 
l’emploi d’engrais contenant les trois principes essentiels 
d’un terrain à vignes : l’azote, la potasse et le phosphore. » 

M. Marion, de Marseille, s’est occupé d’une manière 
spéciale et avec une légitime autorité, de cette question si 
importante. Ce savant professeur préfère l’emploi du sul¬ 
fure de carbone, préconisé par M. le baron Thénard, à celui 
du sulfo-carbonate de potassium conseillé par M. Dumas, 
et au remplacement des vignes malades par des cépages 
américains. 

1. Dans le Bordelais, tous les propriétaires qui n’ont pas craint de faire les dépenses 
nécessaires pour l’emploi du sulfure de carbone ou du sulfo-carbonate de potassium ont 
obtenu d’excellents résultats. 


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200 


LA VIGNE 


Les rapports successifs qu’il a publiés sur ce sujet renfer¬ 
ment de précieuses indications et de sages conseils, fruits 
de son expérience et de celle de nombreux viticulteurs. 

Selon lui, on doit opérer pendant la saison d’hiver, en 
deux séances distantes de six à huit jours ; la dose serait de 
25 à 30 grammes d’insecticide liquide par mètre carré avec 
trois à quatre trous par pied de vigne, en ayant le soin d’en 
forer un à 0 m ,30 seulement de chaque cep: «le traitement 
réitéré empêchera à peu près certainement, dit-il, la réap¬ 
parition du Phylloxéra, vers le mois de juillet. » 

L’opération doit être faite avec le pal Gastine chargé de 
5 à 6 grammes de liquide, et mieux encore avec deux pals 
afin d’activer le travail ; en outre, il est indispensable de 
traiter la vigne entière, et non pas seulement les taches. 

Deux hommes sont nécessaires pour desservir chaque 
pal : le premier peut forer et charger cinq trous à la minute, 
soit deux mille quatre cents pour une journée de huit 
heures ; le second a pour mission de boucher immédiatement 
et hermétiquement les trous. 

Ainsi que nous l’avons déjà dit, la dépense, en admettant 
que le prix des 100 kilos de sulfure de carbone soit de 
45 francs, peut être évaluée à 250 francs. 

Il est recommandé de ne remuer la terre ni immédiate¬ 
ment avant l’opération, ni tout de suite après, et de n’opérer 
ni dans les terrains argileux et peu profonds, ni dans ceux 
trop mouillés; les vapeurs sulfureuses ne pouvant se répandre 
facilement nuiraient à la plante en stationnant trop longtemps 
autour d’elle. 

A la fin de son cinquième rapport, M. Marion donne des 
tableaux synoptiques dans lesquels nous puiserons quelques 
renseignements. 

La compagnie de Paris, Lyon à la Méditerranée aurait 
livré du 1 er janvier 1877 au 1 er octobre 1881 à quarante-deux 


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LA VIGNE 


201 



départements dont vingt-deux syndiqués, au prix de 45 francs 
les 100 kilos, 30,465 barils de sulfure de carbone, et à l’étran¬ 
ger 289 barils seulement. 

L’Hérault aurait enlevé 17,810 barils; le Rhône 1,664 ; 
l’Aude 1,552 ; les Pyrénées-Orientales 1,146 ; le Var 1,207 ; 
les Bouches-du-Rhône 1,237 ; les Alpes-Maritimes 420. 

En 1877, la livraison aurait été de 1,085 barils; celle de 
1878 se serait élevée à 2,362 ; elle aurait atteint en 1879 le 
chiffre de 4,230 ; en 1880 celui de 8,907, et en 1881 celui 
de 14,150. 

Le gouvernement de son côté a alloué aux départements 
constitués en syndicat : en 1879, 47,000 francs pour 53 
associés et 390 hectares; en 1880, 510,000 francs pour 1,507 
associés et 6,771 hectares ; en 1881, 1,163,000 francs pour 
6,414 associés et 17,125 hectares. 


LES CHARRUES SULFUREUSES 

Le pal Gastine a longtemps régné en souverain maître 
pour la diffusion du sulfure de carbone ; mais depuis quel¬ 
ques années, l’attention des viticulteurs a été appelée sur 
les charrues sulfureuses. Il m’a été donné d’assister à 
des expériences faites en présence d’une commission par 
M. Gutmacher au moyen de la sulfureuse à traction ani¬ 
male de son invention. Cette charrue très élégante, tout en 
étant très solide, dit-on, opère au moyen de deux chevaux 
mis bout à bout, et peut pénétrer à une profondeur de 0 ra ,30 
dans les terrains les plus difficiles ; je me suis bien assuré 
que la diffusion du sulfure contenu dans un barillet com¬ 
muniquant avec le soc de la charrue n’éprouvait aucun 
obstacle, et que le sillon creusé se refermait si hermétique¬ 
ment qu’une allumette enflammée promenée sur son parcours 
ne produisait aucune explosion. 


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202 


LA VIGNE 


La charrue à traction animale de M. Gutmacher du prix 
de 380 francs, ainsi que la vigneronnette à main vendue 
120 francs, sont appelées à rendre des services dans les 
terrains faciles, profonds, peu pierreux ou peu argileux ; 
mais on se demande si leur fonctionnement est possible 
dans les vignes des coteaux et s’il n’y a pas à redouter des 
dérangements difficiles à réparer sur place. Tout viticulteur 
serait donc dans la nécessité, afin de parer aux événements, 
de faire l’acquisition de deux de ces instruments et par 
conséquent d’avancer une forte dépense première. D’un 
autre côté est-il bien démontré que la diffusion du sulfure 
de carbone sur une seule ligne soit aussi efficace pour la 
destruction du Phylloxéra , que celle opérée dans des trous 
formant ceinture autour des ceps ? Ce sont là des questions 
que l’expérience seule pourra résoudre. 


SULFO CARBONATE DE POTASSIUM 

De l’avis de certaines personnes, le sulfo-carbonate de 
potassium 1 , est préférable au sulfure de carbone. Outre que 
son emploi présente moins de danger pour les ouvriers, il 
offre l’avantage de fournir à la vigne, en même temps que 
l’insecticide, un des trois éléments constituant l’engrais qui 
lui est nécessaire, la potasse. 

Il faut reconnaître cependant, que la dépense dépasse 
d’un tiers celle que l’on aurait à subir en se servant du 
sulfure de carbone. Le sulfo-carbonate de potassium n’est 
donc utilisable que pour des vignobles produisant des vins 
d’un prix dépassant la moyenne. 

1. Le sulfo-carbonate de potassium est un liquide rouge qui dose'lorsqu’il est de bonne 
qualité 14 à 16 p. •/• de sul/ure de carbone et 15 à 18 p. •/• d’alcali, tout en marquant 42 
à 44 degrés à l’aréomètre Baumé ; le litre pèse 1430 à 1450 grammes. 

Ce produit, très énergique contre le Phylloxéra , est un inoffensif pour la vigne; il faut le 
diluer dans de l’eau, en variant les proportions d’un litre pour 300 d’eau à un litre pour 
600. selon l’état maladif : creuser des cuvettes de 0*,80 de côté, autour du cep. 


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LA VIGNE 


203 

M. Mouillon, aux portes de Cognac, a obtenu de très 
bons résultats de l’emploi du sulfo-carbonate de potassium. 

« L’essentiel, dit-il, c’est d’agir en hiver et en une seule 
fois, dès le début, sans attendre que les taches qu’on a 
remarquées s’étendent, et de ne s’arrêter qu’après la troi¬ 
sième année de traitement. » 

L’association d’une fumure pulvérulente est indispensable 
mais on pourra négliger l’élément potasse. L’engrais 
Faucon est conseillé, toutefois le bon fumier de ferme est 
préférable. 

On devra donner beaucoup de soins aux vignes et débar¬ 
rasser le terrain de toute plante adventive, afin que le 
chevelu ait toute liberté pour se développer. 


PLANTATION DES VIGNES DANS LES SABLES 

La résistance des vignes d’Aigues-Mortes, aux attaques 
du Phylloxéra^ démontre que cet ennemi de nos récoltes 
en vins ne se plaît pas dans les sables; il faut en effet, à cet 
Aphidien, pour qu’il prospère, des terrains dans lesquels 
il puisse facilement circuler, soit des profondeurs du sol à 
l’extérieur, et vice versa, soit de radicelle à radicelle. 

On peut donc déduire de cette remarque, que plus la 
ténuité des grains de sable approchera de la grosseur de 
l’insecte, plus on sera certain d’être préservé. Ce principe 
est fortifié par la comparaison de ce qui se passe à Aigues- 
Mortes, sur le littoral de la Méditerranée, et à Arcachon, 
sur celui de l’Océan. A Arcachon, les sables d’une antiquité 
moins réculée, paraît-il, ayant un grain plus grossier, le 
mal n’est conjuré qu’en partie, tandis que sur les plages du 
delta du Rhône, le Phylloxéra n’existe pas, bien que ses 
dégâts se fassent remarquer dans les pays environnants. 


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204 


LA VIGNK 


LES VIGNES AMÉRICAINES 

Nos vignobles européens peuvent être reconstitués par 
la plantation des vignes américaines, dont la vigueur supé¬ 
rieure aux nôtres, dont le chevelu plus abondant, offrent 
une plus grande résistance aux attaques du Phylloxéra. 
Mais comme les vins produits par ces vignes ont généra¬ 
lement un goût fort désagréable et très prononcé, il est 
convenu qu’on ne doit planter ces cépages que comme 
porte-greffes. 

On fait cependant une exception en faveur des variétés 
Aestivalis, Jacquez et Herbemont qui peuvent être plantées 
pour la production directe, ainsi que les hybrides Triumph 
pour les vins blancs, et Otello pour les vins rouges. Mais 
aussi bien pour les vignes à production directe que pour 
les porte-greffes, il est prudent de n’employer que des 
sarments et non des boutures enracinées. 

Ce système a eu et a encore, cependant, ses détracteurs. 
Il a été prétendu, que planter des vignes américaines, 
accusées de nous avoir donné le Phylloxéra , c’est entre¬ 
tenir des foyers souterrains d’infection, qui envahiront les 
vignes françaises. 

Au congrès de Beaune, en 1869, M. Laliman proposa 
pour la première fois, dit-on, la plantation des cépages 
du nouveau monde. Des essais heureux furent faits 
dans l’Hérault, et M. Gaston Bazille conseilla de greffer 
sur souches de Riparia et York’s Madeira, les variétés de 
nos régions. 

De grandes plantations existaient déjà dès 1873, mais le 
système prévalut surtout au retour d’Amérique de M. Plan- 


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LA VIGNE 


205 


chon 1 ; partout alors, dans l’Hérault, le Gard et même la 
Gironde, réussite complète. 

M. l’abbé Dupuis, dans une brochure publiée en 1883, 
compte plus de trente espèces de vignes américaines expé¬ 
rimentées en Europe. Tous ces cépages ont été étudiés et 
des esprits sérieux tels que M. Paul Saurin de Toulon, 
concluent à ce qu’on n’accepte en définitive que le Jacquez 
pour la production directe, et le Jacquez, le Solonis, le Pi- 
paria sélectionné et Y York*8 Madeira comme porte-greffe. 

M. Saurin établit que ces divers plants s’unissent d’une 
manière satisfaisante par le greffage avec les Hybrides du 
Bouschet à jus rouge, le Mourvèdre, le Carignan, la 
Clairette, le Muscat , YOlivette noire et blanche, le Syrals 
et le Cïnsault. 

Le Jacquez et le Solonis demandent la pépinière, quant 
au Riparia et au York’s-Madeira, ils peuvent être plantés 
à demeure, à l’état de boutures. 

M. Blanc, d’Aubagne, commença à planter des vignes 
américaines pendant l’hiver 1877-78, la plupart, en boutures 
des plants Jacquez, Herbemont, Solonis , Taylor, et après 
plusieurs années d’expériences, il aboutit à des conclusions 
conformes à celles de M. Saurin. 

On doit greffer par un temps sec et calme, plutôt chaud 
que froid, dans la première ou deuxième année de planta¬ 
tion, sans attendre la troisième. La greffe à fente simple a 
été reconnue préférable à celle dite à l’anglaise et est 
plus facile à pratiquer. On doit choisir pour l’opération, le 
mois d’avril pour les terrains secs et le mois de mai pour 
les terrains humides. 

On greffera à 0 m ,02 ou 0 m ,03 du sol, en opérant sur le 

1. En Amérique, où 90,000 hectares de terres sont plantés en vignes et où il se récolte plus 
de 100 millions d’hectolitres de vin (année moyenne), le Phylloxéra n’inspire aucune crainte ; 
là, comme chei nous, les plants les plus résistants sont les Rupestris et les Riparia ; le Vitis 
vimfera seul présente quelque danger. 

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LA VIGNE 


206 

porte-greffe une coupe nette, débarrassée de sève. Le greffon 
étant introduit dans la fente, après avoir été dépouillé du 
sable dans lequel il a dû passer l’hiver, on serrera énergi¬ 
quement avec un lien quelconque disposé d’avance à portée 
de la main, on enduira la greffe de mastic ou simplement de 
terre glaise et on buttera la terre de manière à couvrir le 
greffon qui doit avoir deux yeux. 

Puisqu’on conseille de greffer sur les plants américains 
en raison de ce qu’ils ont un puissant chevelu, on pourrait, 
il me semble, essayer de greffer sur notre vigne sauvage 
qui végète dans les mêmes conditions. 

Comme conclusion, et tout en tenant grand compte des 
objections de M. Marion, en faveur du sulfure de carbone, 
je n’hésite pas à conseiller d’arracher et de remplacer par 
des cépages américains, greffés avec nos cépages indigènes, 
les vignes trop vieilles, trop malades ou plantées dans des 
régions non submersibles \ 


LES VIGNES DU SOUDAN ET AUTRES 

Au début de la crise commerciale, provoquée par l’invasion 
du Phylloxéra, on a cru trouver dans la culture des vignes 
tuberculeuses, apportées par M. Lecard, des solitudes dan¬ 
gereuses, couvertes et humides du Soudan, un moyen 
précieux de régénération. Mais les essais tentés n’ont donné 
que des résultats peu probants. 

Des pépins de ces vignes à racines de Dahlias, vendus 
à raison de 5 francs pièce, n’ont abouti que là où des 

1. Au moment où je livre mon travail à l’impression, j'apprends qne M. Gaston Baiille a 
fait connaître à la Commission supérieure du Phylloxéra , que dans' J'arrondissement de 
Montpellier, les propriétaires, qui depuis quelques années, ont planté des vignes américaines, 
viennent d’obtenir, en 1884, de très belles récoltes. 


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LA VIGNE 


207 


soins tout particuliers leur ont été prodigués, et je ne sache 
pas qu’on ait eu, jusqu’à ce jour, la satisfaction de voir 
fleurir la plante, et encore moins, d’apprécier les qualités 
et le rendement de son fruit. 

M. Daurel, professeur à Montpellier, a semé sous châssis, 
sept pépins. Cinq ont germé après avoir été stratifiés dans 
du sable pendant un certain temps ; quatre plants qui ont 
résisté ont été repiqués le long d’une muraille exposée en 
plein midi. Ces plants ont-ils à cette exposition, subi les 
effets d’une température trop élevée et surtout trop sèche? 
Ce qu’il y a de certain c’est que deux d’entre eux seulement 
ont donné six feuilles alternes et poussé des tiges d’une 
longueur de 0 ra ,45. Que sont devenus ces ceps, depuis cette 
époque ? 

Au jardin botanique de Dijon, on a enregistré un com¬ 
mencement de réussite ; quelques-uns des pépins semés ont 
donné des tiges et des feuilles, mais si microscopiques 
qu’elles ont péri dans leur plus tendre enfance. 

Au Jardin botanique de Paris, en août 1882, j’ai découvert 
cette plante en pot, non sans un certain travail de recherches. 

Il en existait, dans la grande serre, un beau pied donné 
par M. Drouin, commandant de la Nièvre, ainsi que l’indi¬ 
que une étiquette fichée dans la terre du vase. La plante, 
en fort bon état de végétation, ressemblait tellement à une 
vigne ordinaire, que je me suis cru, de prime abord, l’objet 
d’une mystification. - 

D’une souche noirâtre qui est le tubercule, m’a dit le 
gardien, partaient trois tiges de force différente dont la 
plus vigoureuse avait au moins 0 m ,80 de hauteur ; ces tiges 
sont noueuses, ligneuses, d’un verdâtre rosé, surtout vers 
l’extrémité ; on y remarque, aussi bien que sur les nervures 
du dessous des feuilles, des poils épines très marqués et 
rougeâtres. Les feuilles,alternes, ayant un diamètre de 0 m ,10 


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208 


LA VIGNE 


dans leur plus grand développement, ont un faux air de 
feuilles de tilleul à pointes très accentuées ; sur certains 
points de la tige, existent des vrilles nombreuses, rouge⬠
tres et à deux crochets. 

Il résulte pour moi, de ce que j’ai lu et vu, en fait de 
vignes tuberculeuses du Soudan, qu’il faudra encore bien 
des études et une longue acclimatation, avant qu’on puisse 
les utiliser avantageusement. 

L’exposition horticole de Paris (mai 1883), n’est pas de 
nature à modifier mon opinion. 

Je lis en effet, dans le compte rendu de M. Menault. 
(Journal officiel du 25 mai 1883) : 

« On remarque trois pieds de vignes tuberculeuses du 
« Soudan, exposées parM. Lavallée, président de la Société 
« d’horticulture, qui seul a su faire végéter ces vignes par 
« la culture forcée , sans qu'on puisse en espérer la moin- 
« dre utilité comme fruit de table ni comme production 
« de vin. » 

Il me semble que la cause est jugée. 

On a parlé aussi d’une autre vigne, le Cistus Rocheanii 
de la Sierra-Leone, qui aurait prospéré à Marseille, et d’une 
vigne du Japon qui fructifie dans des régions aussi froides 
que le nord de la France. 

A ce sujet, M. Carrière a fait à la Société nationale 
d’Agriculture, une communication de laquelle il résulte que 
les deux espèces de vignes chinoises qu’il possède, Vitis 
Romanelli et Spinovitis Davidi, cette dernière épineuse, 
se seraient montrées rustiques sous le climat de Paris, mais 
qu’il n’en connaît encore ni les fleurs ni les fruits. 


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I 


LA VIGNE 


209 


LES AMIS DE LA VIGNE 

Outre les petits oiseaux qui détruisent un nombre infini 
d’œufs, de larves et d’insectes parfaits, et que, pour ce motif, 
il faut protéger ; outre les crapauds qui dans leurs prome¬ 
nades nocturnes font une guerre acharnée aux insectes 
ennemis de la lumière; outre les taupes, qui ne poussent 
leurs galeries qu’à la recherche des larves ; outre les nom¬ 
breux Hyménoptères de petite taille qui sont parasites des 
destructeurs, nous devons épargner ces grands et beaux 
Carabiques : Procrustes coriaceus d’un noir mat chagriné, 
Carabus auratus, Lotharingus, vagans à la robe métallique, 
vulgairement appelés jardinières qui, de nuit, dévorent 
chenilles et limaces; les Staphylinus circulant avec leurs 
mâchoires en avant et leur abdomen en l’air, et les Silpha 
sombres, à bouclier arrondi, qui sont essentiellement 
carnassiers. 

Il n’est pas jusqu’aux Lucioles et au Drillus flavescens f 
qui passant leur existence larvaire dans l’intérieur des Hélix, 
ne puissent être considérés comme des amis de la vigne. 

A un certain moment, on a fondé un espoir de destruction 
partielle du Phylloxéra dans quelques petits insectes 
microscopiques et souterrains : Hoplophora arctata, Tyro- 
glyphus phylloxerae, Gamasus Blankenhorni, Oribates 
globulus , Nollerus nubilus ; mais MM. Mégnin et D r Fu- 
mouze ont démontré que ces insectes vivent surtout des 
débris laissés par le Phylloxéra et des racines en décom¬ 
position *. 


1. Ed. André. Parasites de la Vigne. Beaune 1882, f. 162. 


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LA VIGNE 


CONSIDÉRATIONS FINALES 

Je puiserai dans le savant rapport lu le 19 janvier 1883 
à la Commission supérieure du Phylloxéra , que présidait 
M. Dumas, par M. Tisserand, directeur de l’Agriculture, 
les conclusions et le résumé du chapitre de la vigne. 

Il résulte de ce rapport, qu’à l’expiration de 1882, cin¬ 
quante départements étaient envahis, 764,000 hectares de 
vignes étaient détruits, et que 642,000 hectares étaient plus 
ou moins endommagés; il nous restait encore 1,500,000 hec¬ 
tares non atteints, dans les grands crus de la Gironde et de 
la Bourgogne; la Champagne était épargnée, la Corse et 
surtout l’Algérie, ne connaissent pas encore le terrible 
destructeur de nos vignobles. 

Tout n’est donc pas perdu et M. Tisserand fait à 
l’administration, au Parlement, à la science et à l’initiative 
individuelle un énergique appel qui sera entendu. 

Dès 1880, dit l’auteur du rapport, le gouvernement 
prodiguait des conseils encourageants, poussait à la forma¬ 
tion des syndicats et appliquait la loi pour le traitement des 
vignes Phylloxérées. De son côté le Ministre de l’agriculture 
faisait étudier les cépages américains capables de résister 
à l’invasion du fléau. Les services rendus par l’École d’agri¬ 
culture de Montpellier sont vivement appréciés. De plus, 
il encourageait la création de pépinières et faisait faire 
de nouvelles distributions de boutures ; enfin il établissait 
près de Nantes à l’École d’agriculture du Grand Juan une 
pépinière de plants américains provenant uniquement de 
semis. 

Quant aux moyens curatifs, M. Tisserand avait déjà 
fait connaître dans son précédent rapport que les traite- 


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LA VIGNE 


211 


ments administratifs avaient été, en 1881, appliqués à 
1,532 hectares. 

Le mal n’avait pas été détruit, il est vrai, mais il était 
enrayé sur plusieurs points ; d’un autre côté les syndicats, 
autorisés par les lois des 15 juillet 1878 et 2 août 1879, 
s’étaient développés, puisqu’en 1879 cinquante-trois proprié¬ 
taires syndiqués pour 390 hectares avaient reçu 47,000 francs 
de subvention; qu’en 1880, quinze cent sept viticulteurs pour 
6,771 hectares s’étaient partagé 510,000 francs ; et qu’en 1881, 
six mille quatre cent quatorze associés pour 17,125 hectares 
avaient reçu 1,163,000 francs. Ce qui était de bon augure, 
c’est que les petits vignerons s’empressaient de s’adjoindre 
aux grands propriétaires. 

Les syndicats, en 1881, avaient traité 3,158 hectares par 
la submersion, 11,719 par le sulfure de carbone et 2,248 par 
le sulfo-carbonate de potassium. 

Mais toutes les tentatives ont été impuissantes pour lutter 
contre les causes défavorables de l’année 1882. 

Devant cette situation désastreuse, M. Tisserand pousse 
de plus en plus les viticulteurs vers le syndicat seul capable, 
dit-il, de livrer le grand combat. La plaie est toujours dans 
les petits propriétaires qui, soit par ignorance, soit par 
négligence, soit par incrédulité, se gardent de dénoncer les 
taches qui se produisent dans leurs vignes, compromettant 
ainsi non seulement leurs intérêts, mais aussi ceux de leurs 
voisins. L’essentiel serait donc d’exercer une surveillance 
intelligente et soutenue plus particulièrement sur les vignes 
considérées comme indemnes, afin d’éviter les constatations 
tardives toujours dangereuses. 

Dans ce but on doit tendre à organiser des syndicats 
mixtes s’occupant en même temps de recherches et de 
traitements. 

Ceux existant sur ces bases, en Suisse, dans l’Indre-et- 


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212 


LA VIGNE 


Loire, Saône-et-Loire et le Gers ont produit les meilleurs 
résultats. 

En 1882, le gouvernement a fait exécuter des traitements 
dans seize départements, sur 600 hectares environ. Son 
action s’est exercée surtout sur le département des Alpes- 
Maritimes. Les intéressés se sont chargés de la main-d’œuvre 
et l’administration n’a plus eu à contribuer à la dépense que 
pour la fourniture du sulfure de carbone ; quand aux syndi¬ 
cats, dans vingt-huit départements 12,338 propriétaires ont 
syndiqué 32,685 hectares, ce qui a occasionné une dépense 
de 1,744,996 francs. 

Mais le gouvernement, ajoute M. Tisserand, ne se con¬ 
tente pas de subventionner les propriétaires libres ou en 
syndicat, il fournit de plus, aux départements ruinés, la 
possibilité de reconstituer leurs vignobles, au moyen des 
cépages américains ; il encourage la création des pépinières 
sans hésiter à les subventionner, et il fait poursuivre à 
l’établissement agricole de Montpellier, des études de gref¬ 
fage qui sont une conséquence des plantations de ceps 
exotiques. 

Le Phylloxéra n’est malheureusement pas le seul enne¬ 
mi de la vigne, et il était utile que la Commission ne perdit 
pas de vue YOïdium, le Mildew f VAnthracnose . Des rap¬ 
ports très remarquables de M. Cornu, inspecteur général 
des maladies parasitaires et de M. Prilleux, professeur à 
l’Institut national agronomique, dénotent que le Phylloxéra 
n’absorbe pas toutes les préoccupations des savants. 

« Le point capital, dit M. Tisserand, en terminant, c’est 
de préserver de l’invasion du Phylloxera f l’Algérie qui 
commence à produire de grandes quantités de vins fort 
appréciés. 


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III 


L’ORANGER 


L’oranger (Citrus aurantium ), comme le citronnier, fait 
partie de la famille des Aurantiacées. 

C’est un végétal à écorce lisse, dont toutes les parties 
sont munies de petits réceptacles remplis d’une huile 
volatile. 

Les feuilles sont alternes, épaisses, luisantes, arrondies 
au sommet, articulées avec un pétiole souvent ailé ; les 
épines sont toujours axillaires ; le calice est campanulé; les 
pétales et les étamines sont en nombre égal à celui des 
divisions du calice; le fruit est pulpeux,généralement acide, 
avec enveloppe épaisse, riche en huile odorante : c’est une 
baie arrondie, aplatie d’ordinaire aux deux bouts, divisée en 
neufs loges ayant chacune deux semences plus ou moins 
productives. 

Cet arbre a été introduit en Europe et en Afrique, de 
l’Asie centrale et de la Chine. 

On a prétendu que l’oranger avait été importé par un 
noble Portugais, au seizième siècle ; un historien du Dau¬ 
phiné produit cependant un compte de l’an 1333, où il est 
question de sommes payées pour transplantation d’orangers. 

En 1516, François I er assista, à Marseille, à un combat 
naval dont les oranges furent les projectiles. 


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214 


L'ORANGER ET LE CITRONNIER 


En 1564, Charles IX, visitant la Provence, coucha à 
Cuers, où il vit des orangers. 

A Hyères, le jour de la Toussaint, on avait planté une 
allée d’orangers couverts de fruits et construit une fontaine 
d’où jaillissait de l’eau de fleur d’oranger. 

« Il y avait à Hyères, dit un historien du temps,un oranger 
dont le tronc ne put être embrassé par Charles et le roi de 
Navarre ; sur l’écorce de cet arbre on écrivit : 

« Caroli regis amplexu glorior. » 

Henri IV fit construire une orangerie aux Tuileries, où 
plus tard, les orangers firent place aux vers à soie. 

La chair de l’orange est généralement jaune; des variétés 
de Malte donnent cependant des fruits à pulpe sangui¬ 
nolente. 

D’autres espèces, tirées du Portugal, produisent, même 
dans nos régions, des fruits doubles et triples qu’il est facile 
de reconnaître au petit mamelon central et extérieur qui 
existe à la partie opposée à la queue. 

Les oranges de Jaffa sont grosses, ovoïdes; leur pulpe est 
abondante, mais peu délicate. 

Le mandarinier (Citrus deliciosa ) à feuillage fin, tendant 
à former buisson, à fleur petite et blanche, à fruit petit, 
presque rouge, aplati et creusé à ses deux extrémités, n’est 
connu que depuis cinquante ans. Risso en parle à peine. Sa 
pulpe se détache facilement de l’écorce qui laisse aux doigts 
un parfum âcre, diversement apprécié par les consomma¬ 
teurs. Les coteaux de Montboron et de Carabacel, près 
Nice, paraissent favorables à la culture de cette variété. 

L’oranger de Chine (Citrus myrtifolia) au feuillage dur, 
petit et sombre, donne des fruits petits, arrondis et amers, 
que l’on confit, soit verts, soit mûrs, après les avoir pelés 
et fait macérer ; c’est ce que l’on appelle le Chinois. 


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j 



L'ORANGER ET LE CITRONNIER 215 

L’oranger à fleur douce, produit une fleur blanche, peu 
estimée pour la distillation, et des fruits qui sont cueillis 
prématurément en décembre, pour les besoins du premier 
de l’an. 

Le Bigaradier (Citrus vulgaris) ou oranger à fleur aigre, 
est moins haut que l’oranger doux. Son fruit n’est pas man¬ 
geable, mais sa fleur est très recherchée ; car pendant que 
sur le marché de Nice, la douce vaut 0 fr. 40 le kilo, l’aigre 
se paie 0 fr. 60. En 1883, à la suite de fortes gelées, les 
fleurs du Bigaradier ont atteint le prix de 2 fr. 50 et même 
3 francs le kilo. 

L’écorce de l’orange amère est découpée en lanières, 
séchée au soleil et expédiée au loin pour la fabrication du 
Curaçao. 

La feuille infusée dans de l’eau bouillante donne une 
boisson calmante. 

L’oranger vit longtemps, devient très gros et produit 
énormément. Avant que les vergers des Açores eussent été 
ruinés par la maladie, on citait des arbres qui avaient donné 
annuellement vingt mille oranges livrables au commerce. 

Le territoire de Valence, en Espagne, produit de si 
grandes quantités d’oranges que l’on trouve avantageux 
d’en fabriquer un vin (vino di naranjas) qui est fort agréa¬ 
ble, dit-on. 

Les importations en oranges et en citrons ont été, en 
1846, de 11,424,000 kilos ; en 1856, de 15,964,000 k. ; en 
1866, de 25,928,000k. ; enfin en 1877, de 27,720,000 kilos. 

Elles consistent surtout en oranges qui nous viennent 
d’Espagne, d’Algérie et de Jaffa pour les gros fruits, de 
Malte et de Sicile pour les Mandarines. La valeur de ces 
importations peut être évaluée de 9 à 10 millions de francs 
par an. 

Au commencement du siècle, on connaissait déjà plus de 


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216 


L’ORANGER ET LE CITRONNIER 


soixante espèces d’orangers ou de citronniers, cultivées 
pour la plupart en serres. 

L’oranger se multiplie par semis, par boutures et par 
marcottes ; on sème les pépins des fruits remarquables par 
leur beauté. Pour les boutures, on doit choisir une branche 
saine, droite que l’on enfonce en terre à quatre pouces de 
profondeur. 

La marcotte s’obtient sur le pied lui-même en enfermant 
dans un vase disposé à cet effet et rempli de bonne terre, 
une branche à laquelle on a fait une forte ligature afin de 
la forcer à donner des racines. 

On greffe à écusson ou à œil dormant, les troncs qui ont 
au moins la grosseur du doigt, en prenant le citronnier 
pour porte-greffe de l’oranger. 

On taille après la fleur qui vient en mai. Cette époque 
de la floraison, peut être plus hâtive; ainsi, en 1883 on a 
vu des orangers en fleurs au mois de janvier. 

L’oranger ne fleurit qu’une fois par an et ne donne de 
produits abondants que chaque deux années. 

Le fruit cueilli en hiver, se vend 20 à 25 francs le mille. 

Les lanières desséchées du Bigaradier, sont livrées en 
Allemagne surtout, au prix de 1 franc le kilo. 

Il est reconnu que l’oranger a besoin de moins d’eau que 
le citronnier. 


* 


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L'ORANGER ET LE CITRONNIER 


2 11 


LE CITRONNIER 

A partir de Villefranche jusqu’à Gênes, le littoral culti¬ 
vable, à pentes plus ou moins accessibles, à vallons arrosa- 
bles, est couvert d’arbres de moyenne hauteur, serrés les 
uns contre les autres, aux branches grêles, fines, garnies 
de feuilles rares d’un vert jaunâtre, articulées sur un pétiole 
simplement marginé d’un rouge violet. 

Vers leur extrémité, ces masses de verdure sont piquées 
de nombreux fruits, arrondis, oblongs, d’un jaune doré, 
avoisinant des cimes rougeâtres et des fleurs odorantes à 
tissu charnu, blanches en dedans, roses en dehors avec 
paquets d’étamines jaunes. 

Ces arbres gracieux, toujours couverts de feuilles, de 
fleurs, de fruits verts et de fruits mûrs, ce sont des 
citronniers. 

Passé Villefranche, en allant vers Marseille, on n’en ren¬ 
contre que des échantillons, plutôt comme arbres d'agrément 
que comme arbres de produit. 

Le citronnier diffère de l’oranger en ce que son port est 
plus léger, qu’il peut difficilement être disposé en boule, 
que le fruit est plus pointu et que l’arbre est plus sensible 
au froid. 

Importé de Médie, dans l’Asie centrale, il n’a pas été 
connu des Grecs avant Alexandre, selon Théophraste. 

Il a dû être introduit en Italie et en France en même 

% 

temps que l’oranger. 

Cette sous-famille comprend : 

1° Le Cédratier (Citrus medica) dont on confit le fruit; 
la Corse en expédie de grandes quantités ; 


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L'ORANGER ET LE CITRONNIER 


218 

2° Le Limettier (Citrus limetta) dont le fruit très gros 
et doux ne mûrit bien qu’à Naples et en Sicile; 

3° Le Bergamotier (Citrus limetta bergamota) qui donne 
un fruit d’un goût exquis et d’une odeur délicieuse, son 
écorce sert à doubler des bonbonnières, elle fournit aussi 
une huile essentielle utilisée dans l’industrie ; 

4° Le Limonier (Citrus limonium) qui a des branches 
longues et flexibles; ses fruits oblongs, appelés limons, se 
vendent dans le commerce, sous le nom de citron, mais ils 
se distinguent des citrons vrais par leur écorce mince et 
par l’abondance de leur suc qui reste toujours acide. 

On a fait une variété à part (Sarcodactyle) du citronnier 
dont les fruits affectent des formes bizarres rappelant la 
disposition des doigts, par la séparation des carpelles. 

Le principal pays producteur des citrons, dans notre ré¬ 
gion, c’est Menton, puis vient Roquebrune. 

On dit que le citronnier fleurit chaque lune, mais il n’y a 
véritablement que trois floraisons par an. 

La première a lieu en mars, et produit les Testasses ou 
gros fruits et les Maraviglia; la récolte a lieu en septembre; 
le prix de vente varie entre 45 et 75 francs le mille. 

La seconde peut être fixée au mois de mai, avec récolte 
en janvier; elle donne le Granetti dont le prix s’élève parfois 
à 45 francs. 

La troisième fleurit en août et produit en avril la Ver- 
danne dont le prix est de 45 à 75 francs. 

La Verdanne est habituellement expédiée en Amérique. 

NEROLI, PETIT-GRAIN, EAU DE FLEUR D’ORANGER' 

Le Néroli le plus recherché, la meilleure eau de fleur 
d’oranger sont obtenus de la distillation de la fleur aigre du 
Bigaradier à fruits amers. 


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L’ORANGER ET LE CITRONNIER 


219 


Cette fleur est distillée dans la proportion de 30 kilos 
de fleurs pour 50 litres d’eau et l’on obtient en moyenne, 
de ce mélange, 30 grammes de Néroli à 0 fr. 40 le gramme 
et 30 litres d’eau de fleur d’oranger, se divisant ainsi 
qu’il suit : 10 litres de triple à 2 francs, 10 litres de double 
à 1 franc, et 10 litres de simple à 0 fr. 60; l’eau sortant de 
l’alambic est recueillie dans un vase en verre, présentant à 
sa partie inférieure un syphon recourbé, par lequel se pro¬ 
duit un écoulement continu d’eau; l’essence surnage et est 
retirée de temps en temps au moyen d’une pipette à deux 
branches et à ballon. 

La distillation des feuilles et des petites branches prove¬ 
nant de la taille, donne un produit secondaire appelé Petit- 
grain, d’une valeur inférieure à celle du Néroli. 

Le Néroli et le Petit-grain obtenus des fleurs et des 
feuilles de l’oranger à fruit doux sont peu recherchés ; quant 
à l’eau, provenant de la même source, elle n’est générale¬ 
ment utilisée que pour remplacer l’eau ordinaire dans la 
distillation de la fleur aigre, ou pour être mélangée avec 
l’eau triple. 

Les négociants savent titrer leurs eaux en utilisant, dit-on, 
ce principe que l’acide azotique attaque et ronge les eaux 
de fleurs, tandis qu’il est sans action sur les eaux de feuilles. 

Le Néroli entre dans la composition de plusieurs par¬ 
fums et plus particulièrement dans la fabrication de l’eau 
de Cologne. 


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220 


L’ORANGER ET LE CITRONNIER 


INSECTES NUISIBLES AUX ORANGERS ET AUX CITRONNIERS 

L’oranger et le citronnier ont de telles affinités, que 
devant rendre compte des ennemis et des maladies de ces 
deux variétés d’un même genre, il m’a paru rationnel de 
les réunir dans un même chapitre. 

Je ferai remarquer cependant, que si les Coccides à tégu¬ 
ments durs et à téguments mous attaquent les deux espèces 
d’arbres et y provoquent la Morphée , les Lépidoptères, à 
l’état de chenille, sont plus particulièrement nuisibles aux 
citronniers et cela se comprend, vu qu’ils sont presque 
toujours en fleurs et plus fréquemment arrosés. 


I. — COCCIDES 


I. — DACTYLOPIUS CITRI (Boisdüval) 1 

Cette Cochenille à téguments mous, est très commune sur 
les orangers et sur les citronniers de Nice et de Menton. 
Je dis sur les deux arbres, car M. Signoret ne voit entre 
les Cochenilles attaquant ces deux végétaux, que de légères 
diflérences portant seulement sur la pubescence et sur 
l’épaisseur des pattes relativement aux tarses. 

Elle a le corps d’un brun rougeâtre ; autour d’elle exis¬ 
tent de nombreux appendices cotonneux (dix-sept de chaque 
côté) ; à l’extrémité de l’abdomen, les deux qu’on y remar¬ 
que sont beaucoup plus longs que les autres, l’animal est 
entièrement couvert d’une poussière blanche. 

1. Signoret, Annales de la Société entomologiqne de France , 1875, f. 312. 




L’ORANGER ET LE CITRONNIER 


221 


Longueur de 0 m ,003 1/2 à 0 m ,004 sur 0 m ,002 environ de 
largeur. 

La femelle a huit articles aux antennes ; les tarses sont 
d’un tiers moins longs que les tibias ; les digitules filiformes 
sont très longs; les filières sont nombreuses; l’anneau 
génito-anal est large avec six poils. 

La larve a six articles aux antennes ; les filières abdo¬ 
minales sont moins denses que dans l’état parfait. 

Le mâle est long, brun sur la tête et le thorax, jaunâtre 
sur l’abdomen ; les pattes et les antennes sont d’une cou¬ 
leur plus foncée ; ces dernières ont dix articles. 

Thorax étroit ; élytres très longues, d’un blanc grisâtre ; 
abdomen très long, avec filières sur les bords. 

Organes sexuels en tubercule assez gros, terminé par une 
pointe arrondie. 

Pattes longues; tarses plus longs que les cuisses; cro¬ 
chets très long. 

Digitules des tibias longs et filiformes avec bouton à 
l’extrémité ; ceux des crochets à peine visibles. 

Cette Cochenille, véritable fléau, constitue sur les jeunes 
fruits et les feuilles, des amas cotonneux et gluants, tran¬ 
chant par leur blancheur rosée, sur la couleur du fruit et sur 
la couche noire de Morphée qui l’entoure toujours. 

En bouleversant ces amas vivants, on écrase quelques 
Cochenilles qui donnent un liquide rougeâtre; on y trouve 
les insectes dans leurs divers états, plus, des larves de 
Coccinelle et la chenille d’un petit Lépidoptère dont nous 
parlerons ultérieurement, YEphestia gnidiella. 

Le Dactylopius citri recherche surtout les endroits abri¬ 
tés où les plantes trop serrées manquent d’air et de lumière; 
il nuit à la végétation de l’arbre, en bouchant les pores de 
ses feuilles; il se joint aux Lécanides et aux Aphidiens pour 
donner naissance au Miellat et à la Morphée. 

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L’ORANGER ET LE CITRONNIER 


II. — ASPIDIOTUS LIMONII (Signoret)» 

Cette espèce de Cochenille à téguments durs, que l’on 
trouve plus particulièrement sur les jeunes branches, a, 
selon M. Signoret, les lobes de l’extrémité abdominale 
détachés et apparents, et les lamelles fimbriées longues ; 
le dernier segment abdominal est allongé. 

Le bouclier de la femelle adulte est arrondi et d’un blanc 
jaunâtre, avec les dépouilles centrales jaunes et une grande 
quantité d’œufs. 

Le bouclier du mâle est plus allongé. 

Lorsqu’on soulève une des carapaces maternelles, au 
moment de l’éclosion des petits, on voit à l’œil nu, au 
milieu des œufs en retard, de nombreuses jeunes larves 
blanches semblables, sauf la couleur, à de gros Phylloxéra 
courant avec une grande rapidité. 

Le mâle est assez commun, sa tête est écbancrée en 
avant, les antennes sont longues, le thorax arrondi et large. 

III. — LECAN1UM HESPERIDUM (auctorum)* 

Cette Cochenille est révêtue d’un cuirasse solide; sa forme 
est allongée; sa couleur est d’un jaune brun; on en trouve 
un dessin assez réussi dans le règne animal de Cuvier. Son 
adhérence, est très grande sur les feuilles où elle se tient de 
préférence, et avec lesquelles elle se confond au début. 
Antennes de sept articles; jambes grêles; digitules très 
longs ; anneau genito-anal entouré de six poils. 

Larve longue avec six articles aux antennes. Le mâle n’a 
pas encore été décrit. En retournant la femelle on trouve 
sous elle des embryons sans œufs, ce qui donne à penser 
qu’elle est vivipare. 

1. Signoret — Annales de la Société entomologique de France , 1869, f. 125. 

2. Signoret — Annales de la Société entomologique de France , 1873 f. 399. 


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E/ORA.NGER ET LE CITRONNIER 


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IV.— LECANIUM OLEAE (Bernard) 1 

On rencontre aussi sur l’oranger et le citronnier, la Coche¬ 
nille de l’olivier dont nous avons parlé en détail dans notre 
travail concernant cet arbre*. Voici le résumé de ce que 
nous en avons dit d’après M. Signoret et d’après nos 
observations particulières : 

« Cette Cochenille est brune, avec une forte carène et deux 
lignes élevées transversales sur le dos ; sa forme est presque 
en cœur ; les antennes ont huit articles ; jaunâtre au début 
elle devient noire ensuite; la femelle pond, et abrite sous elle 
des œufs en grande quantité. » 


MOYENS DE DESTRUCTION 

DES COCHENILLES DE L’ORANGER ET DU CITRONNIER 


Je trouve dans le bulletin de la Société entomologique 
italienne d’utiles renseignements sur les différents moyens 
proposés pour détruire les Cochenilles de l’oranger et du 
citronnier. Ces indications sont données par M. Michel 
Angelo, consul de Palerme, qui préconise le mélange du 
soufre et du plâtre à partir du mois d’avril en y joignant le 
brossage en hiver, des troncs, branches et fruits. Mais il 
condamne les aspersions d’eaux salines, alcalines ou acides 
’qui peuvent être fatales à la plante ; il repousse aussi la 
médication, consistant à projeter violemment des liquides 
curateurs. Il conseille au contraire, de n’employer que 
des instruments pulvérisateurs. Aux huiles végétales trop 
coûteuses, M. Michel Angelo substitue l’acide phénique, 


1. Signoret — Annale* de la Société entomologique de France , 1873, f. 440. 

2. Peragallo — L’Olivier . *es ennemis , ses maladies et ses amis. 2* édition, Nice, 1883, f. 77. 


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L’ORANGER ET LE CITRONNIER 


l’essence de térébenthine, le pétrole; ce dernier surtout 
comme plus économique : « Il faut l’utiliser, dit-il, dans les 
proportions d’un litre pour 30 litres d’eau et n’opérer 
que le soir ou la nuit au printemps, au moment de la pre¬ 
mière génération.» Le consul de Palerme est d’avis en outre 
de frotter les troncs avec de l’eau de chaux et de couper et 
brûler immédiatement sur place, à la nuit, les petites bran¬ 
ches trop malades. 

M. le docteur Papacogli recommande, de son côté, l’emploi 
de la nitro-benzine. Mais l’essentiel, selon nous, c’est de 
ne pas détruire les petits oiseaux, d’aérer les plantations, et 
de les soustraire à l’influence pernicieuse d’une trop grande 
humidité. 

II. — LÉPIDOPTÈRES 

J’allais, après avoir consulté mon savant collègue de la 
Société entomologique de France, M. Millière, commencer 
la mise au net de mes notes détaillées concernant l’étude 
sur place et l’élevage de trois petits Lépidoptères dont les 
chenilles vivent sur les citronniers de Menton et de Roque- 
brune, lorsqu’il m’a communiqué une brochure du profes¬ 
seur Penzig 1 dont les précieuses indications sont venues 
confirmer mes propres observations. 

Je suis donc certain de travailler sur un terrain solide en 
prenant pour point d’appui un ouvrage aussi complet et 
aussi scientifiquement conçu. 

La note (c’est de la modestie au premier chef) du profes¬ 
seur Penzig serait de nature à faire disparaître mes illusions 
sur la nouveauté de mes découvertes dans le cas où j’aurais 
eu la faiblesse d’en concevoir. 

1. Prof. Pen*ig.— Unnuovo flagello degli agrwni, estratto del giornale VItalia agricola. 
Milan, 6 février 1883. 


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L'ORANGER ET LE CITRONNIER 


225 


Je me doutais, en effet, qu’en Italie où les contrées à 
citrons sont plus étendues que dans la partie est du midi de 
là France, et où l’histoire naturelle possède de savants 
représentants, on avait dû étudier déjà les chenilles du 
citronnier et en donner la description. 

Selon le naturaliste milanais, les chenilles des citronniers 
ont été d’abord signalées par M. Panizzi de San-Remo, 
dont les observations ont servi ensuite à M. Targioni- 
Tozzetti pour le travail qu’il a inséré en 1879, dans les 
Annales italiennes de l’agriculture, n° 9. 

Ainsi que je l’ai constaté sur les citronniers de Menton 
et de Roquebrune, en août et en septembre 1883, et aux 
mêmes époques de 1884, le professeur Penzig a trouvé sur 
ceux de San-Remo et de Vintimille, trois espèces bien dis¬ 
tinctes de petits Lépidoptères : 

1° L'Acrolepia citri (Millière) ; 

2° L'Ephestia gnidiella (Mul.) ; 

3° L’ Euphithecia pumilata (Hb.). 

Le premier de ces trois papillons, à l'état de larve, serait 
le plus dangereux comme apparaissant en plus grand nom¬ 
bre. Sur ce point, nous sommes parfaitement d’accord, ainsi 
que sur la dénomination scientifique des trois ennemis. 

Le naturaliste milanais n’a pas parlé des parasites de ces 
chenilles; c’est la partie de mes études qui, je l’espère, 
constituera leur nouveauté. 

I.— ACROLEPIA CITRI (Millière) 

L'Acrolepia citri est une Tinéide qui a été déterminée 
par MM. Millière et Ragonot, et qui figure dans le splen¬ 
dide ouvrage du premier de ces lépidoptéristes \ 

1. Iconographie et description de chenilles et Lépidoptères inédits , v. 11, page 405, 
ligures 17 à 20. 


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L’ORANGER ET LE CITRONNIER 


Il est probable que la femelle dépose ses œufs ronds et 
d’un jaune clair près de la fleur en bouton. 

Je dis ses œufs, car contrairement aux observations du 
professeur Penzig, j’ai souvent rencontré plusieurs jeunes 
larves dans le même bouton. 

La jeune chenille ne tarde pas à éclore; elle est au début, 
d’un blanc jaunâtre presque uniforme à l’œil nu, et conserve 
assez longtemps cette couleur ; au moment de sa transfor¬ 
mation dernière, lorsqu’elle a atteint sa plus grande lon¬ 
gueur (7 à 8 millim.) son corps est d’un jaune verdâtre qui 
ressort dans le creux de chaque anneau et en dessous. 

La tête est cornée, brillante, d’un brun obscur ; les yeux 
sont très visibles. Ce qui distingue d’une manière indéniable 
cette chenille de celle de la Tinéide de l’olivier 1 (Prays 
oleellus) que nous avons décrite, c’est que cette dernière 
présente sur le premier anneau thoracique, deux taches d’un 
noir brillant qui n’existent pas chez YAcrolepia citri, qui a 
simplement ce premier anneau plus sombre de teinte et plus 
consistant que ceux qui le suivent. 

Le corps de la chenille, avons-nous dit, a pour teinte 
générale un jaune verdâtre, et présente six pattes dures, 
brunes et armées d’onglets plus bruns encore. Les fausses 
pattes au nombre de huit sont placées sous les sixième, 
septième, huitième et neuvième anneaux ; elles sont armées 
d’appareils à cils courts qui leur permettent d’adhérer for¬ 
tement. 

Le dernier segment abdominal est conique et dentelé à 
son extrémité anale, il est prenant comme les fausses pattes. 

A partir du premier anneau thoracique, la robe se couvre 
en dessus, de marbrures rougeâtres très délicates. 

Mise dans l’alcool, la chenille qui a perdu ses teintes ver- 

1. Peragallo — L’Olivier, ses maladies, ses ennemis et ses amw,2* édition, Nice, 1883, i. 80. 


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L'ORANGER ET LE CITRONNIER 


227 


dâtres devient complètement d’un jaune rosé avec le dos 
beaucoup plus fortement teinté que le reste ; les yeux et 
les mandibules sont très noirs 1 . 

Très vive, elle se meut dans l’intérieur du bouton dont 
elle a perforé l’enveloppe, y laissant un trou rond très 
évident. 

Une fois installée dans ce bouton, elle commence par 
dévorer la base des étamines, puis elle attaque le petit 
fruit naissant; on la trouve parfois allongée au fond du 
calice, enveloppant de ses anneaux la base de ce fruit et 
cherchant à s’y introduire. 

Dans ses changements de place, l’animal émet des fils 
qui enserrent les étamines et retiennent ses excréments. 

Lorsque la fleur attaquée est complètement épanouie, on 
voit les étamines bouleversées, et le jeune fruit perforé sur 
plusieurs points, ne tarde pas à noircir et à se dessécher, 
lorsqu’il n’a souvent pas atteint la grosseur d’un grain de blé. 

Si la chenille est inquiétée, elle quitte en hâte la fleur, en 
contourne l’extérieur, puis, si le danger lui paraît grandir, 
elle cherche à gagner une autre branche ou le sol, en se 
suspendant à un fil qu’elle produit, et qui s’allonge avec une 
grande rapidité. Si le calme se fait autour d’elle, elle 
remonte en se tortillant, l’abdomen relevé; le fil disparaît 
alors comme si l’insecte l’avait de nouveau emmagasiné. 

La chenille ayant acquis son plus grand développement 
se prépare à tisser son cocon à transformation. En nature, 
on trouve ce cocon dans le calice même des fleurs ; mais en 
captivité, elle quitte assez généralement la fleur pour aller 

1. Je ferai remarquer, et ceci n’a pas d’application, en ce qui concerne le professeur Penzig 
qui a bien évidemment étudié la chenille de ÏAcrolepia vivante, qu’il faut se méfier des 
déterminations faites sur insectes de tous ordres conservés dans l’alcool. J’ai été à même 
de constater relativement à la chenille qui nous occupe, et à sa chrysalide, et plus particu¬ 
lièrement encore pour la larve du Diptère Syrphus, que dans l’alcool, les délicates teintes 
vertes de ces larves disparaissent complètement, lorsqu’au contraire les teintes rosées 
s’accentuent. 


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228 


L’ORANGER ET LE CITRONNIER 


s’établir dans l’une des encoignures de la vitrine qui la 
renferme. 

Le berceau est d’un gris brun, à mailles tellement lâches, 
qu’on peut suivre facilement les phases de la transformation. 
Une fois enfermée, la chenille diminue de taille de manière 
à n’avoir plus que 0 m ,005 â 0 m ,006 de longueur. 

Des chenillles ayant commencé leur cocon les 20 et 21 
septembre ont donné le papillon les 26 et 27 suivants; le 
sommeil de la chrysalide a donc duré de six à sept jours. 

Au début, cette petite chrysalide de 0 m ,005 adhérente 
au fond de son cocon au moyen de ses onglets et d’un fil 
assez lâche mais résistant, a le fond du corps d’un verdâtre 
plus vif vers la tête ; le dessus et une ligne sur le devant 
sont d’un rouge pointillé assez prononcé ; puis, les teintes 
vert vif et rouges s’éteignent, et la chrysalide devient 
entièrement d’un brun clair verdâtre qui s’assombrit de 
plus en plus. 

Au moment de son éclosion, le papillon est presque noir ; 
ce n’est que plus tard qu’il pâlit, et que les dessins si varia¬ 
bles de sa robe apparaissent. 

On le voit immobile, les antennes collées au corps, les 
pattes ramenées en dessous, semblable à un petit fuseau 
noir, avec une espèce de crête sur la partie extrême posté¬ 
rieure des ailes étroitement enroulées. 

Lorsque la Tinéide est bien séchée, elle redresse ses 
antennes qu’elle porte alors en avant, et quelle agite conti¬ 
nuellement. Sa tête se relève, ses pattes s’allongent, elle 
procède à sa toilette lissant surtout ses antennes; à la 
moindre inquiétude, elle se déplace vivement par un petit 
vol saccadé; puis elle enroule de nouveau ses ailes, incline 
la tête, et rentre pattes et antennes. 

Les dessins des ailes de ce papillon varient beaucoup, et 
disparaissent même parfois complètement, pour faire place 


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» 

L’ORANGER ET LE CITRONNIER 229 

à une teinte générale gris souris plus ou moins claire, plus 
ou moins argentée. 

Voici quel est l’aspect général de cette Tinéide en bon état 
de conservation : 

Le corps est d’un gris souris presque argenté en dessous ; 
la tête est de cette même couleur, les yeux sont gros, les 
antennes très déliées et noirâtres atteignent le milieu du 
corps. 

En examinant avec beaucoup d’attention un certain 
nombre de sujets à l’état de repos, on peut dire qu’il existe 
à la naissance du prothorax une ligne noire formant un 
demi-croissant dont le sommet est cohtigu à la tête ; au 
premier tiers supérieur des ailes enroulées, presque à la 
moitié, on remarque une seconde tache noire représentant 
un A à sommet encrassé et sans barre transversale, dont les 
côtés embrassent l’ensemble des ailes, et dont le sommet est 
dirigé vers la tête. 

Plus bas existe une troisième tache noire ayant la même 
direction que la seconde mais plus vague de teinte. Enfin, 
la crête finale plus sombre de nuance que le fond gris des 
ailes, constitue une dernière tache assez distincte. 

Je ne parle pas des nombreuses mouchetures noires qui 
recouvrent les côtés des ailes. 

Les trois paires de pattes sont irrégulières en longueur; 
la seconde paire présente un éperon, la troisième en a deux. 
Elles sont annelées de noir sur fond gris, et plus particu¬ 
lièrement les tarses. 

Je n’ai été amené à étudier les chenilles du citronnier 
qu’à l’époque où elles causent, paraît-il, les dommages les 
plus appréciables, c’est-à-dire à la floraison d’août. 

Les observations du professeur Penzig portant sur une 
plus longue période de temps, je suis d’autant mieux disposé 
à accepter leurs résultats relatifs à la biologie de YAcrolepia. 


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L'ORANGER ET LE CITRONNIER 


citriy que le travail de ce naturaliste me semble avoir été 
fait avec la plus grande conscience. 

M. Penzig croit pouvoir affirmer qu’il y a trois générations : 
la première au printemps, en avril et mai, la seconde en août, 
et enfin la troisième en octobre et novembre ; cette dernière 
destinée à assurer la première de l'année suivante. Selon 
lui, l’hibernation se ferait à l’état d'œuf, et la génération la 
plus nombreuse, et par conséquent la plus nuisible, serait 
celle d’août, celle du printemps, gênée dans son dévelop¬ 
pement par les intempéries relatives de l’hiver, passerait 
presque inaperçue. 

Je trouve également dans le mémoire du professeur 
milanais que la première invasion du mal aurait été 
constatée en Corse sur les cédratiers, et que M. Panizzi 
l’aurait observée plus tard en Sicile. 

Comme moyen de destruction de cette chenille et des 
deux autres dont nous allons parler, M. Penzig conseille de 
ramasser et de brûler les fleurs attaquées, ce qui est facile, 
puisqu’il s’agit d’un arbre peu élevé et ayant un feuillage 
maigre. 

M. Panizzi avait proposé d’utiliser en infusion une plante 
qui croit spontanément sous le citronnier, le Solarium 
nigrum ou morelle à fruit noir qui passe à tort pour être 
vénéneux. Selon plusieurs autorités botaniques, non seule¬ 
ment le Solarium nigrum à fruit noir n’est pas vénéneux, 
mais il est comestible, ce dont je me suis assuré par 
moi-même, et très recherché à ce titre par les créoles de 
Bourbon fixés dans nos contrées. 

Il faut donc s’en tenir au moyen radical indiqué par le 
professeur Penzig. A ce moyen que j’ai vu employer à 
Menton, j’en ajouterai un autre : c’est de recueillir les herbes, 
toujours fort nombreuses qui poussent sous les citronniers, 
de les faire sécher, de les disposer ensuite par petits tas 


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L'ORANGER ET LE CITRONNIER 


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sous les arbres, et d’y mettre le feu à la nuit tombante. On 
assainira ainsi le champ, et on détruira un grand nombre 
de papillons nuisibles attirés par la lumière, sans compter 
les autres insectes qui se seront abrités sous ces appâts. 


II. — EPHESTIA GNIDIELLA (Millière) 

L’Ephestia gnidiella est une Phycide qui a été décrite 
par M. Millière 1 . 

Le savant lépidoptériste de Cannes lui a donné le nom 
spécifique de gnidiella parce qu’il l’a découverte pour la 
première fois sur le Daphné gnidium , arbuste assez com¬ 
mun sur nos coteaux. 

Cette chenille paraît être essentiellement polyphage, car 
on l’a rencontrée sur d’autres plantes encore. 

En ce qui me concerne, je dois établir que si je l’ai 
trouvée dans les fleurs du citronnier, j’ai constaté aussi et 
plus souvent, sa présence sous les amas blanchâtres qui 
sont dus au Dactylopius citri. 

Après avoir lu avec beaucoup d’attention les observations 
du professeur milanais relativement à cet insecte, je ne puis 
m’empêcher d’admettre que ce soit réellement celui trouvé 
à Menton. 

Selon moi, cette chenille dont le papillon éclos dans mes 
boîtes d’élevage, ressemble beaucoup à celui du professeur 
Penzig, et qui est positivement YEphestia gnidiella, est un 
peu plus grande que celle de YAcrolepia; elle en a la forme 
mais en diffère par sa couleur noirâtre sous laquelle perce 
de chaque côté une bande plus sombre encore, pointillée et 
comme marbrée. Cette chenille est poilue ; ses yeux même 
sont garnis de poils; sa tête est d’une couleur plus intense 
ainsi que le premier anneau thoracique; mise dans l’alcool, 

1. Millière — Iconographie , vol. h, page 308, pl. 83, flg. 4 à 9. 


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L’ORANGER ET LE CITRONNIER 


elle s’éclaircit comme teinte, et devient marron avec les 
bandes des côtés très prononcées. 

Elle est très vive, semble fuir la lumière, et est beaucoup 
plus longue à se mettre en cocon que la Tinéide. L’insecte 
se fait d’abord un abri lâche dans lequel il file un cocon 
impénétrable plus blanc que celui que produit YAcrolepia. 
Si la mise en cocon a été réellement longue, il en est de 
même du temps nécessaire à la chrysalide pour donner 
naissance au papillon ; il lui faut au moins neuf jours au lieu 
de six. 

Le papillon est plus grand ; il est gris foncé ; ses ailes au 
lieu d’être strictement enroulées en forme de fuseau, vont en 
s’écartant graduellement de manière à présenter un trian¬ 
gle très aigu. 

Le corps est gris souris argenté en dessous, un peu plus 
foncé de teinte en dessus ; l’abdomen est fortement garni de 
poils rappelant la disposition postérieure des ailes. 

Le dessous de ces ailes, aussi bien inférieures que supé¬ 
rieures, est gris cendré très brillant. 

Les ailes supérieures ne sont frangées qu’à leurs extré¬ 
mités et du côté intérieur seulement, leur teinte générale est 
un gris lie de vin à reflets métalliques; on y remarque deux 
dessins plus clairs, blanchâtres qui les traversent oblique¬ 
ment dans toute leur largeur en affectant différentes formes 
contournées. Lorsque le papillon a les ailes déployées, la 
teinte métallique lie de vin s’accentue davantage, mais les 
dessins s’éteignent et finissent, lorsqu’il a longtemps circulé, 
par disparaître en partie, laissant subsister seule, la teinte 
souris argentée du fond. 

Les ailes inférieures ont en dessus une teinte un peu 
plus sombre qu’en dessous; elles sont longuement frangées 
surtout extérieurement; une ligne un peu sombre sépare 
la frange du champ de l’aile. 


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L’ORANGER ET LE CITRONNIER 


233 


Les pattes sont d’un gris uniforme, rappelant la teinte 
générale du dessous du corps, ailes comprises. 

h’Ephestia gnidiella a près de 0 m ,015, ailes déployées, 
tandis que YAcrolepia citri ne mesure que 0 m ,010 à 0 ra ,012. 

Le professeur Penzig dit peu de choses touchant la 
biologie de ce papillon. Selon lui, il n’aurait que deux 
générations. 

L’habitat de cette chenille au milieu des amas de Coche¬ 
nilles, ne serait-il pas un indice qu’elle se nourrirait 
de ces insectes, et que par conséquent elle serait loin d’être 
nuisible au citronnier? C’est une question intéressante à 
élucider. 

III.— EUPITHECIA PUMILATA (Hb.) 

Après avoir constaté la présence dans les fleurs du 
citronnier d’une Tinéide et d’un Phycide, nous avons encore 
à enregistrer, comme vivant sur cet arbre, la chenille plus 
forte d’une Géométride ; et le fait est certain, puisque n’ayant 
encore aucune connaissance du travail du professeur Penzig, 
j’avais reconnu l’existence à Menton, de cet ennemi du 
citronnier. 

L’ Ephithecia pumilata est sensiblement plus grande 
que YEphestia qui, elle-même, est de plus forte taille que 
Y Acrolepia. 

De même que le papillon varie beaucoup dans les nuances 
et les dessins de ses ailes, de même la chenille présente 
des variations qui en rendent la description difficile. 

Le corps de cette chenille est comme celui de toutes les 
Géométrides, à peu près cylindrique. Ici les six véritables 
pattes existent, mais le dixième anneau et le douzième et 
dernier seulement présentent une paire de fausses pattes. 

Le fond du corps est jaune verdâtre avec lignes noires 
sur les côtés. 


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L’ORANGER ET LE CITRONNIER 


Au milieu du dos, on remarque une ligne noire du haut 
de laquelle partent deux autres lignes de même couleur, se 
dirigeant vers les côtés, et cela pour chaque anneau ; tout 
le corps est recouvert de poils assez clairsemés. 

La chrysalide, brun jaunâtre, est légère de forme. 

Les exemplaires de ce papillon que je dois à mon élevage, 
sont d’une couleur gris-jaunâtre, plus brillante en dessous 
qu’en dessus. Les yeux sont gros et verdâtres; les ailes infé¬ 
rieures sont marbrées de petites taches irrégulières noir⬠
tres, elles sont dentelées postérieurement avec une ligne plus 
sombre servant de base à la frange ; les ailes supérieures plus 
grandes et plus sombres de teinte, présentent la même ligne 
foncée à la naissance des franges ; sur leur champ on remar¬ 
que, outre les petits points des ailes inférieures, quelques 
dessins, les uns plus sombres, les autres plus clairs. 

En terminant la description très détaillée du papillon et 
de ses variétés, le professeur Penzig fait connaître que 
cette même espèce a été également rencontrée dans les 
fleurs et les fruits de la Globularia alypum, de YErica 
arborea, du Buxus sempervirens, du Rosmarinus oflîci- 
nalis , de la Clematis flammula et d’autres plantes encore. 

On pourrait donc dire que YAcrolepia citri seule est spé¬ 
ciale au citronnier, si je n’avais pas trouvé sur des feuilles 
de prunier à Moulinet, à 800 mètres au-dessus du niveau 
de la mer, c’est-à-dire bien au-dessus des orangers et 
citronniers, des cocons identiquement semblables à ceux 
de YAcrolepia qui m’ont donné des Tinéides ressemblant à 
s’y méprendre à celles du citronnier. 


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L’ORANGER ET LE CITRONNIER 


Ü35 


III. — DIPTERES 

Le colonel Goureau a fait connaître qu’une petite mouche 
rayée de jaune sur un fond bleu, vit à l’état de larve 
dans la pulpe des oranges ; elle aurait reçu le nom de 
Cerutitis hispanica (B.) ce qui indiquerait que l’observation 
vient d’Espagne. 

Je n’ai rien trouvé de plus détaillé relativement à cet 
insecte. 


IV. — COLEOPTERES 

On accuse le Curculionide noir et nocturne, Otiorhyn- 
chus meridionalis, qui ronge les jeunes tiges de l’olivier, 
d’attaquer aussi l’oranger. 

J’ai trouvé souvent dans les citrons tombés, et ayant 
séjourné quelque temps sur le sol, une charmante petite 
Nitidulide d’un jaune foncé, le Carpophilus mutilatus. 

Tout fruit tombé, dans certaines localités humides, qui 
présente à la partie touchant la terre, un petit trou rond, 
renferme cet insecte en nombre plus ou moins grand. 

Pour l’obtenir, il suffit de presser légèrement le citron, 
le Carpophilus sort aussitôt avec le jus, et sans être 
mouillé. 


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L’ORANGER ET LE CITRONNIER 


MALADIES DE L’ORANGER ET DU CITRONNIER 


I. — LA MORPHÉE 

Dans le travail que j’ai publié sur l’olivier 1 2 , j’ai parlé 
longuement de la Morphée en indiquant les moyens de 
défense qui ont été employés. 

Je pourrais donc, puisqu’il est reconnu que la Morphée de 
l’olivier, du citronnier, de l’oranger, du figuier, du laurier- 
rose, du yucca, etc., est identiquement toujours la même 
maladie, ayant même origine ; je pourrais, dis-je, me dis¬ 
penser de traiter de nouveau cette question, et renvoyer à 
mes précédentes indications ; mais je crois plus convenable 
de donner à nouveau, en parlant du citronnier et de 
l’oranger, quelques indications rapides sur le noir fléau 
qui les dépare et leur nuit. 

La Morphée (Fumagine), aurait été signalée pour la 
première fois en France sur les oliviers en 1787 par Bernard 
de Marseille. 

Selon cet auteur, la maladie proviendrait uniquement de 
la sève extravasée délayant les excréments d’une Cochenille : 
c’était soulever un coin du rideau*. 

En 1806, l’abbé Loquez dans un livre publié à Nice, 
traite longuement de la Fumagine, qui, arrivant d’Italie, 
dit-il, commençait à envahir les citronniers et les orangers 
de Menton, sans avoir encore atteint ceux de Nice, et qui 


1. Peragallo.— L'olivier, ses maladies, ses ennemis et ses amis,2* édition, Nice, 1883, f. 104. 

2. Dana son travail sur Nice et ses environs : 1843, f. 216, Roubaudi dit que cette mala¬ 
die est réputée venir d’une espèce de pou fécondé par un moucheron originaire de Rome où 
il se développa d’une manière extraordinaire lors des travaux entrepris pour le dessèchement 
des Marais Pontins, il conseille de frotter les branches et d’asperger les arbres avec de 
l’eau additionnée d’acide sulfurique. 


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L’ORANGER ET LE CITRONNIER 


237 


respectait à cette époque les oliviers ; il l’appelle une maladie 
cutanée semblable à la gale. 

D’après lui, ce serait le résultat d’un double parasitisme 
de la Cochenille et d’un champignon. Quant au Miellat qui 
est le début du mal, le champ propice pour la propagation 
du Cryptogame, il l’attribue à une extravasion des sucs 
propres des arbres par les blessures que font sur les 
feuilles les trompes acérées des Cochenilles. 

La question avait en peu d’années, fait un nouveau pas. 

En 1837, Guérin, dans son dictionnaire d’histoire natu¬ 
relle, dit en parlant de la Morphée « que l’arbre devenant 
« malade par l’effet de l’humidité ou des brouillards, est 
« envahi par la Cochenille. Il faut admettre, ajoute l’auteur 
« de l’article, ou que cette Cochenille produise elle-même 
« la maladie, ou quelle en soit simplement la cause. L’opi- 
« nion la plus répandue serait que cette infection serait le 
« résultat d’une sève dépravée par le sol humide, et que la 
« piqûre de la Cochenille, couvrant les feuilles et les brin- 
« dilles d’une matière visqueuse, y fixe les semences des 
v Byssus et des Mucros qui voltigent dans l’atmosphère. 
« Ce qui le prouverait c’est que la maladie n’existe pas 
« dans les localités battues par les vents, et sur les arbres 
« où n’apparaît pas le Gallinsecte. 

« La Cochenille arrive sur l’arbre languissant et s’y 
« multiplie rapidement; la sève déborde sous les piqûres; 
« elle se fige sur les feuilles en un vernis transparent 
« d’une douceur fade; la plante devient noire et la Morphée 
« qui s’est déclarée, arrête la croissance et la fécondité de 
« l’arbre en gênant sa respiration. * 

Il était réservé à MM. Rivière et Roze de donner les 
notions les plus exactes, celles qui peuvent être considérées 
comme définitives, sur la Morphée. 

« Depuis l’apparition du Dictionnaire de Guérin, deux 

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L’ORANGER ET LE CITRONNIER 


« camps se sont formés au sujet de cette question impor- 
« tante » disent MM. Rivière et Roze dans deux mémoires. 

« Le camp des entomologistes qui persiste à attribuer 
« l’origine du champignon à la présence de la Cochenille; 
« sans la présence du Miellat, point de Fumagine ; 

« Le camp des botanistes qui soutient que le champignon 
« seul constitue la maladie. » 

Mais suivant MM. Leveillé, Le Maout et Descaine (1868), 
la Fumagine n’est pas parasite de l’arbre, elle végète sur 
le léger enduit formé par l’excrétion mielleuse des Pucerons 
ou par les déjections des Cochenilles ; c’est donc aux Puce¬ 
rons et aux Cochenilles qu’il faut faire la guerre. 

Devant de pareilles autorités, se détachant du camp des 
botanistes, la cause des entomologistes parait gagnée. 

Enfin, M. Rivière soutient que le Miellat qui se couvre 
des germes ambiants du Cryptogame, proviendrait non pas 
comme le pensait l’abbé Loquez, d’un écoulement de la sève 
par les blessures faites à l’épiderme des feuilles par la 
trompe des Cochenilles, mais uniquement de leurs déjec¬ 
tions projetées en grande abondance souvent fort loin, ce 
qui expliquerait l’existence de la maladie sur des plantes 
où ne vit pas l’insecte, mais qui sont voisines de celles qu’il 
habite. 

J’ai déjà accepté cette solution en ce qui concerne l’oli¬ 
vier, je l’accepte encore pour l’oranger et le citronnier. 

Avant de passer aux moyens curatifs, je crois devoir 
consigner ici les résultats d’une expérience de cabinet qui 
tend à prouver que les Cochenilles projettent bien autour 
d’elles les sucs qu’elles ont enlevés aux plantes sur les¬ 
quelles elles vivent. 

Ayant enfermé dans une grande vitrine quelques bran¬ 
ches d’orangers couvertes de Fumagine et possédant de 
nombreux Lecanium vivants, j’ai fait constater par des 


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L’ORANGER ET LE CITRONNIER 239 

propriétaires de Menton, l’existence sur le fond de la 
vitrine, après un délai de vingt-quatre heures seulement, 
de très nombreuses gouttelettes d’un liquide visqueux, 
blanc et transparent, qui avaient été évidemment produites 
par les Lecanium , et qui, peu de temps après, se sont cou¬ 
vertes de Fumagine dont les germes étaient ambiants. 

Le fait de l’expansion par la Cochenille des sucs extraits 
de l’arbre, et qui ont traversé son organisme, ne peut donc 
être mis en doute ; et lorsqu’on remarque que parfois les 
plantes et même le sol, ombragés par un arbre envahi, 
sont dans l’espace d’une nuit, mouillés comme si une légère 
pluie était survenue, on ne peut qu’admettre l’importance 
des dommages occasionnés. 

Comme moyen curatif, M. Rivière indique les aspersions 
d’eau de chaux ; les fumigations de tabac, le soufrage par 
sublimation, le lavage et le brossage des feuilles, tiges et 
fruits, et enfin la suspension sous les arbres de faisceaux de 
paille imbibés de Coaltar conseillée par le docteur Signoret 
pour tuer ou éloigner les mâles ailés de ces insectes. A 
Menton, j’ai vu employer le pétrole et l’eau fortement 
vinaigrée pour le lavage des feuilles, et le brossage des 
branches. 

Dans son travail si complet, l’abbé Loquez donne les 
conseils ci-après qui datent de 1806, mais qui n’en sont pas 
moins appréciables. Supprimer l’excès d'humidité; planter 
moins serré; donner de l’air aux arbres; placer les engrais 
asez loin des troncs ; laisser les arbres s’élever ; mettre de la 
modération dans les arrosages; beaucoup d’eau donne du fruit 
mais nuit à l’arbre ; enfin, couper et brûler les branches infes¬ 
tées. Les annales de la Société entomologique de France 
font connaître (1883, f. 32) deux modes de traitement des 
arbres atteints de la Morphée dus à des savants étrangers : 
1° émonder les arbres attaqués et les asperger au moyen 


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L’ORANGER ET LE CITRONNIER 


d’une pompe-seringue, avec le mélange suivant : émulsion¬ 
ner dans huit parties d’eau une partie de pétrole et une 
partie de chaux grasse très finement triturée (Gennadius 
d’Athènes); 2° saupoudrer les arbres attaqués, pendant 
qu’ils sont mouillés par la rosée, avec de la cendre de bois 
non lessivée (L. Inzenga, directeur de l’Institut agronomi¬ 
que de Palerme). 

L’essentiel, pour résumer toutes ces indications, c’est de 
maintenir les arbres dans de bonnes conditions hygiéniques; 
d’éviter de planter dans les bas-fonds et dans les régions 
trop accessibles aux brouillards ; de supprimer toutes les 
branches malades et de détruire à la main le plus de Coche¬ 
nilles possible. 

il. — GOMME 

Pour l’oranger et le citronnier, ainsi que pour les pêchers, 
amandiers, cerisiers, abricotiers, etc., etc. ; la gomme est 
une véritable maladie, un signe certain de dépérissement. 
Toute branche qui donne de la gomme doit donc être coupée, 
car elle est morte ou va mourir *. 


LES AMIS DE L’ORANGER ET DU CITRONNIER* 

I. — SYRPHUS HYALINATUS (de Fallen) 

J’ai trouvé dans les fleurs des citronniers à Menton et à 
Roquebrune, d’assez nombreux exemplaires d’âges différents, 
d’une larve fort curieuse qui, à la présence constante autour 
d’elle de chenilles de YAcrolepia noires et desséchées, vit 

1. Selon M. Brioxi de Valence (Journal de Micographie , 1878, f. 321) la gomme des 
orangers serait nne maladie cryptogamique. 

2. Nous rappelons ici que nous avons fait des réserves relativement à la chenille de 
VBphestiagnidiella qui pourrait bien être plutôt utile que nuisible à l’oranger et au citronnier. 


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L’ORANGER ET LE CITRONNIER 


241 


évidemment aux dépens de ces chenilles, ce dont du reste, 
je me suis assuré dans mes vitrines d’élevage. 

De ces larves, une seule s’est transformée et m’a donné 
un Diptère, réputé déjà Aphidiphage comme toutes les 
espèces de son genre : c’est donc évidemment de toutes 
manières un ami du citronnier. Ce Diptère, d’après M. Bigot, 
est le Syrphus hyalinatus (de Fallen); l’exemplaire que j’ai 
obtenu est un mâle. Voici sa description dans tous ses états, 
excepté dans celui d’œuf : 

Larve. — La larve est d’un rouge velouté au début, puis, 
au fur et à mesure qu’elle grandit, le corps devient verdâtre 
avec un noyau rougeâtre ; enfin, au moment de son plus 
grand développement, c’est-à-dire lorsqu’elle a atteint la 
longueur de 0 m ,012 à 0 m ,015, elle est alors d’un vert vif, 
brillant et visqueux, beaucoup plus pointue vers la tête qui 
est un peu plus sombre de teinte. Sur la partie supérieure 
du corps il existe une tache longue, irrégulière, allongée à 
égale distance des deux extrémités ; elle est d’un vert blan¬ 
châtre mat ; au milieu du dos on aperçoit en transparence, 
une autre tache rougeâtre qui semble être produite par les 
viscères. Cette larve est apode ; sur le premier anneau on 
remarque deux taches noires peu distinctes; tout le corps 
est fortement ridé en travers, ce qui rend difficile de compter 
les anneaux. 

Pupe. — Peu de jours après, cette larve s’est aplatie 
contre le fond de la vitrine; puis, petit à petit, elle s’est 
ramassée au point de produire une pupe ayant tout au plus 
0' n ,007, très bombée et munie d’une espèce de queue. 

Cette pupe est d’un vert assez prononcé, plus clair au- 
dessous et à l’extrémité, avec des dessins noirs disposés ainsi 
qu’il suit : sur le devant, c’est-à-dire sur la partie bombée 
opposée à la queue, deux taches noires à peine distinctes 
formant sourcil de chaque côté ; puis plus en arrière, quatre 


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L’ORANGER ET LE CITRONNIER 


taches également noires disposées en carré ; puis encore 
vers la queue dans la partie claire, une grande tache noire 
en croissant, les cornes tournées vers la partie supérieure ; 
enfin, il existe une dernière tache noire longitudinale sur 
^a queue terminée par deux lobes; et de chaque côté de 
la pupe, un peu vers le dessus, une ligne noire et sinueuse 
occupant presque toute la longueur. La pupe, solidement 
adhérente, à plat sur le ventre et sur la partie inférieure de 
sa queue, semble construite en cire transparente. Six jours 
plus tard, la couleur verte avait à peu près disparu pour 
faire place à une teinte noirâtre ; on apercevait cependant en 
dessous, vers la partie voisine de la queue des nuances 
jaunâtres alternant avec d’autres noirâtres, indiquant la 
présence d’anneaux abdominaux de ces deux couleurs. Ces 
transparences jaunâtres sont devenues de plus en plus 
marquées jusqu’au dixième jour, époque à laquelle j’ai trouvé 
le matin, la pupe ouverte par la partie opposée à la queue, 
vide et à côté d’elle un Diptère de dimension deux fois plus 
grande ; contre l’une des parois de la pupe était encore 
adhérente, par un point d’attache imperceptible, la calotte 
qui avait été détachée par la mouche. 

Il est donc évident que le Syrphus hyalinatus de 
de Fallen est un parasite utile au citronnier, puisqu’à l’état 
de larve il attaque non seulement les Coccides, mais encore 
les chenilles qui vivent aux dépens des fleurs et des fruits 
de cet arbre; parasite d’autant plus précieux, qu’aux dires 
de M. Bigot, il est commun, ce que démontrerait du reste, 
le nombre relativemment important de larves de ce Diptère 
que j’ai rencontrées et recueillies, au milieu des fleurs du 
mois d’août. 

Insecte parfait. — Longueur du mâle, 0 ra ,0i4 ; avec 
les ailes allongées sur le corps, 0 m ,016 ; avec les ailes 
déployées, la largeur est de 0 m ,022. 


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L'ORANGER ET LE CITRONNIER 


243 


Tête de couleur sombre arrondie sur le devant, s’étendant 
sur les côtés presque en ligne horizontale ; par derrière, 
un tiers plus large que le prothorax. 

Deux yeux à nombreuses facettes d’un roux mat, séparés, 
sur l’occiput, par une ligne profonde, et en arrière par un 
bourrelet noir brillant. Ces yeux sont bordés de cils blancs; 
au-dessous, l’appareil buccal est d’un noir brillant. 

Antennes courtes, lourdes, d’un marron jaunâtre avec 
une soie assez courte. 

A 

Prothorax d’un vert sombre luisant, presque cuivreux, 
finement pointillé et poilu. 

Abdomen verdâtre en dessous, aussi long que la tête et 
le prothorax réunis; en dessus, le premier anneau supé¬ 
rieur est noir, avec deux points jaunes disposés l’un à côté 
de l’autre, horizontalement. Viennent ensuite deux anneaux 
jaunes bordés de noir; la bordure du bas remonte en pointe 
aiguë au milieu du jaune, sans cependant atteindre le som¬ 
met de l’anneau ; l’extrémité de l’abdomen est noire. 

Les ailes sont enfumées, presque noirâtres, irisées, pro¬ 
portionnellement courtes, presque parallèles jusqu’aux deux 
tiers de leur longueur, arrondies vers leur extrémité ; au 
repos, elles sont couchées complètement sur le corps, celle 
de droite recouvrant en entier celle de gauche. A travers 
leur transparence, on aperçoit les anneaux jaunes de l’ab¬ 
domen qu’elles dépassent sensiblement; déployées, elles 
laissent voir des nervures gracieuses un peu plus sombres 
que le champ. 

Les pattes postérieures sont noirâtres avec tarses roux ; 
les antérieures et celles du milieu sont noires du haut 

0 

jusqu’au milieu des cuisses. Le reste, tarses compris, est 
roux. 


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L'ORANGER ET LE CITRONNIER 


II. — CHALCIDIDES 

Nous venons de parler d’un Diptère dont la larve se 
nourrit des chenilles et des Coccides nuisibles au citron¬ 
nier. Il nous reste à faire connaître les véritables parasites 
de ces chenilles, c’est-à-dire, les insectes qui déposent leurs 
œufs dans le corps des chenilles vivantes, et dont les pro¬ 
duits sortent de la chrysalide. Cette partie de notre travail 
sera malheureusement très incomplète, car l’état de la 
science entomologique, ainsi que nous l’avons déjà dit en 
traitant de l’olivier, ne nous permet pas encore de donner 
des noms certains à toutes les petites espèces si nombreuses 
de Diptères, et surtout d’Hyménoptères qui sont reconnues 
parasites de certaines larves. 

Tout ce que nous pouvons certifier, c’est que dans nos 
vitrines d’élevage nous avons trouvé dans les chrysalides 
de nos Microlépidoptères, de très nombreuses petites mo¬ 
mies noirâtres, ou d’un vert sombre, qui ont donné nais¬ 
sance à de petits Hyménoptères de plusieurs espèces et de 
taille différente, évidemment de la famille des Chalcidides. 

III. — HEMEROBIUS CHRYSOPS (Lin.) 

Je terminerai ce chapitre du parasitisme par un fait 

très intéressant : c’est celui d’une chrysalide d ’Eupithecia 
pumilata qui a donné naissance à un Névroptère parasite, 
presque trois fois plus volumineux qu’elle, un Hemerobius 
chrysops. 

En effet, d’une chrysalide de cette Géométride en retard, 
et que j’allais ouvrir et jeter, est éclos pendant la nuit qui 
a précédé l’exécution projetée, un exemplaire de petite 
taille de ce Névroptère si généralement répandu et si mer¬ 
veilleux de conformation et d’aspect. 


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L’ORANGER ET LE CITRONNIER 


245 


Du reste les Hemerobius sont connus pour être Aphidi- 
phages. Il n’est donc pas étonnant que puisqu’il est constaté 
qu’un autre Aphidiphage, le Syrphus hyalinatus, vit aussi 
aux dépens des chenilles, les Hemerobius agissent de 
même, tout en se comportant autrement. 

Voici la description de Y Hemerobius qui m’est éclos 
d’une chrysalide de chenille nuisible au citronnier : il est 
identiquement le même, sauf la taille qui est moindre, que 
celui que l’on rencontre sur les oliviers, caroubiers et autres 
arbres. 

Complètement d’un vert clair très brillant en dessus, plus 
pâle et plus terne en dessous ; corps très allongé ; tête pointue 
en avant en forme de bec, avec des palpes longs; antennes 
presque aussi longues que le corps, y compris les ailes, très 
fines d’un vert irisé, toujours en mouvement de droite à 
gauche. 

Yeux très gros, à mille facettes d’un rouge cuivreux 
étincelant, qui deviennent noirs après la mort. 

Cou long, arrondi, divisé en plusieurs parties, plus étroit 
que la tête, et reposant sur des épaules franchement carrées. 

Abdomen légèrement relevé vers son extrémité. Ailes 
égales en longueur, au nombre de quatre, disposées au 
repos, en forme de toit, et si bien accolées l’une sur l’autre 
qu’on croirait qu’il n’y en a que deux; elles sont transpa¬ 
rentes, finement réticulées, bordées de poils courts, presque 
arrondies vers leur extrémité, et s’élargissent sensiblement 
en partant de la base ; leur couleur est un vert plus clair 
que celui du corps. 

Les jambes sont d’un vert plus jaunâtre; elles sont moins 
sombres cependant que les antennes; les tarses sont plus 
clairs. 


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IV 


LE CAROUBIER 


Le caroubier, Ceratonia, est compris dans la famille des 
Légumineuses et dans la sous-famille des Césalpinées. 

C’est un arbre méridional qui s’élève parfois à 12 mè¬ 
tres de hauteur, et dont la circonférence dépasse souvent 
25 mètres; il s’étale en s’arrondissant comme l’oranger. 

Il y a plusieurs espèces de caroubiers : 

C. sterilis : qui pousse dans les rochers, et donne beau¬ 
coup de fleurs, mais pas de fruits. 

C.vulgaris ou nostral: bois cassant; feuilles d’un vert 
remarquable; fruits longs, doux. 

C. latissima : à fruits larges et rares; tronc noueux; 
rameaux touffus; feuilles grandes; bois cassant. 

Le caroubier de nos pays est le C. siliqua (Lin.) qui 
fleurit en juillet, et ne produit que tous les deux ans. 

Voici sa description botanique : 

Fleurs sans corolle ; trois petits calices à cinq divisions ; 
cinq étamines distinctes, plus longues que le calice, portées 
par un disque charnu au centre duquel se trouve l’ovaire; 
fruit désagréable étant vert, sucré, assez agréable, étant 
mûr; formant une gousse longue, aplatie, rebordée, recour¬ 
bée, divisée par des cloisons en loges remplies d’une pulpe 
succulente, avec semence luisante et dure. Cette gousse est 
verte d’abord, brune ensuite; sa pulpe noirâtre et mielleuse 
est riche en alcool. 

Tronc raboteux ; branches tortueuses; cime étalée, arron- 


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LE CAROUBIER 


247 


die ; feuilles ailées sans impaire, composées de six à huit 
folioles, lisses, fermes, presque rondes ; fleurs mi-sexuées, 
naissant à la partie nue des vieilles branches, en dessous 
et aux aisselles des feuilles, en grappes raides d’un rouge 
lilas. Les fleurs mâles ont cinq étamines jaunes et un petit 
calice à cinq divisions ; les fleurs femelles ont cinq tuber¬ 
cules sans pétales. 

Le caroubier se multiplie par rejets dans les parties du 
littoral de la Méditerranée, rocheuses et fortement exposées 
au soleil ; on greffe le sauvageon à cinq ou six ans, et on 
obtient des fruits vers la huitième année. 

La loi turque accordait autrefois, dit-on, la propriété de 
l’arbre sauvage, à celui qui l’avait greffé. 

On peut aussi opérer par boutures en plantant dans des 
endroits plus frais, des branches de moyenne grosseur, qui 
portent des fruits plus promptement que les sauvageons. 

On peut enfin, en mars, pratiquer un creux de 0 ra ,40 de 
profondeur, qu’on remplit à moitié de fumier et de terre 
sous laquelle on enfonce sept à huit graines; on ne laisse 
que les deux plus beaux plans levés ; deux ans après, on 
arrache le moins vigoureux. 

Le caroubier pousse plus rapidement que l’olivier; il 
accepte des sols plus ingrats ; l’humidité lui est nuisible. 

Les propriétaires de caroubiers sont imbus de l’idée 
fâcheuse que cet arbre n’a besoin d’aucuns soins. Je conviens 
que la nature du terrain qu’il préfère rend sa culture difficile, 
et que sa rusticité, est une garantie. Mais je pense que, si 
par tin léger binage vous rendez l’arbre plus accessible à la 
pluie par ses racines; que si vous le débarrassez de son bois 
inutile ; que si vous enlevez des cavités de son tronc, le 
terreau rouge qui sert de refuge à tant de larves ; que si 
vous opérez les chancres qui le déparent ; que si, surtout, 
vous n’omettez pas de cueillir tous ses fruits si sauvage ou 


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248 


LE CAROUBIER 


mal venus qu’ils soient, vous aurez amélioré le rendement. 
Le fruit du caroubier mûrit à la fin de septembre. 

Cueilli avant maturité, ce fruit est nuisible aux bestiaux ; 
mûr, il les engraisse, et remplace l’avoine pour les chevaux. 
Les moutons, les bœufs en sont friands. 

En Pouille, en Sicile, en Grèce, en Russie et dans 
la Roumanie, des peuplades entières s’en nourrissent. 
Pendant le siège de Gênes, les troupes de Masséna 
furent heureuses d’en trouver de forts approvisionnements. 
C’est de caroubes, dit-on, que saint Jean se nourrissait 
dans le désert; d’où vient le nom de pain de saint Jean 
donné parfois à ce fruit. L’ile de Chypre en fait un si grand 
commerce, qu’en 1879 elle en a expédié pour 2,142,000 fr. ; 
Peglia, en Sicile, en exporte pour une plus grande valeur 
encore. Nice en a de grands entrepôts. 

Les graines produisent une teinture recherchée pour les 
laines. On en fait, dit-on, manger dans ce but aux chèvres 
du Thibet. Torréfiées on en obtient un café agréable. Le bois 
est employé en marqueterie à cause de sa couleur rouge. 

Comme combustible, il est peu estimé. 

Les feuilles, qui contiennent beaucoup de tanin, peuvent 
servir pour la préparation des cuirs. 

A la suite de l’énorme déficit qu’avait subie la récolte des 
vins, des industriels eurent l’idée de distiller le fruit du 
caroubier pour en obtenir de l’alcool. Une maison de Paris 
avait construit dans ce but, à Cette, une usine dont les frais 
d’établissement ont dépassé 500,000 francs. Les espérances 
conçues légèrement, avaient tellement accru la demande, 
que le prix de la denrée fut doublé ; mais le rendement 
ayant été reconnu insuffisant, et l’alcool obtenu n’ayant 
pu être débarrassé d’un goût désagréable qui en rendait 
l’écoulement difficile, le prix de vente du fruit retomba à 
son taux normal qui est de 12 à 13 francs les 100 kilos. 


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LE CAROUBIER 


249 


INSECTES ENNEMIS DU CAROUBIER 


I. — LÉPIDOPTÈRES 

Le fruit du caroubier, qu’on nomme caroube ou carouge, 
est attaqué par deux chenilles qui lui causent de véritables 
dommages. C’est d’abord une petite Tinéide que je une 
réserve d’étudier ; mais c’est surtout une Phycide, le 
Myeloïs ceratoniae (Z.) dont je donnerai la description 
d’après les échantillons que j’ai obtenus en vitrine : 

Longueur: ailes étendues O" 1 ,025; lie de vin, ailes supé¬ 
rieures d’un lie de vin clair mat, avec de fins dessins plus 
clairs, et large frange précédée d’une ligne de points noirs ; 
ailes inférieures d’une teinte plus claire, sans dessins appré¬ 
ciables, brillantes, avec nervures d’un brun rougeâtre, et 
ligne sinueuse de même couleur avant la frange qui est 
épaisse et générale. 

Ventre et pattes blanchâtres. 

Au repos, les ailes un peu en toit, un peu croisées les 
unes sur les autres, paraissent d’un gris brun et dépassent 
à peine l’abdomen. 

Voici ce que mes études particulières m’ont donné, 
relativement à ce joli petit papillon dont l’élevage est facile. 

Le Myeloïs ceratoniae se présente à nous sous deux 
aspects distincts, selon que les phases de son existence se 
passent en plein air, ou qu’elles ont lieu dans des magasins 
d’approvisionnement. 

Lorsque par la négligence d’un propriétaire, ou par 
l’existence sur des terrains incultes de caroubiers aban¬ 
donnés, la récolte de l’année n’a pas été faite en temps 
utile, ou a été faite d’une manière incomplète, on voit, vers 


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250 


LE CAROUBIER 


le mois de novembre, les siliques pendantes à l’arbre en¬ 
vahies par la chenille du Myeloïs. Le mal gagne de fruit en 
fruit, et on ne trouve bientôt plus sous la brune et dure 
écorce, qu’un amas de déjections au milieu desquels appa¬ 
raissent intactes, les graines luisantes que leur dureté a 
sauvées de la dévastation. 

Arrivée à l’époque de sa transformation, la chenille se 
laisse choir à terre en se suspendant par un fil, pour éclore 
en juin, au moment où le fruit va être assez avancé pour 
recevoir les œufs d’une nouvelle génération. Le fruit cueilli 
en octobre contient donc le germe de sa destruction. 

Dans les magasins, les caroubes venues de Chypre, de 
Sicile ou de nos régions, sont mises en tas ou en sacs. Une 
certaine fermentation s’établit; la pulpe est dévorée et lors¬ 
que la chenille du Myeloïs entrevoit que le moment de sa 
dernière transformation approche, elle quitte le fruit et 
n’ayant pas la terre pour s’abriter, elle se réfugie sous une 
poutre, dans un recoin obscur mais sec, et là, après s’être 
filé un cocon, elle attend à l’état de chrysalide le moment 
de l’éclosion. 

Il est probable qu’un grand nombre de Myeloïs périssent, 
mais il est certain aussi que quelques-uns gagnent la campa¬ 
gne, et vont infester les fruits pendants, ou même, qu’ils 
s’attaquent de nouveau aux approvisionnements. 

Les moyens préservatifs s’indiquent d’eux-mêmes. 

1° Il est essentiel de. veiller à ce qu’à la récolte des 
caroubes, il n’en soit pas laissé sur les arbres ; la négli¬ 
gence d’un seul propriétaire pouvant occasionner une cala¬ 
mité générale ; 

2° Il est indispensable aussi, qu’au lieu d’abandonner à 
la poussière et aux toiles d’araignées, leurs magasins de 
dépôt, les entrepositaires de caroubes remuent fréquem¬ 
ment leurs fruits, les changent de place, balayent avec soin 


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LE CAROUBIER 


251 


pour les brûler, les détritus qui couvrent le sol, tiennent 
les solives et les murailles en bon état de propreté, et que, 
par-dessus tout, lorsqu’ils vident un sac, ils brûlent les 
débris qui se trouvent au fond, et qui contiennent de 
nombreuses larves tombées du fruit. 

II. — COCCIDES 

Le caroubier a aussi pour ennemi, peu dangereux il est 
vrai, des Coccides dont nous allons parler. 

I.— GUERINIA SERRATULAE (Fab.)‘ 

Cette Cochenille est assez commune dans les anfractuo¬ 
sités du bois ; on la trouve aussi sur d’autres arbres dans le 
midi de la France. 

A la dernière partie de son existence, elle est enveloppée 

% 

dans une matière cotonneuse. 

Débarrassée de cette matière, elle apparaît sous forme 
allongée, ovalaire, presque parallèle sur les côtés. 

La serratulae a O m ,C04 à 0 ra ,005 de longueur sur 0 m ,002 
à 0 ra ,003 de largeur; elle est aplatie, d’un blanc rougeâtre, 
foncé ; pattes noires ; antennes noires aussi, de onze ar¬ 
ticles. 

La larve a six articles aux antennes : elle est ovalaire, d’un 
brun rougeâtre avec séries de filières sur le corps. A l’ex¬ 
trémité abdominale existent six à huit poils très longs avec 
deux beaucoup plus longs que les autres. Ecrasée, elle 
laisse dans les doigts un liquide rougeâtre gluant. 


1. Signoret — Annales de la Société entomologique de France, année 1875, f. 356. 


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252 


LE CAROUBIER 


II.— ASPIDIOTUS CERATONIAE (Signobet)' 

Cette Cochenille, qui ressemble sous tant de rapports à 
la Nerii qu’on rencontre un peu partout, doit-elle consti¬ 
tuer une espèce nouvelle? M. Signoret le pense et il s’appuie 
sur ce que le mâle n’offre pas la bande transverse aussi 
prononcée ; sur ce que le bouclier blanchâtre avec centre 
jaune est arrondi pour la femelle et allongé pour le mâle. 

III. — COLÉOPTÈRES 

On prend sous les écorces des caroubiers, dans les loca¬ 
lités bien exposées au soleil, un beau Coléoptère de taille 
moyenne, à robe métallique d’un bleu rougeâtre, ayant 
0 ra ,02 de longueur : c’est YUelops Rossii (Germ.), différencié 
du coeruleus (Lin.), habitant différents arbres, en ce que 
le dessous de son corps et ses pattes sont violets tandis 
que le coeruleus a ces parties noires. 

Les dommages que peut causer à l’arbre cet insecte, 
assez rare du reste, sont assez discutables en ce sens qu’il 
n’est pas démontré que sa larve s'attaque aux parties vives 
du végétal. 

Il en est de môme de quatre autres petites espèces de 
Coléoptères : le Trogosita Mauritanica (Lin.), le Silvanus 
advena (Wal.), le Silvanus fumentarius (Fab.), et YHypo- 
phloeus fasciatus (Fab.) qui sont assez communs dans 
ceux des fruits en magasin, attaqués par les chenilles de 
Lépidoptères. Il est probable que leurs larves doivent vivre 
des excréments et déchets de ces chenilles, et peut-être 
aussi aux dépens de ces chenilles elles-mêmes. 


1. Signoret — Annales de la Société entonxologique de France, année 1869, f. 118. 


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UNE ANCIENNE ET CURIEUSE CLOCHE 


A TOURETTES-VENCE 


Les vieilles cloches, comme les autres monuments reli¬ 
gieux de date ancienne, ont leur histoire et leur importance 
en épigraphie. 

En septembre 1881, un de nos confrères et de mes amis, 
M. P. Sénequier, juge de paix à Grasse, nous engageait à 
aller visiter, avec lui, aux environs de Tourettes-Vence, 
un ancien camp retranché, communément désigné sous la 
pittoresque expression de lou casteii deï gaï (le château 
des geais), élevé sur une de ces éminences rocheuses, si 
fréquentes dans ce pays, aux larges échancrures et aux 
vastes encroûtements calcaires, de forme irrégulièrement 
pentagonale et dont les blocs de pierre, énormes, ne laissent 
pas soupçonner à l’investigation humaine, par quels leviers 
nos ancêtres mouvaient et disposaient sur place ces maté¬ 
riaux de construction. 

Après avoir laissé cette étude à M. Sénequier, avec le désir 
qu’il voulût bien ajouter quelques pages aux mémoires, 
si intéressants, qu’il avait publiés sur d’autres monuments 
de l’âge mégalithique, dans l’arrondissement de Grasse, 
nous cherchions, dans le village, ce qui pouvait piquer 
notre curiosité de touriste et d’antiquaire, quand notre 
obligeant cicerone, M. Gourdan, curé de la commune, 
appela notre attention sur la plus petite des cloches de son 

18 


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254 UNE ANCIENNE ET CURIEUSE CLOCHE 

église, ayant appartenu, nous dit-il, à des templiers de la 
contrée, d’après une tradition locale et depuis longtemps 
accréditée. 

Quels sont les caractères de la légende, portée par cette 
cloche ? De quelle époque présumée sont-ils les signes ou 
tout au moins les indices? 

Comme l’indique] notre dessin de moitié grandeur (n° 1 
de la planche), exécuté, d’après un bon estampage, dû à 
M. Gourdan, cette légende dit, en trois mots, fragments 
de textes bibliques, que la voix du Seigneur résonne par 
cette cloche: Vox Domini sonat. 

Ces mots sont séparés par des points. Les lettres ont 
0 m ,025 de hauteur. Elles sont en relief, ainsi que le double 
toron, dans lequel sont compris, comme dans un cartouche, 
leur encadrement linéaire et les ornements variés qui les 
accompagnent. 

A part le u, \'x et l’s qui sont romains, les autres lettres 
ont conservé la forme gothique arrondie et les deux qui 
terminent le mot sonat sont accolées d’une façon bizarre *. 
Ainsi le trait horizontal du t se confond avec la barre 
transversale supérieure de l’a et sa haste se soude, par 
ses deux extrémités, au haut et au bas du premier jam¬ 
bage de cette lettre et s’en écarte, à sa partie médiane, en 
formant un angle. Dans l’espace, servant à fermer la direc¬ 
tion circulaire de cette légende, est une croix trilobée, à 
branches égales, dont les quatre angles rentrants de l’en¬ 
cadrement sont remplis par une petite croix de Saint- 
André, aux branches terminées par un seul lobe. 

Les ornements, que l’on voit dans les coins des autres 
encadrements, hors ou dans les lettres, sont figurés par 
des épis, palmes ou rameaux d’arbre ; par un croisillon 

1. Nous devons la lecture de ce monogramme à M. Sénequier. 


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A TOURETTES-VENCE 


255 


cantonné de quatre guirlandes dans l’intervalle des jam¬ 
bages du v , par une petite massue entre deux enroulements 
dans la boule du d et par deux moitiés d’annelets, affrontées, 
des deux côtés des i, avec un enroulement et deux rameaux 
à chacun des angles de l’encadrement. 

Les cadres, où sont disposées les lettres, sont inégaux 
et les intervalles, qui les séparent, sont aussi inégalement 
espacés. 

Une heureuse occasion nous a permis, en novembre 1883, 
de revoir cette cloche et un examen très attentif de cer¬ 
taines lettres nous a fait reconnaître qu’elles sont incontes¬ 
tablement représentées à l’aide d’un animal fantastique, 
équivalent à ceux dont l’iconographie chrétienne nous a 
conservé les types. Ici, il est anguiforme, avec aigrettes 
au dos et à la tête, et il tient au bout de ses longues pattes, 
les épis ou ramures dont nous venons de parler. Ainsi, 
pour former les o, deux de ces animaux décrivent une 
circonférence, en recevant, chacun dans sa gueule, l’extré¬ 
mité caudale de l’autre. Dans l’m, ils se regardent, portant 
entre eux trois de ces épis, et s’enlacent par la queue en la 
croisant symétriquement de manière à compléter la partie 
inférieure, bien modifiée, de la même lettre gothique. Dans 
les n, le trait horizontal supérieur du premier jambage est 
pris dans la gueule d’une de ces bêtes fabuleuses, dont le corps 
s’arrondit pour former les courbures du second jambage. 

Cette inscription, par la manière dont elle est exécutée, 
nous paraît le signe d’une époque de transition en quelque 
sorte et d’un commencement de renaissance, et il est 
évident que la tradilion qui, jusqu’à ce jour, a attribué cette 
cloche aux templiers et trouvé du crédit dans l’opinion 
d’hommes sérieux, est, pour cette fois, sans fondement. 

Mais, en admettant, même à la suite de notre des¬ 
cription, qu’il pût s’élever des doutes sur l’époque du 


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•256 


UNE ANCIENNE ET CURIEUSE CLOCHE 


monument, ils s’évanouiraient bien vite devant l’examen 
des ornements, annexés ou incorporés aux lettres, et de 
leur encadrement. Ces ornements, rappellent assez bien 
ceux qui décorent et même surchargent l’écriture des 
premières années de la renaissance et nous étions dans 
le vrai en assurant à M. Gourdan que sa cloche appartenait 
au milieu du quinzième siècle et, peut-être, au commen¬ 
cement du seizième. 

Quelques jours plus tard, en effet, notre opinion arrivait 
jusqu’à la certitude, par les témoignages écrits que nous 
voulions consulter : 

« On trouve parfois, dit M. de Caumont *, mais exception¬ 
nellement, aux quinzième et seizième siècles, des caractères 
fleuris qui ont un tout autre aspect que ceux des inscrip¬ 
tions précédentes. Des caractères semblables ont été em¬ 
ployés sur certains vases en métal et sur des cloches ; mais, 
je le répète, on peut les considéier comme exceptionnels. 
Il est souvent très-difficile de trouver un sens à ces ins¬ 
criptions, peut-être parce que les lettres sont entremêlées 
avec de simples ornements. » 

A l’aide de cette citation, empruntée à un homme qui a 
été, pour tous les anciens monuments de la France, ce que 
fut Pausanias à l’égard de ceux de la Grèce, nous sommes 
amené à avouer que, si la cloche de Tourettes eût eu la 
chance de recevoir la visite de cet archéologue, il n’eût pas 
manqué de dire d’elle sans exagération: «non-seulement, 
elle est une curiosité, ancienne et rare, mais même 
exceptionnelle , à cause de son style ornementé. » 

Demandons, maintenant, sur le même sujet, une appré¬ 
ciation plus technique encore, une vraie leçon de choses , 

comme on le dit si souvent aujourd’hui, à celui qu’on 

* 

1. Architecture religieuse , pag. 735, 737 et 738. 


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i 



A TOURETTES-VENCE 


257 


pourrait, avec raison, appeler le Vitruve de la science 
monumentale moderne. 

« A dater du seizième siècle, dit-il 1 , les cloches sont 
décorées de filets d’ornements, de rinceaux, de fleurs de lis, 
d’armoiries, de petits bas-reliefs représentant le crucifie¬ 
ment de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec la sainte Vierge 
et saint Jean, Jésus descendu de la croix entre les bras de 
sa mère, des sceaux de chapitres, abbayes, églises et 
donateurs. » 

« Les inscriptions, façonnées au moyen de filets de cire, 
appliqués dans les moules pour chaque cloche, pendant les 
treizième et quatorzième siècles, sont faites, à partir du 
quinzième, au moyen de caractères de plomb ou de bois, 
servant à imprimer chaque lettre sur une petite plaque de 
cire que l’on appliquait sur le modèle avant de faire le 
creux ; par suite de ce procédé, les lettres se trouvent 
inscrites, chacune dans une petite tablette plus ou moins 
décorée, ainsi que l’indique la figure 3 (2 de notre planche), 
copiée sur l’inscription de l’une des cloches de la cité de 
Carcassonne. » 

Nous terminons notre notice, dont l’épigraphie fait toute 
la substance et le côté vraiment intéressant, d’après les 
témoignages auxquels nous avons recouru, et nous tenons 
à rappeler que, le 14 février 1879, l’Académie des inscrip¬ 
tions et belles-lettres accorda les honneurs d’une discussion 
à une cloche de Valengins (Neufchâtel), du même âge que 
la nôtre, dont M. Tissot envoya à cette compagnie savante 
la légende. Le texte est à la fois emprunté à la langue 
latine et au dialecte de la Suisse romande ; mais le compte 
rendu de la séance, dont nous n’avons eu que des fragments 

1. Nous devons encore à M. Scnequier, et nous l'en remercions de nouveau, le dessin 
(n° 2 de la planche) et la citation de Viollet le-Duc (Dict. d'architecture française , tom. III, 
p. 285 ). 


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258 UNE ANCIENNE ET CURIEUSE CLOCHE 

par un journal, ne faisait pas connaître des lettres fleuries 
ou autres ornements. 

De l’exposé et des considérations qui précèdent, nous 
nous croyons autorisé à déduire les conclusions que 
voici : 

L’extrait de naissance de la cloche de Tourettes-Vence 
n’est pas, selon nous, dans la forme de son vase et de son 
cerveau , dont nous n’avons pas cru d’ailleurs devoir donner 
une description particulière. 

Il ne faut pas non plus le chercher dans les ornements et 
la forme des animaux fantaisistes de sa légende, composée 
à la fois de caractères romains et gothiques. 

Il ne peut être fourni, à notre sens, d’une manière 
certaine et notamment d’après la citation empruntée à 
M. Viollet-le-Duc, que par la confection typographique des 
encadrements, inégaux et inégalement espacés, des lettres 
de l’inscription, et la date de cette origine ne peut et ne 
doit être antérieure au milieu du quinzième siècle, époque 
généralement assignée à la renaissance des caractères 
mobiles et à la découverte de l’imprimerie. 

Nous soulignons à dessein le mot renaissance. Car, 
aujourd’hui, il est probable, par le témoignage de certains 
archéologues et de M. Descemet 1 entre autres, que les 
Romains ont dû appliquer des caractères mobiles à leurs 
inscriptions céramiques, à en juger par les dolia , nouvelle¬ 
ment découverts à Rome, au monte Testaccio , où des 
légendes contiennent, chose remarquable! des lettres dé¬ 
placées et même retournées. 

En conséquence, la cloche de Tourettes-Vence, par la 
légende, dont elle fait sa ceinture , pour nous servir de l'ex¬ 
pression de celle de Valengins, sa contemporaine,est épigra- 


J. Ch. Descemet, Inscriptions doliaires latines , p. 59. 


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A TOURETTES-VENCE 


259 


phiquement et historiquement, fort curieuse et présente une 
physionomie exceptionnelle ,dirait M. de Caumont, et peut- 
être unique dans notre département, croyons-nous devoir 
ajouter. 

Nous serions donc heureux et largement récompensé de 
la tâche que ce modeste mémoire nous a imposée, si, en le 
publiant, nous avions pu donner un regain de renaissance 
à un monument religieux de cette époque et concourir à 
la mise en œuvre d’une des principales attributions de 
notre Société des Lettres, Sciences et Arts, c’est-à-dire à 
l’entretien et à la propagation, dans notre département, des 
études d’épigraphie ancienne, les meilleurs auxiliaires de 
l’histoire des choses et des hommes. 

Antibes, 9 décembre 1883. 

D r P. Mougins de Roquefort. 


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EXCURSIONS ARCHÉOLOGIQUES 


LUCERAM 1 (Alpes-Maritimes) 

Le village de Lucéram est l’un des plus pittoresques de 
nos montagnes ; il est situé dans la vallée du Paillon, près 
de l’origine de ce torrent, et à. environ 26 kilomètres de 
Nice. 

Durante donne au nom de cette localité une étymologie 
plus que discutable lucus eram, sans tenir compte de la 
dénomination latine qui est Pagus Licirrum. 

Avant d’arriver au village, situé à la base du Gros-Braus, 
on rencontre, sur la rive gauche du Paillon, une chapelle 
en ruines qui, d’après la tradition locale, aurait été cons¬ 
truite par les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. 

Le pignon de cette chapelle existe encore presque en 
entier, avec son portail surmonté d’une baie circulaire. 

Le plan de cette église 2 forme la croix latine avec abside 
polygonale, ainsi que cela se rencontre fréquemment en 
Provence. 

La nef a 24 mètres de longueur ; elle est divisée en trois 
travées de 7 mètres de largeur ; une grande arche plein- 
cintre, encore existante, la séparait du chœur. 

Il y avait, au transept, deux chapelles latérales de 4 mètres 
de large sur 5 mètres de long.. 

Ces chapelles étaient éclairées par de longues et étroites 
baies plein-cintre. Les fenêtres latérales de la nef, au 

1. Dans sa séance du 2 mars 1881, la Société des Lettres , Sciences et Arts a autorisé 
M. F. Brun à présenter ce mémoire au concours de la Sorbonne. 

2. Voir figure l Te . 


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Fig. S. 



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EXCURSIONS ARCHÉOLOGIQUES 261 

nombre de quatre, deux de chaque côté, avaient, à peu près 
2 ra ,50 de hauteur sur 0 m ,50 de largeur. 

La porte principale, de forme ogivale, pouvait avoir 

• • 

4 m ,50 de hauteur sur 2 m ,50 de largeur. 

A 2 m ,20 au-dessus de cette porte se trouve une baie 
circulaire d’environ 1 mètre de # diamètre. (Voir le croquis 
fîg. 2). 

La clé de l’intrados de la voûte de la nef était à environ 
9 mètres au-dessus du pavé de l’église. 

Les bandeaux, au niveau des naissances, se composent 
d’une plate-bande et d’un lourd talon renversé. (Figure 3.) 
L’épaisseur des murs est de 0 m ,80 et celle des dosserets de 
0 ,n ,40. La largeur de ces derniers est de 0 m ,70. 

Cette construction de style barbare, aux moulures lourdes 
et massives, où le plein-cintre s’allie avec l’ogive, remonte 
au treizième siècle et peut être attribuée aux templiers, 
comme le veut la tradition locale *. 

Le village de Lucéram est presque entièrement composé 
de vieilles maisons du quinzième siècle. En entrant par la 
rue principale, on remarque un grand nombre de portes et 
de fenêtres de cette époque. Les portes présentent, en géné¬ 
ral, un caractère architectural particulier qu’il est intéres¬ 
sant de signaler : le linteau, d’une seule pierre, est posé 
horizontalement sur les jambages; sa partie supérieure 
forme trois courbes convexes reliées entre elles par deux 
courbes concaves. Partant des coussinets, une courbe très 
caractéristique du quinzième siècle, l’ogive en accolade, est 
simplement figurée en creux sur le linteau ; mais, chose 
bizarre, les courbures de cette accolade sont renversées 
dans le sens opposé à celui de l’accolade ordinaire et si 
ces courbes n’étaient simplement figurées, elles présente- 

1. Les ruines de cette chapelle ont été démolies il y a deux ans. 


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EXCURSIONS ARCHÉOLOGIQUES 


raient la disposition la plus barbare et la plus illogique au 
point de vue de la construction. (Voir figure 4.) 

Les coussinets sur lesquels portent les linteaux sont de 
formes très variées, mais quelques-uns sont d’un bon style 
et se terminent très originalement, par une sorte de demi- 
pyramide renversée. (Figure 4.) 

La fig. 5 représente le profil d’un coussinet d’un autre type. 

Partout, le fleuron qui surmontait la pointe de l’accolade 
a été martelé de telle façon qu’on en distingue à peine la 
trace. Cette mutilation a eu lieu à l’époque de la révolution 
de 1793, des exaltés ayant pris ces emblèmes pour des 
fleurs de lis. 

Pour arriver à l’église du village, on passe sous une 
porte en ogive et l’on suit un véritable dédale de rues 
étroites, aux maisons noires, de galeries voûtées, d’escaliers 
en ruine, le tout d’un aspect des plus pittoresques. 

L’église, consacrée à sainte Marguerite, date du quin¬ 
zième siècle, ainsi qu’en fait foi une inscription sur marbre 
placée à la base de la tour et que Durante déclare indé¬ 
chiffrable. Elle est, en effet, fort incorrecte mais cepen¬ 
dant lisible et voici sa traduction : 1 


Mille quater centum et octuaginta per annos octoque 
et décima octava luceque Junii : ad operis tantis Jacobus 
Bonfili et ipse. 

Largifluis manibus auctor fuit atque promotor. Johanes 
Bonfili presbiter. 

4487 et die sexto Junii incepta aucta que fuit hec ecclesia 
per me 

En l'année 1504 l’église paroissiale de Lucéram fut ache¬ 
vée et décorée par les soins de Jean Bonfils, recteur de la 
paroisse, ainsi que l’indique l’inscription gothique tracée en 

1. Les estampages de toutes ces inscriptions ont été relevés par nos soins et avec l’aide 
de nos confrères du Club Alpin. 


Christofer Margico. 


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EXCURSIONS ARCHÉOLOGIQUES 263 

noir à l’intrados de la voûte. Elle n'a rien de bien remar- 
quable ; la façade a été refaite à neuf et les fresques qui s’y 
trouvaient ont été recouvertes de badigeon. Durante prétend 
que c’était un ancien temple païen et que ces fresques 
représentaient des nymphes et des satyres, ce qui est 
absurde. Un vieillard de la localité nous a assuré qu’il avait 
vu ces fresques et qu’elles représentaient simplement le 
Songe de Joseph. 

On remarque dans cette église une peinture sur panneaux, 
du quinzième siècle, qu’il serait intéressant de pouvoir pho¬ 
tographier, mais cette opération exigerait le déplacement 
du tableau qui est fort mal éclairé. 

Au-dessus de la porte d’entrée de la sacristie se lit 
l’inscription suivante en caractères romains : 

SOLI DEO 

f PRIOR CAVDARASÆ VICARIVS LVCERÀMI 
PI VS A LIIS IMPIVS SIBI PIETATIS OPVS INSTITVIT 

- > 

» 

R 

ni 

A l'angle d’une maison du village, près de la place, à 
droite en montant la rue principale, on lit l’inscription 
suivante, tracée en grandes lettres gothiques en relief, 
entre deux mains coupées : 

Exemple a tota gent 

Plus val honor q'aaur ni argent. 

La légende veut qu’un bandit, à qui appartenait sans 
doute cette maison, ait dévasté le pays et pillé l’église. On 
lui aurait, pour ces méfaits, coupé les deux mains. 

Nous avons encore relevé l’inscription suivante sur la 
porte d’une des maisons du village : 

1570 CHRISTO ÀPERIATVR 
•i> DIAVOLO CLAVDATVR-B. 



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264 EXCURSIONS ARCHÉOLOGIQUES 

Tous les estampages ont été adressés à M. Edmond 
Blanc, pour son travail épigraphique sur la contrée. 

On remarque, dans la partie haute de la ville, un reste 
d’enceinte avec créneaux et meurtrières. A l’angle supérieur 
de cette enceinte se trouve encore, admirablement conser¬ 
vée, une tour de flanquement ouverte à la gorge. (Fig. 6.) 

Pour les personnes qui ne sont pas familières avec 
l’archéologie militaire, cette large ouverture béante ne 
s’explique pas au premier abord. C’est l’origine du bastion 
moderne. L’ennemi, maître de la tour, ne pouvait s’en 
servir pour attaquer l’intérieur de la place, à cause de cette 
grande ouverture qui le laissait à découvert ; d’autre part, 
les gardes étaient constamment et facilement surveillés et 
les approvisionnements de munitions devenaient plus faciles 
à faire, au moyen d’une simple poulie. 

Cette tour, outre la plate-forme supérieure et le terre- 
plein du bas avait deux planchers en bois, le tout mis en 
communication par des échelles en bois et des trappes. 

On remarque encore deux meurtrières au niveau du 
second plancher et une au niveau du premier. Le couronne¬ 
ment de la tour formait encorbellement sur des consoles qui 
avaient 0 m ,80 de saillie et étaient reliées entre elles par des 
arcs plein-cintre formant mâchicoulis. (Fig. 7.) Le parapet 
de la plate-forme supérieure est couronné de créneaux. 

L’épaisseur des murs est de l m ,50 ; le vide de la partie 
basse de la tour est de 2 m ,60 sur 3 m ,50 et affecte la forme 
d’une ellipse. 

L’entrée de cette tour est à 3 mètres au-dessus du sol. 
Elle devait communiquer avec les courtines par des ponts 
en bois dont les scellements se voient encore dans les murs. 

Une inscription lapidaire qui se trouve dans l’île de 
Lérins assigne une date à la construction d’une tour à 
Lucéram. Est-ce bien de celle-ci que l’auteur de ce texte 


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EXCURSIONS ARCHEOLOGIQUES 265 

étrange a voulu parler? Nous ne le citons que par pure 
curiosité. 

CIRCA ANNOS NOSTRAE SALVTIFERAE 
REDEMPTIONIS • SEPTVAGINTA QVINQVE 
SVPER TRECENTOS • TERTIO IAM COMPLECTO 
SOECVLO • ET • QVÀRTO PER TERTIAM PARTEM 

IAM ELAPSO. NARTIENTIVS 

TVRRIM CONSTRVXIT IN LVCERAMENSIS. 

IN ILLO TEMPORE ERAT CIVITAS ET SENATORES 
HABEBAT • IN ILLA • TABKRNACULA. 

Nous pensons qu’il est inutile de discuter un pareil texte 
qui attribue à un PAGVS le titre de CIVITAS et veut que 
cette bourgade ait eu des sénateurs. 

Au point de vue purement archéologique, il est du reste 
facile de se convaincre que, si c’est de cette tour que l’on a 
voulu parler, l’auteur de l’inscription l’a vieillie de plus de 
mille ans. 

Près de cette tour, vers l’ouest, et un peu plus bas, se 
trouve une ancienne porte dont l’arc en ogive seul est 
conservé ; elle est d’un effet des plus pittoresques, que nous 
avons essayé de rendre (fig. 8). 

Le village de Lucéram est l’un des points les plus inté¬ 
ressants de la contrée et nous avons pensé bien faire en 
commençant par lui nos études archéologiques sur les 
petites localités voisines de Nice. 

A tous les points de vue, nos montagnes des Alpes- 
Maritimes sont intéressantes à étudier et nous considérons 
comme une œuvre patriotique d’en signaler à nos conci¬ 
toyens et les beautés et les richesses. 


Nice, le 1 er mars 1S81 


Brun. 


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DEUX DOCUMENTS 

RELATIFS A L’ABBAYE DE LÉRINS 


QUELQUES MOTS D’AVERTISSEMENT 


Les deux pièces qu'on va lire et qui auront bientôt 
trois siècles d'existence, ont été fidèlement copiées sur 
les originaux que possède la bibliothèque Mazarine 
(n° 27,305). Restées à peu près inconnues jusqu'à, ce 
jour, elles nous ont paru assez intéressantes pour mériter 
d'être reproduites telles quelles dans les Annales de notre 
Société, à titre de renseignements sur une époque si 
différente de la nôtre, surtout en matière de foi l , et en 
outre comme matériaux propres à la composition d'une 
bonne histoire abrégée de l'antique et célèbre monastère 
de Saint-Honorat. 


A.-L. Sardou. 


1. Piété excessive et sotte crédulité jadis, scepticisme aveugle ou indifférence coupable 
aujourd’hui. 


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I 


LE SAINCT THRÉSOR DE LYRIN 

OU ABRÉGÉ DE LA CHRONOLOGIE DE l’aBBAIE ET VÉNÉRABLE MONASTÈRE 

DE S. HONORAT 

par Messire GASPAR AUGERI 

Prieur de Magagnosc, protonotaire du S. Siège. — A Aix, chez Iean Roize 
imprimeur de l’Université, à la place des Prescheurs. 1644. 


Ce monastère est un azyle et une maison de refuge où 
nous recevons l’accomplissement de nos prières ; c’est icy 
la porte du Ciel, par où les grâces viennent aux hommes : 
c’est en ce désert que l’on faict rencontre de l’Epoux qui 
se plaist parmy ces agneaux et ces âmes innocentes : ce 
ne seroit rien si je manquois à dire que c’est l’eschelle 
de Iacob, par laquelle les Anges vont et viennent du Ciel 
pour nous porter des agréables nouvelles de l’autre monde. 

Curieux, arrestez vos pas, ne cherchez pas plus loing le 
Paradis Terrestre, je vous l’offre dans nostre Royaume; 
ceste Isle est encore aujourd’huy ce jardin délicieux, de 
mesme que nos premiers parents ne sceurent autres fois 
demeurer dans Edain apres le péché, que ce séjour ne 
leur fut permis qu’au temps qu’ils furent en l’estât d’in¬ 
nocence. Ce lieu sanctifie si bien les hommes qui y entrent 
qu’ils ne sçauroient continuer en leurs pechez. Mais quel 
sujet aurions-nous d’estonnement si c’est icy le Royaume 
du Dieu sanctifiant ? si l’Amour y a estably son Empire? 


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268 


DEUX DOCUMENTS 


et si le S. Esprit y tient son siégé et sa cour? Nous sçavons 
qu’il se plaist d’estre sur les eaux, considérons-le doncques 
en ce lieu donnant ses ordres comme un Souverain. 

Parcourez tous les siècles, et je n’auray pas besoin de 
preuves plus authentiques que celles que vous tirerez de 
l’antiquité : nous sçavons qu’il a la direction de l’Eglise 
de Iesus-Christ, que c’est luy qui est l’intendant de ses 
finances : pourquoy ne l’admirerons-nous pas ? exerçant ses 
soins à promovoir ses enfans aux Offices qui vaquoient 
dans l’Eglise de Dieu, après qu’ils les avoit instruicts 
comme ils dévoient s’y gouverner. 

Au premier siecle à compter depuis la naissance de 
Iesus-Christ *, il sacra Sainct Honoré Evesque d’Arles, 
et après luy Sainct Hilaire : Sainct Eucher et Saint Iust 
Evesque de Lyon, Sainct Maxime Evesque de Riez, Sainct 
Loup Evesque de Troyes, Sainct Veran Evesque de Vance. 
Au second siècle le mesme Amour voulant pourvoir son 
bercail de pasteurs, choisit Sainct Cesaire pour avoir soin 
de l’Eglise d’Arles, Sainct Sifred de Carpentras, Sainct 
Apollinaire de Valance, Sainct Salonius de Vienne, Sainct 
Salvian de Marseille, Sainct Fauste de Riez. Le S. Esprit 
continuant les soins qu’il a de la conduicte de l’Eglise, 
subrogea pour faire ses fonctions à Arles, Sainct Virgile ; 
à Mets Sainct Arnoul, autres fois Duc de Lorraine, grand- 
pere de Charlemagne; en Avignon Sainct Agricol, à 
Paris Sainct Germain, environ l’an 600. 

Au septième et huictième siècle de l’Eglise, les hommes 
commençans de cognoistre la saincteté du lieu, vindrent de 
toutes parts pour se soubmettre à l’empire de l’Amour. Nous 
sçavons que S. Amand Abbé avoit la direction de 3000 
Religieux, que pour un jour 500 furent martyrisez soubs 

1. Messire Àugeri fait ici un anachronisme de quatre siècles : il aurait dû dire à compter 
de la fondation du monastère, l’an 410. 


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RELATIFS A L'ABBAYE DE LÉRIKS 26Ô 

l’Abbé S. Porchaire. Bernarius nepveu du Roy Pépin, 
quitta le monde pour s’enrollerparmy les sujets de l’Amour: 
Elduinus quitta l’Evesché de Lyon pour venir vivre soubs 
ses réglés ; Guillaume, Comte d’Antibe, vint se réfugier 
en ce monastère, apres luy avoir donné les bourgs de Can¬ 
nes et d’Arluc 1 l’an 900. Le Dieu des cœurs est si char¬ 
mant, qu’il estend son empire sans contraincte, et oblige 
les hommes à force de leur faire du bien à le recognoistre : 
l’Eglise l’appelle le Dieu des presens, des dons et des gr⬠
ces. Au dixiesme siècle les hommes, si semble, vouloient 
l’imiter et devenoient liberaux à force d’y estre obligez par 
ses divines liberalitez : on vid alors que tous les Princes 
et les Seigneurs s’efforçoient de donner ce qu’ils avoient de 
plus précieux; ce Dieu des flammes eschauffoit si bien leurs 
cœurs, qu’il les faisoit despouiller de toutes leurs richesses. 
Sainct-Iulien, la Roquette, Mougins, Valauris, le Revest, 
la Napoule, Clausonne, Pegoumas, Roquefort et Valbonne 
furent des presens que divers Seigneurs donnoient : il fau- 
droit plus de loisir pour pouvoir dire quelque chose de ceste 
matière, puisque le Monastère de Lyrin avoit de bien en 
18 Diocezes. 

Les siècles suyvans ont esté tous semblables aux premiers. 
Riez eut encore un Evesque de ceste Isle, Augeri estant 
esleu environ l’an 1100. S. Lambert fut sacré l’an 1154. 
Glandevez demanda Elzear l’an 1300. Frere Iean Tourne- 
fort fut esleu pour estre Evesque de Nice. Les corsaires 
voulurent ruiner ce Monastère, mais ils en furent chassez 
par les Provençaux qui accoururent de toutes parts au se¬ 
cours des Reliques. Louis de Hierusalem choisit l’Abbé 
Geofroy de Mont-esseu pour assister au Concile de Basle, 
d’où il fut député vers le Pape Eugene IV, qui le pourveut 

1. Ce bourg était situé dans la plaine de Laval au pied du tertre de Saint-Cassien du 
côté de la mer ; il fut détruit en 1360 par les bandes des Tard-Venus. 

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270 DEUX DOCUMENTS 

de l’Abbaïe de S. Germain des Prez lez Paris. Pie II tira 
André de Plaisance Moine de Lyrin pour le faire Evesque 
de Sisteron, l’an 1500. Et pour dire quelque chose de la 
suite des temps, en ce raesme siecle Leon X unit ceste 
Abbaie, qui estoit en commande, au mont Cassin, l’an 1515; 
et apres encore desunie en l’an 1590, reunie derechef par 
le pape Clement VIII, et enfin remise en Commande, par 
les malheurs de nos guerres dernieres l’an 1636. 

le n’ay rien dict de l’Evesque S. Anatolus, de S. Vin¬ 
cent Evesque de Xainte, de S. Magonce Evesque de Vien¬ 
ne, de S. Nazaire Evesque d’Arles, de S. Thomas Evesque 
de Tarantaise en Savoye, de S. Concorde Evesque d’Arles, 
d’Aiglerius Cardinal : il faudroit un volume entier si on 
vouloit tout dire, encore laisseroit-on de matière pour un 
autre. 

Les langues du Sainct Esprit, plus éloquentes que la 
mienne, preschent assez hautement la vertu de ces bons 
Religieux : il se faut taire quand un Dieu parle ; les cieux 
et tous les éléments publient la gloire de ceste Isle ; la 
mer la baise tous les jours, comme si elle rendoit son 
hommage à ce Dieu qui l’emprisonna dans ses limites, 
La terre arrosée du sang de tant de Martyrs, riche des 
sainctes despouilles de tant de Bien-heureux qu’elle enserre 
dans son sein, n’envoyé jamais que des parfums vers le Ciel, 
qui embaument l’air qu’on y respire. En attendez-vous 
davantage? Voulez-vous, parlant du langage d’Hilaire, de 
Cesaire, de Sidonius, d’Honorat de Marseille, d’Ennodius, 
que je die que ce Monastère est une terre béniste, une 
habitation consacrée, une congrégation fameuse ; c’est ne 
pas dire la moitié de ce qu’il faut : disons que c’est le 
camp de Dieu, la demeure d’une compagnie de Saincts, 
une consolation amoureuse, la maison du Seigneur, c’est 
dire quelque chose : mais appelons-la encore avec ces 


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RELATIFS A L'ABBAYE DE LÉR1NS 


an 


mesmes Autheurs, la fontaine des grâces ; pourquoy non, 
puisque le S. Esprit, qui en est la source faict en ce lieu 
sa résidence? Se trompe-t’on de l’appeler une demeure 
tres-heureuse, puisqu’e-est (sicj l’habitation d’un Dieu? 
Dit-on rien d’extraordinaire disant qu’elle est ceste cité 
glorieuse de l’Apocalypse, que cesle Isle est la- mere 
nourrice des Saincts, le bercail du Seigneur, la porte du 
Ciel? et qu’enfin la terre de laquelle nous parlons est 
saincte : pour parler avec le bon Iacob, qu’elle est un feu 
bruslant, que le Dieu des divines flammes brusle tout ce 
Desert par ces ardeurs. N’est-ce pas ce que le pape 
Eugene III vouloit nous dire : Et cum ipsius Insulæ 
littoribus applicuissent Sancti Moysis doctus exemplo, 
calceamentis è pedibus resolutis per ambitum Insulæ 
hujus nudis incedebat vestigiis, (ex lib. Ann. ex scriptis 
Insulæ LyrinJ. Ne consideroit-il pas ceste Isle avec des 
mesmes yeux que Moyse regardoit autres fois le buisson 
ardent, puisqu’abordant Lyrin, et voyant au milieu de la 
mer ceste terre embrasée sans se consommer, deschaussa 
ses souliers pour marcher à pied nud sur ceste terre saincte? 
La renommée de ceste Isle l’avoit obligé d’y passer 
lorsqu’il fuyoit de Rome ayant appris que le peuple 
Romain machinoit quelques mauvais dessein sur sa per¬ 
sonne, et se retiroit en France vers Sainct Bernard, duquel 
il avoit esté Religieux. 

Comme les Apostres, apres qu’ils eurent receu le Sainct 
Esprit, parloient de toutes langues, que chaque nation 
entendoit ce qu’on disoit : ici on void par un miracle 
continuel les peuples s’accorder par ensemble, les François 
et les Espagnols estre amis, les Niçars et les Piedmontois 
s’entr’aimer estans en ceste Isle. Le Sainct Esprit dispartoit 
tant de grâces au jour de ces grandeurs, qu’on y venoit 
de tous les costez de l’Europe. Messieurs de la ville de 


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272 


DEUX DOCUMENTS 


Pertuis et de Rians y vont encore toutes les années en 
Procession, bien qu’esloignez de trois ou quatre journées : 
Dieu se plaist à estre honoré en ce lieu, et on ne sçauroit 
dire toutes les merveilles qui se font à ceste occasion. Il 
semble que le Seigneur n’escoute volontiers les pécheurs 
qu’en ceste Isle, les malades changeans d’air en ce Monastère 
recouvrent la santé : la mer s’est souvent métamorphosée en 
crystal pour laisser aller delà l’Isle ceux qui ne trou voient 
point de bateau pour les y porter, appaisant ses orages et 
suspendant sa cholere, pour donner temps aux pèlerins de 
passer mesme à pied sec ses ondes. 

— Ici l’auteur saisit l’occasion d’appuyer ce qu’il vient de 
dire, en rapportant quelques-uns des nombreux miracles 
racontés par Raymond Féraud à la suite de son poème de 
la Vida de sant Honorât (Voir Annales de la Société des 
Lettres , .etc., t. III); et c’est par le récit de ces divers 
prodiges que messire Gaspar Augeri termine sa curieuse 
brochure. Deux de ces miracles ont plus particulièrement 
fixé notre attention comme tableaux de mœurs d’un passé 
lointain : nous les reproduisons ici à ce titre, d’après le texte 
provençal de Féraud, que nous avons fidèlement traduit et 
du mieux qu’il nous a été possible. 

I. — ROGER LE LÉPREUX, SIRE DE GUADALÉ » 

# 

Je vais vous dire, seigneurs, ce qu’il advint à Guadalé. 
Flavis, chapelain de ce lieu, avait auprès de lui trois enfants 
qu’il instruisait pour qu’ils devinssent plus tard religieux 
du monastère de Lérins, auquel leurs pères les avaient 
promis. 

1. Le Gdudelet sur le territoire de La Colle, ou La Gaude prés de la rive droite du Var ; 
cardans le récit d ? un autre miracle, il est question d’un homme de Guadalé qui, au mojen 
de deux mulets, faisait gratuitement passer le gué de ce fleuve aux pèlerins venant de Lérins 
bu y allant. 



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RELATIFS A L'ABBAYE DE LÉRINS 273 

Or Roger, seigneur de Guadalé, qui se trouvait atteint de 
la lèpre, ayant aperçu un jour ces trois enfants, beaux, 
frais, gaillards, pleins de santé, les fit enlever par ses gens 
et conduire dans sa chambre où on les égorgea secrètement, 
pour qu’au moyen d’un bain pris dans leur sang, le seigneur 
Roger fût guéri de sa lèpre. Mais à peine fut faite l’horrible 
entaille à la gorge de chacun des enfants, voici que chaque 
tête reprend sa position naturelle : la profonde blessure se 
ferme, les pauvres enfants se lèvent et se mettent à pleurer. 
Terrifié à cette vue, Roger se sent coupable et se voit 
menacé, comme châtiment, de la perte de tous ses biens, 
de sa vie même. Il se rend alors à Lérins avec les trois 
enfants, se confesse à l’abbé saint Amand 1 ; puis sur le 
conseil du digne abbé, il s’enferme dans un coin solitaire de 
l’ile, loin de toutes gens. 

Lorsque par les austérités auxquelles il s’était longtemps 
soumis sire Roger fut devenu homme de sainteté accomplie, 
saint Honorât lui apparut et le guérit de sa lèpre : après 
quoi saint Amand le revêtit de l’habit religieux;’et pendant 
de longues années, lui et les trois enfants servirent Jésus- 
Christ. Cependant tout le temps que les enfants vécurent, ils 
portèrent au cou les marques de leur affreuse blessure. 

II. — LE PRINCE ET LA PRINCESSE DE NARBONNE 

A LA TOUR ENCHANTÉE DE LA TURBIX 

Aux temps antiques vivait un géant nommé Apollon, 
grand savant, philosophe renommé et considéré comme un 
dieu par bien des gens, tant il était expert en astrologie et 
habile dans l’art de nécromancie. 

Après avoir infecté de cette doctrine l’Aragon et toute 

1. Abbé vers l’an 700. 


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274 


DEUX DOCUMENTS 


l’Espagne, il parcourut divers pays, exerçant partout ses 
artifices diaboliques; puis il s’achemine vers la Lombardie, 
s’arrête à la Turbie et y trouve dans une forêt du mont 
Agel, un lieu fréquenté par les démons et tout à fait propre 
à ses incantations. Il trace des cercles et les signes du 
zodiaque suivant la forme de la sphère; enfin il consulte les 
sorts et reconnaît que sa fin approche. Ne pouvant échapper 
à la mort, il veut du moins laisser après lui une œuvre qui 
rappelle éternellement sa science et son habileté ; et il 
construit par enchantement une grande tour ornée de 
colonnes de marbre et de statues 1 ; après quoi il évoque les 
démons et fait consacrer par eux une idole qui, par vertu 
magique, rendait raison de tout ce qu’on lui demandait. 
L’enchanteur Apollon place cette idole sur la tour, puis il se 
tue et se fait enterrer secrètement. 

Or, se rendaient de toutes parts avec empressement à la 
tour de la Turbie les maris jaloux, y menant leurs femmes 
pour éprouver leur fidélité; car l’idole fatale ne manquait 
jamais de déclarer hautement ce qu’il en était : aussi mainte 
femme se gardait-elle bien de tromper son mari, de peur 
d’être menée à cette tour de malheur. 

Aymès, prince de Narbonne, résolut d’y conduire sa femme 
Tiborc, dont il avait quelque raison de soupçonner la vertu. 
Ils s’arrêtèrent tous deux au monastère de Lérins, et la pauvre 
Tiborc eut la bonne idée de tout avouer à saint Honorât. Le 
saint la rassura et lui dit : « Chère fille, aie douleur et com- 
« ponction de ta faute, mais ne crains rien; car du moment 
« que tu t’en es confessée, l’idole ne sera pas si osée que de 
« parler mal de toi. » 

1. A l’époque où cette tour fut construite avec les débris des fameux Trophées (TAuguste, 
tout souvenir de l’occupation romaine s’était effacé dans l’esprit des habitants de la contrée; 
si bien que pour expliquer la présence en ce lieu.d’aussi prodigieuses constructions, les 
imaginations, ici comme partout ailleurs en ces temps de profonde ignorance, se donnèrent 
ample carrière dans le champ du merveilleux ; nul autre qu’un géant enchanteur n’avait pu 
élever une tour pareille ! 


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RELATIFS A L’ABBAYE DE LÉRINS 275 

Il coupa à l’instant un morceau de sa cagoule et le mit sur 
la tête de la dame, qui le recouvrit de son voile. 

Ayant terminé toutes ses dévotions à l’abbaye, Aymès 
monta à la Turbie avec sa suite et demanda à l’idole si 
Tiborc avait jamais failli à ses devoirs d’épouse. « La 
« princesse, répondit l’idole, est dame de grande vertu et 
« n’a un seul jour commis pareille faute. » 

Plus Aymès interroge l’idole, plus celle-ci persiste dans 
son dire. Le prince de Narbonne rend alors tout son amour 
à sa femme; et, joyeux l’un et l’autre, ils vont raconter 
l’heureux évènement à saint Honorât, qui les engage à ne 
plus, dorénavant, consulter le démon. 

N. B. — La légende ajoute que peu de temps après, 
saint Honorât fit démolir la tour de la Turbie par le père de 
Tiborc, sire Vivaut, marquis de Marseille; mais l’histoire 
nous apprend qu’au XVI e siècle le duc de Savoie, Emma¬ 
nuel-Philibert, fit restaurer la tour, depuis longtemps en 
ruines, ainsi que les fortifications de la Turbie, et que tous 
ces travaux furent détruits en 1706 par le maréchal de 
Berwick, en même temps que le château de Nice. 


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276 


DEUX DOCUMENTS 


II 

RECUEIL ET INVENTAIRE DES CORPS SAINCTS 

ET AUTRES RELIQUES QUI SONT AU PAYS DE PROVENCE 

la plus part desquels ont esté visite* 

par le Très-Chrestien Roi de France et de Navarre Lovys XIII, dit le Iuste, 

au mois de Novembre de l’année 1622 

par I. ARNOUX 

Advocat. A Aix, par Eatienne David Imprimeur du Roy, du Clergé et de la dicte ville. 

MDCXXXVI. 


[N.-B. Nous n’empruntons à ce petit ouvrage que la liste 
des reliques de l’abbaye de Saint-Honorat, liste publiée 
23 ans après celle que le moine Vincent Barralis avait insérée 
dans sa Chronologie de Lérins l . Comme ces deux docu¬ 
ments ne sont pas tout à fait identiques, nous croyons devoir, 
au moyen des notes au bas des pages, indiquer les addi¬ 
tions et les omissions que présente l’inventaire donné par 
Barralis, page 184 de la deuxième partie de son livre.] 

A L’ISLE DE SAINCT HONORÉ DE LIRINS 

Avant que d’escrire les Sainctes Reliques qui sont en 
cette Eglise, il faut sçavoir que cette Isle est toute environ¬ 
née de Mer, et est fort solitaire, et, pour ce elle fut choisie 
par S. Honoré Archevesque d’Arles, qui y fonda un Mo- 

1. Chronologia Sanctorum et aliorum virorum Illustrium , ac Abbatum Sacrœ Jnsutœ 
Lerinensis , etc. Lugduni, MDCXIII. 


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RELATIFS A L’ABBAYE DE LÉRINS 


277 


nastère, et lors de ladite fondation y avoit plusieurs bestes 
venimeuses, qui offençoient grandement ledit Sainct, lequel 
ayant faict Oraison à Dieu de lui oster ces bestes, il fut 
exaucé, et monta sur un Palmier qui y est encores admiré, 
et tout aussi-tost qu’il y fut dessus la Mer versa sur ladicte 
Isle, et emporta toutes lesdites bestes, et depuis en cette 
Isle il n’y a jamais eu serpent ny lézard, ny autres bestes 
rampantes et venimeuses . 1 

Il faut remarquer qu’on ne sçait creuser en nulle part 
des Isles qu’on ne treuve de l’eau salée, et cependant il 
y a un puits d’eau douce, qui est chose miraculeuse, encor 
que sont sortis de ce monastère plusieurs grands Saincts 
personnages, lesquels ont grandement honoré l’Eglise de 
Dieu. 

En cette Eglise y a du bois de la vraye Croix de nostre 
Seigneur, 

Une espine de la couronne de Iesus-Christ, 

Du sang de Iesus-Christ, 

Du suaire que nostre Seigneur fut enveloppé, 

De la colonne où il fut fouetté, 

De sa robbe blanche, quand Herodes le manda à Pilate, 
De sa Tunique, 

Du Sépulchre, 

Du bois de la table où fut faicte la Cene, 

Du berceau.* 

1. Tout cela est parfaitement conforme à la légende mise en vers provençaux l’an 1300 
par R. Féraud ; mais le texte de ce troubadour nous offre de plus un trait d’érudition tout 
à fait caractéristique de l’époque où naquit la légende. Deux des serpents, dit notre poète, de 
grosseur énorme et les plus terribles de tous, avaient l’un le nom de Lerys , l’autre celui de 
Rins y et c’est pourquoi l’ile fut appelée Ile de Lérins : 

Per io fom appellada en l’islla de Lérins , 

Car laj ns si nojrian le Lerys e le Rins 

2. Barralis donne en plus : 

De terra in qua cecidit sançuis tempore sui passionis 

De paUio in quo fuit revolutum evrpus Domini. 

De cera quando fuit prasentatus à sancto Simeone 


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278 


DEUX DOCUMENTS 


Des Reliques de la. Sacrée Vierge 

Il y a du laict sacré d’icelle, 

Des drapeaux *, 

Du couvre-chef, 

De la Tunique, 

Du suaire, 

Du Monument, 

De la peigne.* 

Des Reliques des Prophètes 

Il y a un doigt de S. Iean Baptiste, 

De son suaire. 

Des Reliques des Apostres. 

Il y a des os de Sainct Pierre et Sainct Paul, 

De S. André, et de sa main, 

De S. Iacques, et de S. Philippe, 

De Sainct Barthélémy, 

De Sainct Simon et S. Iude . 3 

Des Reliques des Innocents. 

Il y a un bras d’iceux. 

Des Reliques des Saincts Martyrs. 

Il y a des os de sainct Estienne Protomartyr, 

De sainct Denis Aréopagite, 

Une dent de Sainct Laurens, 

Des os de Sainct Vincens, 

De sainct Xiste Pape 4 , 

1. C’eftrà-dire des langes. De Cunobulis (Vinc. Barralis). 

2. De Capitergio (Y. B.) 

3. Barralis ajoute : De Lapidibus criptæ in qua capto Domino Aposloli latuerunt . 

4. Sancti Sixti Papn ( V. Barralis.) 


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RELATIFS A L’ABBAYE DE LÉRINS 


279 


De sainct Biaise Evesque, 

De sainct Zenon Evesque, 

De sainct Marcellin Evesque, 

De sainct Claude, 

De sainct Théodore, 

De sainct Anastase, 

De sainct Irenée, 

De sainct Iustin, 

De sainct Christofle, 

De sainct Iustinian, 

De sainct Faustin, 

De sainct Epimache, 

De sainct Benoist, 

De sainct Gordian, 

De sainct Félix, 

De sainct Porcayre Abbé dudit Monastère, Martyrisé 
avec cinquante 1 2 de ses Moynes en l’an 730. 

Et plusieurs ossements des autres Martyrs qui sont 
contenus au Catalogue dudit Monastère.* 

1. Cinq cents et non cinquante. L’avocat Arnoux a mal traduit le latin quingenti du récit 
de ce fameux massacre ; la liste de Barralis porte : et quingentorum monachorum eorpora 
euncta. 

2. Barralis donne en plus : 

S • Thomas Canturiensis de cilicio , ossibus , sanguine et infula. 

Sancti Luperici et Victorici , 

Sancti Agapiti , 

Sancti Nerei , S. Aquilei , 

Sancti Nicomedis, 

Sancti Cucuphati , 

Sancti Fastini, S . Fausti , 

Sancti Gricioni , S. Orphisii , 

Sancti Exuperati , S. Fortunati , 

Sancti Pétri martyris de sanguine , 

Sancti Exuperii , S. Candidi , 

Sancti Cricentiniani } 

Sancti Gricimaniy 

Sancti Viriani, S. Exubérant /, 

Sancti Orphisini , 

Sancti Leuticii et Sociorum , 

Sancti Placidi et Sociorum. 

Il ne donne pas sain/ Epimache ni sain/ Gorritoti. 


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280 


DEUX DOCUMENTS 


Des Reliques des Sa.in.cts Confesseurs 

Y est le corps de Sainct Honoré, fondateur dudit Monas¬ 
tère, relevé en une très-riche Chasse d’argent ornée de 
plusieurs pierres précieuses. 

Il y a aussi des os de sainct Grégoire Pape, 

De sainct Marc Pape, 

De sainct Brice Evesque, 

De sainct Eutrope Evesque, 

Une dent de sainct Lambert, 

Du manteau de S. Augustin, 

De l’huile du sepulchre de sainct Nicolas ', 

Des os de S. Maxime, Evesque de Riez, 

Le corps de S. Vincent, Moyne dudit Monastère, 

Le corps de sainct Antoine Syrin Moyne*, 

Des os de sainct Antoine Abbé, 

De S. Roman Abbé, une coste, 

De sainct Lenfrede, 

De la Tunique de sainct François d’Assize, 

Du Capuce de sainct Bernard Abbé de Clervaux. 8 
• \ 

Des Reliques des Sainctes Vierges 

Il y a des os de S u Marie Salomé, 

De saincte Marie Magdaleine. 

De saincte Agathe, 

1. De Oleo Sancti Nicolai Episcopi Miren (Y. B.) 

2. S. Antonii Ciri monachi corpus (V. B.) 

3. Le paragraphe de la Chronologie de Lérins qui répond à celui-ci en diffère quelque 
peu. On y trouve en plus les trois reliques suivantes : 

S . Turiani archiepiscopi Dolensis os ulnœ aliatum Parisiis anno Domini 1599 • 

Sancti Caprasii Abbatis corpus. 

S . Venantii , fratris S. Honorati patris nostri , corpus. 

Il j a deux variantes au sujet du pape saint Grégoire et de l’évêque saint Maxime: leurs 
reliques ne sont pas des os, mais c’est la tête du premier et deux dents du second. 

Enfin les reliques de saint Augustin et de saint Lenfrede ou Leofrede sont ainsi indiquées : 
De pallio ubi translatum fuit corpus S. Augustini à Sardinia Papiam. 

S, Leofridi Abbatis in Normania os ulnœ , aliatum Parisiis anno Domini 1599. 


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RELATIFS A L’ABBAYE DE LÉR1NS 


281' 


• De saincte Luce, 

' De saincte Apollonie, 

> Du Cerveau et du Suaire de saincte Eulalie, 

Des os des Compagnes de saincte Ursule l , 

De l’huile du Sepulchre de S u Catherine Vierge et 
Martyre, 

Du baston de saincte Brigide. 

En ceste Eglise il y a encor plusieurs autres sainctes 
Reliques incogneuës, en laquelle par le moyen de l’aus- 
terité du lieu, et respect des susdites S te ' Reliques, afflue 
grande quantité de peuple en dévotion, et particulièrement 
les Festes de la Pentecoste ; à chaque Festes d’icelles, les 
villes de Pertuis et de Rians y vont en Procession, quoy 
qu’esbignées de vingt ou tant de lieues. 

— On demandera peut-être ce que sont devenus ces vieux 
restes (le mot reliques n’a réellement pas d’autre sens) qui 
pendant des siècles ont été, de la part de populations entières, 
l’objet d’une profonde vénération ; et comment, bien que la 
plupart de ces restes, tels par exemple, que le lait de la sainte 
Vierge, son peigne, les langes de l’enfant Jésus, fussent 
évidemment tout à fait apocryphes, tous, sans distinction, 
aient été tenus pour de vraies et saintes reliques par le roi 
Louis XIII et par un homme de savoir comme devait l’être 
l’avocat Arnoux. C’est que la foi ardente et naïve n’y 
regarde pas de s’y près; et il est fort probable que ces 
mêmes reliques de Lérins, dispersées depuis longtemps un 
peu partout; reçoivent encore de nos jours l’hommage d’un 
assez grand nombre de croyants parfaitement convaincus 
de leur authenticité. Pauvre raison humaine ! « L’homme est 
ondoyant et divers. » a dit Michel Montaigne. Rien n’est 

1. La Chronologia de V. Barr&lis dit : Sociarum sanctœ Ursulœ de ossibus , allatis anno 
Domini 1504 et pars cranii dilata anno 1586 . 


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282 


DEUX DOCUMENTS 


plus vrai : en général nous flottons quelque temps entre 
deux extrêmes ; puis un beau jour nous nous cramponnons 
résolument, vous à l’un d’eux, moi à l’extrême contraire, 
sauf à passer plus tard d’un extrême à l’autre ; et cependant 
in medio virtus, nous crie un vieux proverbe latin, c’est-à- 
dire : au milieu le bon, le vrai, le juste. 


A.-L. S. 



* 


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BIBLIOGRAPHIE 


CARTULAIRE DE L’ABBAYE DE LÉRINS 1 

PUBLIÉ SOUS LBS AUSPICES 

DU MINISTÈRE DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE 

PAR MM. 

HENRI MORIS ED. BLANC 

Archiviste des Alpes-Maritimes. Bibliothécaire de la ville de Nice. 


Depuis l’apparition du VIII e volume de ses Annales, la 
Société a fait une publication d’une haute importance, 
celle du Ca.rtula.ire de VAbbaye de Lérins. 

Depuis longtemps cette publication était souhaitée par 
le monde savant. La Société des Lettres est heureuse 
d’avoir pu mener à bonne fin cette louable entreprise et 
d’avoir fait connaître in extenso un document qui doit 
fournir une mine si précieuse à l’érudition. 

Dans un inventaire des papiers de l’abbaye, rédigé au 
XVII e siècle, le Cartulaire de Lérins est ainsi mentionné : 
« Cotte P, fardeau 10 : Livre couvert de bois contenant 
cent cinquante deux feuillets de parchemin, où sont trans¬ 
crits toutes les donations faictes au monastère, achats, 
permutations, ventes, albergements, privilèges tant dudit 

1. Paris, Champion, 1884, vol. in-4*, 474, LII pp. 


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BIBLIOGRAPHIE 


284 

monastère que de ses despendances, commençant : « Carte 
cunclarum ecclesiarum Forojuliensis episcopatu. Sancta 
Maria Avinionis.» ; et finit par l’extrait de la bulle du 
pape Alexandre, par laquelle l’église S. Honoré de Gênes 
est donnée aux Pères Mineurs, et, en récompence, l’esglise 
et hospital S. Antoine est donné au monastère de Lérins ». 

Chaque fois qu’il est question du Cartulaire dans les 
quatre volumes dont cet inventaire est composé, la mention 
est toujours la suivante : « Livre couvert de bois, contenant 
cent cinquante deux feuillets de parchemin, cotté P au 
fardeau 10. » 

Ce manuscrit compte aujourd’hui 162 feuillets, et une 
reliure moderne a remplacé l’ancienne. 

L’ajout des 10 derniers feuillets, dont le premier est 
resté en blanc au recto, est donc postérieur au XVII e siècle. 
La plupart des chartes qu’il contient forment double 
emploi avec celles qui se trouvent déjà dans le corps du 
volume. Plusieurs copistes semblent avoir pris part à leur 
transcription. 

Le manuscrit se termine par quatre pages d’index géo¬ 
graphique du XVII e siècle. 

Dans toutes les marges du Cartulaire on lit des anno- 
tâtions qui semblent être l’œuvre de l’auteur de l’index, 
de Barralis, sans doute, qui les aurait rédigées au moment 
où il composait sa Chronologie des Saints de Lérins. 

Ces annotations marginales consistent soit dans la répé¬ 
tition du titre, soit dans l’analyse ou la date des chartes. 

Le Cartulaire est un manuscrit de 28 centimètre de lon¬ 
gueur sur 18 centimètres de largeur, du fol. 1 au fol. 153 
v°; à partir du fol. 154 r°, la largeur est de 18 e , 5. Il est 
réglé à la pointe sèche. L’interligne mesure environ 9 milli¬ 
mètres. On compte de 22 à 25 lignes par page, jusqu’au 
fol. 144 v°; la suite offre une irréguralité absolue dans le 


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BIBLIOGRAPHIE 


285 

nombre des lignes et dans l’interligne. La hauteur des 
lettres varie entre 2 et 3 millimètres. 

Jusqu’au fol. 144 v°, l’écriture est de la fin du XII e siècle. 
Quelques blancs, laissés par le premier copiste, ont été 
remplis à la fin du XIII e siècle et dans les siècles suivants. 
Du fol. 144 v° à la fin du volume, l’écriture change à chaque 
page. 

Les titres sont écrits en lettres rouges, généralement 
en tête des chartes, quelquefois en marge. La première 
lettre du premier mot de chaque charte est ombrée de 
rouge. 

Le chrisma n’est pas d’un emploi très fréquent; on le 
trouve au commencement de quatorze chartes. 

Le seing affecte parfois la forme d’une grille, surtout aux 
fol. 78 r° et 79 r°. Un fac-similé du texte joint au volume 
en offre un exemple. 

Les éditeurs ont reproduit de point en point le texte 
du Cartulaire, se réservant de signaler, dans l'introduction, 
les différences notables qui existent entre ce texte et celui 
des originaux que possèdent les Archives des Alpes- 
Maritimes. 

Les chartes sont généralement classées d’après l’ordre 
topographique, par évêchés : évêchés de Fréjus, d’Antibes, 
de Vence, de Nice ; églises d’Italie ; évêché de Riez ; églises 
entre la Durance et le Rhône ; chartes supplémentaires, se 
rapportant à toutes les divisions précédentes. Il faut noter 
toutefois que cet ordre n’est pas toujours très fidèlement 
suivi. 

Le texte est accompagné d 'Appendices et d 'Index. 

Les Appendices comprennent : i° La liste des archevê¬ 
ques et évêques de la province ecclésiastique d’Embrun 
et des abbés du monastère de Lérins du IX me au XIV me 
siècle, c’est-à-dire pendant la période qu’embrassent les 

20 


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286- BIBLIOGRAPHIE 

• • 

chartes du Cartulaire ; — 2° la première ligne de chacune 
des chartes. 

Les Index sont : 1° L’index chronologique, où les chartes 
sont disposées par ordre de date et analysées sommaire¬ 
ment ; — 2° l’index général des noms de personnes et de 
lieux; — 3° l’index des choses; —’4° un dictionnaire géo¬ 
graphique donnant l’identification de tous les noms de lieux. 

Cette publication est ornée d’une vue de l’abbaye de 
Lérins au XII me siècle, et d’un fac-similé d’une page du 
Cartulaire. 

La langue employée dans le Cartulaire de Lérins est un 
latin de basse époque, mélangé de roman, qui n’est ni 
meilleur ni pire que celui que l’on retrouve dans tous les 
documents du moyen âge en Provence. Ce serait peine 
perdue que d’y chercher l’application des règles les plus 
vulgaires de la syntaxe. Contrairement à ce que l’on cons¬ 
tate d’ordinaire, ces fautes existent aussi bien dans les 
originaux que dans le Cartulaire lui-même. Souvent, sans 
raison, on rencontre, au milieu d’une phrase latine, des 
membres de phrase en langue romane. 

D’autres fois la charte commence en latin et finit en 
roman, ou réciproquement. 

Les observations précédentes ne s’appliquent pas aux 
bulles ni aux privilèges accordés par les papes ou par les 
princes régnants. 

Les serments de fidélité sont rédigés presque toujours 
en roman. L’emploi de la langue vulgaire était là presque 
indispensable ; les autres actes, en effet, sont faits au nom 
de personnes sinon lettrées, du moins entourées souvent de 
secrétaires et de témoins à qui la langue latine était 
familière. Les serments au contraire sont prononcés par 
des paysans ignorants, quelquefois sans témoins ou en 
présence d’autres tenanciers non moins ignorants. Il était 


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BIBLIOGRAPHIE 


287 


donc naturel qu’ils parlassent leur langue, afin de com¬ 
prendre et d’être compris. 

Les formules employées pour le serment sont peu diffé¬ 
rentes les unes des autres ; c’est ordinairement par les mots 
suivants que le serment commence : Aus tu, (le nom de 
l’abbé), abbas que per za ma, mi tens, c’est-à-dire : écoute 
toi,... abbé, qui me tiens par la main. 

La langue parlée au XI me siècle à Lérins donne lieu à 
une remarque très intéressante relative aux transformations 
phonétiques ou orthographiques que peut subir une langue 
vulgaire. 

Nous voyons par exemple, dans la phrase citée ci-dessus, 
que l’article la est représenté par le groupe za, que l’on 
prononçait ça; nous retrouvons encore aujourd’hui, dans 
l’arrondissement de Grasse et surtout à Grasse, les formes 
sa man, sou can, sa fremo, sou cavau, pour la man , lou 
can, etc. On prétendait que c’était là une corruption récente 
qui s’était introduite dans le langage ; mais, avec le Cartu- 
laire, on pourra prouver désormais que cette corruption, si 
toutefois corruption il y a, date au moins du XI rae siècle, 
et qu’il est probable qu’elle est plus ancienne encore. Il en 
est de même du mot tens, que l’on prononçait fè-es, en 
nasalisant le premier e, pour tenes. C’est là une forme 
particulière qui n’a subsisté qu’à Grasse, et nous y trouvons 
une nouvelle preuve de la persistance des particularités 
phonétiques en dépit des systèmes orthographiques. Depuis 
plus de deux siècles, les Grassois écrivent tenes et pronon¬ 
cent tè-es, comme le faisaient, au XI rae siècle, les paysans 
de la région. 

Les termes étrangers sont d’une extrême rareté dans le 
Cartulaire; signalons cependant le mot arabe Zaf al bafal, 
qui désigne une sorte de tissu ( drapus optimus zafalbafal). 
Son explication semble se retrouver dans zaf ou saheb, 


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288 


BIBLIOGRAPHIE 


maître, l’article al, qui correspond à notre article le, et bafal, 
tissu, c’est-à-dire le maître des tissus, le drap par excellence. 

Signalons encore le terme hébreu ou plutôt syriaque 
Mammona, le dorique Zabulina, etc., que nous n’avons 
pas besoin d’expliquer, les dictionnaires ayant, depuis long¬ 
temps, donné leur signification exacte. 

Le style des chartes est lourd et incorrect. On peut citer 
deux passages en prose rythmée. Les citations des Ecri¬ 
tures sont très nombreuses. 

Les noms de personnes appartiennent à la nomenclature 
provençale et diffèrent peu de ceux des Cartulaires de 
Saint-Victor et de Grenoble. Les noms de lieux sont em¬ 
pruntés à la langue romano-provençale. 

Nous espérons que les quelques remarques que nous 
présentons ici donneront à nos lecteurs le désir d'étudier 
plus à fond le Cartulaire de l’Abbaye de Lérins. 

Le Comité de publication. ' 


I 

» 


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LISTE 


DES MEMBRES DE Hi-A_ SOCIÉTÉ 


PRÉSIDENTS D’HONNEUR 

M. le Général Commandant la 29 me division d’infanterie. 

M. le Préfet des Alpes-Maritimes. 

Mgr l’Evêque de Nice. 

M. le Maire de Nice. 

PRÉSIDENT HONORAIRE 

M. A.-L. Sardou, hommes de lettres. 

MEMBRES HONORAIRES 

S. A. S. Charles III, Prince de Monaco. 

M. le Recteur d’Académie d’Aix. 

M. Camille Flammarion, #, ❖ , astronome (1 er avril 1873). 

M. Gazan, O. #, >5s colonel d’artillerie en retraite (3 juin 1873), 

M. Gambart, C., ❖, consul d’Espagne (1 er avril 1876). 

M. César Daly, ifc, ❖, architecte, directeur de la Revue d’Architecture 
(16 février 1878). 

M. Fréd. Mistral, #, littérateur, Capoulié du Félibrige (16 juin 1878). 
M. Dele8trac, O., #, ❖, Inspecteur général des Ponts et Chaussées 
(16 octobre 1878). 

M. Victorien Sardou, O. #, membre de l’Académie Française (16 octo¬ 
bre 1878). 

M. Ch. Robert, #, membre de l'Institut (16 décembre 1878). 

M. Gustave Vallier, #, numismate à Grenoble (1 er mars 1879). 

M. William Boyne, numismate à Nice (16 mai 1879). 

M. R. Bischoffsheim, îfc, à Paris (16 janvier 1880). 

M. Cugnin, O, iflf, command* du Génie en retraite, 6. rue Vauquelin, Paris. 
M. Wahu, O. docteur en médecine, villa Albert, à Saint-Pons, près Nice. 
M. Niepce (Alexandre), docteur en médecine, à Saint-Raphaël (Var), 
(16 octobre 1883). 

Bureau de la Société pour 1883-1884 

Président : M. Usquin, #, ❖, directeur des Postes et des Télégraphes. 
Vice-Président : M. Deville, Homme de lettres. 

Secrétaire perpétuel : M. François Brun, I. architecte. 

Secrétaire : M. Henri Moris, Q, archiviste du département. 
Trésorier-Archiviste : M. Nœtinger, ❖, contrôleur des Contributions 
directes et du Cadastre. 


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LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 



MEMBRES TITULAIRES 


MM. 

Alfon8i, professeur d’italien au Lycée 
de Nice (3 novembre 1883). 

Ammel, rentier, boulevard du Pont- 
Neuf, 4, à Nice (1 er juillet 1884). 

Andrevs, (J.-B.), propriétaire, villa 
Pigautié, à Menton ^16 novembre 
1877). 

Arène (Edouard), négociant, place de 
la Liberté, 11 (4 novembre 1877). 

0 

Arnulphy ( Bernard ), docteur en 
médecine, place du Jardin-Public, 6 
(8 janvier 1877). 

Bailet (Victor), chef de division à la 
Préfecture (16 novembre 1882). 

Balestre, docteur en médecine, pro¬ 
fesseur agrégé à la Faculté de 
Montpellier, place Masséna, 3 (16 
juin 1876). 

Barbe, père, ancien maire de Cannes 
(3 novembre 1879). 

Baréty, docteur en médecine, place 
Saint-Etienne, 18(3 novembre 1875). 

Barrois, docteur ès sciences, direc¬ 
teur du laboratoire d’Histoire Na¬ 
turelle de Villefranche (15 mars 
1882). 

Bessat, premier président à la cour 
d’appel d’Aix (14 mai 1876). 

Blond, agent-voyer à Grasse (1 er sep¬ 
tembre 1858). 

Bonnal, docteur en médecine, rue de 
la Buffa, au Hammam (16 janvier 
1874). 


MM. 

Bousquet (le chanoine), >5* vicaire 
général de Vintimille, boulevard 
Rambaldi, 1, à Nice (1 er février 
1884). 

Brun (F.), I. architecte à Nice, 
membre fondateur, rue Saint-Etien¬ 
ne, 29 (14 novembre 1861). 

Cachiardy de Montfleury, conseiller 
général, maire de Breil, rue Gar- 
nieri, 7, à Nice (l« r juillet 1884). 

Chauvain (Pierre), rue Alberti, 18 
(16 juin 1876). 

Chevallier, architecte à Nice, 28, 
avenue de la Gare (15 mai 1873). 

Chiri8 (Edmond), #, manufacturier à 
Grasse (1 er décembre 1883). 

Chiris (Léon), sénateur, à Grasse 
(11 mai 1876). 

Collongues, ❖, docteur en médecine, 
rue Notre-Dame, 2 (16 décembre 
1874). 

Conduzorgues-Lairolle (E.), avocat, 
rue Longchamp, 7 (2 mars 1877). 

Coppet (G.-C. de), chimiste, à sa villa 
des Baumettes (19 février 1874). 

Corinaldi (E.), propriétaire, place 
Grimaldi, 2 (13 novembre 1868). 

Corporandy. docteur, 35, rue Giof- 
fredo (3 janvier 1883). 

Defly (A.), ancien consul, rue Saint- 
Etienne, 31 (2 mai 1877). 

Desforges, ancien notaire, Cap-de- 
Croix (16 avril 1875). 


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LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 


291 


MM. 

Dksjardin (P. A.), docteur en méde¬ 
cine, rue de Belgique, 2 (17 mars 
1879). 

Deslys (Charles), littérateur, cité du 
Parc, 12 (16 janvier 1881). 

Desprez, docteur en médecine, avenue 
de la Gare. 27 (16 février 1877). 

Deville (Louis), rue Garnieri, 8 
(2 février 1880). 

Dieudé-Defly (C.), architecte du dé¬ 
partement, rue de France, 11. 

Docteur (Louis), publiciste (16 mai 
1881). 

Domergues, littérateur, rue Delille, 5 
(16 avril 1875). 

Duchênb, #, inspecteur des forêts en 
retraite, à Perreux (Loire) (16 
avril 1883). 

Dumont (Eugène), #, villa Verdier (3 
novembre 1882). 

Durandy, #, ingénieur civil, prési¬ 
dent du conseil général, rue Saint- 
Michel, 10 (11 mai 1876). 

Elbel, #, compositeur, rue de France, 
31 (16 novembre 1882). 

Fama, député du Valais, promenade 
des Anglais, 71, à Nice (5 janvier 
1885). 

Faraut (Henri), docteur en médecine, 
rue Saint-François-de-Paule, 20 (16 
janvier 1874). 

Faraut (Frédéric) avocat, 20, rue 
Saint-François-de-Paule (15 mars 
1882). 

Favet, #, I.V. inspecteur d’Académie, 
route nouvelle de Villefranche, 
maison Béardo (1 er octobre 1880). 

Fontanes (de), avocat, rue de France 
(11 mai 1876). 


MM. 

Frémy, #, docteur, 15, rue Guber- 
natis (16 janvier 1883). 

Funel de Clausonne (A.), avocat, rue 
Gioffredo, 48 (5 décembre 1867). 

Gardilllon, professeur de rhétorique 
au Lycée de Nice (20 février 1885). 

Gilly (Jules), villa Giulia, montée de 
Villefranche (11 mai 1876). 

Gilly (Jules), pharmacien, place de 
la Liberté, à Nice (1 er mai 1884). 

Gonnet, directeur du Crédit Lyon¬ 
nais, à Nice (1 er décembre 1884). 

Grandvillibrs, docteur en médecine, 
avenue de la Gare, 8. 

Gruzu, docteur en médecine, villa 
Cécilia, route d’Antibes, à Cannes 
(16 novembre 1882). 

Gueirard, docteur en médecine, à 
Monaco (1 er juin 1882). 

Guiraud, docteur en médecine, avenue 
de la Gare, 39, Nice (1 er décembre 
1881). 

Halphen (Emile), 11, rueLongchamp, 
Nice (21 janvier 1882). 

Hanbury (Thomas), palazzo Orengo, 
Mortola (Menton) (4 janvier 1882). 

Harris, consul d’Angleterre, villa des 
Rochers, ancienne route de Ville- 
franche (17 mars 1879). 

Hearn (Alf.), villa Aurigo, à Menton 
(1 er mars 1884). 

HoneLtMeiss, rabbin du Temple 
Israélite Consistorial, rue Gioffredo, 
42, à Nice, (20 février 1885). 

Izalguier, (d’), ($, professeur libre et 
publiciste, rue Gioffredo, 47 (16 
avril 1877). 


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292 


LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 


MM. 

Jandin, président du tribunal de 
commerce, & Lyon (9 janvier 1878). 

Juge, ingénieur des mines, membre 
fondateur, rue Saint-Etienne, 24, 
(14 novembre 1861). 

Lagarrigub (F.-C.), Q, ❖ , consul de 
Turquie et de Portugal, rue 
Gioffredo, 54 (9 janvier 1866). 

Lambert, docteur en médecine, rue 
Garnieri, 5 (9 janvier 1878). 

Langlois, directeur de la librairie 
Galignani, 13-15, quai Masséna, à 
Nice (1 er juillet 1884). 

Lazard, #, ingénieur civil (16 janvier 
1881). 

Legalais-Verdier, rue Masséna, 34 
(I er octobre 1880). 

Légo (Albert), avocat, à Grasse (1 er 
juillet 1884). 

Lenval, (baron de), promenade des 
Anglais, 39 (mars 1879). 

Levylibr, rue Grimaldi, 5, à Nice 
(20 février 1885). 

Lurat (Jean-Prosper-Aristide) entre¬ 
poseur des tabacs, rue du Paillon, 1 
(16 janvier 1881). 

Macario, ❖, docteur en médecine, 
rue Croix-de-Marbre, 2 (17 novem¬ 
bre 1873). 

Magnier ( Edmond ), directeur de 
l'Evénement, boulevard des Italiens, 
10, Paris (15 février 1882). 

Marcy (Henri), t}, ❖, avocat,.ancien 
magistrat, avenue de la Gare, 19, 
h Nice (2 avril 1883). 

Marguet P., #, conseiller de préfec¬ 
ture en retraite, rue Pertinax (5 
février 1863). 


MM. 

Martin (Aimé), négociant, conseiller 
général, rue Palermo, 1 (16 avril 
1879). 

Martinet, professeur au Lycée (1 er 
février 1883). 

Masse, notaire, rue du Pont-Neuf, 7 
(12 avril 1876). 

Maurin, docteur en médecine, 

rue Papacin, 8 (16 octobre 1876). 

Médecin (Alexandre), avocat, docteur 
en droit, place Saint-François, 2, à 
Nice (5 janvier 1885). 

Moriez, docteur en médecine, rue 
Gioffredo, 54, à Nice (1 er décembre 
1884). 

Morin, O. #, chef de bataillon en 
retraite, rue Gioffredo, 42, à Nice 
(1" mai 1883). 

Moris (Henri), Q, archiviste du dé¬ 
partement des Alpes-Maritimes (15 
mars 1882). 

Nash (James), directeur du collège 
Anglo-Américain, route de France. 
Nice. 

Niepce (père), O. #, docteur en méde¬ 
cine, quai Masséna, 5 (16 février 
1865). 

Nœtinger (Fernand), ❖, rue Saint- 
François-de-Paule, 7 (16 février 
1881). 

Pacblli, professeur, avenue de la 
Gare, 37. 

Peragallo, 1$, directeur des con¬ 
tributions indirectes, rue Pastorelli, 
18 (15 décembre 1877). 

Planat, docteur en médecine, direc¬ 
teur de l’hospice de Saint-Pons (7 
avril 1881). 


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LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 



MM. 

PollonnàI8 (Désiré) #, y, conseiller 
général, maire de Villefranche (16 
mai 1881). 

Pontremou (Aaron), négociant, rue 
Sainte-Réparate, à Nice (17 dé¬ 
cembre 1883). 

Prbire, avoué, ancien juge de paix, 
rue du Pont-Neuf, 1 (3 novembre 
1879). 

Proll, docteur en médecine, directeur 
des eaux de Gastein (Autriche), rue 
du Temple, 20 (16 janvier 1874). 

Quéry, pharmacien, quai Saint-Jean- 
Baptiste (17 décembre 1883). 

Quod, #, médecin en chef de l'hôpital 
militaire, rue du Collège, 4, & Nice 
(15 décembre 1884). 

Ramakers (Tristan), chef de ba¬ 
taillon en ' retraite, rue Gioffredo, 
48, k Nice (16 juin 1883). 

Récipon, #, député, rue de France, 98, 
villa Krohn (16 janvier 1881). 

Régnier (Antony), artiste peintre, à 
Marseille (1 er mars 1876). 

Roissard de Bellbt, place Mas- 
séna, 2 (II mai 1876). 

A.-L. Sardou, y, *, ancien chef 
d’institution, rue Adélaïde, 3 (19 
mars 1868). 

Salle, architecte, à Nice (1 er décembre 
1884). 

Sauniers (Paul) $?, littérateur, quai 
Masséna (16 janvier 1881). 

Schmeltz, docteur en médecine, rue 
Gioffredo, 46 (3 janvier 1880). 

Schouvaloff (comte P.), villa Monti- 
cello (1 er juin 1878). 


MM. 

Stbinbruck, hôtel d’Angleterre, place 
du Jardin-Public (16 juin 1876). 

Sturge, docteur en médecine, rue 
Longchamp, 9 (21 janvier 1882). 

Teysseire, météorologiste, & Nice 
(1 er décembre 1883). 

Thaon, docteur en médecine (3 no¬ 
vembre 1875). 

Tiengou des Rovaries, rue de la 
Paix, 1 (16 février 1878). 

Torreii.le (Alphonse), docteur en mé¬ 
decine, conseiller général à Vence 
(1 er juin 1882). 

Tribes, avocat, rue Gioffredo, 54, à 
Nice (16 février 1884). 

Troque, docteur, avenue de la Gare, 
21 (16 février 1880). 

Usquin, #, ❖, directeur des Postes 
et des Télégraphes, villa des Oran¬ 
gers, rue Meyerbeer prolongée (1 er 
mai 1880). 

Vialb. banquier et consul des Etats- 
Unis, Menton (21 janvier 1882). 

Vigan, ifr, ingénieur en chef des 
Ponts et Chaussées du département, 
place d'Amérique, 31, à Nice (17 
décembre 1883). 

Vivier, #, artiste, rue Cassini, 18, à 
Nice (1 er février 1884). 

West, docteur en médecine, profes¬ 
seur à l’Université de Londres, 
promenade des Anglais, 29 (15 

mars 1882). 

_ # 

Wilson (Thomas), consul des Etats- 

Unis d’Amérique, promenade des 
Anglais, 91, à Nice (l* r mars 1884). 


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294 


LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 


MEMBRES CORRESPONDANTS 


MM. 

Alaux, professeur de Faculté, a 
Alger. 

Azaïs (Gabriel), littérateur à Béziers. 

Bacquias, docteur en médecine, député 
de l’Aube, à Troyes. 

Barbier, ancien bibliothécaire du 
Louvre, à Paris. 

Baldy, ancien proviseur à Beauvais. 

Bedollière (de la), capitaine de fré¬ 
gate (1 er juillet 1884). 

Bélin (Gaspard), homme de lettres, à 
Lyon. 

Bénard, secrétaire en chef de la mai¬ 
rie, à Boulogne-sur-Mer. 

Berluc-Pérussis (de), président de la 
Société académique, à Aix, rue 
Cardinale, ou au château de Por¬ 
chères, par Forcalquier. 

Berbezio (Victor), auteur dramatique, 
à Turin. 

Beuf (Charles-Joseph), à Vallauris. 

Bon aparté-Wysb (Will. Ch.), litté¬ 
rateur et propriétaire en Irlande. 

Bonfils (Stanislas), conservateur du 
musée, à Menton. 

Bottin, receveur des postes et télé¬ 
graphes, à Saint-Vallier-de-Thiey, 
(Alpes-Maritimes). 

Bourelly (Marius), littérateur, ma¬ 
jorai du Félibrige, boulevard de la 
Liberté, 31, à Marseille. 

Bourgujgnat, #, géologue, à Saint- 
Germain-en-Laye. 


MM. 

Brown de Colshoun, #, capitaine de 
vaisseau (1 er juillet 1884). 

Cais de Pierlas (comte), via délia 

Rocca, à Turin (1 er juillet 1884). 

• 

Cabrol, (docteur), O. ❖, à Paris. 

• 

Cassagne, (Armand), artiste peintre, 
rue du Bac, 12, à Paris. 

Cazenave de la Roche, docteur, à 
Menton et aux Eaux-Bonnes. 

Chevrier (Jules), directeur du Musée 
de Châlon-sur-Saône. 

Champoiseau, consul général de France 
à Turin (1 er juillet 1884).' 

Chiris (M.-A.), employé des Postes, 
à Grasse. 

Croizier (de), consul de Grèce, à 
Versailles. 

Desjardins (Tony), «£, président de 
l’Académie de Lyon. 

Didier (l’abbé), directeur du petit 
séminaire de Brignoles. 

Ducoux, docteur en médecine, à Mar¬ 
seille. 

Duhamel, archiviste du département 
de la Corse. 

Duchesne de Saint-Léger, à Poitiers. 

Durbnnb, #, maître de Forges, rue 
de la Verrerie, 20, à Paris. 

Dubarle (Achille), homme de lettres, 
à Boulogne-sur-Mer. 

Faraut (Félix), ingénieur civil, à 
Saigon. 


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LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 


295 


MM. 

Gaugubt (Elie), libraire-éditeur, rue 
de Seine, 26, à Paris. 

QrkLlety, docteur en médecine, rue 
Lafayette, 137, & Paris. 

Grimaldi, pro-secrétaire de S. E. le 
cardinal Pitra, à Rome (3 novembre 
1884). ’ 

Heillmann, conservateur du musée 
de Cannes (3 novembre 1884). 

Henry, docteur en médecine, & Fon- 

• tainebleau (16 octobre 1884). 

Hbuzry (Léon), #, conservateur au 
Musée du Louvre. 

Jolivot (Ch.), I. y, ❖.secrétaire du 
gouverneur général de la princi¬ 
pauté de Monaco. 

Lecocq (Georges), avocat, à Amiens. 

Lbscouvé, #, premier président & la 
Cour d'appel de Limoges. 

Le Roy (Fernand), Q, ❖, sous-préfet 
de Meaux (1 er mai 1884). 

Lieutaud (V.). Cancelié du Félibrige, 
à Volonne (Basses-Alpes). 

Livbt (Ch.), Q, ❖ , homme de 
lettres, à Vichy. 

Lodois Latoste, secrétaire des com¬ 
mandements de la princesse de 
Lusignan, à Paris (1 er décembre 
1884). 

Lombard (Alexandre),à Genève. 

Luigi, pasteur évangélique à l'école 
de Sainte-Philomêne, près Nice. 

Macé, docteur en médecine, Aix-les- 
Bains. 

Maqubt (Adrien Ernest), i}, membre 
de la Société Académique de Ver¬ 
sailles, à Marly-le-Roi (Seine-et- 
Oise). 


MM. 

Maupassant (Hervé de), à Cannes 
(3 novembre 1884). 

Mazard, #, conservateur de la biblio¬ 
thèque du Musée de Saint-Germain. 

Milliers, naturaliste, à Cannes. 

Mougins de Roquefort (Eugène), #, 
conseiller à la Cour d’Appel d’Aix. 

Mougins de Roquefort (Paul), ❖, 
docteur en médecine, à Antibes. 

Mougins de Roquefort, propriétaire 
à Grasse. 

Mourlet, docteur en médecine, à 
Mustapha inférieur, près d’Alger. 

Mure de Pelannb, chancelier du con¬ 
sulat de France, à Turin (1 er juillet 
1884). 

Musso, secrétaire de la Mairie de 
Roquebillière (1 er juillet 1884). 

Ollivier, docteur en médecine, à 
Antibes (1 er février 1884). 

Parrocel, à Marseille. 

Pavy, chanoine-évèque de N. D. de 
Lorette, à Tours (16 octobre 1884). 

Péridieu, ancien professeur au lycée 
de Toulon. 

Perrolle (Frédéric), notaire à Grasse. 

Petit, président de la Société de 
pharmacie, à Paris. 

Pibrrugues (l’abbé), vicaire, à Grasse. 

Puymaigre (comte de), membre de 
l'Académie de Metz. 

Raillard, ( l'abbé ), rédacteur du 
journal scientifique Les Mondes , à 
Paris. 

Rivibr, ingénieur-chimiste, à Lau¬ 
sanne. 


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296 


LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 


MM. 

Rivièrb, y, correspondant du minis¬ 
tre de l’instruction publique, rue 
du Bac, 93, à Paris. 

Rossi (G.), ❖ , inspecteur des fouilles 
de la province de Vintiraille. 

Roumanille, ❖, littérateur à Avignon. 

Rovery, avocat à Saint-Etienne- 
aux-Monts. 

Santiago Garcia de Mbndoza, >5% 
consul de Portugal, à Marseille. 

Sénequibr (Paul), juge de paix à 
Grasse. 

Tarbé (Prosper), correspondant de 
l’Institut, à Reims. 


Tbrrin (Léon), homme de lettres, à 
Grasse. 

Vbslt (Léon de), professeur à l’école 
des Beaux-Arts de Rouen. 

Viems, à Menton. 

Vingtrinier, membre de la Société 
littéraire de Lyon. 

Von Sigmund, docteur en médecine, 
à Vienne (Autriche). 

Wagner, professeur au Collège Roi- 
lin, à Paris (1 er juillet 1884). 

Willemin, docteur en médecine. 




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TABLE DES MATIÈRES 


FAOKft 


Compte rendu de la séance publique du 17 mars 1884. 

Rancher, poète niçard. Sa vie, ses œuvres, par A.-L. Sardou. .. 

Nice, station d’hiver, par J. C. Harris. 

Fouilles à la grotte Lombard, exécutées par C. Bottin. 

Compte rendu de M. Usquin sur l’édition des Précieuses 
ridicules et des Femmes savantes, offerte à la Société 

par M. Livet. 

Nice provençale, par A.-L. Sardou. 

Études d’Entomologie appliquée à l’Agriculture, par A. Peragallo 

I. — Le Chêne. 

II. — La Vigne. 

III. — L’Oranger et le Citronnier. 

IV. — Le Caroubier. 

Une ancienne et curieuse cloche à Tourettes-Vence, par le 

D r P. Mougins de Roquefort. 

Excursions archéologiques : Lucéram, par F. Brun. 

Deux documents relatifs à l’abbaye de Lérins, par A.-L. Sardou. 

Bibliographie : Le Cartulaire de l'abbaye de Lérir\s . 

Liste des Membres de la Société.. 



60 

76 

109 

111 

153 

213 

246 

253 

260 

266 

283 

289 


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Nice — Typ. et Lith. Ànglo-Françaije Malvano-Mignon, rue Gioflredo, 62. 


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